‹ Procès Ruel-Boulet [microforme]Chapitre 5 sur 5 · CENT PAPAS A · texte numérisé non relu

CENT PAPAS A

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l'expérimentation, contenait 1341009 de grain, équivalant, suivant le Dr. Jacques, à 10 3/4 de dixième de grain et une ptite fraction de plus. La moitié a été employée pour l’expérimen-

tation, c'est-à-dire die de grain. Les 3 experts ont pris grenouiiles d’égale

grosseur, Chacun avait la sienne, à ce qu'il parait. C'était un sleeple-chase d'un nouveau genre. [Il s'agissait de savoir laquelle mourrait plus vite, celle qui avait du residu ou celles qui avaient de la veritable stryvchnine. Les quantités étaient les mêmes, tant du résidu que de la véritable strychnine, remarquons le bien. Il ne faut pas oublier que si la strychnine injérée change de condition, ce n'est pas en force, mais en faiblesse. Elle est reconnaissable, mais elle n'a plus sa force primitive, Je veux par là conclure que la strychnine injérée qui se retrouve après une expertise, après l'emploi des reactits, n’est pas aussi forte que la strychnine pure. Et comme illustration de cet argument, je prétends que si l'on peut mettre 67/1000 de grain de strychnine pure sur une grenouille pour en obtenir des elfets sensibles, on duit doubler la quantité du résidu sur l'autre. Le bon sens le dit au moins, et je crois être dans le vrai.

Un fait incontestable c'est que la même quantité a ete placée sur chaque grenouille. Aucune d'elles n'avait un signe visible pour distinguer celle qui avait du résidu et ceiles qui avaient de la strychnine pure. La grenouille n'est pas la tranquillité mème, et elles n'ont pas dù obéirau commandement dès trois experts pour marcher de front et mourir en droite ligne. Ila dû y avoir quelques soubresauts qui aient dérangé la symétrie première, Avec out le talent d'optique que nous devons leur reconnaitre, MM. les Experts ont dû confondre leurs trois grenouilles, d’égale grosseur, dans le chassez-croisez qui est survenu. Dans leur état normal, les grenouilles ont uu état de locomotion assez peu régulière, et lorsqu'on leur fait sur le dos une incision que l'on remplit d'un poison violent, il va sans dire que cela contribue peu à maitris:r leur course folle. Imaginez-vous, les Drs Jacques, Provost et Girdwood placés devant trois grenouilles qui dansent le cancan : l’un disant : voilà la mienue, l'autre repondant : ce n’est pas vrai, c'est la vôtre là bas qui ne danse que sur une patte ! Nous ne connaissons pas les dimensions de la salle, mais si elle était grande les trois experts ont dû prendre de l'exercice, car l’une à vécu 37 heures et les deux autres 42 heures !

“ La première em oisonnée avec le résidu de la capsule, mourut 37 heures après la déposition du poison sur son dos. Chez les deux autres, la mort arriva 42 heures après la déposition du poison.” (Témoignage du Dr.

Jacques.)

Voilà des grenouilles peu sympathiques à la strychnine. Le Dr. Jacques avait eu soin, avant l'expérimentation, de les changer d'eau souvent. il les avait habituées à un confort étrange pour elles. Et tout d'un coup, il les sort brusquement, violemment de leur élément, les met

sur le planther, et Jlerr pose un joiscn violent sur le dos, poison qui tue avec une efflrayante rapidité. Et voilà que des grenouill:s qui auraient vecu 48 heures au plus, Sans être touchées, mais hors de leur element, dans des conditions ordinaires, meurenlaprès que l'on leur a fait des incisions,l'unel5 heures avant samort neturil?, les autres 6 heures avant leur mort raturelle. Allons donc, MM. les experts, votre strychnine pure est une invention, cest un vernifuyg® que vous leur avez adimninistré, Qaaut à votre residu, vous l'aviez obtenu apres un tel melange, que le chlroforme a rendu malade votre grenouille au point qu'elle en est morte. Voici ce que dit le Dr. Crevier sur l'emploi du chloroforme :

‘“ L'épreuve physiologique faite ar les experts de la couronne ne me fait pas croire que la grenouille soit morts de l'empoisonnement par la strychnine. Je crois que trois gouttes de chloroforme sur le dos d'une grenouille, sont suflisantes pour la tuer et lui causer des convulsions, surtout si elle privée d'eau et exposée à un air see. La grenouille a le

système nerveux très irritable, Trois gouttes de chloroforme sur le” dos d'une grenouille équivalent, eu égard à la proportion du corps, à {l onces sur le dos d'un homme, Cette dernière quantité absorbée par un homme peut lui donner la mort.”

Le juge s'est laissé séduire par cette expérimentation. Les grenouilles se multiplient à ses yeux, au lieu de trois, il y en avait quatre.

“ Les médecins ont expérimenté sur quatre grenouilles... ”?

Je regrett* beaucoup que le juge ne nous ait pas dit, lequel des trois experts avait la vue sur cette quatrième grenouille, ce qui devait lui en faire deux à examiner, puisqu'ils n'étaient que trois. La prévention donne de l'imagination, comme on le voit. Maisle jugea été modeste, car à sa place j'en aurais vu six, pour mettre le jury en position de rendre un verdict clairvoyant et impartial! L'épreuve physiologique n'est pas concluante, parce qu'une grenouille n'aurait pas vécu si longtemps.

Mème, cn mettant des minutes à la place des heures, l'épreuve serait contestable. C'est ce que ne dit pas le Dr. Jacques.

“ L'épreuve physiologique ne permet aucun doute ; c'e t le dernier degré de preuve exigé par les auteurs. Tardieu et Taylor ne l'exigent mème pas. ”.

Certes, si Tardiau et Taylor eussent connu celle des Drs. Jacques et Girdwood, ils na l'auraient jamais exigées. Lors du procès Provencher, les Drs. Provost et Girdwood s’excusaient comme suit de ne pas avoir procédé à l'épreuve physiologique :

‘“ La strychnine trouvée dans le corps de Joutras était suffisante pour l'épreuve des couleurs, mais était insuffisante pour l'épreuve physiologique. Un seul animal est sensible à la strychnine en quantité si minime qu'elle soit, c'est la greneuille, qu’il nous a été impossible de nous procurer pendant l'hiver.”

Comme on le voit, l'hiver de 1868 a été un, hiver aux grenouilles, C'est peut-être une question de climat, St, Hyacinthe est preféré à Sorel par la gent grenouillière. Si le juge, dans le procès Provencher, était embarrassé par ia difficulté que présentait l'absence de l'épreu e physiolozsique, le juge, dans le procès Ruël, aurait dû éprouver le mème embarras en face de ces trois grenouilles si difliciles à empoisonner.

Le Dr. Provost dont le nom vient d'être mentionné merite une mention toute particulière. Sans rechercher la cause pour laquelle on emploie ce médecin dans les expertises, je dois avouer que voilà un médecin modèle: il n'a confiance qu'en lui. C'est un Néron médical, il voudrait que tous les auteurs de médecine n'eussent qu'une tèle pour la leur trancher.

Taylor, Orlila, Devergie, Fiandin et tulli quanti ne valent rien près de lui. Entesdez le parer et voyez ce que lui répond le Juze:

«Je ne crois pas que Taylor soit une grande autorité sur les noisons. Je n'ai pas contiance en lui pour la recherche d: la stychnine,attendu qu'une fois Taylor a manqué d'en constater la présence, la seule fois qu'il a cherché à la constater, J'ai plus confiance en mes expèriences qu’à lui.

“Ilse fait un léger murmure d'étonnement parmi les hommes de science. Le Juge dit:

C'est ainsi que la science fait des progrès. »

Le Courrier de St. Hyacinthe n'a pas eu le courage de mettre cette dernière partie dans son pamphlet, mais la Minerve (14 mai 1868) la reproduit en entier.

Cette réponse du Juge était-elle sérieuse ou sarcastique ? En lisant sa charge au Jury, on est convaincu que c'était une approbation complète de l'opinion émise par le Dr. Provost.

Ainsi une expérience, c'est-à-dire une expertise chimique de ce médecin, a plus de valeur que l'opinion du plus grand médecin légiste anglais ? Si c'est ainsi que la science fait des progrès, ces progrès sont en sens inverse de ce qu'ils devraient être, La gloire du Dr. Provost est d'avoir contribué à faire pendre Provencher et Ruel, sous des circonstances telles que l'opinion publique a douté de la justic: de nos tribunaux criminels. Pauvre gloire, due à l'imprévoyance du gouvernement, qui se sert d'un médecin dont la fatuité est égale à l’ignorance, Ne pas avouer que Taylor est une autorité sur les poisons, autant entendre dire par un jeune avocat qu'il ne croit pasque Pothier soit uue autorité sur ies Obligations Civiles, et que son opinion sur la question doit prévaloir sur celle de Pothier.

De l'aveu des médecins experts, il y a eu, du consentement du coroner, déplacement des pièces à conviction. Ce déplacement parait être une manie du Dr. Girdwood, qui ne veut pas déranger ses instruments, et principalement la méthode de Stass par lui perfectionnée. Dans le procès Provencher, comme dans

celui de Ruel, les pièces à conviction ont voyagé de Sorel ou de St. Hyacinthe à Montréal. Le Dr. Girdwood était-il autorisé à dépla-

cer ainsi les pièces à conviction? Rien ne l'indique. Ainsi le Dr. Jacques dit :

‘“ Le reste du résidu est resté entre les mains du Dr. Girdwood ; il a été laissé en sa possession... Nous avons apporté à Montréal les 4 flacons portant les Nos. 1, 2, 3, 4 qui contenaient, le No. |! le résidu de l'estomac, le No. ? une partie du foie et de la vésicule bhiliaire, le No. 3 une partie du poumon, des bronches et de la rate, et le No.4 une partie du cœur, des reins et de la vessie, Avant de partir pour Montréal ces flacons ont été scellés et mis dans une valise scellée. Personne, excepté mon petit garcon qui entrait avec nous pour prens dre du bois, n'est entré dans le laboratoire.”

Maintenant, voici le rapport du Dr. Provost:

“ Après avoir fait l'analyse pour découvrir la strychnine, nous avons remis les bocaux avec les tiltres dans ue valise cachetée à la serrure, Le Dr, Jacques a transporté la valise à Montréal chez le Dr. Girdwood pour chercher à découvrir la présence de l'arsenic.. Nous avons pesé une capsule contenant la strychinne recueilli à St. Hyacinthe, Cette strychinne a été déposée dans un petit coffret chez le Dr. Girdwood, celui-ci en a gardé la clef, ”

Si l’on veut voir avec quel soin l’on gardait ces capsules, écoutons le Dr, Prosvost :

‘“ Après avoir obtenu l'acétate de strychnine et l’avoir déposé dans une capsule, nous l'avons couverte d'une autre capsule et remise au Dr. Girdwood. Nous n'avons apposé aucune marque caractéristique, ni scellée sur la capsule elle-même, En notre présence le Dr. Girdwood l'a déposée dans un coffret dont il a gardé la clef, C'était le 10 de mars, à Montréal ; j'ai revu ensuite cette capsule entre les mains du Dr. Girdwood, à St. Hyacintbe, lundi, le 4 mai. Le Dr. Girdwood l’a prise dans ses poches pour nous la montrer, elle était enveloppée dans un papier qui ressemblait à celui que nous avions mis sur la capsule à Montréal, ce papier était blanc, et n'etait pas retenu par une corde, il y en avait une à Montréal quand nous la lui avons laissé. En ôtant le papier, la capsule de dessus aurait pu glisser. C'était chez le Dr. Jacques que le Dr. Girdwood m'a montré la capsule : je crois que le Dr. Jacques y était. Celle de dessus n'a pas glissé en ôtant le papier. Les capsules étaient en verre et ressemblaient à des vitres de montre, ”

Le Dr. Girdwood confirme encore ce que je disais que les trois experts ne procédaient pas ensemble, et n'avaient pas ensemble la garde des pièces à conyiction :

‘ J'ai placé une autre capsule sur la première et ai enveloppé le tou d'un papier qui est le même qni enveloppe les deux capsules en ce moinent. Je les ai mises ensuite dans un coffret fermé à clef en présence des Docteurs Prevost et Jacques et personne autre que msi n'a eu accès à ce coffret. ”

En voilà assez pour prouver que toute l’expertise chimique s’est faite avec la même imprévoyance que l’autopsie. Trois médecins se promènent avec les pièces à conviction; un d'eux en a jusque dans ses poches, et tout

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cela sans le moindre contrôle d'aucun officier de justice. Le juge devait de suite rejeter l'expertise comme n'étant d'aucune authenticité légale. Dans une cause civile on prend certaineœent plus de précautions, que lorsqu'il s'hgit de la vie d’un de nos semblables !

Je veux bien croire que l'expertise chimique ait dévoilé de la strychnine, puisqu'il est de fait que Boulet a pris du calomel qui en contenait. Mais au point de vue légal, cette expertise chimique n’est pas authentique. Le coroner s'est dépossédé des pièces à conviction qui ont été déplacées d'une manière irrégulière.

La question des faits est assez intéressante pour qu'elle entre dans le cadreétroit de cette causerie, La prévention du magistrat lui a fait oublier de dire au jury le peu de crédibilité qui devait ètre attachée aux témoignages de la poursuite, presque tous parents de Boulet. Il y a dans la preuve un ensemble de faits qui détruit complètement la présomption d’un empoisonnement de la part de Ruel.

Si d'un côté on trouve de la strychnine en la possession de Ruel, on en trouve aussi en la possession de Boulet, et on constate qu'il en a pris. Quant à ce qui regarde le poison en la possession de Ruel, il est étrange de voir dans le procès un ordre comme celui-ci venant de la part du Dr. Guertin:

“ Vous livrerez à M. Jos. Ruel une demi once de strychnine et autant d'arsenic pour la chasse aux renards. ”

Les médecins devraient se mettre en garde contre de telles demandes et ne pus livrer à la légère une si grande quantité de poison. Si l’on veul acquérir une preuve complète de la prévention qui faisait du juge un accusateur passionné, elle existe en entier dans ce qui suit: Lors de l'expertise chimique faite sur le calomel en question, le Dr. Girdwood dit :

Dr, Girdwoed à M. Lanctôt : J'ai fait l'avalvse de la bouteille et elle contient du calomel et de la strychnine. J'ai découvert qu'il y y avait de la strychuine par l'épreuve faite sur le calomel ; j'ai ensuite séparé cette substance au moyen du chloroforme, et j'ai traité cette substance avec l'acide sulfurique et le hicromate de potasse et j'ai trouvé de la strychnine qui avait un goût amer, Je ne peux pas dire ia quantité de strychnine qu'il y a, je ne pourais le savoir qu'en allant à Montréal. A en juger par le gout, je crois qu’il n’y en avait pas assez pour altérer le système de l’homme.

‘# M. Lanctôt demande à la cour si, dans l’intérèt de la justice, il ne serait pas opportun de faire constater d'une manière précise la proportion de strychnine contenue dans le calom°! +ont en regrettant le retard que cela devrait occasionner.

“ La cour répondit que cela était iNuTILE ! ”

Ainsi, suivant le juge, il était inutile de connaitre la proportion de strychnine contenue dans le calomel, même lorsqu'il était admis que cette proportion pouvait varier par une expertise plus consciencieuse, et être constatee suflisante pour altérer le système de l'homme. L'avocat de la couronne remplissait son devoir

en demandant une nouvelle expertise, et le juge méconnaissait le sien en la refusant.

Le juge devait se rendre au désir de la poursuite, qui donnait une grande preuve de son équité et de son profond désir que justice fut rendue à l'accusé. En face d'un tel refus, il est impossible de ne pas protester hautement et d'accuser le juge d'une partialité injustifiable,

Ce fait n'est pas isolé dans le procés. Lors de l'adresse de M. Mercier, avocat de la défense, adresse qui a dévoilé un grand talent et une éloquence tout à fait remarquable, le juge se conduisit d'une manière aussi partiale. Il est de principe de droit que le fait appartient au jury et le droit au juge. C'est au juge à dire si telle preuve est légale ou non, ou si en loi elle a quelque valeur. C’est au jury à apprécier la preuve au point de vue du fait. Ainsi, dans un cas de mort violente, il peut y avoir le fait positif que c’est l'accusé qui a frappé, mais cet acte peut avoir été commis dans des circonstances qui, en loi, lui enlèvent son dégré de criminalité. C’est donc au juge à dire au jury: le fait de l'acte est prouvé, mais la loi absout l'accusé de l'avoir commis. Alors le jury n’a qu'à acquitter l'accusé. S'il n'en était pas ainsi, la présence d'un juge dans un procès criminel serait un nonsens, puisque le jury resterait le maitre du fait et du droit. Il est pénible d’avoir à soulever des questions aussi élémentaires, mais lorsque nous lisons ce qui suit, il est dificile de s'en abstenir :

“Ici M. Mercier demande au tribunal la permission de lui citer quelques autorités en médécine légale, mais le juge dit que si l’avocat veut faire des citations, il doit les faire aux jurés.

M. Mercier remarque que la pratique est de faire ces citations pour le tribunal et non pour le jurv, car c’est le juge qui doit décider, pour le jury, en lui faisant connaitre sa manière de voir, l'opinion qu'il faut entretenir sur les questions de médecine légale, comme sur les autres questions de droit.

Le juge dit qu'il ne veut pas restreindre la défense, qu'il veut au contraire donner autant de latitude que possible, et que c'est pour cela qu'il lui èntime de faire ces citations directement aux jurés.

M. Mercier dit qu'il pense que des autorités comme celles qu'il veut citer ne peuvent guère servir à la défense, si le juge ne dirige pas le jury là dessus.”

M. Mercicr aurait dû insister davantage, et si le juge avait persisté dans son refus de l'entendre, son devoir était d'ôter la robe et de laisser le tribunal, Il n’y a pas d’autres jrocedés, devant une telle conduite de la part des magistrats. Le procès aurait pris une toute autre physionomie et il esi certain que s’il etait survenu une condawnatiion après le départ de l'avocat de l'accusé, l'exécutif aurait êté plus scrupuleux dans sa décision finale.

Ce n'est pas tout, le juge poursuit !’?cusé jusqu'à la sentence de mort, il ne lui laisse aucun moyen de se justifier.

Vous avez vu avec quelle prévention le procès a été dirigé. Il n'y a pas un seul fait, ui soit rapporté dans la charge, en faveur de l'accusé. La lecture consciencieuse de ce document produit un serrement de cœur.

On voit la justice poursuivant de son glaive implacable cet homme, qui comptait sur son impartialité et sa droiture, Avec quelle adresse on accumule les faits qui peuvent nuire à l'accusé, pour terminer ensuite par dire au Jury: C'est à vous à juger si tels faits peuvent contribuer à la condamnation de l'accusé. On se donne un trouble infini pour cacher au Jury tout ce qui peut atténuer, sinon détruire la preuve de la poursuite, Et lorsque cet accusé est condamné par le verdict du Jury, lorsqu'il est convaincu qu'il n’a plus à attendre de son Juge, qu'une condamnation à mort, il se débat sous l’étreinte de sa conscience, qui repousse le sort qui l'attend .Il veut le dire, il veut expliquer avant de mourir, ce qu'il a fait, ce qu'il a dit. Voyez-le se cramponner à la barre, frissonner devant l'image vivante de la justice humaine, qui va l'euvoyer à l'échafaud. Sa voix est oppressée, son souffle est saccadé. Et lorsque le Greflier lui demande ce qu'il a à dire avant que la sentence de mort ne soit prononcée contre lui, écoutez le silencieusement. «Ce que j'ai à dire, le voici. Onézime Messier vous à dit que je n'avais pas donné de poison au défunt le matin. S’'ila pris du poison, ça été par les remèdes, ou bien il l’a pris lui-même. de dois vous dire que je suis accusé à faux. Mais à la grâce de Dieu! La petite Boulet et Onézime Messier ne vous ont pas dit que j'avais donné du poison le matin. Ensuite je suis allé chez Dionne, à mon retour, si j'avais donné du poison, la petite fille m'aurait vu. Onézime Messier vous a déclaré que je n’avais rien donné le matin à Boulet. (Le prisonnier ému frappe sur la barre). C'est le défunt et M. Dionne qui m'ont conseiile d'acheter du poison. A présent on m'ôte la vie, après m'avoir sollicité d'acheter du poison. Je vous assure que si j'avais administré ce poison, je le déclarerais, je n’ai jamais eu l'habitude de cacher ce que je faisais.

‘“ Son Honneur le juge interrompl le prisonnier et lui dit que quelques unes de ses paroles pourraient élre inlerprèlées contre lui et qu'il croyait juste de le prévenir.

‘“ Le prisonnier dit qu'il est inocent. ”

Ainsi, voilà un homme qui est sur le bord de la tombe, qui n’a plus d'intérêt en ce monde et dont la voix doit être écoutée avec toute la solennité que l’on attache aux paroles d’un mourant, et le juge lui ferme la bouche, sous prétexte que ses paroles pourraient être interprètées contre lui! Et le juge a la prétention de parler au nom de la justice, en empêchant

ce condamné à mort de dire tout ce qui pèse | sur sa conscience! C’est horrible, avouons-le : | tons les éléments nécessaires pour être concar le juge s’est montré d’une sévérité et d'une | forme au droit, à la raison et à l'humanité. Sa

partialité sans exemple dans les annales judiciaires. Il n’y a pas l'ombre d'un sentiment d'humanité dans l'âme de ce juge; c’est un

Fouquier-Tinville plus cruel encore que l'accusateur public de la révolution française,

En face d’une telle conduite de la part du juge, il n'est pas étonnant que le jury ait rendu un verdict de culpabilité. Douze hommes ignorant la loi et la médecine, ne sachant peutêtre ni lire, ni écrire, étaient justifiables de rendre un verdict conforme aux opinions du juge.

Mais pour un avocat consciencieux, il lui est complètement impossible de concourir dans la charge du juge; la loi, la médecine et la preuve la condamnent péremptoirement. Je ne crains pas d'aflirmer publiquement que la conduite du juge ne peut être approuvee par aucun principe de droit. Ruel devait être acquitté, parce que la cause de la mort de Boulet était expliquée d’une manière tout à fait claire. L'autopsie et l'expertise chimique ne devaient être d'aucun poids dans l'opinion du juge. Le refus de rechercher la quantité de strychnine qu'il y avait dans le calomel, après que le Dr. Girdwood eût laissé planer un doute sur sa portée, et lorsqu'il était sollicité à le faire par la couronne elle-même, est un fait unique dans nos précédents de jurisprudence crininelle. Le refus du juge de s'enqt :rir des points de droit est suflisant pour démc rer que Ruel a été jugé et condamne illégalement. Les procès de Provencher et de Ruel sont deux taches sanglantes, et réellement, on doit s'effrayer des conséquences qui peuvent résulter de ces deux exemples. x

Avec toute la bonne volonté désirable dans la critique d'un procès craninel, on ne doit pas perdre de vue, ques'il y a une victime, il y a un accusé. Cet accuse est-il coupable ?

C'est cette question qui doit dominer tout le procès. Si l'on accepte entièrement les principes du droit criminel anglais, on doit se couvaincre que le juge n'est pas l’ennemi acharné de l'accusé. Loin de là, il doit constamment le protéger et lui donner l'avantage de toutes les présomptions, de tous les doutes et de toutes les circonstances. Tant que la rreuve positive n'a pas établi clairement le fait ‘lu

crime, tant que l’ensemble des amis «+: ex pertise n’a pas démontré l'existeacr * "+, indiscutable et incontroversable Ge 4 p ‘ence du poison, l'accusé doit profiter du duui Zors-

que les annales judiciaires nous demorntrent clairement que des erreurs ont été commises; lorsqu'il est prouvé par des décisions célèbres que des accusés ont été exécutés injustement, n'est-il pas juste que nous élevions. la voix aussi fortement que possible, contre ces exécutions sanglantes, qui ne produisent aucun elfet salutaire, tout en privant la société du bénifice de réparer son injustice, lorsque l'innocence est reconnue.

Unissons donc nos efforts, messieurs, pour re!ormer notre justice criminelle, Elle possède

théorie est sublime, mais sa pratique est vicieuse, Vous avez parmi vous un vaillant défenseur

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des droits de l'humanité. Votre savant professeur, le Dr. Coderre, n'a pas cessé de faire entendre sa voix chaque fois qu'un jugement injuste a été rendu. Il était dangereusement malade, lors du procès Ruel,et il n'a pu se rendre à l'appel de l'accusé. Cependant un autre de vos professeurs l'a remplacé, et le Dr. Bibaud s'est montré à la hauteur de sa position. Avec de tels hommes pour vous instruire, messieurs, il est impossible de ne pas espérer de vous de grandes choses. Dirigez vos études de manière à aider les hommes de loi dans la recherche des vérités scientifiques. Rappelez-vous que si

le passé est aux vieillards, le présent à l'âge mur, nous avons l'avenir entier à nous en partage. N'oubliez pas que cot avenir n'est pas lointain. Vous pouvez l'utiliser au bienôtre de votre pays, en travaillant avec énersie, en travaillant sans relâche. Vous avez votre place marquée dans la marche rapide des évenements. Le travail triomphe de tout.

et avec les belles dispositions que vous montrez dans vos travaux à l’Institut-Médical, je dois me réjouir et espérer que l'avenir dévoilera de grands talents parmi vous.

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