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“ Le juge remarquant sur la dose de calomel donnée à Boulet la veille de sa mort, rappelle au jury les dires du Dr. Crevier sur les effets et conséquences de ce calomel ainsi mélangé, pour faire voir que, comme le disait le Dr.
Crevier, ça ne pouvait produire aucun effet ou symptôme de strychnine, et que telle dose était sans danger pour un adulte, et que le Dr.
Thériault l'avait souvent donnée à des enfants sans qu'on aperçut aucun effet,”
Il en est de même dans toute ja charge :
“ Le jury devra se rappeler que l'autopsie du cadavre, faite par les Drs. Jacques et Poulin, a établi le fait que le ventre, le bas du corps, les organes génitanx étaient dans un état bien naturel, Le Dr. Jacques aflirme positivement qu'il n’y avait aucun in:lice de mal vénérien, et que si Boulet avait eu telle maladie, lors de sa mort, et même assez longtemps avant, la maladie aurait dû laisser des traces physiques sur le corps. Le Dr. Jecques à remarqué une légère cicatrice sur le scrotum, et guérie depuis environ quarante jours, dit-il, et qu'il v avait absence de cicatrice sur le membre viril, lui-même, qui est le siége ordinaire de cette mal die; le Dr. Jacques a dit qu'il avait minulieusement examiné les perties &cnitales.”
Comme vous voyez, la prévention aveugle le magistrat et le Dr, Jacques. Ce dernier dit qu'il n'a pas examiné les parties génitales, parce qu'il les a trouvées dans leur état normal. Etrange manière de les trouver ainsi, sans les examiner. Le juge, de son côté, vient nous dire péremptoirement que le Dr. Jacques les a examinées, et remarquez-le bien, les a examinées minutieusement. Ce n’est pas difficile ensuite d'amener un jury à rendre un verdict de culpabilité, lorsque les faits sont ainsi changés.
Un principe en matières de preuve est qu'un témoin qui a vu, a plus de valeur que dix témoins qui n'ont pas vu. Ainsi les témoins dJ.-Bte. Morin et Isidore Dionne sont positifs à dire qu'ils ont vu le corps de Boulet et qu'il avait le mal anglais. La sœur de Boulet, appelée comme témoin de la poursuite, dit que 10 jours avant la mort de son frère, ayant appris que la rumeur était qu'il avai: le mal anglais, elle a voulu s’en convaincre. La preuve ne dit pas comment, mais elle a conclu qu'il n’y avait aucun mal, plaie, galle ou enflure. Il parait qu'elle s'y connaissait autant que le Dr. Jacques sur l’éfal normal de tout cela! Le juge n’en demande pas davantage et voici la partie de la charge qui se rapporte à ce point :
“ La femme Tétreault, sœur de Boulet, l'a vu dix jours avant sa mort, et cette femme vous a déclaré que fatiguée d'entendre dire que son frère avait une maladie vé .“ricane, le mal anglais, l’a examiné en présence de la femme même de Boulet et qu'elle n'avait remarqué aucun mal, pe galle ou enflure, L’autopsie s'est faite
2 heures après la mort, et si cet homme avait le bas du corps pourri, comme le disait Ruel et tellement pourri que cela lui faisait dire qu'il
devait en mourir, le jury peut-il admettre que cet état de pourriture n'aurait pas ete constaté par les deux médecins comme les autres faits, qu'ils ont si minulieusement décrits.”
Ainsi la variante prend diverses'formes. Il yauninstant, c'etait minulieusement examinés, maintenant c'est minulieusement décrits. Des témoins Morin et Dionne, pas un mot; l'a sœur de Boulet rend un si beau témoignage et un témoignage si désintéresee, que le juge est convaincu qu'il n'y a ni mal, ni plaie, ni galle, pas même d'enflure.
Tous les efforts faits par la défense dans sa preuve, sont restés impuissants pour convaincre le juge du peu de force qu'avait le témoignage de la femme Tôtrault. On verra facilement comment la preuve de la poursuite est contredite pérerptoirement par celle de la défense. Je ne citerai que deux cas. Le témoin Onézime Messier, produit par la poursuite, dit : “ C'est quand ils ont commencé à le deshabiller, qu'ils lui ont défait les mains, ils ont eu tant de difficulté que Mme Ruel a dit: ne le forçcons pas trop, on pourrait lui briser les membres. On a eu de la difficullé à lui mettre sa veste, il avait le coude si raide qu'ils ont déchiré sa veste en la mettant. ” Voici maintenant la contre partie, venant de la part du témoin Isidore Dionne, produit par la défense, et qui aidait à ensevelir Boulet: ‘* Nous avons lavé les mains que nous avons ouveries sans difficulté. Je jure qu'il n'avait pas les mains jointes ; quand nous l'avons enseveli, la porte de la chambre était ouverte et Mme Ru:l n'a pas dit de ne pas lui ouvrir les mains qu'on pourrait lui briser les bras. La veste que nous lui avons mise était petite, nous l'avons déchirée un peu plus qu'elle n'était, ”
Alfred Ruel, âgé de dix-huit ans, parent très éloigné du prisonnier, témoin produit par la poursuite, dit: ‘ Alors nous passions près d'un piquet qui était penché, il (le prisonnier) me dit: voici une belle place pour accrocher un fusil et lui (Boulet) flamber la tête, et qu'il donnerait $5 de sa poche pour voir Boulet mort.” Voici maintenant la contre-yartie: le témoin Pierre Ruel, produit par la défense, dit en parlant du témoin dont je viens de rapporter les paroles: ‘“ Il m'a dit qu'il avait travaillé avec mon frère chez Boulet et qu'ils avaient fait des histoires, des badinages par rapport à Boulet, il m'a dit que mon frère avait dit en parlant du défunt : je donnerais bien $5 pour me débarrasser de lui; lui, le jeune Ruel avait répondu : j'en donnerais bien $10 moi. Il m’a répété que c'était en badinant, et qu'il l'avait pris comme tel, que ce qu'il disait il le disait pour rire, et qu'il n’aimait pas que les histoires qu'ils faisaient fussent répétées. ”
La défense n'a pas cédé un seul pouce de terrain à la poursuite, Mais la prévention du juge a eu pour résultat inévitable de faire oublier tout ce qui pouvait servir à la défense, pour ne rendre saillants que les faits avancés par la poursuite,
Si la preuve des circonstances est si puissante dans l'esprit du juge, il aurait dû l’admettre
autant, sinon plus, pour l'accusé que pour la poursuite, Or, il est en preuve que Ruel se
chiens qui l'incommodaient, Du moment que l'on constatait de la strychnine dans le calomel pris par Boulet, le doute était assez grand pour que l'accusé en prolitât. Je comprendrais la forte présomption qui résulterait de la présence de la strychnine entre les mains de Ruel, si on ne pouvait établir qu'il y avait de ce poison auprès du malade, indépendamment du concours de Ruel.
Si l’on veut avoir une juste idée de la force de la preuve des circonstances dans l'esprit du juge, il suflit de lire ce qui suit: ‘ Dans la
preuve qui semble la plus positive, il y a tou-|
jours la part des circonstances. Un témoin a ‘u une p'rsonne décharger sur une autre une arne à feu, elle voit la dernière tomber et frap-
bee à mort, L'affirmation qu'ila vu l'accusé |
ca ser la mert d'un homme sera bien une preuve conclusive et directe, cependant il n’a pas vu la balle sortir de l'arme même et frapver la victime. Sa conclusion ne sera pas cependant contredite pour cette raison, parce que le fait lui-même qu'il n'a pu voir, la circonstance, est ce que l'expérience, l'observation ont démontré être la conséquence de la décharge de l'arme même, l'effet comme la cause. La preuve des circonstances est quelquefois la moins susceptible d'erreur, car elle est à l'abri ‘dans presque toutes les circonstances, des influences intéressées.” Si on voulait pousser la comparaison dans les dernières limites de la lozique, ne pourrions-nous pus dire que cette reuve serait contredite, s'il était constaté que larme à feu ne contenait pas de balle, et que cest l'effet de la peur, du saisissement qui a frappé à mort la victime, attaquée d'une grave maladie de cœur. Dans un tel cas, cette preuve ne suflirait pas, il faudrait constater l'introduction d'une balle dans le corps de la victime.
La preuve des circonstances est comme la preuve des présomptions, aussi dangereuse l'une que l’autre, en l'absence de toute preuve direct et posilive.
Pour ne pas abuser de votre indulgente attention, je passe à l'expertise chimique. Non pas que je veuille mettre en doute l'existence de la strychnine dans les viscères de la victime, puisqu'il est acquis au procès que de fait Boulet a pris du calomel qui en contenait, mais je veux simplement indiquer les irrégularités qui ont eu lieu dans l'expertise.
L'analyse des viscères a commencé le 22 fevrier. Étaient nrésents les Drs. Jacques et Provost. Ce n'est ue le 27, cinq jours après, que le Dr. Girdwood s'est joint aux deux médecins. Les bocaux 8, 13, {4, 15, 16 avaient été examinés et leurs contenus analysés avant le 27:en sorte que le Dr. Girdwood n'avait pas été présent lorsque l'analyse avait ou lieu.
Si tous les médecins doivent procéder à l'expertise chimique, et si, comme le dit le Dr, Jrcques, ces trois experts sont responsables de l'analyse au même dégré, tous trois
doivent être présents lors de l'ouverture des
| bocaux scellés par le coroner, et jusqu'à la servait de poison pour tuer les renards et les |
la fin de l'expertise. On ne permet pas en loi à un juge de prendre connaissance d'une cause dont il n'a pas entendu la preuve ou l'audition suivant le cas, et on l'oblige d'être présent au commencement de la cause comme durant toute la cause. On ne permettra pas non plus à un médecin expert de venir au milieu d'une expertise et de donner son rapport sur toute l'expertise. Malheureusement, on a permis au Dr. Girdwood, venant 5 jours après l'ouverture de l'expertise, de faire rapport sur tout ce qui avait été fait.
Les experts ne s'accordent pas sur l’efflcacité en fait de jreuve de la présence du poison, par la série de couleurs. Le Dr. Jacques dit que tous les auteurs ne considèrent pas la série de couleurs comme une épreuve infaillible ; Tardieu seul, d'après ce qu'il connait la considère comune telle, Le Dr. Prvost dit qu'il la considère comme une épreuve infaillible. Avant la série des couleurs, ajoute-t4il, il ne pense pas que l'amertume seule pût donner aux savants une certitude égale à celle que nous obtenons aujourd’hui. Et pour confirmer son infaillibilité, il termine en disant: * Certains principes mis d'abord de l'avant par les savants ont été ensuite reconnus comme faux. Il en est de même de certaines expériences. De nos jours la chose ne peut guère arriver. Il y a eu des cas où après des erreurs dans les expériences, des individus ont eté condamnés injustement.”
D'après le Dir. Provost la science a atteint son dernier degré de perfection, il n'y a plus d'erreurs possibles.
Le Dr. Girdwood vient dire son dernier mot sur cette question : ‘“ La preuve des couleurs est la plus forte de toutes les preuves à mes yeux pour la stryshnine, c'est un moyen infaillible de la découvrir.”
Il est dificile de conclure positivement sur l'importance de la série de couleurs, après avoir lu ces trois opinions, mais s'il faut en croire le Dr. Provost, nous sommes dans un siècle de lumière, où le doute n'est plus possible, et il faut admettre comme infaillible, ce qui, peut-être dans 20 ans, sera considéré comme très jroblématique. La série de couleurs n'a que 15 ans à peu près d'existence et ce n'est pas assez pour Jui donner une telle infaillibilité. Combien d'autres expériences reconnues comme bien concluantes, sont maintenant reléguées comme impuissantes à supyorter une conclusion, La série de couleurs a pris la place de l'amertume, L'épreuve physiologique fait une sérieuse concurrence à la série de couleurs : qui sait si la première ne réussira pas à reléguer l'autre au même plan que l’amertume, Il ne faut pas ainsi enrayer l'avenir.
Je laisse à d'autres plus compétents que moi la critique des réactifs. Je constate cependant beaucoup plus de soins qu'il n’en a été apportés dans le procès Provencher, Je parlerai de l'épreuve physiologique, autrement dit :
l'histoire des trois grenouilles. La capsule sur laquelle une partie de résidu a été prise pour