AVRIL
La Cour s’onvre à 10 heures.
Sophie Boisclair accusée d’avoir empoisonné F, X. Joutras, son mari, en coopération avec Modeste Vilbrun dit Pro vencher, est traduite à la barre pour subir son procès.
MM. Armstrong, Boiidy et G-ermain représentent le ministère public. MM. Gaultier, Chapleau et Brassard sont assis au banc de la Défense.
Après plusieurs récusations, les Messieurs suivants sont assermentés comme jurés :
Alexis Yalois, William Delaney, Antoine Parent, Pierre Salvas, Joseph Fourquin, fils de Joseph, Joseph Fourquin, fils de Michel, Joseph Mayé, Elle Pontmartin, Narcisse Paul, Michel Benoit, Louis Desfossés et Joseph Lachapelle.
M. Armstrong expose les faits de la cause. Ils ont déjà été mentionnés à l’ouverture du procès Provencher et la preuve que doit faire la Couronne est la même.
David A. Hart, Dr. Provost. et Dr. Turcotte sont entendus quant à l’autopsie du cadavre de Joutras.
Marie Plourde décrit les symptômes de la maladie dont était attaqué le défunt, lorsqu’il est arrivé chez elle, le 22 Décembre dernier.
En entendant raconter les souffrances qu’avait alors endurées son mari, l’accusé verse des pleurs.
Michel Gajolet vient déposer que l’accusée lui a déclaré que c’était elle qui préparait les remèdes prescrits au défunt par le Dr. Ladouceur.
FROYENCHER-BOISCLAIE.
Le Dr. Ladouceur, appelé auprès du malade, le 22, décrit les symptômes de la maladie, et répète ce qu’il a déjà dit dans le procès Provencher.
Michel Lemaire raconte la mort de F. X. Joutras^ et les symptômes qu’il a observés.
Le Dr. Provost est ensuite entendu sur l’analyse qu’il a faite des viscères du défunt Joutras.
A 7 heures la cour s’ajourne pour 1 heure.
Puis ensuite elle s’est ajournée vers 10 heures. Les témoins suivants ont été entendus :
Marie Mathieu, Greneviève Laforge, Eose de Lima Benoit, qui prouvent le voyage des prisonniers à Sorel ; Elise Joutras, Mathilde Joutras, Joseph Joutras, qui répètent en partie les témoignages qu’ils ont donnés dans le procès de Provencher.
Le 9 Avril ont été entendus : Dr. G-iroux, Didace St. Pierre et Elzéar Pothier, sur le voyage de Provencher à Trois-Eivières ; Narcisse Joutras et M. le curé Trahan, sur le poison trouvé dans la maison de F. X. Joutras après la mort de ce dernier ; J. Bte. Chassé, sur les symptômes de la ma-^ ladie du défunt, le 22 décembre, chez Cajolette ; Dr. Provost, Dr. Bruneau, Dr. Migneault, Dr. G-irdwood, sur l’analyse chimique des viscères de F. X. Joutras ; Moses Hart, N. P., produit un testament fait en 1856 par lequel F. X. Joutras et Sophie Boisclair se lèguent l’un à l’autre la totalité de leurs biens en cas de mort de l’un d’eux.
A heures, la Cour s’ajourne au lendemain, 10 Avril. L’enquête de la Couronne est close.
10 Avril.
La Défense n’a fait entendre que la fille Elise* Joutras, le témoin Bourret et sa femme qui ont donné leur témoignage dans l’affaire Provencher, plus le nommé Léandre L.afontaine, qui tient auberge sur le Chemin de Ligne et qui corrobore le témoignage des Bourret en faisant voir cependant que la nuit en question, les prisonniers onteouché
PEOCÈS
chez lui, ensemble, puisque dans le haut de sa maisoUj il n’y avait qu’un seul lit, bien qu’il y ait deux chambres, et que les prisonniers ont couché là.
MM. Graultier et Chapleau adressèrent le Jury pour la Défense et M. Armstrong répliqua pour la Couronne. Puis l’Hon. Juge fit de suite son adresse au Jurés, qu’il termina le même soir, vers huit heures. Elle dura environ deux heures. Le Jury se retira pour délibérer et reparut en Cour à 10 heures, déclarant qu’il n’était pas d’accord et demandant à la Cour la date de l’achat du poison aux Trois-Eivières, par Provencher. Le Juge répondit que c’était le 30 Décembre, la veille de la mort du défunt. La Cour fut ajournée au lendemain matin, à dix heures, afin de donner un temps nécessaire au Jury pour délibérer.
Jeudi matin, à l’ouverture de la Cour, le Jury revint avec un verdict de culpabilité. La prisonnière ne donna pas de signes d’une émotion bien forte. Interrogée par le G-refiier selon l’usage, elle persista à dire qu’elle n’était pas coupable. Ayant déclaré qu’elle était enceinte, le prononcé de la sentence de mort fut suspendu jusqu’à ce qu’un Jury de matrones et un médecin nommé par la Cour, eussent fait leur rapport sur l’état de la prisonnière. Le Juge remercia alors les jurés qui avaient rempli leurs pénibles devoirs et la Cour s’ajourna à Vendredi, pour recevoir le rapport du médecin relativement à la prisonnière.
Vendeedi matin, 10 h. A. M.
Les matrones rendent leur verdict, déclarant que la prisonnière est enceiente.
Motion fut alors faite de la part de M. Gaulter, pour que le prononcé de la sentence ne soit fait qu’au prochain terme.
Après discussion, la Cour décide qu’elle est obligée de prononcer la sentence immédiatement.
Alors le Greffier demanda à la prisonnière si elle
PEOVENCHEE-BOISCLAIE.
avait d’autres raisons à alléguer pourquoi sentence de mort ne serait pas prononcée contre elle. Elle dit : “ Monsieur, je ne veux pas que la sentence de “ mort soit prononcée à c’theure, parce que je suis “ enceinte. Je ne suis pas coupable ; j’ai été accu- “séeàtort.”
Puis la Cour prononce la sentence de mort, et remet au premier jour du terme prochain pour fixer la date de l’exécution.
La prisonnière dit alors en sanglotant : “ Je suis “ accusée sans être coupable ; je puis vous le dire, “ si mon mari pouvait prononcer des paroles, vous “ verriez que je ne suis pas coupable ; si Dienper- “ mettait que mon mari parlerait, vous verriez ce “ qu’il en serait aujourd’hui. ”
Puis elle est reconduite en prison et la Cour remercie le Jury de matrones au nom du pays.
Le premier jour du terme suivant, la prisonnière annonce à la Cour que sa sentence est commuée en une détention perpétuelle au pénitencier, où elle fut conduite par le Shérif de Eichelieu.
Cxicu-liatt.
A 11 heures ce matin, 3 Mai 1867, Modeste Yilbrun dit Provencher a été exécuté. Il monta les vingt-cinq degrés de l’échafaud d’un pas ferme ; sa figure cependant était un peu pâle. Il avait communié le matin même, pour la troisième fois depuis sa sentence. Il était parfaitement résigné à son sort et semblait puiser toute sa force dans la religion. Quand les Eévds. MM. Millier et Leblanc récitèrent, dans sa chambre, les prières que l’église fait adresser à Dieu dans les dernières heures de la vie du chrétien, il répondit d’une voix ferme et pleine d’un sentiment religieux. Le bourreau vint ensuite et lui lia les bras avec une bande de cuir.
PEüCEa:
Le shérif dit alors an condamné : ‘‘ Ayez toujours courage !” Om, om, répondît-ü, et il ajouta quelques instants après : Notre Seigneur a enduré^ et il rCétcrit pas coupabler Comme le bourreau serrait la courroie de cuir sur son bras gauche, avec un peu trop de force, le condamné dit : “ O / il faut souffrir'' Puis, sur quelque chose qui fut dit, il répondit : ‘ÿe veux tout ce que l'on veuf." Avant que le bourreau lui passât la corde au cou, il dit : ^^baissez mon collet si vous le vouiez r Comme le bourreau serrait trop le nœud de la corde, il dit : “JA mon Dieu P' et après quelques mots du shérif, il ajouta : “^7 la serrera plu-^ tôt en hautf en voulant parler de la potence.
Tout le temps qu’il y eut quelqu’un avec lui dans^ la salie, après la prière des agonisants, il tenait dans sa main un petit crucifix qu’il embrassait avec ardeur. Il le retirait un peu de ses lèvres, pour parler bas au ministre de Dieu et au shérif et le rapprochait aussitôt. Il partit ferme et résigné, à la suite des prêtres et des religieuses qui étaient venus prier avec lui dans ses derniers moments, et qui récitaient dans leur marche lugubre, les prièresde l’église, auxquelles il répondait d’une manière bien distincte. Avant son départ, il pressa la main du geôlier puis, quelque temps après, celle des ministres de Dieu, et celle du shérif, puis il fit un signe d’adieu à ceux qui l’environnaient. Il descendit les seize degrés d’un escalier qui le conduisait, au moyen d’un corridor, au pied de l’échafaud, qu’il monta d’un pas assuré et d’un air tranquille. Là il s’agenouilla avec les ministres de Dieu, jusqu’à la fin des prières, puis il se releva : — le Révd. M. Millier qui semblait avoir retrouvé, pour ce moment suprême, une grande force, lui offrit le crucifix en lui disant : ''^baisez le crucifix^ pour la dernière fois ce que fit le condamné, puis il se plapa lui-même sur la trappe fatale et il dit au bourreau : maintenant mus pouvez serrer le noeud."
Le bourreau fixa alors la corde au crochet de la
PROVENCHER.EOisCLâIR. 317
potence, l’ajusta au cou du condamné, la trappe s’ouvrit, et le malheureux fut lancé dans l’éternité... son corps ne fit pas un mouvement, pas un muscle ne se contracta. Sa figure resta la même ; trois minutes après il avait rendu son âme à Dieu !
La justice humaine est satisfaite î Espérons que le malheureux aura trouvé grâce auprès de la justice divine!
On estime à cinq mille, d’autres portent à Sept mille le nombre des spectateurs Vénus de toutes parts.
Le corps de l’exééuté resta suspendu environ un quart d’heure ou vingt minutes. A une heure, l’on procéda à l’autopsië dont vëlci les résultats :
Autopsié.
La face était violacée, la langue sortait entre les dents, les yeux fermés, les paupières tuméfiées ; il deux ecchymoses au cou, leur direction était oblique. Le médecin ayant fait une incision à la partie postérieure et supérieure du cou, à travers les tissus, constata une dislocation de l’atlas et de l’axis et une fracture oblique du corps de l’atlas, de plus séparation complète de la moelle épinière visà-vis ces vertèbres. A l’examen du thorax, la plèvre pulmonaire droite était très adhérente à la plèvre intercostale à Ce qui dénotait d’anciennes inilammations dont l’exécuté a dû soufirir il y a quelques années passées. Le cœur était à l’état normal ;
1 on a remarqué cependant une légère effusion dans le péricarde. Dans l’abdomen, le foie était d’un volume considérable et légèrement congestionné. L autopsie n’a pas été faite au delà. D’après l’examen ci^essus décrit, la mort a dû être instantanée.
L autopsie fut faite par le médecin de la prison, le Dr. Johnston.
S1& PEOCÈS