PRÉSIDENCE DE M. LEGENDRE
PLAINTE EN DIFFAMATION ET OUTRAGES ENVERS UN DÉPOSI- TAIRE DE l'autorité PUBLIQUE. — LE GÉNÉRAL TROCHB CONTRE M. DE VILLEMESSANT ET M. AUGUSTE VITU.
Audience du 27 mars.
Les articles du Figaro^ signés Minos, parus les 23 et 21 janvier dernier, s'ils n'étaient point passés inaperçus, avaient du moins assez peu frappé l'attention publique. On en avait tant dit, on en avait tant écrit sur le compte du général Trochu, qu'ils n'avaient guère le mérite de la nouveauté ; tout semblait épuisé ià-dessus ; mais naturellement lorsqu^on apprit que l'ancien gouverneur de Paris avait porté une plainte en difl'amation contre M. de Viliemessant et contre M. Vitu, leur auteur, on a voulu les relire, et l'annonce de ce procès à causé une émotion légitime, car on comprit l'importance du débat qui allait s'engager devant la Cour d'assises.
Chacun a deviné que de la discussion au grand jour, devant le jury, sortiraient sans doute des détails imprévus, des révélations de faits ignorés encore.
Ce sont les comptes du 4 septembre; ce sont les hommes du 4 septembre qui sont en jeu I
Le général Trochu, en appelant devant le jury ceux
qu'il accuse de diffamatîon, et auxquels est permise la preuve de la vérité des faits par eux publiés, sera obligé de mettre à jour sa conduite depuis le moment où la révolution l'a pris pour Je placer à la tête du gouvernement de la défense nationale.
C'est un grand procès politique que le jury est appelé à juger, un proi es qui peat être orageux, car il attisera bien des passions.
L'empire voudra sans doute reprocher sa ruine à celui que Paris, plein d'espérance alors, acclamait comme son sauveur et portait au premier rang des membres du gooverneraeni de THôtel-de-Ville. Il voudra sans doute établ'r que le général Trochu avait juré de se faire tuer sur les marches des Tuileries pour défendre l'Impératrice régente et la dynastie impériale.
Les amis du plaignant lui avaient conseillé, dit-on, de garder un dédaigneux silence. Que pouvait lui faire une attaque nouvelle, après toutes les attaques auxquelles il a été en butte? •
Mais le général Trochu a pensé que tootes les récriminations, tous les regrets des partisan^ du régime déchu ne pouvaient aller jusqu'à l'atteindre dans son honneur, et, opposant témoin à témoin, il faudra qu'il se jrstifîe devant le pays ; il tiendra à prouver que l'empire était mort et s'était suicidé, et qu'on ne peut l'accuser d'avoir trahi et d'avoir renversé ce que personne n'eût pu défendre et maintenir. Que le 4 septembre, après tant de désastres, était inévitable et qu'il s'est fait lui-même.
Que sortira-t-il de ce procès, nul ne peut le prévoir. Mais il réveille dans les cœurs de bien giandes tristesses ; il nous ramène à des jours bien douloureux, à l'époque de nos affreux désastres, et dans lesquels chacun cherche à amoindrir sa part de responsabilité.
Dès neuf heures, une foule considérable envahit les abords de la Cour d'assises, r; ais les ordres les plus sévères ont été donnés de ne laisser passer que les témoins
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et le petit nombre de personnes assez heureuses pour trouver une place dans Faoditoire ; les places y sont bien peu nombreuses, en effet, et chacun regrette Tancienne salle des assises qoi pouvait contenir tant de monde. On la regrette surtout au point de vue de l'acoustique, car dans celle-ci bien peu de personnes, sauf celles placées aux premiers rangs, ont pu entendre les dépositions des témoins.
Une trentaine de places (les bancs des accusés) sont bien vite envahis par les membres du barreau auxquels ils ont été réservés.
La presse a été favorisée par M, le président des assises, qui, pour elle, a largement fait les shoses. Indépendamment des journaux judiciaires, les journaux politiques ont tous pu trouver une place pour leur représentant.
Deux sténographes spéciaux recueillent les débats, pour M. le général Trochu.
Le Figaro a son rédacteur et son sténographe, assis au bout du banc de îa défense.
Derrière les fauteuils de la Cour viennent s'asseoir un grand nombre de magistrats.
Il n'y a aucune dame dans l'aurfitoire.
Lorsque le général Trochu entre dans la salle, tous les regards se dirigent vers lui. Il s'assied à la place qui lui est assignée; à plusieurs reprises il se lève et cause avec animcition.
L'audience d'aujourd'hui a été assez courte; plusieurs témoins cités par la défense, faisant partie de l'Assemblée nationale avaient demandé et obtenu l'autorisation ie retourner à Versailles prendre part aux travaux législatifs. Ils ne seront entendus que demain.
Les dépositions des témoins entendus aujourd'hui ont constamment captivé l'attention de l'auditoire. Ce qui nous a frappé le plus, c'est un trait qui se retrouve dans presque toutes ces dépositions. Chacun a fait tout ce qu'il a pu pour sauver l'empire ; c'est le thème sur
lequel les témoins, cités par les prévenus, s'étendent avec le plus de complaisance.
Les autres points principaux de ces dépositions sont les détails relatifs au retour à Paris du camp de Ghâlons du général Trochu ; au retour des mobi es de la Seine, aux rivalités entre le gouverneur de Paris et le général comte de Palikao, la méfiance manifestée contre le général Trochu par le conseil des ministres, les promesses faites par le général à l'impératrice, l'envahissement du Corps législatif et le départ des Tuileries de l'impératrice régente, le 4 septem.bre vers quatre heures du soir.
A dix heures trois quarts, l'huissier audiencier annonce la Cour.
Le silence le plus complet se rétablit immédiatement dans la salle.
M. l'avocat général merveilleux-dcvignaux demande à la Cour d'.idjoindre au jury deux jurés suppléants, vu ^la longuei r présumée des débats.
La Coiir fait droit à ces réquisitions et ordonne en outre qu'un troisième assesseur sera adjoint à la Cour.
La Cour se retire en chambre du Conseil pour procéder au tirage du jury,
La Cour rentre à l'audience.
Devant le bureau du greffier, à une table, prend place le général Trochu, assisté de M* allou, son avocat et de
M® DESROULÈDE, avOué.
Au banc de la défense sont assis derrière leurs clients, M® LACHAUD, avocat de M. ie Villemessant, M''* grand- PERRET ei MATHIEU, avocats de M. Vitu.
Sur l'invitation de M. le président, M. de Villemessant donne ses noms et qualités. Il déclare se nommer Hippolyte de Villemessant, âgé de soixante-deux ans, homme de lettres, né à Rouen.
M. Vitu déclare se nommer Auguste Vitu, âgé de quarante huit ans, homme de lettres, né à Meudon (Seiae- Ct-O'se), demeurant à Paris, avenue de Wagram.
La Cour reçoit ensuite le serment de MM. les jurés.
Voici la liste du jury :
MM, Boîitet, Agis, Arnaud, Rigôîot, Amiel, Bruzelin, M uillon, Krantz, Cailleux, Le Testu, Guerlain, Brossonneau.
Jurés suppTeraenîaires :
MM. Tassari ei Regnard.
M. i'^ greffier Blondeau donne ensuite Tecture de Tartè^, de renvoi qni est ainsi conçu :
Lo si* ur D launay de Viliemes^ant a pub'ié dans le journal le Figaro, dontii est le propriétaire-gérant, dans les numéro*; portant les dates des 23 et 27 janvier, deux articles ayant pour titres : Les comptes du 4 septembre, Le général Trochu, signé : Minos.
Le premier commence par ces mots : « 19 janvier 1872, anniversaire d'un jour de deuil, » et finit par ceux-ci : tt A demîûn l'homme politique. » Le second commence par ces mots : « La Révolution est une fille bien» et finit par ceux-ci : « Je le croyais un honnête homme. »>
Le général Trochu a reconnu que ces articles contenaient contre lui, à l'occasion des fonctions publiques et du commandement qu'il a exercés au cours de sa carrière militaire, des imputations diffamatoires et des outrages; il a porté une plainte, en date du 28 février 1872, coutre Auguste Vitu, qui s'est reconnu Tduteur des articles, et contre Delaunay de Villemessant, propriétiiire-gérant du Figaro. I! a articulé et qualifié les faits difî'atoires,
Vitu, interrogé, a déclaré n'avoir jugé le général Trochu que comme homme polit que, ne pas avoir dépassé ses droits et s*est réservé de fournir la preuve des faits énoncés.
Villemessant a reconnu qu'il avait été prévenu de la publication de ces articles; qu'il savait que, depuis un mois, Vitu réunissait les pièces nécessaires pour les écrire, parce que, dit-il, il tenait à ce qu'il ne les écrivît qu'avec pièces à l'appui, en comprenant toute Timporance.
Le 3 mars 1872, le juge d'instruction au Tribunal de la Seine a ordonné la transmission des pièces au procurear général.
La Cour, ^^v^^ c« *iYoir délibéré,
Considérant que des pièces et de rinstraction résultent charges suffisantes contre :
!• Hîppolyte Delaunay de Vilîemessant;)
2® Auguste-Charles Vitu, savoir :
Contre Delaunay de Vilîemessant :
!• D'avoir, à Paris, en 1872, en publiant dans le journal le Figaro, dont il est le propriéiaire-g(^rant, et dans les numéros ponant la date des 23 et 27 janvier, lesquels ont été ven lus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux publics, deux articles sous la rubrique : « les Comptes du 4 septembre, » et sous le titre : « le Gêné' rai Trochu. »
L ■ pr< mier article commençant par ces mots: «19 janvier 18721 anniversaire d'un jour de deui!... » el finissant par ( eiix-ci : « A demain 1 homme politique. » Et le second commençant par ces mots : « La Révolution est une fille bien éhonlée, )) et finissant par ceux-ci : «Je le croyais un honnête homme; » commis le délit de diffamation envers le général Tf ochn, dépositaire de l'autorité publique, pour des aeies relatifs à ces foncions, en lui imputant des faits de nature à porter atteinte à son honneur et à sa considération.
Lesquels faits résultent notamnaent des passages suivants d"s écrits susvisés :
L — Numéro du 23 janvier « 19 janvier 1872, anniver-^ sairs d'un jour de deuil oti le sang le plus pur coula dans une entrepiise ténébreuse, que la conscience publique a flélri du nom d'assa^^sinat.
« Le gouverneur de Paris ne capitulera pas, » avait dit le général Trochu dans une proclamation solennelle. Et, cependant, il savait qu'avant dix jours il aurait rendu la ville, les forts, les fusils, les canons de l'armée, payé 200 millions de contributions de guerre, et signé, avee les préliminaires de la paix l'abandon implicite de l'Alsace et de la Lorraine.
« Le gouverneur de Paris, qui avait juré de ne pas capituler, pouvait imiter ce suicide héroïque et captieux ; il donna simplement sa démission et ne coucha dans le linceul que son honneur militaire. Nos pauvres morts du 19 janvier en furent pour leurs frais.
II. (Même numéro.) wVoi à donc, pensais-je, où nous en sommes! En ce pays, on peut arriver au pouvoir par l'inlri^uti, la trahison ou l'émeute, saisir son pays an col-
let comme une proie, îui extorquer sa confiance, son sang et son or ; puis le rejeter pantelant, ôourbé dans la misère et dans la honte, et se frotter les mains, se glorifier, et monter- au Gapitole en jurant qu'on avait sauvé la patrie; et rire encore, comme si le châiiment n'iétait ni de ce monde, ni de l'autre, »
HT. (Même numéro.) « ... On savait seulement qiï'en 1851, aide de camp du général de Siint-A.rnaud, ministre de la giierre, il avait été l'un des collaborateurs en sous ordre du coup d'Etat du 2 décembre.
« Ces attributions mirent, dans les mains du lieutenant-colonel Trocha Texécution des dé usions rendues par les commissions mixtes, et les souvenirs contemporains affirment qu'il n'entrait pas alors dans s s sentiments d'en tempérer la rigueur, — au contraire ! »
IV. (Numéro du 27 janvier.) — « Le général Trochu ^arriva de Paris au camp de Ghâlons le 16 aoûi^^, en même temps que l'empereur y arrivait de Metz. La conférence solennelle du lendemain, 17 août, est trop connue pour qu'il soit besoin de la raconter ici. Il suffit de rappeler que le général Trocha y reçut de l'empereur le gouvernement de Paris, qu'il lui adressa ces paroles textuelles :
a Sire^ dans la situation pleine de périls où e^t le pays, une révo'uiioa ie précipiterait dans i'abîme; tout ce qui pourra être fait pour éviter une révolution, je le ferai, et qu'il embrassa deux fois Tempereur en protestant de sa fidélité.
» Il réclama de la régente, à défaut de l'emoereur, un àécret qui consacrât immé liatement sa nomination. Mais général, objecta i'impéra'ric^, je ne suis qu'une régente consùtationnelie, et je n'ai pas ie droit de donner ma signature sans qu'elle soit couverte par celle d un ministre responsable.
Madamr>, repartit avec véhémence le général Trochu, ies plus grands malheurs peuvent résulter de votre refus. J'ai donné Tordre aux 12,000 mobiles de la Seine de quitter le camp de Ghâlons et de se diriger sur Paris par les^ voies rapides, ils seront ici demain. Ils n'ont confiance qu'en moi; si à leur arrivée ils ne-trouvent pas placardé sur les murs le décret qui me nomme gouverneur de
Paris, ils se croiront trompés, et je ne saurais répondre des conséquences. »
Devant ces menaces peu déguisées, rimpéialrice, malgré sa fermeté d*âme, céda.
V. (Môme numéro) : « Le général Trochu avertissait la révolution que 12,000 prétoriens de l'émeute, déjà signalés par les scènes scandal:^uses de Châlons, étaient campés sous les murs de la capitale. Les faubourgs tressaillirent et la gauche législative comprit que l'heare allait tonner... Ce qu'il est permis d'affirmer, parce que le fait, sont immoral qu'il soit, est indéniable, c'est que des relations intimes s'étaient établies entre a gauche révolulionnaîre, qui méditait le renversemeut de l'einpire, et le chef militaire chargé de défendre le gouvernement dont ilavait soliicité et surpris la confiance. »
VL (Même numéro). «Il salua, et s'étant profondément incliné devant l'Impératrice, il lui tînt ce petit discours: Madame, si votre police est bien faite, elle a dû vous dire que les députés de la gauche ont tenu chez moi plusieurs réunions ces jours-ci; que Votre Majesté n'en prenne point d'ombrage, mon dévouement pour elle est sans bornes et s'appuie sur une triple garantie. Je suis Breton,
catholique et soldat Prévenir les soupçons par une
f'iiate franchise, dénoncer la gauche en cas d'insuccès, se garder à pique en même temps qu'à carreau, et trahir tout le monde en se plaçant soas le saint nom de celui qui fut vendu treize deniers par Judas, tout cela en trois révérences et ea quatre membres de phras9 : Avouez que c'est un chef-d'œuvre. »
VII. (Même numéro). «L'impératrice fit remarquer que c'était surtout la Chambre qu'on menaçait, et qu'il était urgent de sauvegarder le heu de ses séances plutôt que les Tuileries. Mais, ceci est à noter pour l'historien, autant le général Trochu se montrait empressé et chaleureux pour ce qui regardait l'impératrice, autant il parut peu explicite pour ce qui concernait la défense de la Chambre... Faut-il rappeler que le premier soin de l'intègre général fut de prendre à Jules Favre sa présidence pour se l'applique-r à lui-même. C'était à prendre ou à laisser. Président, le général s engageait à servir la Repu-
blique; non président, il devenait capable de sauver la régeDce.
)) Mais enfia^ lorsque le palais fut menacé, l'impérattice fit chercher l'homme qui s'était offert à mourir pour elle, sur son honneur de Breton, de catholique et de soldai. Ou vint apprendre à la régente que Trochu avait passé devant les Tuileries, mais sans y entrer, et qu'il siégeait à l'Hôtel-de-Ville, oh la République était proclamée. Tout était fini : la trahison venait d'assurer le triomphe de Témeute. »
2" D'avoir, au même lieu et à la môme époque, par la publication des écrits susrelatés, lesquels ont été vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux publics, commis le délit d'outrage envers le général Trochu, dépositaire de l'autorité publique, à raison de ses fonctions ou de sa qualité, notamment dans les passages^ suivants desdits écrits :
« Le personnage que j'avais vu de près à Londres, dans le musée de cire de Mme Tussaud, entre Dumolard et Troppnaann, c'était le général Trochn. »
(Numéro du 27 janvier.) « La première sentence appartient à M. le général Changarnier : « C'est Tartufe coiffé du casque de Mangin. »
(Même numéro.) a C'est le mot de M. le maréchal de Mac-Mahon devant la commission d'enquête : « Je le croyais un honnête homme. »
Contre Vitu :
De s*être, au même lieu et à la même époque, rendu complice des délits ci-dessus qualifiés, en fournissant à de Viliemessant les articles dont il s'agit, pour être publiés et en l'aidant et assistant avait connaissance dans les faits qui constituent la diffamation et l'outrage envers le général Trochu.
Délits prévus par les art. 1®% 13 et 16 de la loi du 17 mai 1819, 6 de la loi du 25 mars 1822, 1" et 3 de la loi du 15 avril 1871, 59 et 60 du Gode pénal.
Après cette lecture, M. le président rappelle aux prévenus les délits qui leur sont reprochés et les inviie à être alteutife aux charg ?s qui vont être portées contre lux.
M. le greffier donne lecture de la liste des témoins.
— lô —
Les témoins cités à la requête de M. Vitu sont :
MM. Bnsson-Bdîanlt, Clément Davernois, Gossé-Brissâc, Jules Br^me, Henri Chevreau, comte de Palikao, Jules Richard, Giraudeau, Ronher, Schneider, Magne, Birfpann, marquis d'A^delarre, Estaneelin, Vuilry, Camille Doucet, comte <ie Meffray, Guilioutet, de Gravé, colonel Sfcoffel, général PéiiSbier.
L^'S témoins cités à la requête du général Trochu sont :
MM. Jules Favre, général Schmitz, colonei Montagut, Vacherot, Arnaud de l'Ariége. Cresson, Lair, Richard Brunet, général Changarnier, M. Baze, M. de Maillé, Brunet, général Maegoii de la Lande, Meunier, général Jarras. général Lacroix, général de Place, amiral Fourichon, Jurien de Lagravière, maréchal de Mac-Mahon, général Berthaiid, Piétri, général Waubert, Magiie, Relier, Usquin, Pollet, général Lebrt^ton, général Soumain, général de Malroy, général Chaband-Latour.
Quelques témoins n'ont pa^? répondu à l'appel de leurs noms; les défenseurs déclarent ne faire aucune opposition à ce qu'il roit passé outre anx débats.
D., à M. de Villemessant. — Yous reconnaissez avoir publié les deux articles que je vous fais représenter? — R. Dui, monsieur le président.
D. Ces articles constitueraient le délit de diffamation envers le général Trochu, en qualité de fonctionnaire public.
Il y a d'abord une appréciation de la journée du 19 janvier et de la capitulation de Paris, puis du compte rendu de l'entrevue avec Sa Majesté l'impérairice, la rentrée des girdes mobiles à Paris, et etifin une appréciation du 4 septembre.
Quelle explication avez-vous à fournir:
R. Je poiirrais facilemeni d/ gager ma responsabilité, car j'étais à Nice quand les articles ont paru : j'accepte cepe'idant la responsabilité de celte série d'articles dont on m'avait entretenu depuis quelque temps; quelque grave que ce tût, si on avait des pièces à l'appui, j'ai dit que je serais ti ès-aise de signer ces articles contre M. Trochu. On a mi> deux ou trois mois à rassemble; les pièces.
Le premier article était un peu dur pour un soldat. J'ai envoyé de Nice une dépêche à ce sujet, disant à mon
^ il —
secrétaire de faire savoir à M. Vita d'arrondir les anfiles.
M. Vitu défendra ses articles; je n'ai rien à dire de ce chef. Je ne suis pas bonapartiste, puisque j'ai passé mî vie en police correctionnelle sou^ i'Etnpire. J'ai vn, danij un article du Figaro, qui a fait du bruit, rédigé par ua prêtre, le récit vrai du départ de 1 impératrice. J'y ai vuce qu'avait fait le général Trochu envers une reioe, une femme; j'en étais indigné et j'étais tout ptêt à recevoir ce qui pourrait éclairer sur sa conduite. Le général Trochu était pour moi une plaisanterie, et le dégagement de Paris par lui était une chose à laquelle je ne croyais pas, Mes rédacteurs en faisaient gorge chaude; j*ai bu du lait je l'avoue; quand on a fait passer ces articles; cependant j'en accepte la responsabilité.
D., à M. Vitu. Qu'avez-vous à dire? — R. J'avais l'intention de faire connaî re la vérité sur des faifs historiques, en conscience et non pas pour diffamer. Si l'expressioH est dure, cela vient de ce que je croyais ce que j'écrivais ; l'expression a suivi la pensée. La forme de ce journal demandait, à cause de son public, une certaine vigueur. Ai -je dépassé les droits de, la critique historique.? A vous d'apprécier.
M. "LE PRÉSIDENT. — M. le général Trochu, veuillez vous lever et fair« connaître les motifs qui vous ont déterminé à porter plainte.
Louis-Juif s TROCHU, cinquante sept ans, général de division, né à Belle-Isle-en-Mer.
Messieurs les jurés, j'ai été toute ma vie un homme de libre discussion; comme général en chef, j'appartenais à la discussion de l'opinion publique; aux attaques de toute sorte, aux railleries, aux injures, je n'ai répondu, ni fait répondre, ni laissé répondre, mais les article^ du Figaro du 23 et du 27 janvier ne s'attaquent pas à des actes de ma vie publique, ils s'attaquaient à mon caracière et à mon honneur, j'ai donc déposé la plainte que vous a?eï bien voulu recueillir et j'y persiste.
Sur T' bservation de M® laghaud, M. le président fai appeler M. le général Pôiissier qui a été cité par erreur et le prévient qu'il est libre de se retirer, si boa lui semble.
■0:1 procède ensuite à Faudition des témoins cités par M. Vitu. ^
Charles Cousin de montauban, comte de Palikao soixante-seize ans, générai de division, avenue de Marigny à Pans. (Sur la demande de M* lachaud.) Lorsque |ii fus appelé ail mmistère, moa premier soin fut de constituer de nouvelles arm(^es pour dégager nos autres armées, dès que j arrivais au ministère, je m'occupai donc de chercher des généraux pour les mettre à leur tête; un des plus méritants était le général Trochu, ie m empressai de lui proposer le commandement du 12« corps d armée ; le général Trochu vint me trouver, il accept) avec plaisir ce commandement
Je crois que M. Jules Brame me fit quelques observations à cet égard, Il me dit :« Le général Trochu est hos tile a lempire. » Je Im répondis : « C'est un homme d honneur ), et j ajoutai : « Si le général Mac-Mahon venait a e(r(^, blessé, M. Trochu pourrait prendre sa place.
/rochu partit; quarante-huit heures après son dé^ part, M. Ctievreau vint me trouver et m'apporta un brouillon signé par l'empereur qui nommait le général Trochu gouverneur de Paris. Je fis quelques difficultés pour contresigner cette nomination, a mes yeux, M Trochu n'arrivait pas constitutionneilement. Le conseil des minisires n'avait pas été convoqué.
M. Chevreau insista, il me dit que l'impératrice v tenait beaucoup; je cédai et je contresignai le décret. Deux Heures après, le général Schmitz vint me trouver pour me demander où devaient être placés les mobiles. Les bras me tombèrent à la nouvelle de voir arriver ces mobiles qui appartenaient pour la piupartà Believiiîe et à Lnaronne. J en exprimai mon mécontentement. Néan moins, Ils étaient là; je voulus leur faire continuer leur route pour les places du nord. Le général Schmitz me ait : «1. est trop tard pour leur faire continuer leur route vers le nord, ils sont débarqués.
(Sur interpellation.) Mes rapports avec le général Trochu ont été carrément déclarés le 27 août au Corps lé gislatit. Je laissai au général Trochu toute la latitude que lui conféraient les règlements : il avait l'obligation de cndre compte, de par le rè- ement, des événements ex-
traordiriaires, tumulte ou révolte, qui pomaient se produire. Jamais je n'ai reçu aucun rapport de cette espèce ni du général, ni du commandant de la place.
(Sur interpellation.) M. Trochu, qui a assisté quelquefois au conseil des ministres, a deux ou trois fois occasionné des émotions.
Unjrurnal, le Ttmps^ je crois, avait reproduit une proclrimation oh le général parlait de l'emploi exclusif de moyens moraux pour maintenir Tordre. M. Magne, ou M. flouher, l'interpella, lui faisant observer que la force morale pouvait ne pas suffire, et on lui demanda ce qu'il ferait en cas de révolte. Il répondit qu'il réprimerait r<^meute. Il y eut une autre interpellation où on lui demanda s'il était hostile à l'empire, et ce qu'il ferait si on envahissait les Tuileries ou !a Chambre, a Je me ferais tuer sur les marches des Tuileries ou du Corps législatif I » a répondu le général.
Dans une proclamation aux mobiles, il leur disait qu'ils avaient le droit d'être à Paris et de défend îc Paris, c'était anti disciplinaire, et je le lui reprochai en cor.seil, lui faisant grief de ne m'avoir pas communiqué cette proclamation, et je déclarai déposer mon portefeuille, puisqu'on ne me considérait pas comme général. Je ne le repris que lorsque le général Trochu reconnut mon autorité. Le général fît des protestations et l'incident fut clos.
Je n'ai vu qu'une fois le général Trochu, et je ne reçus de lui qu'une seule leitre personnelle et par iculière, ne concernant en rien l'état militaire. Jamais je n'ai reçu le rapport prescrit par le règlement de 1852, à la rédaction duquel M. Trochu a participé en qualité de secrétaire.
Cette question est importante pour répondre plus tard.
J'ai écrit au général Soumain une lettre dans laquelle je lui dis que je lui donnerais des ordres directs. M. Trochu était toujours sorti, il était toujours dehors, je ne pouvais attendre, c'était à lui à me faire un rapport sur ce qui se passait et il ne m'a pas fait de rapport, rriais avant cette lettre à M. le général Soumain, écrite le 3, je n'ai jamais donné aucun ordr« en dehors du général Trochu.
N'ayant pas vu le général Trochu, le 3, j'allai chez le général Soumain; je lui demandai quels étaient les ordres, ïi me dit : « Les ordres sont les mêmes. » J'a\ais assez à m'occuper à ia Chambre; je ne pouvais moi-même, ministre de la gaerre, monter à cheval et vérifier si les ordres étaient cxécntés.
Le 4 septembre, j'avais été toute la journée à la Chambre ; j'en suis sorti vers trois heures et demie, le dernier, peutêire. J*avais été bousculé; j'avais vu M. Picard, monté sur un tabouret, oui parlait à la foule de République. La salle des Pas-Perdus était envahie. Je défendais l'entrée de la salle, cherchant à empêcher l'envahissement de la Chi^mbre. Un député excita le peuple contre moi; je fus bousculé. Enfin je fus dégagé par mon aide de camp, par mon ge' dre et par un colonel. Je pris une voiture et je me rendis immédiatement chez l'impératrice, aux Tuileries.
Par la rue de Lille, je pus arriver jusqu'au pont Royal. Au moment où j'arrivai à la porte des Tuileries, les hussards de la garde sortaient, les gardes à pied sortaient aussi. Qui avait donné les ordres de quitter les Tuileries? Je n'en sais rien. Ce que je me rappelle, c'est que la foule envahissait déjà les Tuileries, je me rappelle avoir vu sur les murs écrit à la craie : « Mort aux voleurs. » Je rentrai chez moi, il pouvait être cinq heures, je rangeais des papiers, lorsqu'on m'annonça la visite du général Trochu. A |ce moment, j'avais une douleur immense à laquelle j'avais résisté tant que j'avais un devoir à remplir, je croyais avoir perdu mon fils. Rentré chez moi, les sentiments de la famille reprirent le dessus. C'est à ce moment qu'arriva le général Trochu.
Il me dit : « Mon général, je viens vous remplacer au ministère de la guerre. » Je ne lui parlai p&'s de ce que sa concience pouvait lui prescrire de faire, et pensant à ma douleur, je mis ma tête entre mes deux mains, le général Trochu me quiitt en disant : Général I pauvre homme! pauvre homme ! Je ne l'ai plus revu depuis cette époque.
Lorsque MM. Jules Favre, Gambetta et Kératry ont élevé la question de faire donr»er le commandement et rarra;>ment au général Trochu, je me levai, je dis que, ministre de la guerre, j'étais responsable. Je définis la
part que je lui laissais, et j'ajoutai : Quant à l'administration, il n'a pas à s'en mê er. J'ajoutai : Je le crois trop loyal pour manquer jamais à ses engagements.
Je ne savais pas, quand M. Trochu e>t venu pour me remplacer, qu'il avait été à l'Hôlel-de-Vilie; il ne m'a pas parlé de la chute de l'empire, ni qu'il fît partie du gouvernement de IHôtel de-Ville.
M* LACHAUD.— llya eu deux séances au Corps législatif.
Le 27 août, on a demandé que le gouverneur de Paris eût l'armement du blocus de Paris. Le 3 septembre, M. Jules Favre a demandé que des pouvoirs souverains fussent donnés à un général qui avait la confiance du peuple. M. de Palikao a répondu que ce général, que tout le monde connaissait, ne manqueiait pas à son serment.
M. LE PRÉSIDENT. — Quelle a été votre impression à ce sujet?
LE TÉMOIN. — C'est très-délicat. Je dois des faits comme témoin ; dois-je mes impressions personnelles ?
M. LE PRÉSIDENT. — Yous êtcs le meilleur appréciateur de ce que \ous peuvez dire. — R. Il m'est difficile de répondre, car je puis me tromper. Il m'a paru c xlraordinaire, en réfléchissant depuis, d'avoir vu M. Trochu gouverneur de Paris le 4 au matin, et président du gouvernement hostile le soir.
(Sur la demande de M® MATHIEU.) Est-ce qu'un gouverneur de Paris a pu rappeler à l'activité un général en retraite? — R. Pendant que j'étais ministre, évidemment non ; mais, depuis, je ne sais ce qu'on a pu faire.
D. Il s'agit de M. Le Fiô auquel M. le comte Kéra?ry a demandé s'il voulait être ministre de la guerre? M. Le Flô répondit qo il ne pouvait, puisque M. le général Trochu l'avait nommé commandant d'un secteur. — R. Non-: les règlements s'y opposent.
D. Est ce que M le maréchal Vaillant ne s'est pas effacé dans le comité de défense devant M. Trochu? — R. Le règlement l'avait revêtu de la présidence auconaité de défense, présidé avant par M. le m^iréchal Vaillant. Le général Trochu, dans une lettre, prétend qu'il était toujours à cheval, etc. M. Trochu se créait des occupations, car les approvisionnements ne sont pas du ressort du général.
Il y a le comité de défense dans une place et le comité de cortiôle des approvisionnements de la place, présidé par le commandant de la place et non par le gouverneur en chef.
(Sur interpellation de M* Allou.) La lettre dont il est question est-elle la lettre publiée dans le livre de M. le général Palikao? — R. Le générai m'a écrit une lettre pour me remercier d'une affaire en dehors du service, et fort C( uîtoise. Quand je quittai la France, le 4 septembre, afin d'aler à la recherche du corps de mon fils, que l'on disait tué à Sedan, j'écrivis une lettre au minière de la guerre, en lui disant que mon intention était de rentrer en France et de me retirer dans ma campagne, loin des affaires.
M° ALLOU demande à îa Cour de vouloir permettre aux témoins cités à la requête du général Trochu et qui font partie de l'Assemblée nationale, de se retirer aujourd'hui.
La défense n'y faisant pas d'opposition, ces témoins sont autorisés à se retirer pour l'audience d'aujourd'hui.
M. Henri chevreau, qnarante-buit ans, ministre de l'intérieur avant le 4 septembre. (Sur la demande de M® Lachaud).
C'est moi qui ai reçu le premier le général Trochu à Paris, c'éiait dans la nuit du 17 au 18 aoûJ- ; j'étais dans mon cabinet avec le directeur général du m nistère, qu^nd on m'annonça le général Trochu; il était accompas^né du g^^néral Schmitz. Le général me dit : « Je suis nommé gouverneur de P. ris. Voici le décret de l'empereur qui place sous mes ordres toutes les forces de Paris. » J'en manifestai un très-vif étonnement ; alors le général Trochu me remit une lettre que l'empereur lui âva t écrite.
Je dis au général que je reconnaissais bien le décret, et que j'en ferais part le lendemain à mes collègues^ au conseil qui s'assemblait tous les jours; il me répor.dit : « Tout retard est impossible; je ne précèJe l'empereur que de quelques heures; les mobiles vont arriver; il ne peut être apporté aucun sursis à l'insertion du décret aa Moniteur. » Je lui dis : « Mais un décret de l'Empereur
doit être contresigaé par ua ministre. » J'allai immédfatement aux Tuileries prendre les ordres de l'Impératrice toujours accompagné du général Trochu et du général Schmitz.
Je fis prier l'impératrice de se lerer, et, quelques im* nutes après, nous entrâmes dans le cabinet de Sa Majesté. Là, eut lieu une conversation très-longue. Le général Trochu parla beaucoup. Ce que je puis dire, e'esl? qu'il peignit la situation sous des couleurs très-sombres* Il donna à Sa Majesté les assurances de son dévouemeuL Sa Majesté me pria alors d'aller chez le ministre de ia guerre et de lui demander son contreseing. Il y avait â cette entrevue une quatrième personne, M. l'amiral de la Gravière, ami de M. le général Trochu, qui, en parlant du général Trochu, dit à l'impératrice : « Madame^ ayez toute conËance, Icj général Trochu est le pi us honnête homme que je connaisse; ce qu'il a promis, ii le tiendra. »
Je me rendis chez le ministre de la guerre, il étaîl couché, il se leva, il fut surpris du décret de l'empereur, il me fît des observations, il me dit qu'il avait confiance dans le général Trochu, pour le placer en face de l'ennemi, qu'il était courageux devant l'ennemi, mais que pour le poste de gouverneur de Paris, ce n'était plus la même chose : c'est un poste politique. Le ministre signav je retournai aux Tuileries, j'appris à Sa Majesté que cette affaire était réglée, et le général Schmitz porta le décret au Moniteur,
(Sur une nouvelle question de M* La chaud, relative i la première proclamation du général Trochu.)
Le général nous donna lecture de la proclamation qu'il avait préparée; elle commençait ainsi : «Nomnié gou- Terneur de Paris par l'empereur, que je précède de quelques heures... » Sur ce mot, l'impératrice dit : « Général, effacez cela. » Sa Majesté s'était décidée à rester à la tête de ses troupes et à partager leurs dangers. (Légers murmures au fond de la salle.)
M® GRANDPERRET. — Je dois rectifier une expression dii témoin. Il a dit que l'empereur voulait rester à ia tête de ses troupes; mais, à ce moment, l'empereur ne commaar . dait plus l'armée.
LE TÉMOIN. — J'ai voulu dire que l'empereur voulait
rester au milieu de ses soldats.
(Sur la demande de Af*' l^chaud.) M. le général Trochu a été appelé au conseil plusieurs fois et il a quelquefois demandé à y revenir. Je me rappelle ce fait particulier que M. le général Trochu avait adressé un ordre du jour aux gardes mobiles ayant vivement impressionné le conseil. Il y eut un incident qui se traduisit par une lettre écrite par le général au journaL/e Temps, et qui produisit une impression fâcheuse. Ou lui demanda de préciser comment il exercerait les fonctions de gouverneur s'il y avait des troubles intérieurs. Il a répondu qu'il ferait énergiquement son devoir le cas échéant.
(Sur la demande de M® Mathieu). L'impératrice fut émue de la nomination du général Trochu, à laquelle on ne s'attendait pas. Sa Majesté se demanda s'il n'aurait pa^ été préférable que le général Tiochu restât à l'armée. Elle n'avait plus de scrupule sur l'entrevue avec le général Trochu. L'impératrice n'a demandé à effacer de la proclamation que l'arrivée de l'empereur, et non pas que l'eiTipereur avait nommé M. le général Trochu.
^Sur la demande de M® Lachaud). Le 3 septembre au soir, vers cinq heures, en sortant de l'Assemblée, j'allai aux Tuileries pressentant un grand malheur. Des dépêches non officielles m'avaient appris en quelque sorte la défaite de, Sedan.
Je vis aux Tuileries M. de Vougy, directeur des lignes télégraphiques, qui me communiqua la dépêche de l'empereur, annonçant la défaite et sa captivité, pour la faire passer de suite, et moi-même, à l'impératrice. Je lus cette dépêche à Sa Majesté, qui fut atterrée. Mais elle dit qu'elle n'avait pas le droit de s'abandonner à sa douleui;, et, au bout de quelques instants, elle demanda la convocation du conseil des ministres. Il se réunit de suite. On rédigea uue proclamation. Je m'approchai de l'impératiâce après le c^nseil, qui avait été fort court, et je ne pus lui 'lissimuler la gravité des circonstances et que j'étais certain que les hommes de désordre exploiteraient la cat^sirophe de Sedan en faveur de leurs désirs et de leurs passions, et qu'il fallait faire appel à tous les dévouements et compter sur le général Trochu.
L'Imp<^ratrice avait dit que tant de sang, coulait sur le« champs de bataille qu'elle ne voulait pas en rfaire couler pour elle à Paris. Je crus qu^il fallait aviser de suite M. Tfochu des événements afin qu.'il ne l'apprît par d'autres personnes : citait une façon de faire appel à son dévouement, peut-être un peu contrairement à la hiérarchie qui me préoccupait peu alors. Il était sept heures., à sept heures et demie-du soir. J'eus quelque peine à entrer chez le général au Louvre, à cause de l'esicombrement. Dnns le cabinet du général, je le vis entenue descendant de cheval. Je m'approchai de lui et lui dit la nouvelle. Il dit qu'il prévoyait cette catastrophe : il m'avait, en effet, parlé plusieurs fois dans ce sens.
Je lui dis que l'impératrice était abattue; j'étais moimême ému. Je lui dis que l'impératrice, frappée comme épouse, comme mère, était accablée de douleur; qu'il lui fallait autour d'elle tous les dé.vouements, et je l'engageai à aller lavoir. Le général, très-fatigué alors, me promit d'y aller dans la soirée, après son dîner. Le soir, j'allai aux Tiiileries; je vis l'impératrice. Vers dix heures, on demandait si on avait vu le général Trochu : « Njoq, » me dit Sa Maj' sté.
Le conseil ces ministres était convoqué, le dimanche, pour huit heures du matin. Au moment où je quittai Ija salle du conseil, je vis le général Trochu entrant aux Tuileries.
Je remontai chez l'impératrice, dans sa chambre à couche)', la priant de recevoir le général. Je descendis chercher le g(^^néral ou bien on l'envoya chercher. Il vint de suite. J^^ redescendis dans la salle du conseil, laissant seuls le gf^néral et l'impératrice. Au bout de viugt minutes environ, l'impératrice descendit, mais je ne sais ce qui a été dit dans cette entrevue. Mais quelque temps après, je me penchai à l'oreille de Sa Majesié, lui disant à voix bas>e : « Eh bien ! » elle me fit un signe signifiant qu'elle n'avait aucune confiance dans Trochu.
M° lachaud. — A quelle heure l'impératrice a-t-elle quitté 1 s Tuileries?
LE TÉMOIN. — Il m'est absolument impossible de dire, à un quart d'heure près, à quelle heure l'impératrice a quitté les Tuileries. Elle a dû quitter les Tuileries en-
tre trois heures et demie et quatre heures; elle avait certainement quitté les Tuileries à quatre heures.
Sur la demande de M® Mathieu, le témoin déclare que le général Trochu ne lui a pas dit qu'il connaissait le désastre de Sedan, et qu'il croyait le lui apprendre.
Le témoin ajoute, sur uoe'question de M^ Grandperret, que le général Trochu lui a dit ; « Sous le commandement du général Berthauld, il n'y a rien à craindre de l'indiscipline des mobiles. »
M. MAGNE, membre de l'Assemblée nationale (sur la demande de M^ Lachaud). — Dans une circonstance, au conseil des ministres, le général Trochu annonça qu'il avait adresié une allocution aux chefs de bataillon de la garde nationale; qu'il leur avait exposé les dangers de la résistance, tous les périls et toutes les émotions de la guerre; qu'il leur avait dit : « Il faut une fermeté de caractère bien grande pour renoncer à l'émotion que l'on éprouve en voyant tomber un camarade, un frère, » et que les chefs de bataillon avaient paru ressentir une très-vive émotion. A ces mots, l'impératrice se redressa^ comme par un ressort, et dit : « Gomment, général, vous avez dit cela? Eh bien! si les Prussiens arrivent, j'irai moimême sur les remparts et je montrerai comment une femme sait braver le danger! »
Le général répondit à l'impératrice que ses paroles avaient été mal comprises, et qu'on pouvait compter sur les chefs de bataillons, et le général Trochu dit à l'impératrice : « Malame, je n'ai qu'une manière de prouver mon dévouement, c'est de me faire tuer pour votre salut et pour le saïut de votre dynastie. »
M® ALLOU demande au témoin de dire quelle a été son impression sur l'attitude, sur la sincérité du général Troch(j.
M. MAGNE. — Je dois dire que le général Trochu, aux yeux de mss collègues, inspirait une sorte de défiance. On attendait de lui une manifestation qui prouvât son dévouement. Les paroles qu'il prononça alors me rassurèrent. J'ajoute que j'avais vu M. le général Trochu chez le marecba Bugeaud, dont il était alors aide de camp et qui lavait eu grande estime, de plus je connaissais la vie privée du général Trochu, je savais qu'il était plein de
dévouement, qu'il avait à sa charge dix ou douze neveux qu'il entretenait et nourrissait.
Mais l'impression du conseil a été surtout celle-ci, c'est que le général Trochu a paru animé d'une certaine susceptibilité.
Je compris dès le premier jour que des rivalités d'attributions ne tarderaient pas à s'élever entre lui et le général Palikao. Cela a été un des malheurs de la situation. Le conseil des ministres faisait tous ses efforts pour calmer les mouvements de mécontentement du général Trochu, on était tellement désireux de le satisfaire qn'on lui proposa d'être le président du comité des fortifications, il y avait ià cependant un maréchal de France.
Le général Trochu fit quelques difficultés; le maréchal Vaillant lui dit : « Il ne s'agit pas de faire des f=içons, il s'agît de sauver le pays; je ne demande pas mieux que d'être présidé par vous. »
M* ALLOU. — Le témoin a-t-il entendu prononcer par le général Trochu cette phrase écrite dans l'article du Figaro : a Sur mon honneur de catholique, de Breton..^
M. MAGNE. — Non, cette phrase n'a pas été prononcée en ma présence; j'étais, je dois le dire, obligé de ne pas assister quelquefois au conseil des ministres à cause de l'emprunt qui s'émettait à ce moment.
M. Magne demande à se retirer et obtient cette autorisation.
Avant que le témoin se retire, M* Allou lui demande s'il ne lui a pas entendu dire au conseil des ministres : « Prenez garde, vous êtes à la merci d'un grand mouvement populaire! »
LE TÉMOIN. — Non, je n'ai pas entendu précisément celte phrase. Je sais que le général Trochu avait une opinion très-triste de la situation. Il n'était rien moins que rassurant, il était très-inquiet.
Sur la demande de M* Grandperret, M, Magne déclare qu'il n'a eu qu'à se louer des rapports qu'il avait avec M. Vitu.
M. BUSSON-BILLAULT, avocat à Paris, quarante-sep?; ans. — M. le générai Trochu est venu plusieurs fois entretenir le conseil ^des ministres de différents objets. Le jour de sa nomination il est venu nous entretenir de prusîeur»
affaires et notamment de l'exécution d'un espion prussien, appelé Hart. Dans deux circonstances, il 9 manifesté son sentiment*. Une fois on lui a demandé des explications sur une lettre qni a^ait paru' dans le Temps^ où il parlait de l'emploi exclusif de là force morale pour entretenir l'ordre. On lui demanda s'il ns ferait pas en cas d'émeute appel à une autre force ! Il fut très-net et dit qu'il réprimerait vigoureusement Témeutie, et s'animant, ii se tourna vers l'impératTice ef lui dit : «Je sacrifierai, s'il le faut, ma vie pour le salut de votre majesté et de sa dynastie ! »
Une autre fois, quelques jours avant le 4 septembre, M. le général Trochu était venu au conseil, où on s'occupait des rassemblements qui avaient» lieu devant le Corps législatif. M. le président du Corps législatif en était énau. On demanda au général Trochu s'il pouvait faire face aux exigences de la situation; il fit une réponse c[ue je trouvai plus théorique que pratique. On insista, lui disant qu'il ne s'agissait pas de son dévouement, mais de mesures pratiques à prendre pour empêcher d'enlever la représentation nationale, et on lui posa Jla question : a Gomment» entendez vous l'accomplissement de ce devoir dont vous parlez? » Il se répandit alors en protestations et dit que, s'il le fallait, il se ferait tuer sur les marches de ces deux palais!
Le retour des bataillons de la garde mobile de Paris ne fat connu du ministre de la guerre qu^au moment menai où il apprit la nomination de W. le général Trochu. Le ministre de la guerre en était d'autant plus désespéré que M. le général Trochu avait donné ces ordres sans ries lai dire, que cette mesure empêchait la formation du 12* corps. M. le général de Palikao crîiignait d'ailleurs le développement de l'indiscipline de ces troupes qui auraient pu dérouter son plan.
Un fait m'a vivgtnent frappé lé M septembre. Aprësr I« conseil des ministres du matin, nous' avions été^au Corps législatif. Vers midi, au bout d'un certain laps de temps, on s'introduisit d»as le Corps législalif, qtii fùf eftrvahL Les ordres donnés furent impuissants à rendre les délF» bérations libres. Gomment avait-on éloigné les troupes? Gomment aTaii-oa laissé entrer? Je ne sais.
Je Toyais Fenvahissecoent et la troupe ne défendant pas la Chambre. Ne pouvant plus rien faire, il fallait songera préserver l'impératrice. Afin d'expliquer ma disparition, je dis à des collègues que j'allais aux Tuileries, J'y fus devancé par M. Jérôme David , et j'y fus suivi par M. Henri Chevreau.
L'impératrice voulait encore rester, mais nous lui fîmes comprendre qu'il n'y avait plus rien à faire.
En revenant vers la Chambre, et voulant absolument J rentrer, un ami que je rencontrai me dit que c'était chose impossible, qu'on allait proclamer un autre gouvernement. A ce moment, je crus pouvoir songer à ma famille; je rentrai chez moi et j'écrivis une lettre pour donner de mes nouvelles aux miens. Pendant que j'écrivais, j'entendis des explosions de cris et on m'appela à la fenêtre. Je vis, sortant du palais du Louvre, M. le général Trochu à cheval, avec quelques officiers. Deviint lui marchait un certain nombre de mobiles par lui ramenés, criant : « Vive Trochu ! Vive la République ï » Cela nae frappa. Ce cortège se dirigea vers la place de la Concorde.
Je crus que le général se portait vers l'Assemblée pour faire quelque chose, il n'y avait cependant pas de troupes derrière le général, Mai^ à la rue Castiglionne il tourna à droite. Il y avait un quart d'heure qae nous avions quitté l'impératrice, et j'ai beaucoup regretté que rien ne soit venu au secours de la Chambre ni des Tuileries menacés et envahis.
Le départ de l'impératrice doit avoir eu lieu entre trois heures un quart et trois heures et demie.
L'audience est suspendue pendant vingt minutes.
M. Jules BKAME, membre de l'Assemblée nationale, à Haisne, prè& de Lille. -'^^ ^^-
Je sais que M. le général Trochu a accusé de diffamation k Figaro. J'ai lu superficiellement l'article, et je désirerai
M. LE PRÉSIDENT. — Vous n'avcz pas besoin de coanaître l'article pour pouvoir répondre. — R. Le conseil des ministres avait des doutes sur l'attitude et le dévoueisient de M. le géntol Trochu. Un soir l'Assemblée a été
«ntourée. On â craint un envahissement. Le lendemain ^on a interpellé M. Trochu au conseil sur son dévouement à la dynastie et au gouvernement.
Uoe première fois, il n'a pas répondu catégoriquement. La question lui a été posée une deuxième fois. Il a demandé comment on pouvait faire une pareille question ^ un général français. Il a dit que, sur sa foi de général, il viendrait se faire tuer pour sauver le gouvernement et îa dynasiie sur les marches des Tuileries, si un danger devait se manifeslcr.
Il y a eu des explications assez vives en conseil eatrele '^énj^-ral Troohu et le général Palikao. Parti avec un commandement actif, il est revenu, quelques jours après, -comme gouverneur de Paris. Quarante-huit heures après, nous avons appris que le général Trochu, nommé par quelqu'un qui peut-être ne pouvait plus le nommer, car ®ous étions un ministère responsable, ne revenait pas seul, mais ramenait avec lui quatorze bataillons de la ^arde mobile, 14,000 chassepots.
M. de Palikao lui fit les plus vifs reproches de ramener «ette force à Paris.
M. Eijgè (6 ROUHER, avocat, cinquante -sept ans (sur la
•demande de M* Lachaud). — J'ai été appeU au sein du
conseil d s ministres, à la date du 7 août 1870'' pour la
prernière fois comme président du Sénat; M. Ollivier
était g irde des sceaux.
i'ai assisté à ce conseil au moment où je prenais part à ce> travaux, M. Dejean était ministre provisoire de la 'guerre, il demandait un commandement pour aller à l'armée de Metz, il fut donc question de son remplacement; on prononça le nom de M. le général Trochu. M. Schneider, «u nom de M. Trochu prit la parole et dit à Timpéra*rice,queM. Trochu n'accepterait pas etque, d'ailleurs, il ne lui conseillait pas de le prendre pour ministre dp la guerre.
Le garde des sceaux fît la même observation et déclara qu'il ne conseillait pas de le nommer ministre de la guerre.
On passa à un autre nom, et M. de Palikao fut nommé JBiinistre de la guerre.
Je m'étonnai que M. Trochu ne fût pas pourra d'an
commandement à Tarmée, et le lendemain, en effet, M. le comte de Palikao le nomma commandant du 12* corps d'armée.
Quant au retour des mobiles, à Paris, je dois dire que nous en fûmes inquiets, à tort ou à raison, nous les considérions comme devant être dangereux pour l'ordre public. M. de Palikao s'en émut même, il offdt sa démission en présence de la proclamation à eux adressée par le général Trochu, où le général disait à ces mobiles vous aviez le droit d'être appelés à Paris, je vous y ai amenés.
Voici encore un rapport que j'ai eu avec le général Trochu :
Dans une autre circonstance, M. le générai Trochu vint dansie conseil à propos de l'exécution d'un espion prussien; je lui dis, quand l'avez-vous su, il répondit : Je l'ai su hier soir. Je lui répondis ; eh bien, il fallait en parler hier; aujourd'hui il est trop tard pour s'en occuper.
Une autre fois, des explications furent demandées à M. le général Trochu, à l'occasion d'une lettre insérée dans le Temps où il parlait de la force morale comme élément de sécurité pour le gouvernement.
Ces paroles firent pénétrer dans l'esprit de quelques memb'es du conseil des inquiétudes assez vives.
Nous lui demandâmes ce qu'il entendait par force morale ; il affirma qu'il était bien résolu à maintenir l'ordre.
J'ai à parler d'un deuxième fait. Des rassemblements commençaient autour du Corps législatif; nous demandâmes au général Trochu les mesures qu'il comptait prendre pour assurer le respect dû à ses délibérations. M. le général Trochu répondit à une première inierpellation par des considérations générales assez étendues; alors je lui dis : « Mais permettez, général, il faut arriver à des mesures pratiques. » Le général alors se tourna vers l'impératrice et lui dit : « S'il le faut, je me ferai tuer sur les marches des Tuileries, pour l'impératrice régente et pour la dynastie. »
Cetie phrase me parut assez énergique pour me rassurer et d'ailleurs je n'avais pas de responsabilité directe^ je n'étais pas membre du cab net, je n'assistais au conseil que comme président du Sénat, voilà les seuls rap-
ports que j'ai eus avec le général Tracfeu. Avant, je n« l'avais vu que dans deux circonstances, une fois il s'e»t adressé à moi pour une affaire de chemin de fer en Bretagne et une fois je l'ai vu alors qu'il travaillait au projet àe loi sur l'armée, c'était à Fontainebleau ou à Goo^ piègne.
Sur une nouvelle demande de M® Lachaud.
Le général Trochu n'a pas prononcé devant mol ces mots : « Breton, catholique et soldat. » Je n'en ai entendu parler que plus tard. Car à ce moment j*ai été prendre la présidence da Sénat, je n'ai su que par la rumeur publique ce qui se passait à quelques kilomètres du Sénat.
Je dois dire que plus tard, revoyant en exil Sa Majesté rimpératrice, j'ai insisté pour savoir le rôle du général Trochu dans la journée du 4 septembre.
Sa Majesté me répondit : « Je comptais sur lui, car, quelques jours avant, il m'avait tenu un assez long, discours où il me disait: eSi la police de Yotre Majesté est bien faite, vous devez savoir que j'ai des rapports avec l'opposition ; il est de mon devoir de îâter le pouls de l'opinion, mais mon dévouement vous appartient; vous pouvez compter sur moi, je suis soldat, catholique et Breton.
M^ LACHAUDi — M. Rouher a fait partie du comité de la défense nationale. b
M. ROCHER. — Je n*ai pas fait partie du comité de la défense nationale, il était présidé par M. Trochu; il a été formé par le ministère Ollivier; la composition de ce conseil a été discutée et retardée deux ou trois jours; dans l'intervalle, M. le général Trochu a été nommé gouverneur de Paris, M. le maréchal Vaillant a fait partie du comité et lui a offert la présidence, le général Trochu a^ refusé.
Après un échange de courtoisies, M. Trochu fut nommé prési lent du comité de défense nationale.
Je fus appelé comme président du Sénat à désigner les memb'es du Sénat qui devaient en faire partie; je désignais MM.. Ghâsseloup-Laubat et Béhie, le conseil choisit M. Béhic. Quelques jours après, je demandai à M. Béhic ce q^ui sAi passait dans ce eooaité.
Je me souviens que M. Béhic me dit : J'ai été témoin d'une scène pénible, M. Trochu présidait, le général Billault croisant les bras sur sa poitrine, s'écria :« Sommesnous ici le comité de la défense ou sommes-nous le comité de la défaillance^ » il y eut des explications très- ▼iTCS d'échangées.
M. SCHNEIDER, 66 ans, maitrede forges au Greuzot. — Sî M. le président m'invite à communiquer ce qui a eu lieu en conseil, je le ferai, mais j'éprouve cependant un scrupule, mais je peux parler d'une conversation que j'ai eue avec M. Trochu,
Le ministèrf^ de la guerre avait un titulaire provisoire. 33 ou 40 collègues me demandèrent de faire nommer un ministre de la guerre nouveau et définitif : il ne s'agissait
Êas de changement de cabinet. Ces Messieurs désignaient L le général Trochu, et subsidiairement M.. Palikao. Je ne répondis pas d'une façon formelle. Sachant la pexisée de l'impératrice, j'allai chez M. Trochu, que je ne coanaissais pas.
J'ai demandé au général de tenir compte de ïa pensée générale de la chambre et du pays qui le désignait pour le ministère. Le général Trochu a manifesté le désir de ne pas en être chargé. J'insistai lui disant que personne ne pouvait décliner en de pareilles situations une situation oîi on pouvait rendre des services. Il me fit une réponse longue et motivée. Il avait des raisons sérieuses pour i»efuser : il fit des critiques graves sur l'organisation de la guerre ainsi que sur sa situa "' personnelle , disant qu'il devrait, s'il allait à la Chambre, tout d'abord développer dans un grand discours ce qti'il venait de me' dire. Je lui répondis que ce serait un acte d'accusation en règle con?tre- le gouvernement dont il devenait le ministre : qaei cela, contribuerait à désunir ; que ea serait fort impri*dent.
Il fut convenu qu'il refusait formellement le^ ministÔïte. Je rentrais à mon cabinet, où 50 à 60 collègues attendaient le résultat de ma mission. Je dis que le général Trochu refusait le ministère ; je ne donnai pas de détails; On objecta que cette opposition^ d'après ce que l'oa^ croyait savoir, ne devait pas être aussi absolue, et j'allai alors rendre compte à l'impératrice de cette insistance àé
la Chambre et de la nécessité d'utiliser la popularité et le talent militaire du général Trochu, en ne cachant cependant pas les termes de mon entretien. Je crus que l'impératrice pourrait être plus heureuse ou tout au moins s'assurer de la conviction du général Trochu. L'impératrice aurait fait appeler le général qui a dit alors ne pouvoir se rendre auprès d'elle, afin de n'avoir pas à refuser à une femme.
Le lendemain, dans le conseil, on posa la question, et je résumai ce qui avait eu lieu.
Mon devoir était d'être soucieux de la sécurité du Corps légisatif. Dans le conseil des jours précédents, j'avais témoigné des inquiétudes d'envahissement. Le règlement m'obligeait à communiquer avec le ministre de la guerre et non pas avec le gouverneur de Paris. J'ai prévenu le ministre de la guerre, qui me donna des assurances satisfaisantes. J'ai cru que la convenance demandait que le 3 septembre je fisse prévenir M. le gouverneur que je n'étais pas sans inquiétudes. Je crois que l'on n'a pas vu le général Trochu, mais que M. Valette, secrétaire général, a vu M. Si hmitz.
Le lendemain M. Valette, à neuf heures du matin, renouvela sa démarche. A dix heures et demie, il n'y avait pas encore de troupe. Je convoquai les questeurs. M. Le Breton alla au ministère de la guerre et M. Hébert alla chez M. le gouverneur de Paris.
Quelque temps auparavant, il y avait eu des inquiétudes, et M. le maréchal Baraguay-d'Illiers avait toujours été en correspondance avec moi. J'ai voulu établir la même situation entre moi et M. Trochu : de là un message, et cependant je n'ai vu personne dans la matinée ni dans la journée , m'accuser communication en réponse à mes messages. Je ne sais qui a fait venir les troupes, car il en est venu.
M. le général n'a fait au président du Corps législatif aucune communication, je l'affirme.
Il y avait dans le Corps législatif des troupes en quantité assez faible, car après l'envahissement c'était trop tard ; à mon sens, il fallait défendre les ponts. J'ai fait quelque chose qui n'est pas de mon métier, et j'en demande pardon à l'autorité militaire.
On n*a pas, en effet, pu faire agir à l'intérieur quand je Tai demandé plus tard.
Le président du Corps législatif était à Tégard de M. Trochu dans des termes exceptionnels de déférence, car il lui a fait demander deux cartes permanentes, les seules qu'on ait données, pour quelqu'un de sa famille, et il les lui a données. Depuis le commencement de la séance du 4 septembre jusqu'à la fin, un des représentants de M. Trochu était dans cette tribune.
M. PiETRi, propriétaire, membre du conseil général de la Corse. — J'étais préfet de police lors des événements du 4 septembre. J'ai eu connaissance que M. le gouverneur de Paris recevait des membres de l'opposition radicale de la Chambre des députés. Les mesures prises par M. le maréchal Baraguay-d'IUiers étaient toutes différentes. Le 9 août, à la convocation du Corps législatif, l'Opposition radicale voulait tenter un coup de main. Les mesures furent prises, mais le péril était grand. M. le maréchal jugea alors nécessaire de se rendre lui-même autour du Corps législatif. Son attitude fut résolue, et en présence de cette volonté, l'opposition abandonna son idée d'enlever le Corps législatif ce jour-là.
M^ LACHAUD. — Quc s'cst-il passé le 3 septembre à l'hôtel du gouverneur de Paris?
M. PiÉTRi. — Voici les faits qui m'ont été rapportés par mes agents :
Le 3 septembre, après les nouvelles de Sedan, la population parisienne éprouva un certain frémissement ; il y eut une grande effervescence. En rentrant le soir des Tuileries, je pris les mesures les plus fermes pour rétablir l'ordre. Au boulevard Bonne-Nouvelle, 3 ou 400 hommes voulurent attaquer le poste; il y avait 4 ou 5 sergents de ville ; ils montrèrent une telle énergie, qu'ils dispersèrent cette bande et firent prisonniers deux des principaux meneurs. Plus bas, sur le boulevard Montmartre, la sédition était plus nombreuse : il y avait 2 ou 3,000 émeutiers; les sergents de ville furent obi gés de se mettre en bataille, et enfin la bande fut dispersée, il y avait un garde mobile du camp de Saint-Maur qui avait été blessé à l'oreille. La foule voulait avoir son cadavre, on le prit et on le transporta au palais du gouverneur de
Paris au Louvre. Là, une députation monta chez le gouverneur.
Elle cria contre la police, elle Taccusa d*avoir été brutale, d'avoir blessé le peuple dans l'émission de sa volonté. J\I.. le général Trochu alors aurait répondu : « Les actes de brutalité cesseront; d'ailleurs le peuple sera armé, et c'est le peuple qui fera la police, n Là-dessus le peuple se retira en criant : « Vive le gouverneur ! »
(Sur la demande de M^ Mathieu), le témoin déclare ^'il ne sait pas ce que M. Trochu a pu dire quand la foule criait dans sa cour : La «République! la déchéance! la déchéance ! »
Le 4 septembre, continua le témoin, en présence des projets manifestes des révolutionnaires, je dus prendre des mesures énergiques.
800 hommes faretit envoyés autour du Corps législatif, objectif principal des émeufiers; 800 hommes de police, dirigés par les officiers de paix. Je fis un appel à leur dévouement; ils le promirent, et je suis heureux de le dire, tous ont tenu leurs promeses, aucun n'a tra ri. De tous les points de Belleville, de Gharonne, une foule immense, calme, mais dirigée par des chefs de section se réunissait sur la place de la Concorde. Quand la foule fat assez nombreuse, on tenta d'approcher du Corps législatif.
Les agents opposèrent une résistance énergique. Du perron du Corps législatif, des membres de l'opposition faisaient des signes à la foule d'approcher, mais les agents la maintenaient toujours. Une voix s'éleva de la tribune pour dénoncer comme un crime la présence des agents autour du Corps législatif. On s'adressa aux questeurs de l'Assemblée et on leur demanda que la garde du Corps législatif appartînt à la seule garde nationale. Alors, le commissaire de police qui commandait fut mandé par les questeurs. 11 répondit que la police sur la voie publique n'était pas du domaine des questeurs. On tourna alors la difficulté ; on s'adressa au général qui commandait.
Le général appela auprès de lui les commissaires de j)0lice, et leur dit de rentrer chez eux. On étui en état de siège. Tous les pouvoirs appartenaient à l'autorité militaire. Les commissaires de police furent très émij«; on leur dit de ne pas discuter et d'obéir ; et les agents furent
retirés, et après un simulacre de résistance par la garde nationale, le Corps législatif fut envahi. Je tiens tous ces faits du commissaire de police qui commandait. Il m*a affirmé que si les <S00 hommes de la police étaient restés là, le Corps législatif n'aurait pas été envahi.
Dès qu'il m'eut rendu compte des événements qui venaient de s'accomplir, on me demanda ce qu'il y avait à faire. J répondis que nous avions à défendre la préfecture de police; mais dix minutes après, je reçus un des chambellans de S. M. l'impératrice qui me mandait aux Tuileries. Je m'y rendis. Nous eûmes toutes les peines du monde à y arriver.
On essayait déjà de forcer les grilles. La foule était menaçante, la porte du guichet de l'empereur était fermée et obstruée. Enfin je pus entrer; comment, je ne le sais. Je montai auprès de Sa Majesté; elle était entourée du ministre de l'intérieur, de M. de Metternich, de M. Nigra. On me demanda si Sa Majesté était en sûreté aux Tuileries. — Je répondis que dans quelques minute> elles allaient être envahies, et c'est alors que Sa Majesté se résigna à les abandonner.
Sur la demande de M® Allou, le témoin ajoute. — Je crois que c/est le général de Gaussade qui commandait les troupes autour du Corps législatif.
M. Ds cossÉ-BRissAC (comtc de), sur la demande de M® Lachaud. — J'^ me rappelle une conversation de M. le général Trochu qui ma fort émotionné. C'était le 7 août, après le conseil, M. l'amiral Jurien de Lagravière aiterrogeait le général Trochu; il lui disait: « Croyez-vous que nous pu ssions encore sauver la France? » Le général Trochu dit qu'il avait prédit tous ces malheurs ; il s'étendit en de longues dissertations politiques. Alors l'amiral Jurien de la Gravière réphqua : « Je m'adresse au soldat; je ne parle pas politique; croyez-vous qu'on puisse encore sauver la France ? »
Le général Trochu répondit : a On ne peut séparer la guerre de la politique, devant des circonstances aussi graves, j'ai voulu me réserver devant la postérité. Je vois s'élever devant moi le souvenir du général Dupont, et j'ai consigné toutes ces prévisions dans uu testament que j'ai déposé chez M. .Ducioux. Ce. n'est pas
pour moi que je parle, j'ai 100 fr. de rente et onze enfants. Il y avait comme témoin de cette conversation le prince Poniatowski et M. Conneau, lieutenant de vaisseau, aide de camp de Tempereur.
M. le marquis d'andelarre, représentant du peuple, demeurant à Andelarre (Haute-Saône), 68 ans. — Je me trouvais dans un couloir de l'Assemblée, à Yersailles. Il y avait des membres de l'opposition radicale du temps de l'empire. Un de ces Messieurs dit : « Je ne connais pas le générai Trochu! — Gomment, je vous y ai vu. — Ahî vous m en direz tant! » C'était M. Picard.
J'avais vu cette personne dans l'antichambre du général Trochu, où on l'avait fait entrer par une autre porte que moi.
Le général recevait tout le monde.
Le général était fort inquiet, et il m'a dit que l'armée de Bazaine était perdue, et qu'il ne s'occupait qu'à empêcher le maréchal de Mac-Mahon à aller vers Bazaine. Il n'y a qu'un membre du cabinet de mon avis, M. Jérôme David.
M. vuiTRY, membre de l'Institut, 58 ans. — J'étais à Orléans fin octobre 1870, lorsque M. Thiers y passa. La ville était occupée par les Bavarois, et il n'y aval! pas de communi ation. On s'informa de ce qu'avait pu dire M. Thiers. Le bruit s'est accrédité que nos négociations avaient eu pour but la conclusion immédiate de la paix à des conditions dures et douloureuses qu'il eût été sage d'accepter : on parlait de la cession de l'Alsace et de 2 milliards. M. Thiers avait conféré avec le g(.uvernement de Paris, qui avait résisté à ces propositions, et M. Thiers en aurait éié désolé.
L'exactitude de ces récits qui a pu être contestée est constatée par M. Thiers devant la commission d'enquête du 18 mars.
On disait que M. Bismark aurait dit que si on n'acceplait pas, Paris capitulerait et que ces propositions seraient plus dures.
M. GuiLLOUTET, propriétaire, Château-de-la- Gaze (Landes). — Tout ce que je peux dire, c'est qu'à la suite d'un entretien avec M. Thiers, qui me raconta sa mission, il la résuma en me disant qu'il avait eu le regret de ne pou-
voir faire aboutir les propositions de Tarmistice qi i était alors possible. Il termina en disant que la pai. était alors possible avec 2 milliards et une bande de ter Titoire en Alsace, et qu'il regrettait qu'on n'eût pas ac cepté.
CAMILLE DOUCET, membre de l'Institut, 59 ans. — Ua jour, étant à Versailles, M. Thiers nous invita à déjeuner;» il parla fies .iffaires de la Fr ancp, disant qu'au 31 octobre il aurait pu avoir des conditions bien meilleures.
M. THÉODORE DE GRAVE, homme de lettres. — Par hasard, M. le général Pélissier, en wagon, revenant de Versailles, parlait des événements et de l'affaire de Buzenval. 11 avait beaucoup de verve, et critiquait beaucoup le général Troihu. Je ne me rappelle pas le texte de ses paroles, mais l'impression m'est vivement restée de cette critique. Il nous dit qu'au Mont-Valérien le général Trochu, à midi, était assis près d'une cheminée, et que lui ayant demandé ce qu'il entendait faire, il lui a répondu qu'il ne savait pas, du ton de l'homme le plus imprévoyant. J'appris que ce général était général d'artillerie et frère du maréchal.
Les autres témoins cités à la requête des prévenise ayant été autorisés à se retirer, vu leur qualité de membres de l'Assemblée nationale, l'audience est levée h trois heures et demie et renvoyée à demain à dix heures précises.
Audience du 28 mars.
Même affluence qu'à* l'audience d'hier. On sait queles dépositions les plus importantes seront entendues aujourd'hui.
Vattente du public n'a pas été déçue et les témoignages recueillis pendant cette séance on été avidement et. religieusement écoutés.
A de rares intervalles, quelques murmures d'approbation ou de désapprobation se sont élevés, mais une simple observation de M. le président rétablissait immédiatement le calme.
Il nous est impossible de ne pas rendre hommage à
la haute et digne impartialité du magistrat qui dirige les débats.
Q.'ant à l'impression qu'ont produite les témoignages entendus à cette audience, nous éviterons même de l'indiquer. Notons toutefois que M. le général Trochu a paru satisfait de leur audition.
La figure du général, soucieuse hier et au commencement de l'audie <: d'aujourd'hui, s'est rassérénée petit à petit. Elle était épanouie à la fin de l'audience. Nous remarquons que c'est à grand' eine que l'éminent avocat du général parvient à lui faire garder le silence.
Quant à MM. Vitu et Villemessant, ils suivent les débats comme de véritables curieux ; ils écoutent chaque déposition avec la tranquillité de simples spectateurs bien désintéressés. lis ne songent pas à faire une réflexion, une observation, une question; ils écoutent, s'en rapportant au tact et à l'habileté de leurs défenseurs. Ils ont raison.
Chacun a remarqué que l'organe du ministère public n'a pas encore prononcé une parole depuis deux jours. Mais le publi<^ sera largement dédommagé lorsqu'il entendra, à la prochaine audience, la parole honnête et convaincue de l'éloquent magistrat.
Nous le répétons, nous ne voulons pas apprécier les dépositions qui se sont succédé devant la Cour. Et d'ailleurs il faudrait les reprendre presque toutes une à une.
Les escarmouches ontcommencé entre les défenseurs. Elles font préjuger les vivacités de l'attaque et de la riposte.
A dix heures et demie, la Cour entre à l'audience.
Sur la demande de M* Desroulède, à laquelle acquiescent les défenseurs des prévenus, on entend immédiatement quelques témoins cités à la requête de M. le général Trochu.
On introduit le maréchal Mac-Mahon.
Msr^chaî mac-mahon, duc de Magenta, à Vf^rs^iiHes, soixante-trois ans, cilé à la requê'e du g-n^^ra) Tirctia.
M® ALLOU — Je demanderai aa maiechal Mic-Mihon âans quelles circonst mces il a recommandé à l'emp» fcur le général Tiochu, et comment plus tard il est revenu bur ses senîim nts.
LE TÉMOiiV. — La réponse est facile, je n'ai qu'à faire connaître la déposition que j'ai faile devant la cooinaission d'enqiiêtti de.^ évéaeraents du 4 septembre. D'ailleurs, déjà le fiyaro eo a renlu compte.
Voici ceMe déposition. Le témoin retire une brochure de son po'tef uiile et se dispose à la lire.
M. LE PRESIDENT. — Pardon, maréchal, nous ne pouvons enîen le ici que vos oépos'tions verbales.
LE TÉMOIN. — Voici alors quels sont mes souvenirs. J'étais arrivé à Châions, le 17 août, d*assez bonne heure. L'empereur me fit demander. 11 était devant sou quartier général, il y avait à ses côtés le prince Napoléon, le général Tfocbo et le général Schriiitz, il y avait aussi... le général Berthauld.
Depuis quelque temps, l'empereur causait avec ces messieurs; le prince Napoléon exprimait à l'emptreurses craintes d'une révolution à Paris; il disait que le général Trochu était le seul homme capable d'arrêter cette révolution.
L'empereur parut d'abord étonné. En résumé^ psr un motif quelconque, il me fit signe de venir lui g.'irler en particulier; il me demanda ce que j'en pensais. Jq dis à l'empereur : « Le général Trochu est un à-=>mme de cœur, un homme d'honneur, n Voilà quelle était n)a conviction intime.
M** ALLOUc — Je detnandcrai au maréchal de précser un peu plus et de dire s'il est revenu sur cette conviction. Ses sentim nts ont-ils été rétraciés p'ns tard, comm« le Figaro le dit eu écrivant : « Je le croyais un honnête homme; je le croyais..., c'est-à-dire comme une illusion pernue. »
LE TÉMOIN. — Je n*ai pas dit autre chose que ce que j'ai dit à l'empereur.
M' ALLOU. — Gela me suffît.
M* LACHAUD. — Lorsque M. le général Trochu a été
envoyé à Paris, n'a-t-il pas fait une condition sine quâ non du retour des mobiles ?
LE TÉMOIN. — Je crois me rappeler que le général Trochu demanda de ramener aveclui 18,000 hommes. L'empereur n'approuvait pas le départ de ces 18,000 hommes et iî s'y opposait, il préférait que ces troupes fussent envoyées sur un autre point. M. le général Trochu dit qu'il avait confiance dans ces troupes, et il invoqua le témoignage du général Berthauld.
Enfin, l'empereur y consentit, mais avec cette condi-» tion toutefois, c'est que les bataillons de Belleville, de Montmartre et de Gbaronne seraient diriges vers Lille, Valenciennes et Maubeuge. Enfin, je l'affirme, c'est le général Trochu qui a demandé de renvoyer à Paris les gardf s mobiles.
M'' LACHAUD. — Etait-il entendu alors que le maréchal Mac-Mahon devait se diriger sur Paris?
LE TÉMOIN. — J'ai été nommé commandant de l'armée de Cbâlcns, mais sous les ordres de. M. le maréchal Bazame. Immédiatement, je lui ai écrit pour iui demander ces ordres; on ne savait pas encare ce qui s'était passé à Metz; on ne connaissait pas encore la bataille de Mars-Ldtour; à ce moment-là on ne songeait donc pas à revenir à Paris.
M^ LACHAUD. ~ L'cmpcreur exerçait-il alors encore un commandement militaire?
LE TÉMOIN. — Non, je l'affirme. J'allai trouver l'empereur, et je lui demandai les rapports qui devaient avoir lieu entre le chef de 1 Etat et moi. L'empereur m'a répondu que, par des considérations inutiles à rapporter» il avait décidé qu'il remettait le commandement et que lui, il ne s'en occuperait plus. Tous les mouvements que j'ai faits, je les ai faits de moi-même et jamais sous sous son inspiration.
Au contraire, l'empereur m'a souvent conseillé des mouvements différents de ceux que j'ai faits.
M. le général changarnier, soixante-dix-huit ans, député à l'Assemblée nationale.
M® ALLOU. — Avez-vo'js prononcé ces paroles en parlant du général Trochu : « C'est Tartufe sous le casque de Mangin? » — R. La société serait bien malade si on pou-
vait répéter ce que l'on entend dire, je suis appelé pour parler sur des faits et non pour répéter mes impressions; je ne déposerai que dans ce sens.
M" ALLOU. — C'est un f«iit sur lequel nous vous interrogeons. — R. A quelle époque ai-je dit cela? Qui a répété cela? Je désire savoir le nom de celui qui a répété cela, afin de ne jamais le fréquenter!
M" ALLOD. — Est-ce que celle parole a été prononcée? — R. Je ne peux répondre : tont ce que je puis dire, c'est que je me ^ers de paroles convenables !
M® ALLOU. — J'ai le droit d'insister pour savoir si ces paroles ont été prononcées, car c'est un des outrages relevés par le général Trocbu contre le Figaro? — R Lors de la révoliilion du 4 septenrtbre, j'ét?»is à Metz : je n'ai rien su que par des propos de salo». Comment m'obl'ger à répéter devant la justice, que je respecte, une conversation tenue à une époque indéterminée ! Je suis malgré tous nos désastres resté optimiste pour mon pay^s, et la société serait en péril si le général Changarnier répétait ici des propos de salon. D'ailleurs, à quelle époque aurais-je dit ces paroles?
Est-ce que je prends note des paroles que je prononce dans un salon ? Est-ce que je suis forcé de venir en déposer devant la justice? Je suis étonné d'avoir été appelé ici; comment aurais-je pu apprécier le 4 septembre, je n'étais pas ici ! C'est ainsi que je n'ai pas plus de renseignements, par exemple, sur le 2 décembre. On m'a arrêté le matin du 2 décembre, jeté en voiture cellulaire, conduit en Belgique. Là seulement j'ai su des nouve'les, et cependant j'ai été acteur subalterne de ce drame ; si le général Trochu dit qu'il a été acteur subalterne au 2 décembre, je le crois également, mais je n'en sais aboiument rien. Le général Changirnier, homme sérieux, ne peut rapporter des bavardages de salon, et je refuse de répondre.
M° ALLOU. — Connaissez-vous le général Trochu? Quelles relations ont existé entre vous? — R. Je commandais la garde nationale de l'armée de Paris en 1848, le capitaine Trochu était parent d'un général, par lequel je le connus, et j*ai conçu p<ur lui une affectueuse estime. Longtemps aprôs, revenant de mon exil de Bel-
fJSrfl ^TroPh?''h«"' ''''^l'"' i''' '•«^ ^^»' '« monde le général Irochu, homme charmant, très-sédnisant • vo, A tout ce que je puis dire. Je suis étonné qu'ôn mê fasse venir pour parler dn 4 septembre, et je vous prie de ne pas me forcer de me souvenir des orcoos de^L
cet „^"f^'rb"«'.«''^'ê"-e forcé de trahfr ^î ^'secrell ceux qi.i ont causé avec moi» '
pron?nrces7.^'.e:i '' ^^"^-» « «1" <ï»'» «"avait pas d.^û.'-etr^né;:. e;^l^LriL.^1l:v/t7lf Zt t
M» ALLOD. - E-t-ceque le général Ghangarnier ne s^ra pas et .,mé cependmt, si on d,t dans les Aidoiries au'fl a ppono ce telles on telles paroles? ^
M" LACHACD. — Non ; on oarlera du général avec fespect. e. on rappellera à MM. les jurés \t déposition qu'ls
M- Anou. — Nous ne fc-isons que solliciter une parole del, bm.chedugétiéralpour dénier les paroles |ue fe r igaro im piête. ^
CNJURÉ —Le propos nous paraissant trè^-imnortant je m as.oc,e à la demande de M» Allou sur ce poin Le général H t-.l, om ou non, prononcé la parole qu'on lui piêle?Je vou^en demande pardon. — R. Quand' en quelle année? En-ce que j'enregistre mes paroles "
n„n?''^«''^i'"'^"i.~ Avez-vous tenu ce propos, oui ou non? -R. Je vais étonner la Cour. Je parcours a, roent leFrgaro, lournal très-'onserv.teur et qui a mes sympathie>.Ju,r.,s probablement ignoré l'article sig é : Minos, SI M. Trochu ne me I'av4t envoyé découpé. Le Fi. garo .. beaa,:oup d'esprit; il m'en a probablement prêté. La socft.é est perdue, et je ini porterais le dernier coup SI je lépé'ais des propos de salon.
u.vjUKÉ. -Je <ie:wndf. pardon d'insister. M. le généra Changarnier appelé ici comme témoin, peut-il dire
T-Lpht»"*"*"?/"'"'^'''''''"' quelconque sur le général l.ocliu.' A t II émis un avis défavorable au géner-Tl» M. LE PRESIDENT. - Geci êst trop vague. Il s'agit de
savoir si un propos déterminé a été prononcé? — R. Je me refuse à donner mon opinion sur le général Trochu. Je Testime beaucoup, c'est un galant homaie. Je ne suis pas une vieille commère.
M. le général Changarnier demande à se retirer pour assister aux discussions du budget de la guerre à l'Assemblée nationale.
M. BAZE, avocat, questeur de l'Assemblée naiionale.
M*' ALLOU. — Voie: la question que j'aurai l'honneur d'adres-er h M® Baze : Parmi les accusations accumulées dans le Figa>o contre le général Trochu, i!^y en a une qui le tou he le plus vivement, c'esM'acfusalion d'avoir été le collaborateur du coup d Etat de 1851, je demandf^rai à M. Baze ce qu'il sait sur le rôle du général Trochu à cette époque.
M. BAZE. — Voici ce que je sais : Les souvenirs sont présentas à ma mémoire, à l'époque des revues de Sasory, l'attention de l'Assemblée et la mienne, comme questtur, fut appelée sur ce qui se passait à Satory.
J'avais connu autrefois le général Neumayer, qui commandait la division alors que je commandais la garde nationale d'Agen. En 1848, je fus nommé membre de l'Assemblée naionale, je rencontrai le généra! Neumayer, nous nous fîm^s quelques visites. Après les revues de Satory, le général Neuiviayer me remit une lettre. Cette lettre me rendait compte de faits qui s'étaient pa^ses à Satory; ceite lettre, il l'accompagnait de pièces d'une correspondance échangée avec le ministre de la guerre, il me donna aussi des renseignements verbaux.
Comme ses troupes n'avaient pas poussé le cri de «Vive l'empereur! » le président de la République piqua droit vers lui et lui dit : « Général, pourquoi vos troupe^ n'ontelles pas crié ? — Parce que l'on ne crie pas sous les armes,» répondit le général, a Si, monsieur, dit le président, les troupes crient quand on veut. »
A la suite de cette affaire, le général Neumayer avait été l'objet d'une certaine mesure, on lui enlevait la division de Paris qu'il comman lait pour lui confier le commandement de deux divisions en Bretagne.
Il dit qu'il ne voulait pas accepter cet échange, et c'est alors qu'il me remit les copies de la correspondance avec
le ministre de la guerre. En me remettant ces pièces : M Je mets en vous ma confiance, me dit-il; vous vous en servirez quand la discussion de ces faits viendra à la Chambre. » La discussion ne vint pas; on mit beaucoup d'affrctatioa même à ne pas parler des revues de Satory. Quelques jours apfès, le général Neumayer c/écrivit une autre lettre, et elle m'était apportée par son chef d'escadron, M. Trochu, qui m'annonça qu'il était parfaitement au courant de la situation.
Prfr cette lettre, il me redemandait ses pièces. Je les remis au général Trochu, et je n'en ai plus entendu parler. La copie de cette pièce, qui pouvait être compromettante, a éié brûlée par n a femme, quand j'ai été ar-, rêlé par les scélérats qui O' t dissous TAssemblée.-
Quant à la deuxième lettre, celle apportée par le général Tronhu, elle a été volée chez moi lors du coup d'Etat par le comnii>saire de police qui a fait, non p^.s perquisition, mais invasion chez moi, et qui s'est emparé de ma personne.
Comte DE MAILLÉ, cinquante-cinq ans, propriétaire et dépu'é, boulevard Malesherbes, invité par M* Alloua dire quels sont ses sentiments personnels à l'égard du général 'Trochu.
LE TÉMOIN. — Je connus le général Trochu à l'Ecole militaire, en 1835; j'eus pour lui une intime amitié qui a duré et qui dure encore. Le général Trochu est un des hommes que j'ai connus, c^^lui qui s'est laissé le moins lier par la politique, subordonnant les actes de la vie à la loi morale; sa vie privée a été modeste, pure, dévouée pour les siens; sa vie publique, laborieuse et dominée par ces idées morales qui ont été les raisons pour lesquelles il a été l'adversaire du coup d'Etat 1851. En 1849, il ^tait aide de cî^mp du maréchal Bugeaud. Il écrivit au maréchiil une lettre qu'il me montra, où il conseillait au maréchal de voter en faveur de Gavaigrias; il montrait au maréchal quels seraient les dangers pour le pays, si le prince Louis N ^poléon parvenait au pouvoir.
Le coup d Etat ayant étA sanctionné par le suffrage universel, M. Trochu a acrepté cette ratification et il a îservi l'empire, se réservant de lui dire t©uie la vérité; il i'a dite noiamment par son livre sur l'armée française,
en 1867; et si on l'avait cru, cela aurau pu sauver l'enapire. Je me rappelle qu'en 1866, une discussion eut lieu chez moi sur la bataille de Snduwa. M. Trochu défendit arsc beaucoup de tarent le gf^néral Benedeck; je lui dis : « Vous le défendez avec bien de l'énergie. » Il répondit : (( Je l'ai défendu comme il faudra un jour défendre tous les généraux français, car un jour, tous, ils seront victimes de la déplorable organisation militaire. Je ne connais pas de phrase plus douloureusement prophétique que celle-là. (Sensation.)
On rentre dans l'ordre des témoins cités par les prévenus.
Charles de meffray, propriétaire à Paris. (Sur la demande de M« Lachaud.) C'est avec une profonde attention que j'ai suivi la longue agonie de Paris, je dois dire que jamais aucune opération ne m'a paru avoir été préparée et mûrie avec si peu de soin. Quant à Buzenval, 'voici ce que j'ai à dire : Les ordres ne m'ont pas paru assez sérieusement donnés. Je crois que c'était plutôt une satisfaction donnée à la partie turbulente de la population de Paris, qu'une opération de guerre de nature à sauver une ville réduite à sa dernière bouchée de pain^ si l'on peut dire que c'était du pain, il aurait fallu que les diverses colonnes arrivassent toutes en même temps au même point.
Le chemin s'est trouvé encombré malencontreusement, et puis, après le succès de la première journée, des mesures auraient dû être prises pour utiliser le succèsfde la veille.
M® ALLOU. — Je n'ai pas bien entendu la qual-té du témoin; je me permets de la lui redemander. Quel rôle militaire a-t-il joué à Buzenval?
LE TÉMOIN. — Je n'avais aucun rôle militaire à jouer à Buzenval. J'ai donné ma démission...
M® ALLOU. — De quoi ?
LE TÉMOIN. — De capitaine dans l'armée française.(Mouvemeni.)
M"" ALLOU. — Ah ! très-bien...
M. DELCiiET, propriétaire, 18, rue Miromesnil. — J'ai été chargé, le 4 septembre, d'aller occuper 1 Hôtel-de- Yille avec deux bataillons.
M° LACTiAUD. — Y avail-il le bataillon des Blancs- Maîiipnu.^ ?
LE TÉMOIN. — Non, c'était peut-être mon cousin qui le Cdmniarjdait?
M** LACHAUD. — G'est sans doute votre cousin qui devait ôtre cite ?
M° MATHIEU (au témoin), — Où demeure votre cousin? — R iliie Oarobacérès, n« 29.
M. PELissiER, général de division d'artillerie de la manne, ciijqMOte-hsdt ans.
(Sur interpellation.) Je viens de lire la conversation que l'on me prête, remontant au 30 mars 1870. J'étais alors surexcité comme tout le monde. Mon langrjge a pu Btre animé. Je dois dire cependant qae rien dans mes paroies u*a pu porter atteinte à l'honnear et à la considération d'i général Trochu. J'ai pu dire qu'il n'a jamais cru à la défense de Paris et faire des critiques des opérations. Quant au propos que l'on me prête, je n'ai pas tenu un pareil la gage. Pour l'affaire de Buzerjval, j'ai pu expiimer le regret que l'on n'ait pa*^, à un certain moment, fait avancer des réserves et d'autres irouaes.
Je croiS que )a personne qui a nécessité mon intervention dans ce débat est mal servie par ses souvenirs; j'ai même trouvé ce récit ass^z bouffon.
M. DE GRAVE s'approche de la barre des témoins et dit : « J'ai eu i'insigne bonheur de rencontrer une personne qui se trouvait dans le compartiment avec le général Pélissier : c'est M. Casanova, ancien ofûcierde la garde impériale; on pourra le faire assigner, n
M. LEBRUN, général de division, soixanta-deux ans. — J'étais à G àlons, au camp, avec l'empereur, que j'accompai^ iais. Nous arrivâmes le 16 aoûi. Le 17 août, il y eut «îonseil. L'empereur présidait, et il y avait les généraux Trochi, Berihault, S hmitz et le maréchal Mac Mahor). Je n'ai su q.e le ré ultat, qui était que le général Trochu quittait le commandement du 12* corps pour devenir gouverneur de Paris. Je reçus le commandement du 12® corps. Je me félicitais de la nominaîion du général Troohu à ces fonctions.il y a eu cependant une chose que je n'nurais pas approuvé : c'était de faire revenir avec le général Trochu, à Paris, les bataillons indiscipli-
Bés des mobiles de la Seine. Je erois qu'il aurait mieux valu les envoyer dans le Nor.i.
Il avait été entendu que l'armée de Châlons était destinée à prendre la direction de Paris, non-seulement par les voies ferrées, mais encore en Si repliant pour ralentir la marche de l'armée ennemie, pour cependant combattre àrexlrëme. En le faisant, à mon sens, on aurait refait une armée n ce noyau. Paris pouvait se défendre, car toute place forte peut se défendre quand elle a à courte distance une armée venant à son secours.
A Reims encore, on dev it venir sur Paris; mais là on se dirigea sur Metz. C'est cette armée, os'-illant entre Paris et Metz, qui a séjourné à Reims, à Réthel et ailleur^, arrêis qu'on aurait pu éviter si on avait eu l'idée arrêtée d'aller sur Paris. J'ai quelquefois été appelé à dire mon opinion sur l'opération par Metz, contraire aux règles de la stratégie.
On a parlé du rôle du général Trochu au 2 décembre, il n*a pas été un des acteurs, mais encore un ho Time trèsopposant, il n'était rien alors : Il v nait de quitter scn général Neumayer. Si son avancement a été rapide, ses camarades l'ont cependant considéré comme bien justifié.
M** LACUAUD. — Aucun officicr général n'a eu un pareil avancement.
M® ALLOU. — Cependant le général Trochu à refusé encore plus d'honneur qu'il n'en a accepté.
LE TÉMOIN. — Le rôle dii général Trochu le 3 et le 4 septembre a besoin d'expl «cations dansTi-térêt de Tarmée. Les collègues de M. Trochu les plus affectionnés au nombre dr squels j'étais, se sont posé une question : Le générai Trochu n'a pas paru aux Tuiler es le 3 septembre : comment expliquer cela? Surtout après les formels engagements pris vis-à-vis de rimpéralrice, et que le général Trochu ne méconnut pas. Je voudrais être édifié à ce sujet.
Le 4 septembre, le général Trochu monte à cheval. Il y a le Corps législatif et les Tuileries qui sont dignes de sa sollicitude. Il va droit au Corps législatif; on comprend cela ; mais en route, sur le quai ou sur la rue de Rivoli, il y a un encombrement, il ne peut aller plus loin.
Là, il rencontre Jules Fabre, qui Ini apprend l'envahissement du Corps lég'slatif, l'établissement du gouvernement nouveau; et alors le général Trochu va à l'Hôtelde- Ville, sans aller aux Tuileries ! N'aurait-il pas alors pu passer aux Tuileries, pour savoir au moins ce que deve^nait l'impérat'ice?
M. LE PRÉSIDENT. «-Ce sont des apprécidtions ; vous devez déposer sur des fats.
M^ MATHIEU. — Mais c'est le procès î
M® LACiiAUD. — M. Tfochu a pour se défendre l'aTOcat le plus érainent; il répondra à vos questions.
On cite les t<^moins cités par M. le général Trochu.
M. DE LA LANDE, général de brigade du cadre de réserve. - — J'étais chef d'élat-major df^ la première division militaire de Paris en décembre 1852. Il était de notoriété que M. le chef d'escadron d'état-major en disponibilité Tro^ chu était hostile au coup d'Etat, ainsi qu'aux mesures antérieures et à celles qui l'ont suivi. ,
M. LACROIX, colonel d'état-major en retraite.
M^ ALLOU. — Quel e a été la conduite de M. le chef d'escadron Trochu lors de la revue de Satory, lors du 2 décembre, et depuis, notamment, lors du vote à découvert pour le plébiscite? — R. Sur le livre déposé dansja salle de service pour le vote du plébiscite, le commandant Trochu est venu inscrire son vote à la colonne du non, avec sa signal ure.
M. DEPLACE, général de brigade, chef d'état-major du l"corp> à Versailles.
M® ALLOU. — Dans quelle circonstance la situation de M. Trochu au personnel du mii istère de la guerre lui a-t-elie été imposée par le général de Saint Arnaud?
* Le général N-umayer, parent du colonel TfOchu, et le colonel Trochu, après décembre 1851, avaient été mis ea disponibilitt^ : quinze jours après les événements, j'allai voir M. le colonel Trochu, que je connaissais.
Il désirait rester en dehors du personnel actif, c'està-dire en disponibilité. Le ministre de la guerre put Tinienlion de l'appeler à la direction du personnel. II y fut appelé, et je le dis au général Trochu qui manifesta le désir de rester en dehors. Le maréchal lui envoya un de ces aide de camp et lui donna ordre d'accepter.
M* ALLOU. — C'est donc sur l'ordre du maréchal que M. Trcchu a accepté cette situation? — R. Parfaitement: le colonel Trochu désirait rester à l'écart.
M. le général VAUBERT DE gknlis, général de brigade en disponibilité.
M^ ALLOU. — N'est il pas à la connaissance du témoin qu'au siège de Sébastopol, en Crimée, on offrit au général Trochu les fonctions si recherchées de chef d étatmajor général, et que M. Trochu refusa pour M. de Martimprey?
LE TEMOIN. — J'ai, en effet, le souvenir de ce fait ; il s*est produit.
M° ALLOU. — En 1866, M. Trochu a perdu un frère.
Le téfïjoin ne sait-il pas qu'à cette époque, on se serait présenté chez le général, au nom de l'empereur, etqa'ott lui aurait remis une somme de 20,000 fr., le général était absent; de retour de Rennes, il demanda rendez-vous à l'empereur et rapporta les 20,000 fr.
LE TÉMOIN. — J'ai souvenir de cette circonstance. Cette somme étnit sous enveloppe ; elle fut reçue par Mme Trochu,quand legénéralTrochu revint, il exprima sa surprise. Il me pria d'obtenir une audience de l'empereur pour lui exprimer ces scrupules, et lui dire qu'il ne pouvait recevoir cette somme. Je demandai une audience à Tempereur, et, en effet, le général fut reçu le lendemain.
M* LACHAUD. — Après ce fait, qui honore à la fois le général et Tempereur, le témoin ne sait-il pas si l'empereur n'accorda pas autre chose?
LE TÉMOIN. — Parfaitement. La be1le-sœnr du génébal fut nommée titulaire d'un bureau de tabac à Paris.
M. Jean-P erre jukiende la gràvière, vice-amiral, rue Bellechasse, 55.
M® ALLOU demande au témoin s'il n'avait pas offert le ministère de la guerre au gêné al Trochu au nom de l'impératrice, avant le choix du général Palikao.
LE TÎMOiN. — Je ne me rappelle pas les circonstances exactes dans lesquelles j'ai offert ce ministère; mais ce que je me rappelle parfaitement, c'est que le général Trochu m'a fait comprendre qu'il n'était pas en situation d'accepter ce mmistère.
M* ALLOU. — Pourquoi ?
LE TÉMOIN. — Il me fit remarquer qu'opposé comme il l'était 9UX doctrines mil-taires de l'Empire, il avait le devoir de faire connaître à la Chambre que la cause de nos revers était dans nos mauvaises inslilutions militaires. Je lui oisquecetie déciaraiion était dangereuse et inopportune ; et alors nous tombâmes d'accord qu'il devait ne pas accepter.
M® ALLOU. — Le témoin a assisté à Tentrevue du 17 août aux Tufieries, entre l'impératrice et le générai Trochu. Que peut-ii dire à ce sujet?
LE TÉMOIN. — Mes souvenirs sont très-précis. J'étais couché; M. le lieutenant de vaisseau î'onneau, officier d'ordonnance de l'empereur, viet me réveiller. Il m'apprit que le général Tiochu ramenait l'empereur à Paris; je fus très-ému de cette nouvelle. Je considérais ce retour comme f ital peut-être, sinon pour ses jours, mais pour sa gloire. Nous avisons !e plus vif désir de voir l'empereur prendre sa part à une grande bataille; nous étions bien sûrs qu'il y aurait sa part. Son retour k Paris était aUenatoire à la gloire de l'empereur et à l'intérêt de la France.
Le général Trochu maintint son idée de ramener l'empereur à Paris; suivant lui, le camp de Ghâlons n'était qu'un camp de plaisance; l'empereur était exposé à être enlevé par une division de cavalerie ennemie.
L'impératrice lui dit alori^ : « Il y a une chose que vous ne connaissez pas, c'est que Bazaioe est victorieux. »
Elle parlait de la bataille du 16 août.
Le général Trochu céda alors et renonça à i'i<iée du retour de l'empereur à Paris. Quand il céda, j'en fus tran'îporté de joie. Cependant. .. (Le témoin est vivement ému), le général Trochu... (L'amiral cherche à retenir les larmes qui s'échappent de ses yeux.)
H. LE PRÉSIDENT. — Amiral, prenez le temps de vous remettre.
Le témoin parvient à calmer sa vive émotion.
Le maréchal Bazaine était victorieux, mais il était arrêté.
L'impératrice avait un très-vif sentiment des dangers que pouvait courir l'empereur, mais il semblait que i'em-
pereur ne pouvait rentrer nuitamment dans sa capitale et se cacher. L'impératrice ne craignait pas poui elle; rimpératrice est n^e dans un pays où l'on n'insulie pas les femmes; quand elle vit que le projet de ramener l'empereur à Paris était abandonné, elie en fut joyt^nse.
M* ALLOU. — Dans cette conférence, rimpétHtti(:e nf dit-elle pas : « Si nous rappelions les prince^ d'Oi léans. »
LE TÉMOIN. — Oui l'impératrice, pensait qu'il sérail d'une bonne politique de rappeler les princes dont elle avait toujours regretté Fexil,
Sur une nouvelle demande de m® allou le témoin ajoute : Je n'ai connu|aucune pression du général Trochu, aucune répugnance de l'impératrice à son égan, mais j'ai vu une grande hésitation de la part du minisire de la guerre.
M^ ALLOU. — Le témoin ne pourrait il pas donner quelques explications sur ces conciliabules dont on a parlé, qui auraient eu lieu entre le gouverneur de Paris et des membres de l'opposition extrême?
LE TÉMOIN. — J'ai été constamment chez le général Trochu par ordre de l'impératrice, après sa nomination comme gouverneur de Paris ; je n'ai pas eu coanai-sance de ces faits; je le répète, je n'ai jamais eu le moindre soupçon contre sa loyauté et sa droiture.
M® ALLOU. — Je voudrais que le témoin précisât davantage. Il y avait à ce moment un grand mouvement de monde chez le gouverneur de Paris, beaucoup de députés, appartenant à toutes les nuances de la Chambre, se rendaient chez lui pour avoir des nouvelles, le témoin attribue-t-il ces visites à autre chose qu'à un sentiment de curiosité, à un désir d'avoir des nouvelles?
LE TÉMOIN. — Je le répète, je ne puis rien dire à cet égard, mais si j'avais un inslant soupçonné les imentions du général Trochu, je me considérerais comme très-coupable, car c'est moi qui ai inspiré la confiance de 1 impératrice.
M® LACHAUD. — A quelle heure, le 4 septembre, le témoin a-t-il rencontré le général Schmitz ?
LE TÉMOIN. — A trois heures, lorsque Timpératrice était sur les marches des Tuileries, résistant à partir, nous l'entraînions; on m'informa que la grille du pont des
Saints-Pères était entourée par une foule menaçante, j'y courus, et, en effet, [la grille eût cédé, sans un piquet de la garde nationale qui passait à ce moment sur le quai; alors ces braves gens se mirent contre la grille et empêrbèrent qu'elle ne fût forcée en criant : <r Vive la France! vive l'ordre! »
Je leur dis : « L'impératrice est partie ; elle et partie depuis une heure. » Elle était encore là, mais je voulais éviter à tout prix que du sang français fût versé pour elle sous ses yeux. A ce moment, j'ai aperça le général Schmitz;je lui criai: «Dites à cette foule qu'elle est partie depuis une heure, et qu'elle se disperse. » Quand j'ai vu que la foule se dispersait, que la garde nationale faisait i-on devoir, — il y avait aussi dans Li courun bataillon de chasseurs à pied, — j'ai couru alors pourvoir oit était Timpf'ratrice, et j'ai appris d'un domestique qu'elle avait pu continuer sa retraite.
M^ ALLOU. — Depuis le 4 septembre. Le témoin n*a-t-il pas continué à voir le général Trochu?
LE TÉMOIN. — Parfaitement, je dois rappeler un des derniers mots de l'impératrice : « Je devais, a-t elle dit, me consacrer sans repos au service du pays, j'ai mis dans le général Trochu mon plus ferme espoir pour repousser rétranu:er et sauver la c^ipitale.
M. BERTHAULD, général de division àCourbevoie. --J'étais au camp de Châlons comme commandant de la garde mobile. L'empereur, dans un Conseil de guerre, me demanda ce que je pensais du camp de Chapons au point de Yue de la défense et de Tattitude de la garde mobile, en cas d'attaque de la part de l'ennemi; Je dis à Tempereur, le camp de Châlons n'est qu'un camp da manœuvre, il peut être enveloppé de tous côtés, et que, d'ailleurs, la garde mobile de la Seine n'avait pas encore été instruite suffisamment pour être engagée en rase campagne.
Il n'y avait que trois bataillons. D'abord, ceux qui avaient été envoyés à Langres, à Besançon et à Montbelliard, pour les autres ils ne furent armés qu'au camp de Saint-Maur. Même le 26 ou 27 août, il y avait encore six Datai! Ions non armés.
Je dis à Tempereur, il y a quelques positions qui sont
bonnes si on veut les fortifier, dans ces conditions je réponds de la garàe mobile.
Je proposciis d'envoyer ces bataillons dans les places
du Nord.
L'empereur alors décida que la garde mobile devait êfre envoyée à Paris, que c'était là sa place, pour défendre ses foyers.
Cette question a été décidée là à la fin de la conférence.
L'empereur devait retourner à Paris; il dit: «Ainsi, j'ai tro s décrets à signer, la nomination du maréchal Mac-Mahon, celle du général Trocl^u comme gouverneur de Paris, enfin un troisième décret pour faire rentrer la garda mobile, à Paris.
Je dis à l'empereur : « Un décret est inutile pour ce retour de la garde mobile, un simple ordre suffit. » L'empereur dit : « C'est juste. »
M° ALLOU. — Je croyais avoir lu dans une brochure de M. le général de Palikao que tous les mobiles étaient armés?
LE TÉMaiN. — Il n'y avait que trois bataillons armés de chassepi ts.
M^ ALLOU. — Représentant une force? — R. De deux mille cinq cents hommes. Pour les autres, les armes m'ont été tnnoncées de Paris; mais elles n'étaient pas encore distribuées quand les troupes sont revenues à Paris.
M° ALLOU. — Le Figaro présente le général Trochu revenant avec une armée de dix huit mille prétoriens. Ainsi, d'après le témoin, c'est bien l'empereur lui-même qui a donné ordre de ce retour au chef très-distingué de la garde mobile?
LE TÉMOIN. — Oui.
M*' LACHA CD. — Je prie M. le président de faire revenir le généra! Palikao.
M. le général paukao. *- Les armes ont été mises en caisses ei renvoyées à Châ'ons. Je dois avoir une lettre m'en accusant réception. Un ordre verbal de l'empereur ne pouvait suffire à M. le général Berthault : Il lui fallait un ordre écrit pour ramener ces mobiles à Paris : Voilà pourquoi j'avais refusé de i^* ':§cevoir,
M. BEBTHAULT. — L*empereur a dit que si les mobiles devaient ^e briitre derrière des retranchements, ils se battraient mieux pour défendre leurs foyers et qu'ils devaient retourner à Paris.
M* LACHAUD. — Mais M. le maréchal Mac-Mahon nous a dit que M. Trochu avait fait de se retourr des mobiles une condition sine quâ non de son acceptation ! Gela reste acquis.
M. le g<'néral palikao (sur interpellation) — Mes relation-^ avec le général Trochu remontent à 1866. époque où l'emperaur ordonna des ( onférences pour la loi sur la réforme de l'armée. Nous eûmes les mêmes sentiments sur plusieurs questions miii;aires, notamment sur la loi sur la dotation de l'armée, à laquelle j'étais hostile. Tout le monde savait que cette loi était l'œuvre de l'empereur. En sortant d'une conférence, le général Trochu me dit : « Mais, vous vous compromettez comme moi par cette hostilité. » Je lui répondis que, malgré cela, je serais contraire à cette loi, parce qu'il s'agissait d'une question de conscience.
Le 4 ^ept< mbre, le général Trochu vint me voir le soir, alors? que j'ignorais ce qui s'était passé. Il était alors cinq heures. Il me <lit : « Je viens vous remplacer comme ministre de la guerre. » C'était une position militaire, et cela ne m'éujnna pas.
Le soir même, je partis pour Namur. A Namur, débarrassé de mes préoccupations pour mon fils, je songeai à mes devoirs d'officier. J'écrivis à M. Trochu, que je croyais ministre, ce que je voulais faire, et j employai les formules habituelles. Postérieurement, je sus par les journaux ce qui s'était passé. Quand j'ai dit que j'éiais étonné que le gouverneur de Paris du matin fû^ le chef du gouvernement nouveau le soir, c'est parce que j'avais changé d'avis sur le général et je n'ai jamais eu depuis de comaii nication verbale ou .écrite avec le général Trochu.
M^ ALLOU. — M. Berthauit peut-il préciser comment l'ordre de ramener les mobiles à Paris a été donné par l'empereur?
M. BERTHAULT. — Laconféreuca a d'abord été appelée à statuer sur !a question du retour de la garde mobile à Paris. Je ne sais si j'ai reçu un ordre écrit. Je n'ai jamais
entendu parler de cette condition faits par le généra Tfochu.
M® MATHIEU. — M. le maréchal l'a entendu.
M^ ALLOU. ~ M. le maréchal n'a pas pu l'entendre : il n'assistait pas encore ^ la conférence lorsque la quest^QD de la garde mobile a été agitée ; le vrai t^m )in est M. Berthault qui a tpçu l'ordrt de l'empereur lui-même.
On rappelle M. le maréchal Mac-Mahon qui dit : Jh crois me rappeler que l'empereur ne désirait par le retour des mobiles à Paris ; on avait parlé de la révolie de ces mor biles au camp; d'insultes au maréchal Ganrobert, de cris de vive la République.
L'empereur a notamment dit qu'il était indispensable que les bataillons de B^leville, Ménilmontant et Montmartre fussent envoyés dans le Nord et ne retournassent pas à Paris.
M® LACHAUB. — Vous avez dit que cette condition du retour à Paris avait été la condition sine quâ non d î M. le général Ti ochu : Gela se retrouve dans votre déposition, dans l'enquête sur le 18 mars!
M* ALLOU. — Nous chercherons qui a été l'instigateur de cette idée, rjous le trouve? oas !
M. Chevrpau est rappelé, sur l'indication de M. le maréchal Mac-Mahon.
M. CHEVREAU. — Dans la nuit où le général Trochu a eu sa conversation a?ec l'impératrice, il a dit, je l'affirme sur l'honneur, qu'il ramenait les mobiles et qu'il avait confiance en eux et dans le courage et l'habileté de M. le général Berthault.
M.^ MATHIEU. — Mais la proclamation de M. le général Trochu dii formellement qu'il a lui-même demandé à l'empereur le rappel des mobiles I
M. RERTHAULT. — Lorsque les six premiers bataillons de mobiles sont arrivés, il n'y avait ni tentes ni pailie, et j'avais écris pour que les tentes fussent dressées, prévenant les autorités qu'il ne s'agissait pas de troupes comme les autres. Rien cependant ne fut prêt, et les hommes manifestère t leur mécontentement.
Il y eut du bruit, et M. le maréchal Ganrobert vint sur les lieux. Le désordre augmenta, son autorité fut méconnue. Je demandai alors que les fauteurs de ces scèoei
blâmables passassent au Conseil de guerre. Mais il ei très important de faire observer que tout cela se passaj au début , à un moment où j'étais encore à Pariîl «mb -II quant mes derniers bataillons. Dès que j'ai étl au camp, tout cela a changé et ces scènes n'ont plus e^ lieu. Qf^oi qu'on en dise, avec des formes,on arrive biei à commander les mobiles de la Seine, qui ont leurs qua^ lités.
(Sur interpellation de M® Allou.) Je n'ai pas vu le général Trochu embrasser l'empereur lorsqu'il l'a quitté à| €hâions.
M. SCBMITZ, général de brigade. — Arrivé de Toulouse àl Paris où je fus appelé par M. le général Palikio; j'appris] que M. le général Trochu venait d'être nommé commandant du IS"* corps. Il me demanda pour son chef d'étatmajor. Il me donna l'ordre d'aller le précéder de vingtquatre heures, afin de m'assurer de la valeur des troupes formant ce corps d'armée. Je partis le 15 août. J'arrivai ^u camp de Châlonsoùje fus douloureusement frappé du soectacle que j'y vis.
Chaque train y jetait des débris de corps battus à Heischoffea : les ar ivnges dd troupes débordaient les ressources. Le général Berthault croyait la situaiion intolér ble. Je voulais écrire au général Trochu, lorsque, le soir, je reçus une dépêche très honorable de M. le comte de Pal kao, me demandant un avis sur un mouvement, de retraite du général Delinières. Je lui télégraphiai que le camp était menacé; qu'il contenait des éléments de désordre consic érables; que la situation n'était pas tenable.
Le 16 août, vers deux heures ou deux heures et demie, j'étais au quartier général quand on m'avisa de l'arrivée de l'empereur pour le soir. Dans la soirée, je voulus voir M. le prince Napoléon, et nous tombâmes d'accord que la situation était grave. Je lui dis que le général Trochu serait au camp le soir. Il me raconta que Tempereur avait failli être enlevé. Le lendemain, M. le général Trochu arriva dès sept heures. Nous allâmes avec le prince Nipoléon chez l'empereur oùse trouv;?it M, Berthault, et où vint plus tard M. le maréchal Mac Mahon. M. Berthault dcveloppa un thème très-vif pour ses ouailles, soutenant
— saque la garde mobile ne pouvait encore aller au feu en. rase campagne.
L'empereur, après une discussion, convint de faire retourner la garde mobile sur Paris, disant qu'il était juste qu'elle alât à Paris. Le général Berthault sortit et donna de suite des ordres. Le prince Napoléon parla alors de la situation générale de l'armée et de celle de Paris. Je me permis de me lever et de dire à l'empereur que la situation était déplorable; que le salut de la France était dans Paris, et qu'il fallait prendre le général Trochu. Rentrez à Paris demain matin, et nommez le général Trochu gouverneur de Paris. Que les Parisiens, en se réveillant, apprennent que l'empereur est à Paris, et le général Trociiu gouverneur. Le prince Napoléon fut d'avis de retournera Paris, disant qu'il suffisait à l'empereur de nommer legénéral Trochu; «car, dit-il, si nous tombons, il faut tomber comme des hommes. »
L'empereur dit : J'ai donc trois décrets à signer : le premier, nommant M. Trochu ; gouverneur de Paris le deuxième nommant le maréchal Mac-Mahon commandant de l'armée de Ghâions; le troisième, sur le retour des mobiles à Paris. Le général Berihault dit alors que le troisième décret était inutile, qu'il suffisait d'un ordre r il reçut de suite cet ordre.
Il n'y a pas eu de mouvement d'embrassade et autres^, car l'empereur devait partir le lendemain avec nous, puisqu'il était alors convenu qu'il retournait à Paris, La question de la garde mobile a été agitée dans le conseil avant là nomination du gouverneur de Paris. Le général Trochu n'a évidemment pas parlé à l'empereur dans cette réunion de son désir de ramener la garde nationale mobile à Paris.
Au sortir de l'entrevue, le général Trochu me lut lar proclamation qu'il venait de faire. Il ne s'y trouvait pas que l'empereur l'avait nommé. Je le lui fis observer, et il ajouta cette phrase : « L'empereur m'a nommé gouverneur de Paris. »
Je connais la conversation entre l'impératrice et M. le général Trochu, mais je n'y ai pas assisté; je suis resté d;ms un salon d'attente. On a fait passer la proclamation -modiiîée à un aide de camp.
J'ai remarqué l'hostilité sourde de M. Palikao et de M. le général Trochu; la situation de ce derDier a été désagréable pour le ministre. Mon impression fut douloureuse de voir des hommes aussi éminerits dans une pareille situation.
M* ALLOU. — Je demanderai au témoin s'il a eu conna séance de ces conciliabules dont on a parlé dans le Figaro entre le général Trochu et des membres de l'extrême g'uche.
LE TÉMOIN. — Je suis embarrassé; on appelle conférence ti conciliabule une réunion projetée entre divers individus, il n'y en a jamais eu; d'ailleurs, l'hôtel du gouverrîeur était une espèce de champ de foire à ce moment, on y voyait des personnages de toute nuance, depuis des légiiimistes jusqu'à M. Gambetta, les uns entraient à droite, les autres à gauche, on entrait de tous les cô es chez le gouverneur, chacun vena t aux nouvelles, on ne pouvait se passer de ce qui se disait là, en allant à la Chambre, en en revenant, les députés venaient pour s'informer, on m'ifiterrogeait, on me faisait les questions les plus singulières.
M® ALLOU. — Je demander^ii au témoin de dire à MM. les jurés dans queiles circonstances il a été envoyé auprès de limpératrice.
LE TÉMOIN. — Voici : le général Le Breton est arrivé au Gouvernement; il nous a dit la Chambre est envahie. Oîi est donc Trochu! où est donc Trochu? Le général Trochu me dit, trois ou quatre minutes après, Schmitz, il faut partir et aller chez l'impératrice, moi, je vais me rendre au Corps législatif, c'est là qu'est le danger.
Immédiatemeutje partis à pied, et je frappai à la grille du Ciirrousel; elle était fermée. Il y avait là une foule considérable, une émeute qui avait un volume immense; le quai était couvert de monde. Au moment où j'arrivai devant cette grille, je vis, dans la cour du C rrousel l'amiral Jurien de la Gravière; il me tendit son bras à travers les grilles, et il me dit : c Mon cher, ce n'est pas la peine d'entrer; l'impératrice est partie. » Je me dis en moi-même : c'est heureux , et eepenàant ce départ m'f^tonnait.
Alors, je fis une allocution à la foule. Je lui dis i
« Vous êtes des citoyens de Paris, vous voulez l'ordre. » Et alors les gardes nationaux nie répondirent : « Oui, ie règne de la loi va commencer, nous allons garder les portes, personne n'entrera ici. » Je pensais que l'impératrice avait pu sortir des Tuileries, alors j'entrai au gouvernement.
Il y avait autour du Louvre et des Tuileries une foule peu hoHili/, mais très-exaltée. Le général T'< chu arrive, il me r\il : « J'ai voulu aller à la Chambre, ça jn'a été iippo sibie; c'est une véritable révolution, et il posa son kppi sur la table; je lui tins ce langage : Mon général, nous sommes dans une situation s'ngulièie; il n'y a qu'un homme qui puisse sauver le pays, nous sommes en présence de ia révolution et de l'enn) mi.
Quant à la révolution, c'est un a cident; on s'en débrouillera. La révolution, il faut aller au devant ^l'elle; il faut l'alier chercher vou -fru^me et lui imprimer une rotation telle qu'on l'enrayp. A i.'rement, avant an quart d'heure, le drapeau rouge flou. -ra sur ie pignon de i Hôtel de Ville. Le général se leva et, me quittant, iî me dit : «Eh bien! je pars; je vais aller faire le Lamartine làbas. » (Vive sensation.)
M® LACHAUD. — Je demanderai au général Schmitz l'heure à laquelle il a rencontré l'amiral Jurien de la Gravière à la ^nlle du Carrousel.
LE TÉMOIN. — Il était trois heures trente-sept ou trentehuit minuie . (R res.)
M^ LACHAUD.. — G est un détail très-importan-, sur lequel nous sommes d'accord, et cette heure est trèsexacte. Je la reçois très-scrupuleusement.
M® ALLOU. — Lorsque M. Sieenackers est venu chercher ie général, il est sorti en bourgeois?
LE TÉMOIN. — Certainement, en bourgeois; en uniforme, Ci ûi été impossible.
M^ ALLOU. — Quand le général Schmitz a-t-il revu le général T ochii?
■ Général schmitz. — Le soir.
M'^ ALLOU. — Ainsi, le général Trochu est revenu en liabiis bourgeois?
LE TÉMOIN. — Oui.
M* ALLOU. — Ainsi on n'aurait pu voir le général à
cheval, en uniforme à la tête d'une bande de mobiles, à cinq heures ou à quatre heures.
M^LACHAUD. — Nous fixfTons Cette heure et beaucoup plus tôt, c'est à trois heures et demie. Nous savons à quelle heure il a rencontré M. Jules Favre et d'autres dépuiés.
M® ALLOU. — Je tiens à établir que le général n'est monté à cheval qu'une fois, qu'une seule fois, il était en uniforme. (Au témoin.) Quelle direction a suivi le général ?
LE TÉMOIN. — Je n'en sais rien.
M^ ALLOU. — Le témoin a-t-il eu connaissance de discours que le général aurait tenu à la foule, à propos du mobile blessé, a-t-il eu connaissance de ces acclamations de la foule et de discours vraiment révolutionnaires tenus par le général?
LE TÉMOIN. — Je ne connais pas ce fait là.
M® ALLOU. — Mais vous étiez là au moment oi!i Ton dit que ces faits se sont passés, et vous auriez vu cette scène. Si la scène fût arrivée, elle vous aurait frappé.
LE TÉMOIN. — J'ai vu tant de scènes depuis; et quand on nous a amené le général Ambert, et quand on nous a amené le maréchal Vaillant!
M" ALLOU. — Une autre question à adresser au témoin. Comment a été résolue l'expédition de Buzenvai?
LE TÉMOIN. — On s'était préparé d'abord pour une expédition sur Gbâtillon; elle avait été proposée par le général Chab^ud Latour. J'étais opposé à ce projet, je dois le dire. « Où mettre les soixante mille hommes à faire sortir? ils ser-^ient écrasés, » me disais je. Le général Ghabaud-Latour soutint son projet; alors je préparai le projet d attaque sur Ghâtillon. Nous croyions que l'attaque allait avoir lieu immédiatement, lorsque le général Vinoy Tint nous dire : (i M^is il y a un embarras : il y a un collaborateur qui trouve le projet irréalisable et qui désirerait ne pas s'y associer. »
C'était aux premiers jours de janvier; en présence non pas de ce refus, mais de ce sentiment, le général Vinoy dit voilà une affaire qui ne se présente pas bien ; vous devriez réunir les généraux. Je dis : c'est bien, nous allons
réunir demain les généraux pour les consulter sur l'indispensabilité de faire cet effort.
Nous convoquâmes le lendemain 28 généraux, le général Paturel, le général Bellemar, le général Vinoy, etc.
La c( nférenre commença vivement, le général Trochu apostropha vivement le général en question.
Le g(^néral Le Flô s'emporta aussi, mais on ne put faire revenir le général en question de son opinion. Il dit ; « Je le ferai, mais je suis obligé de protester, pour mettre ma responsabiité à couvert. » Le général Trochu fit une allocution excessivement vive; alors, le général Berthault dit : « J'aimerais beaucoup mieux une expédition sur Buzenval; c'était mon rêve, une expédition de ce côté. »
Je développai mon plan, je dis : « De ce côté, on est protégé à droite et à gauche par la Seine, et si on peut monter à la Bergerie, on arrive aux Buttards, on arrive à Versailles.
Je dis que c'était une grande opération militaire, mais que je ne répondais pas de U réussite ; je dis, il ne s'agit pas de céder à l'opinion publique; mais enfin, nous sommes en présence des Prussiens qui veulent raBçormer la ville ; il faut faire un effort.
Nous avons armé, organisé la garde nationale, et vous ne voulez pas que ces hommes fassent un effort. Mon discours fît une impression très-vive, et le soir je vis dans les journaux que l'expédition sur Ghâtillon était abandonnée parce que le général Schmitz avait tr^hi le secret.
Sur la demaiide de W Lachaud, M. Pietri est rappelé.
M. FiETRî. — " J'ai rapporté hier la plus exacte vérité. Je n'ai pas assisté à la réunion des Tuileries, mais j'ai consulté mes collaborateurs. Le secrétaire général de la préfecture a confirmé de tous points les faits dont j'ai déposé, et il m'a confirmé ces faits dans une lettre dont voici la substance. *
Je l'ai prié de recueillir lui-même ses propres souvenirs. Il m'a raconté que dans la nuit du 3 au 4 septembre, pendant que nous étions à travailler pour le maintien de l'ordre à la Préfecture, des rapports de police arrivaient, signalant que des bandes s'étaient présentées chez le général Trochu, qu'une députation avait demandé
à être entetîdire; que, bomme un garde iBobile avait une égratignure à l'oreille, la foule s'était plainte delà brutalité (le ia police; que le gouverneur avait répondu que cetfe brutalité ne se renouvellerait pas, que d'ailleurs le peuple serait armé et qu'il ferait lui-même sa police.
M** ALLOU. — Le général Schmitz pourrait dire ce qu'à d'ét»afige le langage qu'on met dans la bouche du général Tro- hu.
LE TÉMOIN. — C'est un rapport de police absolument mensonger (Murmures d'approbation dans une partie de la salle.), comme il y en a tant, d'ailleurs. Bi^n entendu, je ne s'<specte pas îa bonne foi de M. Pietri. Mai. le rapport qu'on lui a fait n'e>t pas exact ; j'en ris. Je serais bien étonné que le général Trochu eût tenu ce lan-
Il n'y avait pas homme plus en vue que lui à Paris. Chaqui- jour on venait lui dire : « Mais c'est aboQiinable, le p'éf^t de police fait casser les têtes par ses î-'gents ! » Un jour, je me rappelle M. Tirard, qui n'ét^iit pas si connu alors, vint dire au général : « Le préfet de police fait donr.er au peuple des coups de casse-tête, des coups de bâtons ! » Et comme je disais à M. Tirard, mais M. Pietri est un homme très loyal, M. Tirard me répondit : « C'est abominable ! »
Gé é rai SCHMITZ. — Oui, M. Piétri nomma M. Pollet com^ne commissaire de police attaché au gouvernement de Pans. J'ai fini, je n'ai qu'un mot à ajouter. J'ai servi renipeienr comme officier d'ordonnance; je lui étais attaché, je le dis, malgré les malheurs de mon pays; mais je dois protester de toutes mes forces coritre (es imputations iie trahison dirigées contre le général Trochu. Elles sont absoliment fausses. J'ai vécu dans son in-'imité; ses actes, j ai pu les recueillir et les observer; Pt si j'avais pu voir dans sa conduite un agissement de h nature de ceux qu'on hji reproche, je ne serais pas ici son témoin, il y îi longtemps que je serais son accusateur. (Sensation.)
Après une suspension d'une demi-heure, l'audience est reprise à deux heures et demie.
M* LACHAUD. — Je voudrais éclaircir un fait ; à quatre heures e^t sorti M. le général Trochu en uniforme, e
dé&irerais qu'on entendît M. Busson-Billault sur ce point.
M. BDSSON-BiLLAULT. — Je venais de quitter i'impératrice, il était aux environs de trois heures et dem'e, ne pouvant rentrer à la Chambre, je montai chez moi pour envoyer une dépêche en province à ma famille, j'ai entendu dans la rue une grande clameur, je me suis rais à la feDêlre, j'ai vu alors le général Trochu dont je connais les traits depuis douze ans, je l'ai vu avec son état-major à cheval, suivi d'un groupe de g^irdes mobiles.
Ils criaient : « Vive le gén rai Tr chu ! vive la République! » le général Trochu saluait hi foule.
J'ai vu ce cortège tourner et preodre la rue Castiglione, j*en éprouvais une bien douloureuse impression, et quand je repris mon poste de député, me trouvant avec mes collègues, je leur ai raconté cette scène. Je Tai racontée à M.Talhouet et à M.Alfred Leroux. D'ailleurs, j ajoute que je sais qu'il y a dans l'auditoire des personnes qui ont vu passe le général.
M® LACHAUD. — Pourriez-vous dire leurs noms?
M. BLSSON-BiLLAULT. ^ Je Tai entendu dire par M. Wâchier , qui était chef d'état-major de la garde mobile
M* LACHAUD. — C'est un homme fort honorable ; eu vertu du pouvoir discrétionnaire de M. le président, je désirerais qu'il fût entendu.
M. WACHTER(en vertu du pouvoir discrétionnaire), quarante-six ans, homme de lettres, ancien chef (i'état-major de la garde mobile.
On me dit le 4 septembre, M. le général Trochu est sorti en bourgeois vers trois heures et demie. Je dis « 11 y a erreur, à trois heures et demie*
Le général Benhault, très inquiet au camp de Saint- Maur, comme nous l'étions tous, m'a donné l'ordre de quitter le camp de Saint-Miur et de venir prendre les ordres du gouverneur de Paris. J'arrivai à soo hôt'^î; je trouvai le général Schmitz et je lui dis : « Notjs sommes très-inquiets au camp de Saint-Maur; je viens prendre les ordres du gouverneur.» Legéotrai S' hmitz me *nt: «Je ne puis vous donner d'ordre, attendez; l'impératrice fait /îes préparatifs de départ. » Je suis entré dans la cour du
LoDvre; j'attendis sur le perron. Je vis alors le gouverneur de Paris monter à cheval, en tenue. Il y avait avec lui un capitaine du train; il est sorti avec lui. Ils ont pris la rue de Rivoli; je ne les ai pas suivis. C'est au moment où l'impératrice sortait des Tuileries.
Le général trochu. — C'est la vérité.
M® ALLOU. — Tout cela est subordonné à l'heure du départ de l'impératrice. M. Busson Billault dit trois heures et demie. M. Jnrien de la Gravière dit quatre heures, il est incontestable que M. Trochu est sorti pour aller à la Chambre, à cheval, qu'il a pris le pont de Solférino, qu'il est revenu après avoir rencontré M. Fabre, mais après le retour de la Chambre, le général n'e^t pas sorti, de nouveau, en uniforme, et il n'a été à l'Hôfel-de-Ville que quand il a so Timpératrice partie, et quand il a eu vu s'abaisser le drapeau qui flottait sur les Tuileries, ce qui indiquait le dépari de rimpératrice.
M® LACHAUD. — Il était de trois heures et demie à quatre heures. C'est l'heure indiquée par M. Busson-Biildult, dont l'appartement est en face des Tuileries.
M. BUSSON. — Près de la rue de l'Echelle.
M. WACHTER. — Quant au fait des gardes mobiles, des rapports de police nous sont arrivés. J'ai éiéài'ètat-major, j'ai demandé des renseignements, j'ai su que le général Trochu était très-ennuyé de tous ces mouvements, qu'il ne cherchait qu'à s'en* débarrasser, qu*une fois il les a adressés à M. rl'Erisole.
M. le général trochu. — Ce n'était pas le 3 septembre.
M* LACHAUD. — M. le président, ayez la bonté, je vous prie, de rappeler M. Rouher.
M* ALLOU. — Ne mêlons pas deux questions. Il y a confusion ; cette confusion vient de l'heure du départ vraie de l'impératrice. Il y a l'heure oti elle a quitté les Tuileries; il y a le moment où l'impératrice était censée déjà partie; je demande que M. l'amiral de la Gravière soit rappe'é pour préciser ce point.
M^ LACHAUD. — Je démancherai alors à M* Alloua quelle heure il place le départ du général Trochu pour aller à la Chambre.
M" ALLOU. — Vous allez entendre les officiers d'état-
major ; vous aurez les renseignements les plus exacts sur
ce point.
M® LACHAUD. — Jc demande à ce que M. Rouher soit rappelé.
M. ROUHER. — Le 3 septembre, j*ai reçu la visite d'une personne considérable, émue de ce qui se pa^^sait à l'hôtel du gouverneur, devant lequel on criait : « Vive la République. » J'ai été au Corps législatif afin de savoir quelles mesures dévoilent être prises par M. le ministre de la guerre, si on envahissait le Corps législatif. Dans cite soirée, de dix à onze heures, il y a eu des manifestations révolutionnaires devant l'hôiel du gouverneur; on a même crié : <( La déchéance. »
Le 3 septembre, j'ai eu à dîner un commandant de mobiles et je lui denoandais des nouvelles de ses troupes. Il avait des appréhensions douloureuses.
LAiR, sous- directeur des Entrepôts et Magasins généraux, capilaine de la garde nationale mobile, attaché à l'état-major du général Trochu.
J'ai été avec le général Trochu depuis le 18 août; il n'y a jamais eu de réunion politique au Louvre. Le matin, il recevait des officiers, puis faisait une visite aux forts. Vers une heure, les députés venaient demander des nouvelles. J'y ai vu une fois M. Jules Favre pour une pétition.
A six heures, on a su, le 3 septembre, le désastre de Sedan. Il y avait foule devant l'hôtel, criant: «Vive Trochu ! Trochu dictateur ! » Le général, en ce moment, est rentré en toiture sans être reconnu. Vers neuf heures, la manifestation est devenue si violente que, pour la calmer, on a dû lui demander d'envoyer des délégués. Il est entré dix ou quinze personnes, dont plusieurs officiers de la garde nationale, voulant que le général Trochu fût dictateur; ces délégués étaient très-excités.
Le général a répondu qu'il n'entendait pas se laisser dicter de conditions. Le général a ensuite parlé de la défense de Paris? Quelqu'un a dit que l'on ferait une manifestation en armes à cause d'un blessé. Le général a répondu que ce serait dangereux et que le sang pourrait couler parce que les officiers avaient des ordres.
Dans la journée du 4 septembre, le général Trochu,
vers deux heures ou deux heures et demie, est sorti; il a été sépa é d'un de ses ofticiers. La foule est entrée aux Tuileries, les voltigeurs se sont retirés. L'amiral Jurien de la Gravière a dit que l impératrice était partie.
Le général est sorti par h rue de Rivoli, a pris le guichet des Tuileries et est entré place du Carrousel ; il n'a pas du tout pris la rue Gastiglione.
Vers le 5 ou le 6 janvier, le préfet de police était préoccupé de ratfiche rouge, signée de noms connus sous la Commune, placardée à Believille et à Ménilmontant. Le préfet de poli ;e a demandé une proclamation pour calmer cette effervescence. Il est sorti du cabmet du général emportant une proclamation finissant par ces mots : «Le gouverneur ne capitulera pas !»
Beaucoup de lettres et de gens disaient que le gouvernement négociait et voulait capituler; la fin de la proclamation répondait à ce bruit.
Le général Tr chu n'a pas donné sa démission : on â exigé le départ du général Trochu.
M. BRUNET, capitaine d'état-major à Versailles. — Il n'y a eu aucun conciliabule ni aucune réunion quelconque au Louv. e. D-s personnes de toute espèce venaient au cabinet. 11 y avait des députés nombreux à l'heure de la Chambre.
Le 3 septembre au soir, vers sept heures, il y avait une foule plus inquiète qu'hostile, criant : « Vive Trochu! la déchéance ! n Le général les a calmé, disant qu'un boule- Tersement politique serait un malheur de plus.
Voici les paroles adressées par le général Trochu aux officiers de son entourage ie 4 septembre, lors de sa nomination ; « Vous êtes mes amis, mariés, père de famille, je me précipite dans un gouffre : à tous les malheurs s'ajoute une catastrophe et la démagogie est der« rière nous : je vous do.ane les moyens honorat)les de vous retirer; quittez-moi, si vous le désirez. » J étais dans le cabinet quand M, Lebreton est venu en qualité de questeur demander le concours du gouverneur de Paris.
Le général Trochu a répondu : « Je n'ai pas de troupes, mais vous êtes questeur, et je suis prêt à mettre ma personne et celle de mes officiers à la disposition de l'Assemblée.
Le g<^néral se disposa à monter à cheval. Nous eûmes une d fficulté extrême pour arriver à nos chevaux ^ qui, bientôt affolés de terreur, se cabrèrent, et moi-aiê ne je foulai une femme aux pieds. Je fus alors blessé par un cond ae b>ii )nnette d'un garde national.
Enfin, arrivé au guichet du pont des Saints-Pères, le général Trocha prit les devants, bientôt nous fùnits dans rimpossibililé absolue de faire marcher nos chevaux ; je ne saurais pr'^ciser Theure du départ du Louvre.
Le général est rentré au Louvre et là, il s'est changé et est allé à l'Hôtel de-Ville. Depuis que le drapeau dejs Tuileries s'est abattu, le général ne s'est pas rerais en uniforme et il n'a mis son uniforme qu'une seule fuis, je puis l'affirmer.
M. SOUMAIN;, g^^néral de division du cadre de réferve.
M® ALLOU. — Je demanderai au témoin de dire qu'elles laienl, dansAles derniers jours, les relations du gouverneur de Paris avec le gouvernement, avec le ministre de la guerre, si elles n'étaient pas tendues et enfin si à la dernière heure le gouverneur de Paris n'étoit pas mis, par le ministre de la guerre, par ie gouvernement, dans une sorte 'de quarantaine, d'isolement, de séquestration? Le générai Soumainpeut donner des renseignements pécig sur ce point. Il a même sans douïe des pièces qui consta tent ces rapport?:
Général soumain. — Le 3 septembre, dans la prévision des troj.bles, je prss, sur l'ordre du ministre de la gu^^rre, les dispositions nécessaires pour- protéger le C -rps législatif; je crus devoir en informer le gouverneur de Paris. Je devais recevoir les ordres par le gouverner ; je lui écrivis une lettre. Je possède la lettre de la main du ministre de la guerre, qui me dit de n'agir que sur ses ordres et de ne recevoir d'ordre que de lui.
M* ALLOU. — Je demanderai que cette lettre soit déposée sur la barre de la Cour.
Mv LE PRÉSIDENT, à l'audiencier. — Faites-nous passer cette lettre.
M. le président, après l'avoir parcourue, la fait présenter à M. le général comte de Palikao.
M. le comte de palikao. — Je la connais, je ne Tai pas niée.
L'huissier reporte la lellre à la Cour.
M. le comte de paliko. — Veuillez me la corn muniquf^r encore un instant.
Le général prend connaissance de cette lettre.
M. LE PRÉSIDENT. — Je vais la lire en vertu de mon pouvoir discrétionnaire.
"Voici cette lettre adressée à M. le général Soumain :
« Mon cher général,
» Je s^is d'une source certaine, qu'une manifestation se prépare pour ce soir dans Paris.
» Cette affiire étant entièrement en dehors de la défense de Priris, veuillez me faire savoir directement les mesures que vous avez prises pour assurer la tranqîjillité pub iq'ie; vous recevrez également mes ordres directs pour la répression des désordres s'il s'en produit.
» Le général Mellinet sera également prévenu par moi qu'il sera à votre disposition avec les dépôts de la garde.
n Agréez, mon rher général, la nouvelle assurance de mes sentiments affectueux et de haute considération.
» Le ministre de la guerre,
» Comte DE PALIKAO. »
A M. le général commandant la l"*^ division de la place de Paris,
M^ ALLou. — De même que les mesures pour la défense du Corps législatif étaient prises en dehors du gouverneur, de même, il en était de celles prises pour la défense des Toileries.
M° LACH4UD. — N'est-ce pas le 3, septembre, pour la première fois, que M. Soumain a reçu les ordres directs du ministre de la guerre?
LE TÉMOIN. — Le 14 août, j'ai pris le commandement, le maréchal Baraguay-d'Hilliersquittantle grand commandement; en prenant ce commandement, j'ai suivi les mêmes errements qu'avaient suivi les maréchaux qui m'avaient précédé, et j'ai communiqué, pour tous les détails de service^ avec le ininistre; après la nomination du gouverneur de Paris, il n'a rien été changé à l'ordrdu service, et tout ce qui l'egardait la justice, le recrutée
ment, la police, la discipline, .était envoyé au ministre dela. guerre.
M° ALLOU. — Est ce que celte situation n'était pas en dehors <ies règlements militaires?
LE TÉMOIN. — Oui, ceci s'est régularisé plus tard. Mais, dès le début, j'opérais comme avairrit opéré les iTiaréchiux qui m'avaient précédé. D'ailleurs, il n'y .'ivait pas encore d'instructions, les attributions du gouverneur n'étaient pas parfaitement indiquées et déterminées.
M*' LACiîAUD. — Je demanderai que M. le général Paiikao fut rappelé et s'expliquât sur les circonstances dans lesquelles cetie lettre a été écrite au général Soumain; je lui demanderai dans quelles circonstances, le 3 septembre, il à adressé cette lettre au général Soumain, et si le motif de cette lettre n'a pas été précisément le silence de M. le général Trochu. f.
M. le comte de palikao. — Je demanderai au général Soumain si jamais je lui ai adressé de lettres, ou s'il m'en a adressé avant le 3 septembre.
LE TÉMOIN, — Non, mais|je recevais du ministère toute la correspondance, tons les ordres de service.
M. le général de palikao. — Je demanderai ensuite au général Soumain ; Quelle heure était-il quand, le 3 septembre, il a adressé ma lettre au gouvergeur de Paii>?
Le général soumain. — Je ne me rappelle pas l'heure; c'est avant deux heures, c'est ce que je puis me rappeler.
Le général de palikao. — M. le général Trochu a dit qu'il n'avait trouvé cette lettre chez lui qu'à huit heures du soir; ce n'est pas étonnant, car il étaittoojours dehors, il dit qu'il allait visiter tous les forts et les approvisionnements, ce n'était pas sa mission.
M, le général Trochu m*a-t-il adressé une seule fois les rapports prescrits par le règlement de 1863? J'ai dû m'adresser à M. le général Soumain, au commandant de la place, qui éiait toujours à son poste.
M. LE PRÉSIDENT — Le général Soumain avait il 1 habitude d'a^lresser un rapport au gouverneur de Paris?
Le général soumain. — J'adressais des étafs de situation.
M. le géîiéral de palikao. — Lesquels portaient éTénemeols ?
M. le général soumain. — Non.
M. DE P.4LIKA0, — Alors VOUS éticz fautifs tous les deux. Votre situiation devait porter sur les événements, et le général devait me l'adresser; car le règlement porie que, en cas de froubles, d'émeutes, le gouverneur dcit iiiformer ifjjmédiateryent le ministre de la guerre des mesures qu'il a prises, de l'emplacement des troupes. Le commandant de la place devait son rapport à M. le général Trochu. M. le général Trochu me le devait à moi, ministre de la guerre.
M* ALLOu. — Mais, avant le 3 septembre, s'est-il passé des faits qui nécessitassent ces rapports ?
M. le général de palikao. — Tous les jours il y avait des rassemblements devant la Chambre.
M° ALLOU. — Mais les faits étaient-ils assez graves pour nécessiter ces rapports?
M. le comte de palikao. — Le ministre de la guerre avait raison de demander ces rapports, il n'avait pas le temps de s'occuper de ce qoi se passait dans tout Paris; il fallait que les agents, ses subordonnés, le secondassent, et ils ne l'ont pas tous secondés ; et, je le répète, je reproche au général Trochu de ne m'avoir adressé aucun rapport.
M® ALLOU. — Mais ou les scènes étaient graves, et alors nous devons nous étonner que le miifiistre de la guerre n'ait pas demandé compte au gouverneur de Paris de ce silence, ou elles n'avaient aocme gravité, et l'absence de rapport n'a rien d'extraordinaire.
M. le général palikao. — Oa ne devait pas attendre qu'elles ne dégénérassent en émeutes. Peiidant ce temps là, le général Trochu faisait le tour des fortifications et allait visiter les approvisionnements.
M^ LACHAUD. — Nier l'agitation qui s'est produite avant le 3 septi^mbre, c'est nier Tévidence, nous vous lirons, messieus les jurés, les appels quotidiens des journaux, les rendf z vous indiqués à la foule.
M® ALLOU. — Nous caractériserons aussi ces scènes.
M° LACHAUD. — Le gouverneur de Paris devait suiveilkTa
Le général comte de palïkao. — Le préfet de police était d'ailleurs à !a disposition du gouverneur de Paris.
M" ALLOU. — Je demanderai une dernière chose au général. N était-ce pas une irrégularité de ne pas adresser de rapports au gouverneur?
Le général soumain. — Tous mes rapports, conffnant les événements du jour, étaient envoyés tous les matins au ministre de la guérie. Je crois que c'était une irr( gularité.
Le comte de palïkao, au général Soumain, ^ Avais-je défendu au général de transmettre ces rapports au général Trochu?
Le g*^nérai soumatn. — Certainement non.
M. DE FRESLEAU DE MALROY, général de division, cinquante-huit ans. — J'étais chef d'état-major du 8* corps. Je recevais des ordres de service du général Soumain ou du général Trochu. Mes ordres venaient directement du ministère. Je n'ai pas à apprécier les relations entre le gouverneur et le ministère.
Je constate que les ordres ne passaient pas par le gouverneur. Souvent existe cette infraction à la hiérarchie: on doit dans ce cas obéir, dit le règlement, sauf à informer l'échelon hiérarchique qui a été omis.
Le 3 septembre, au matin, vers dix heures, en arrivant chez le général Soumain, il me communiqua un ordre du ministre relatif aux mesures à prendre pour l'ordre intérieur dont le gouverneur, disait^l, n'était pas chargé.
Le 4, nouvelle lettre du ministre qui, ne trouvant pas les mesures prises suffisantes, demandait l'emploi d'un régiment de gendarmerie.
Je ne peux pas dire exactement les forces qui se troujvaient à Paris en ce moment. Il y avait la force publique : jgardes de Paris, la gendarmerie de la Seine, puis des dé- Jpôts, dans différents corps. C'est la force sédentaire de Iparis non endivisionnée. Il y avait encore une division.
Le général Caussade commandait les forces au Corps législatif, et il a reçu des ordres directement du ministre de la guerre.
M. DE palïkao. — N'ayant pas vu le 3 M. le général Trochu, le lendemain j'ai été voir le général Soumain moi-même pour lui demander quelles mesures il avait
prises. Il m'a dit que c'était, les mêmes que la veille.
Tavais fait venir de Versa Iles le régirai nt de gendarme rie en formation à Versailles. Le général Vinoy, qui revenait à Paris, avait le reste des troupes sous ses ordres.
Le 13° corps, qui a fait cette belle retraite, a été formé des mêmes éléments que le 12* corps : c'étaient donc de bons soldats.
M. DE CHABAUD-LATOUR, général de divisioiv, soixantehuit ans. — (Sur interpellations). Mes souvenirs, sans être présents, sont assez nets, sur la question de la présidence du conseil de défense. Il y a eu h cet égard une lutte de courtoisie entre le maréchal Vaillant et le général Troihu. La présidence revenait de droit nu maréchal. Il y a eu un grand esprit de déférence de la part du général Trochu envers le maréchal Vaillant.
Il n'y a eu que de la réprobation pour le mot de conseil de défaillance, qui a été prononcé, en effet, dans le conseil; car voici notre œuvre!
Nous avions demandé un an de vivres : on pouvait les avoir par le Havre, et on pouvait alors résister ! Nous avions demandé 3,000,000 'kil. de poudre, un an de charbon et 300 paires de meules de- la Ferté-sous-Jouarre.
L'amiral Rigault de Genouilly, M. Trochu, M. Thiers et moi, nous demandâmes à la mrsrine de^ bouches de fort calibre. On en a envoyé d'abord 100, puis d'autres encore. Nous arons enfin demandé, M. Thiers, M. le général Trochu, M. Jérôme David et moi que l'armée du général Mac Mahon revînt sur Paris.
Nous aurions pu ne pas être vaincus. 140,000 hommes avec nos débris auraient fait une grande armée et la résistance de Paris, qui a fait quelque figure aux yeux de l'Europe, excepté chez nous, où nous nous déchirons les uns les autres, aurait pu se prolonger encore bien plus longtemps.
Le général Ducrot a fait des efforts surhumains. Les mêmes hommes qui, à Ghâtillon, n'» nt pas tenu devant les Pruss ens, plusieurs ne savaient p^^s encore manier un fusil, se faisaient tuer six semaines pliis tard en faisant leur devoir.
A mon arrivée à Paris, je me suis mis à la disposition
du maréch 1 Lebœuf, qui m'a chargé de la direction de la défense de Paris. Je m'occupai d'organiser l'état des fortijfications ; il y avait des lacunes prévues.
Six points furent désignés pour être forîifiés le plus tôt possible : Meudon, les Hautes-Bruyères, le Moulin-Saquet, Montrelout et Chàtillon. Mais dans la nuit du 7 au 8 août on apprit les désastres!
Nous fûmes appelés aux Tuileries, où l'imp'^ratrice nous tint un très noble langage : « Il ne s'agit pas de sauver l'empire, mais de sauver la France! »
Quelques jours après, grâce à l'état de siège, nous pûmes enfin nous emparer du terrain, et de suite nous nous mîmes au travail.
Le môme jour, j'obtins de commencer les travaux des portes.
On travaillait ardemment à tous les travaux, lorsqu'arriva le 4 septembre et le bouleversement. Immédiatement mes ateliers furent désorganisés. J'avais 100,000 ouvriers, il me fallut huit jours pour les retrouver. Je trouvai déjà l'appui le plus ferme chez le général Trocho.
Quelques jours après, un arrêté ordonnait la fermeture des portes le matin et le soir. Les ateliers furent désertés à nouveau par les ouvriers que cela gênait. Je me plaignis et de suite l'arrêté fut rapporté.
On donna quelques jours après l'ordre de faire rentrer les vivres : c'était une excellente mesure ; mais alors les ouvriers ne trouvèrent plus de nourriture sur place et désertèrent à nouveau les ateliers. Ce nouveau défaut fut réparé de suite.
J'ai toujours trouvé chez M. le général Trochu le concours le plus empressé; c'est grâce à son énergique volonté que j'ai obtenu de pouvoir imprimer toute la célérité aux travaux.
Si les redoutes avaient été achevées, si les redoutes avaient été reliées, l'occupation de ces p isitions aurait au moms préservé Paris (iu bombardement.
Le gêné al a fait réoccu er à ma demande les redoutes des Hautes-Bruyères et du Moulin-Saquet : cela nous a permis ainsi do préserver une partie de Paris.
J'ai été toujours d'accord avec M. le gouv^erneur cjui a toujours été porté à satisfaire à toutes mes denioicdes.
L*accord entre nous était d'autant plus grand, que le général Trochu avait conçu une opération qui me paraissait avoir quelque chance de succès : il s'agissait de prendre la vallée de la Seine, et d'y donner la main à une autre armée venant du dehors du côté de Sannois. Il fallait pour cela l'envoi de Rouen d'une armée de 80,000 hommes ; il y avait un ravitaillement préparé au Havre et l'opération pouvait réussir. Mais tout cela a été bouleversé par les nouvelles de la Loire : après le succès de Goulmiers, nous apprîmes les échecs. Les batailles de la Marne furent faites dans des conditions défrivorables, mais inspirèrent à l'ennemi un certain respect de la solidité de l'armée de Paris.
M. KELLER, quarautc-trois ans, député du Haut-Rhin. — Je connaissais M. le général Trochu. J'ai été le voir et lui demander des nouvelles de nos armées. Quand il fut gouverneur de Paris, je continuai à y aller. J'y vis des députés de toutes les nuances.
M. DE LA MONNERAYE, membre de l'Assemblée nationale. — J'ai été plusieurs fois chez le général Trochu avant et après le 4 septembre. J'y ai rencontré M. Keller, M. d'Andelarre et autres députés.
M. Jules FAVRE, soixante-trois ans, demeurant à Paris, rue d'Amsterdam, avocat à la Cour d'appel.
M® ALLOU. — Je demanderai au témoin de vouloir bien s'expliquer sur une contradiction qui semblerait exister enire ce que le général Trochu a dit qu'avant le 4 septembre il n'avait pas vu M. Jules Favre, et un passage d'un livre écrit par M. Jules Favre oii il rend compte d'une entrevue qui aurait eu lieu chez le gouverneur de Paris avant le 4 septembre.
Voilà la première question que je désire adresser à M. Jules Favre ; la deuxième question est celle-ci : Dans quelle condition M. le général Trochu a quitté le gouvernement de l'Hôtel-de-Ville avant d'accepter de faire partie du gouvernement de la Défense nationale?
M. JULES FAVRE. — Je n'ai pas à m'expliquer sur les causes qui ont pii effacer de l'esprit de M. le général Trochu le souvenir de ma visite chez lui avant le 4 septembre; en disant qu'il ne m'avait pas vu avant cette époque, il a commis une erreur involontaire, mais facilement
«explicable. Je n'ai pas eu l'honneur de le voir seul.
Voici les circonstances dans lesquelles a en lieu celte entrevue; vers le 20 août, comprenant la gravité des dangers qui menaçaient la France, nous voulûmes nous met tre en rapport avec M. le géjiéral Trochu qui, par sa réputation bien légitime de loyauté, devait nous inspirer une entière confiance. Je me suis entendu avec deux de mes collègues du Corps législatif auxquels vinrent s'adjoindre quatre ou cinq électeurs de Paris.
Je me suis rendu avec ces six ou sept personnes chez le général Trochu, après l'avoir prévenu et lui avoir demandé audience. Il nous avait dit qu'il nous ferait l'honneur de nous recevoir un matin. Le billet dans lequel on lui demandait audience ne nommait pas toutes les personnes qui devaient se présenter chez lui. Nous avons été reçus. Je vis le général Trochu. Je ne le connaissais pas personnellement, et je ne l'ai vu que cette fois avant le 4 septembre.
Le motif de notre visite était bien légitime. On s'attendait à un siège, car on connaissait les désastres de nos armées. Il était tout simple qu'on s'attendît à de nouveaux périls et qu'on cherchât à savoir ce que pensait le général Trochu.
On peut se rappeler qu'à cette époque il y avait une grande scission dans la population de Paris. Beaucoup affirmaient qu'ils ne se défendraient pas si l'empereur restait à la tête de l'armée, c'est pourquoi j'ai réclamé que l'empereur ne conservât pas le commandement des troupes. Je l'ai dit dans mon bureau au Corps législatif.
Je l'avais dit lorsque je blâmais la guerre. Je disais : Mais vous abandonnez le commandement à un homme incapable de conduire des armées. C'est sur ces sujets que je voulais interroger le général Tiochu. J'étais accompagné, je me le rappelle, de MM. Tirard, Ferry, Picard, au docteur Montanier.
Sur la deuxième question, mes souvenirs sont moins fermes. Je me rappelle que le 4 septembre le générai Trochu est venu à l'Hôtel-de-Ville; il a dit qu'il se rendait au ministère de la guerre, mais je ne me rappelle pas qu'il faisait de cette visite une condition d'accepîaUon de membre du nouveau gouvernement.
Je me rappelle qu'il a fait une déclaration, et que, à partir de ce moment, je l'ai considéré comme président du gouvernement qui venait de se constituer.
Je ne me rappelle que le fait général. Le gouverneur est venu à nous dans des conditions inutiles à rappeler, car elles sont bien connues aujourd'hui; il s'est rendu au ministère de la guerre.
M. le général usquin, 56 ans, attaché à Tétat-major du gouverneur de Paris. — J'ai été attaché le 22 août à l'état-major du gouverneur de Paris. En dehors des heures de nuit, j'étais toujours à mon poste, et forcément j'ai vu ce qui se passait chez le gouverneur. Il était impossible que qui que ce fût enîrât chez le général sans que nous le vissions, et jamais je n'ai va entrer personne en dehors des officiers et des attachés militaires.
Quant à la sortie du général en uniforme, c'était le dimanche, vers midi et demi; j'aperçus des bataillons nombreux, plus ou moins armés, qui descendaient tous vers la place de la Concorde. J'en allai parler au général; il était déjà prévenu. Quelques moments après, il dit : « Il faut que nous marchions.» Et s'adressant à ses officiers, il dit : « Qui est-ce qui est prêt pour m'accompagner ? » Trois officiers montèrent à cheval et suivirent le général.
Nous vîmes passer le général, il sortit par la rue de Rivoli et tourna à gauche; nous aperçûmes par les fenêtres du Louvre son cortège qui se dirigeait vers le Corps législatif à travers le Carrousel, i! était vers une heure ou deux heures. Nous le vîmes revenir au bout d'un temps assez long; il n'avait pas pu dépasser le quai à cause de la foule.
Quant aux rassemblements du 3 au soir, je n'étais pas au quartier à ce moment-là. Je n'ai rien vu.
M*" ALLOU. — Enfin, il est certain que le général n'est sorti qu'une fois à cheval le 4 septembre.
LE TÉMOIN. — Ah! parfaitement, j'en suis bien sûr.
M. POLLET, commissaire de police. — J'ai été le 25 août mis à la disposition de M. le gouverneur. Il venait certaines personnes en voiture, dont je n'avais pas àm'inquiéter. J'ai appris les tumultes du dehors, j'en ai rendu compte; il est venu desdéputations, des groupes, je n'avais qu'à maintenir l'ordre.
Le 3 septembre au soir, il est venu une députation d'officiers de la garde nationale quia été reçue. Un flot de population a demandé à entrer. On parlait d'un garde mobile ou fantôme de garde mobile blessé, disait-on. Le» général est venu sur le perron, il a dit quelques mots de pacification. Le général a dit qu'on rendrait justice. On criait : « La déchéance ! vive la République ! »
La foule demandait toujours des armes. Dans une allocution, le général a dit : « La garde nationale sera
armée, »
M. FOURiCHON, vlcc-amiral. — J'ai retrouvé une lettre du général Trochu du 5 septembre, et j'ai désiré être cité pour en donner connaissance. En septembre , j'étais dans la mer du Nord pour bloquer les ports allemands. Rentré à Cherbourg le 15, j'allai à Tours : je ne sais rien de ce qui a eu lieu à Paris.
Il est donné lecture de cette lettre par M. le président en vertu de son pouvoir discrétionnaire : elle est ainsi conçue ;
« Paris, le 5 septembre.
» Mon cher ami,
» Les événements se succèdent autour de nous, terribles et inévitables, créant à chacun de nous des pénis et des devoirs qui p issent toute prévision et toute proportion. Voilà comment, à la veille d'un siège qui sera sans précédent dans l'histoire des sièges, et que de grands efforts n'ont qu'incomplètement préparé, je me trouve à la têle d'un gouvernement républicain.
» Le sentiment unamime de ce gouvernement a été de vous appeler au ministère de la marine, bien avant que mon propre sentiment ne fût exprimé à ce sujet. Je ne comprends que trop la contrariété que vous en éprouverez; et Anna, apprenant l'événement, est venue me dire à ce sujet des choses que je savais à l'avance. Mais, cher ami, il n'est plus permis à aucun de nous de choisir la voie et le genre de fin qui ni^us conviendraient.
» Votre dévouement aux intérêts qui sont en péril, et je le crois auss', votre dévouement à un vieil ami, dont vous éprouverez quelque satisfaction à partager la for-
tune, vous conduiront à courber la tête devant la destinés qu'il vous offre.
» Mille amitiés,
)) Trochu. »
Malgré mon regret de quitter l'escadre, ajoute le témoin, je dus accepter : celui qui me conviait était l'honneur dans la vie publique et la vertu dans la vie privée. Les attaques passionnées ou intéressées du procès actuel ne peuvent qu'elfleurer une vieille amitié.
M. BRUNET, chef de bureau au ministère de l'intérieur. — A partir du 22 août, j'ai été attaché au cabinet du général Trochu. Je suivais les séances du Corps législatif. Avant et après ses séances, des déput s, notamment du tiers- parti, venaient à l'hôtel du gouverneur.
Je ne sais si les cartes étaient permanentes, j'en doute fort. Le jour du 4 septembre, quand le Corps législatif s'est réuni dans ses bureaux, je suis sorti pour aller rendre compte au général. L'Assemblée n'olai' pas encore envahie : nous n'avons pu aller à riiolcl. Nous sommes rentrés dans la tribuiie du président. Quand nous avons quitté le Corps législatif, nous avons pris le long de la berge.
J'ai aperçu le général et quelques officiers noyés dans la foule. J'ai essayé de m'approcher de lui, mais en vain. Je suis rentré à l'hôtel du gouverneur qui est rentré peu de temps après.
Le 3 septembre, le gouverneur rentrait d'une tournée ; il apprit la capitulation de Sedan. La foule ■ tait grande et vouhiit ent er; on lui a fait demander d'envoyer des délégués. On a reçu quinze individus fort animés.
Le gouverneur les a calmés et leur a demandé de ne pas faire de violences.
M. CRESSON, avocat, ancien préfet de police. — J'ai assisté à une partie du conseil de guerre tenu au commencement de janvier par le gouvernement. Le général Trochu, qui a résumé tout ce qui avait été fait, termina par un mot qui fit sensation : le général Trochu ne capitulera pas. (( Voici une bonne parole, » f!it un membre du gouvernement. Je me retirai très ému et glorieux de
prendre part à des faits ayant un tel caractère de vigueur Quelques jours après je revis le général.
Les bruits de trahison du général Trochu et de son entourage étaient universels : les clubs et certaine presse répandaient ce brnit. Une femme dans un club avait même dit que le général Trochu serait assassiné par une bombe Orsmi. Je lui signalai ces faits, le rendant attentif qu'il ne s'agissait plus de bruits de réunions publiques ou de la presse contre laquelle j'avais inutilement demandé à sévir, mais du bruit répandu dans la population : « Général, pourquoi ne pas répéter cette parole prononcée au conseil, et que vos collègues ont applaudi, » lui dis-je séance tenante. Nous fîmes une courte proclamation en trois lignes, leïgénéral Trochu, M. Riberro et moi.
M. VACHEROT, membre de l'Institut, député de Paris, maire du cinquième arrondissement. — Pendant le siège, j*ai eu occasion de voir et d'entendre le général Trochu dans des circonstances graves et douloureuses.
La première fois, c'était à une réunion de maires tenue au ministère de l'intérieur. On y manifesta, non pas de^ scrupules, mais des inquiétudes sur la manière dont la défense de Paris était conduite.
Il n'y avait aucun sentiment de défiance.
On craignait que dans l'entourage du général il n'y eût des personnes n'ayant pas suffisamment foi dans le succès. On proposait à M. Jules Favre d'adjoindre au au général une sorte de conseil de surveillance mipartie civile mi -partie militaire. M. Jules Favre n'a pas cru pouvoir se charger de porter cette proposition au général; mais il nous a engagé à aller chez lui. Nous y avons été, et là, au Louvre, pendant une heure, il nous a exposé éloquemment le récit des opérations conduites jusque-là; nous sommes sortis de cette réunion pénétrés de sympathies et d'estime pour lui, et cependant peu rassurés sur la situation.
Après Buzenval, il y a eu une nouvelle réunion au même lieu, oij tous les membres du gouvernement pro ?isoire assi taient.
Le mot de capitulation n'était pas dans la bouche; mais on sentait qu'il s'agissait d'un acte suprême. Le gé ûéral exposa le récit de la bataille, et, malgré tout,
-Ternaires de Paris étaient d'avis encore de ponr^^uivre la lutte à outrance. La population de Paris afi'olée, ne sachant rien, pleine d'illusions entretenue^ pnr la presse, aussi bien par la bonne que par la mauvaise, voulait tenter un dernier, un suprême effort, et la majorité du gouvernement était de cet avis. M. J. Favre, M. le général Ducrot et M. Picard étaient seuls d'un avis contraire. Les maires étaient unanimes à demander la continualion de la lutte.
Les maires connaissaient la situation des esprits, ils savaient que le mgt capitalalion engendrerait la guerre civile et que ce ser.^if l'entr: e des Prus^ie> s à Pdcis.
Le général Trochu dit qn/il ne pouvait commander une opération qui devait fatalement aboutir à uncHmage inutile.
Uîi des maires (pas moi), M. Desmarets, je crois, a dit au général Trochu : «Il faut alors donner votre démission ! » Le général s répondu : « Ma d' missio , je ne la donnerai pas. Si un général veut tenter ce suprême effort, je ferai méfier de soldat; mais ce poste, quelque douloureux qu'il soit, je le garde et je ne demanae pas à fchapper à la responsabilité. »
M. ARNAUD (de l'Anf ge, rue Saint-Guîllaume, maire du septième arroDd's^eowiiît.
M'' ALLOU. — Ji^> de manderai au témoin de vouloir bien, comme le précédent t-moin, nous donner un cho des réur,!ons de maires ôt P^-ris, auprès du gouvr-rtie 'fient, avant et après la jourriée de Buzenval, de t ous dire quel était le sentiment rie la population de Paris apiès l'effort de Buzenval ; si son ptier^^ie ardente éiait b; i^ee ou si elle DC demmdait pas encore de chercher à se fr )yer une issue nouvelle par un «lernier effort?
M. ARNAUD (dt; l'Ariége).— DaDS les réunions des maires de Paiis, nous croyions que les efforts de la défense n'obéissaient pas au gré de la populatoa de Pcjris, nous avon^ eu alors l'idé' , «inns une réunion chez M. Jules Favres, de nous îiùie lesorgnnesde la population (.aiisienne. Nous ne pouvions o (tr ..ier la défense, n'étant p^s militaire , mais nous f.» sant l'écho dar cette population, nous avons dit qu'il s-rait peut-être bon d'obtenir du général Trochu qu'il vcuiût s'eniourer d'un certain nombre
d'hommes pris dans l'armée, dans l'administration civile, et de s'en faire une sorte de conseil. Le général T/o'jhti nous réponiir qu*ii avait pris dans l'armée toat : i' qa'il avait pu y truuv<^r, qu'il ne voyait pas trop, d'ailleurs, rimporl.iricti '^e ce conseil, et... (Le témoin s'arrête à cause de sou émotion qu'il parvient à maîtriser). C'était avant Buz ov,*i, on a donc écarlé l'idée des maires. Je ne sais qu'ajout« r.
M^ ALLou. — M. Arnaud (de TAriége) a parfaitement et compléie e t répondu, sans s'en louter, à ma preraière question. Je lui demanderai ses souvenirs sur les réunions qui ont suivi 'ajournée de Buzenval.
M. ARNAUD (le î'Ariége). — Parfaitement. Nous avions remarque qi.e ie moral de la population s'était mainteDu ferme, ma gré i 'insuccès de cette journée. J'avais vu partirlescoaipgni^s de la garde nationale, calmes, résolues; hélas! ïous ceux que nous avions salués ne sont pas revenus; m dgré c* s pertes si douloureuses pour les familles de notre a(ror,d ssement, il y a\ait encore une grande énergie g ai. s la population ; elle ne pouvait pas à se faire à l'idée que tout était fini, qu'il fallait se rendre.
Nous avions bien reçu les confidences du gouvernement, niais U' us ne pouvions les divulguer; nous savions l'état des ^ylisi tances, car c'était r.ous qui étions chargés du rationnement, et nous savions que nous ne pouvions plus tenir Uuigkmp-. La vérité, nous ne la disions qu'en, partie à la po^^^lation pour la préparer; mais nous avions constaté chez !ous, malgré la défaite de Buzenval, un tel ressort, un si qoa vouloir, on voulait encore faire un effort ! q ie nous nous sommes mis encore une fois en rapport avec le gé- énd Trochu, c'était un écho que nous lui portions, ix^ls lui avons dit : N'êtes-vous pas entouré de chefs mil ta il es / uxquels manque peut-être la confiance. Chercht z quelqu'un qui croie encore à la possibilité d'un effort Uii^e; ij nous dit : Je n'ai pu prendre que ce que j'avais sous h main; je n'ai que le personnel préparé par le régime de !'< mpire; j*ai consulté les généraux, ils ont dit tous que rien n'était plus possible.
Le ieodema n, au ministère de l'instruction publique, nous avons réuni quelques officiers. Chacun a donné son avis, chacun a critiqué ce qui avait été fait; mais tous ont
été unanimes quant à l'impossibilité d'une action, au point où en étaient les choses.
M* ALLOU. — C'est tout ce que nous dennandoRS au témoin. Mais un mot sur la démission du général Trochu.
M. ARNAUD (de l'Ariége). — Dans ce moment, répondant au vœu de la population, quelques maires dirent au général Trochu : « Général, donnez votre démission. » Il répondit : « Non; j'ai été placé à ce poste par la confiance des électeurs. » On se rappelle qu'après le 31 octobre des électeurs ont sanctionné le gouvernement. «Je ne puis, dit le général, me retirer quand le danger devient grsnd. »
MONTAGUT, cx-capitaine d'artillerie, rayé, en 1852, pour refus de serment, et rétabli lorsqu'on s'est aperçu
M. LE PRÉSIDENT. — Il s'agit en ce moment de donner vos nom et prénoms? — R. Je suis un ancien militaire, et je crois qu'il faut que l'on sache qui j'ai été.
M^ ALLOU. — Le témoin représente pour nous le maîhecreQx général Clément Thomas, et il pourra nous dire le rôle de la garde nationale à Buzenval. — R. J'ai reçu le dispositif d'une bataillle, et ordre de fournir cinquante mille hommes, j*ai préparé les lettres de service, les vivres, etc. Le général Vinoy m'a donné les instructions le soir. Le matin, à neuf heures, lorsque les officie '"nrent réunis dans mon cabinet, j'ai reçu un dépêche i iégraphiqwo portant : « Affaire ajournée pour motif intéressant la défense nationale, » Je comprenais le motif de ce contre-ordre. Je n'ai pas à le dire ; mais tout était prêt, je tiens à le dire.
Le concours de la garde nationale a été permanent depuis le 23 novembre, jour oh le premier bataillon était organisé. Le général Trochu s'en est porté garant. Au Conseil de guerre, il a adjuré les chefs de corps de s'en servir, disant qu'elle valait mieux que l'on .je croyait.
La liste des témoins est épuisée.
L'audience est levée à cinq heures est renvoyée à samedi dix heures.
«II».» iwinunlfl
Audience du 30 ?wa/'«.
L'audience est ouverte à dix heures et demie.
Sur l'ordre de M. le président, il est déclaré que M. Delchet et M. Blanche seront entendus.
M. LE PRÉSIDENT. — M. le général Lebrun demande à fournir qîîelques explications sur une contradiction apparente qai se serait produite entre sa déclaration et celle de M. le général de Palikao : il sera entendu dès qu'il sera pri^^ent.
M® DEROULÈDE, avoué à la Cour, assistant M. le général Trochu, demande à ce que la Cour entende M. le générsl Berthault.
D., à M. Berlhanlt. — N'a-t-il pas été question, à Châlons, de séparer les bataillons de la Villetteet de Belleville des autres bataillons? — R. Oui, M. le président, on a dit qu'il était dangereux de les faire revenir à Paris et qu'il vaudrait mieux les envoyer dans une place du Nord. Mais on a fait observer que les inconvénients, résultant de cette exception, ser âent plus considérables que Tm onvénient de prendre une mesure particulière pour eux; c'est probabtemeni 1 hésitation de Tempereur, dont M. îe maréchal Mac-Mahon a entendu parler, relativement au retour de la garde nationale à Paris.
J'ai commis uner erreur dans ma déposition d'hier. La moitié des bataill ns avait reçu des fusils à tabatière, armement provisoire devant être remplacé par des chassepots. Au camp de Saint-Maur, on les a reversés à l'artillerie. Six bataillons sont revenus sans armes : je les ai embarqués à Reinis.
Les bataillons venant des places de TEst avaient seuls des chasscpols.
Les sacs ont été Inssés aux troupes du maréchal Mac- Mahon qui revenaieut de Frœschwiiîer.
Je sais que !ie> ordies avaient été donnés, par le ministère de la guerre, cour l'armement le plus rapide de la garde n.itionale nuibile.
Ernest delchet, 27, rue Cambacérès.
M" LACHAUo. — L^ 4 septembre, vers onze heures, onze
heures et demie, n'a t on pas donné Tordre au témoin, alors officier d'état-major, de faire réunir le bataillon des Blancs-Manteaijx, et, sur l'étonnemenl que le témoin a manifeslé de cette convocation, ne lui a-t-on pas dit, c'est sur l'ordre du général Trochu?
LE TÉMOIN. — J'ai reçu l'ordre d'aller chercher le 56® ou 58® bataiiljn de nouvelle formation, dont les cadres étaient à peine formés, dans lequel nous n'avions pas une grande confiance, j'en fis l'observation, il m'a été répondu que ce bataillon avait été désigné par le général Trochu. On m'a dit qu'on me donnerait des instructions sur le lieu de réunion.
J'ai attendu sur la place de la Concorde les ordres qu'on m'avait promis, il n'en est jamais venu.
M. le général trochu. — J'avais des raisons pour cela.
M. BLANCBE, avocat à Paris (sur la demande de M' Deroulède). — M. le général Trochu, pendant que j'étais à la préfecture de la Seine, m'a dit : « Que voulez-vous que je fasse? On m'a fait une position qui me met dans l'impossibilité douloureuse de rien faire pour le pays. » Comme je manifestais au général Troohu les inquiétudes des maires de Paris avant le 4 septembre, le gouverneur me répondit : «Que voulez-vous que je fasse? Je n'ai aucune e-pèce d'autorité, même sur la g-rde nationale.» Et il ajouta : a Que voulez-vous que je fa^se? Comprenezvous un gouverneur dans une ville (Vl il y a un ministre de la guerre, un conseil de ministres?» Je répondis: « En effet, je ne vois pas qu'il y ait beaucoup de place pour un gouverneur. »
M. le président donne lecture à MM. les jurés d'une lettre de M. le général Lebreton, questeur de la Chambre, dont le général Trochu avait invoqué le témoignage.
M. l'amiral fourichon se présente à la barre. — Je demande à relever quelques paroles pronoicées à l'audience d'avant-hier par M^ Lachaud, et qui ont été reproduites par le figaro. Comme on demandait à M** Lachaud s'il n'avait pas d'autres questions à m'adresser, M" Lachaud aurait répondu : Non, certes, je n'ai rien à demander au témoin, c'est un ami du général Trochu qui parle ; je répondrai à M' Lachaud, que si je suis un ami du général
Trochu, je suis aussi un témoin qui a promis de dire la vérité.
M'" LACHA UD. — Je répondrai qu'en précisant sa déposition, le témoin a manifesté ses sentiments d'estime et d*aiiection pour le général Tj ochu. Il a apprécié le procès lui-roeme, en dis^int que les attaques diiigéfs par le Figaro contre le général éiaieni des attaques aveugles ou intéressées. J';û donc répondu : « Je n'ai pas à répondre pour le rrioment; mais à tout autre qu'un ami du général, j'aurais eu une réponse à faire.
LE TÉMOIN. -~ Ce que disait M® Lachaud tendrait à infirmer ja valeur de mon léaioignage.
M° LACHAUD. — Nullement, nul ne peut s'étonner des sentiments du témoin pour le générai, mais quand ce témoin qualifiait ain^i qu'il l'a fait les articles poursuivis, la défense ne pouvait accepter cette appréciation sans répondre, mais ce n'est pas le témoin que j'atteins; nullement.
M. LE PRÉSIDENT. — L'incident est clos.
M. Tamiral fourichon. — Dans le même numéro du Figaro, y ïi\ lu la reproduction de ia lettre que m'a adressé le général, et j'ai rtmiarqué qu il n'en a pas reproduit le texte en entier.
M. DE viLEEMESSANT, SB tournant vers son rédacteur. — Mais vous avez eu tort.
LE TÉMOIN. — Cette lettre a été reproduite dans les autres journaux^ au contraire,
M. LE PRÉSIDENT. — Monsieur Tamiral, ne vous préoccupez pas de ce qui se dit et de ce qui s'écrit en dehors de cette enceinte.
M** LACHAUD. — Si Cette lettre n'a pas été reproduite en entier, ce ne peut être qu'une erreur non intéressée. D'ailleurs, on me dit qu*on n'en a supprimé que le passage relatif à Mme Trochu. Mais j'en donne Tassurance, la lettre sera en entier au numéro de demain du Figaro,
M* ALLOU commence sa plaidoirie.
Messieurs les jurés, le général Trochu connaît les sacrifices de la vie publique; il comprend ce que c'est que d'avoir attaché son nom au plus effroyable événement qui puisse frapper l'orgueil d'nr'* p^^-nf' • ? - - r :
venir, dans l'histoire. Son grand crime a été de n'avoir pu faire l'impossible, de n'avoir pas voulu se résoudre aux hécaiombes inutiies pour lesquelles les victiœes étaient prête.
11 H gardé le silence en présence de tous les outrages ; une seule fois il a élevé la voix pour sa défense dans l'asseBQblée, el il conserve un souvenir reconnaissant de l'accueil qui lui a été fait. Il ne serait pas sorti de la réserve qu'il s'élaiti reposée, niaisun jotirnaî ayant cru pouvoir flétrir sa Yie eniière, sa carrière de soldat, il a voulu venir devant vous I II a compris que ses adversaires n'avaient frappé si fort que parce qu'ils voulaient une tribune pour affirmer leurs regrets et leurs espérances! cette tribune, il la leur a fournie !
Le journal le Figaro a publié sur ces points deux longs articles, signé Minos. Dès la première demande, dès le premier jour, M. Vitu s'est loyalement fait connaître. Le souffle de ces deux articles n'appartient pas à l'esprit ordinaire du Figaro,
M. Vitu figure là en effet avec ses souvenirs et ses regrets bonapartistes au milieu de la rédaction légitimiste de ce journal, comme les eaux du Rhône traversent le grand Ihc sans s'y confondre.
M. Vitu, vous le savez, faisait au Figaro les articles de théâtre, où d^jà il donnait cours à ses romans bonapartistes, quelque invraisemblable que cela paraisse. On se rappelle les quer^ Tes avec Sardou, c'était avant que vînt l'heure de Rabagas !
Jamais dans aucun journal cette violence, jamais cette violence n'a été dépassée 1 II faut lire tous ces articles, très-longs cependant, tout au moins en voir les extraits I
li y a trois divisions dans les attaques! Tout o'abord c'est lâ carrière militaire du général : c'est un homme médiocre; ayant grande opinion de lui, ayant fait un livre médiocre, hostile à l'empire, autour dj^quel se groupèrent les mécontents! 11 aurait été, disait-on ensuite, un membre des commissions mixtes et des non moins arjdent^ ! Puis, plus tard, il aurait mis à défaire l'enipire la même ardeur qu'à le faire ! II aurait tr&hi l'empire ! Bien plus, il aurait trahi une femme!
Le troisième point, c'est le siège ! A peine un mot ce-
pendant sur des faits qui auraient pu être discutés, qui sont du domaine de l'histoire et que le général abandonne à l'histoire ! Mais à ce sujet on l'appelle l'assassin de Buzenval ! Assassinat ayant pour objet de faire accepter la capitulation 1 Le gouverneur de Paris ne capitulera pas, avait-il dit, et cependant il c^onne sa démission !
Tout cela émaillé de mots charmants : c'est le général Trochu au musée de Mme Tussaud, à Londres, placé entre Dumollard et Troppmann; c'est le mot attribiié à M. le maréchal Mao-Mahon : je le croyais ur^ honnête homme î C'est enfln le mot de M. le général Changarnier qui, ici, pour la première fois de sa vie, a battu en retraite!
M" Allou donne lecture de certains passages du premier article incriminé du Figaro, relatifs à l'affaire de Buzenval et qui attaquent son honorabilité comme soldat, lui reprochant d'avoir été aide de camp du général Snnt-Arnaud et d'avoir participé au coup d'Etat, parlant de son mauvais livre ; L'armée française en 1867.
Le caractère de ce premier article n'avait pas lieu de tant inquiéter M. de Villemessant, qui demandait cependant que Ton arrondît les angles. Nous verrons la suite; mais sachons quel est l'officier qui vous demande justice aujourd'hui.
Le général Trochu est fils d'un officier comptable des vivres, retiré à Belle Isle-en-Mer, où il cultivait hon petit domaine. Il a deux fi ères et quatre sœurs. En 1835 , il sortit de l'Ecole militaire. Il a fait sa première carrière en Afrique, là où on a pu voir tant d'illustres g'^néraux dont la carrière a été brisée, dont l'énergie et le courage ont fait défaut depuis, le tout par l'acte du 2 décembre !
Il devint l'aide de camp de Lamoriciére , puis de Bugeaud.
En 1840, il est lieutenant; en 1841, il est cité à Tordre du jour; en juillet 1^41, il est l'objet d'un nouvel ordre du jour; en 1843, il est capitaine : dans ce gfade encore on le voit à l'ordre du jour; en 18i4, il est encc e à l'ordre du jour pour sa belle conduite à la bataille d'Isly I
Le maréchal Bugeaud envoie son aide de camp au général Lamoriciére, et voici dans quels termes le maréchal recommande M. Trochu au roi :
tB GCCVEENEUR GÉNÉRAL DE L'ALGÉBIE.
c Alger, le 3 juin 1846.
Sire,
» En même temps que je demande à M. le ministre de la guerre un avancement pour M. le capitaine Trochu, mon unique aide de camp, conliant dans vos bontés, je m'adresse directement à Votre Majesté pour la supplier de m'accorder cette faveur. Je la regarderai comme une récompense personnelle des services que j'ai pu rendre dans ceinte crise de huit mois que vient de subir l'Algérie.
» Et cependant. Sire, en demandant îe grade de chef d'escadron pour M. Trochu, je crois bien servir l'Etat. Quand on rencontre des hommes de capacités et de vertus militaires hors ligne, il ne faut pas les tenir dans l'ornière commune. En les laissant vieillir dans les grades inférieurs, on prive le pays des grands services qu'ils pourraient lui rendre dans une position plus éle«?ée.
» Trop d'hommes incapables arrivent au sommet en vieillissant : leur nombre dans le cadre de Tétat-major général est effrayant pour l'avenir de la patrie; ils peuvent oous ramener plusieurs journées de Waterloo.
» Fa'^ons donc surgir de bonne heure quelques capacités bien démontrées, pour que, jeunes encore quand elles atteindront au grade d'ofticier général, elles soient une garantie pour la sécurité de la France et l'honneur du drapeau.
)) M. le capitaine Trochu répond parfaitement à ces ■vues d'avenir national.
)) S'il n'appartenait pas à une arme spéciale, il n'y aurait rien de plus simple : il a trois ans de grade, six ans de guerre et de distinction en Afrique; combien de capdtaines de cavalerie et d'infanterie sont devenus officiiCrs supérieurs en temps de guerre avec moins de titres que cela. Mais dans l'état-major ce serait une exception largement motivée, il est vrai, par les considérations quei j'ai exposées à Votre Majestéu
» On ne doit s'adresser à vous, Sire, que pour les cho» ses extraordinaires et d'un grand intérêt public ou pri^;
Je le fais avec confiance, assuré que je suis d'être bien coffipris.
)) Je suis, avec un profond respect, Sire, de Votre Majesté, le très-hun:ible et très-dévoué serviteur,
» Signé : Maréchal duc disly. »
En marge, continue M^ Aîlou, se trouve la réponse du roi :
« Mon cher maréchal, j'ai lu avec un intérêt bien réel la lettre que vous m'avez écrite en faveur de voire aide de camp le capitaine Trochu, j'en ai parlé nu ministre de \a guerre, et je me fais un plaisir de vous dire que j'ai trouvé de ce côté les meilleures dispositions; vous pouvez compter aussi sur les miennes et espérer que M. Trochu ne tardera pas à obtenir l'avancement que lui méritent ses bons services et le témoignage que voas lui rendez.
» Croyez, mon cher maréchal, à tous mes sentiments pour vous.
. )) Votre afTectionné. »
Trochu a eu, dit-on, une carrière d'avancement exceptionnel, mais il avait une situation exceptionelle. Le maréchal Bugeaud s'adresse au roi Louis-Philippe lui même, pour le faire nommer chef de b?itaillon, il signale au roi les services qu'il doit rendre à l'avenir militaire du^pays, en faisant allusion à la constitution défectueuse de l'armée qui nous réserve peut-être, dit le maréchal, plusieurs Waterloo- La carrière de Trochu a été laborieuse, elle s'est faite pas à pas, rien n'est dû à la faveur. Il avançait parce gu*on avait besoin de lui.
En 1849, le maréchal Bugeaud meurt; on offrit alors au chef d'escadron Trochu d'être officier d'ordonnance du prince président de la R>^publique.
Voyez les avances, les séductions dont on Tentourait déjà»
La nomination a été insérée au Moniteur; j'ai lu le numéro.
Le chef d'escadron refusa de devenir l'officier d'ordon-
nance du président; il demanda à être aide de camp du général Neumayer, Nous sommes dans l'article, messieurs, car Trochu, dit le Figaro, avait été le collaborateur du coup d'Etat; malgré les deux mois de recherches que demandait "M. de Villemessant en commandant ces deux articles à M. Vitu, il est probable que cet historien n'a pas trouvé beaucoup d'élf^ments pour l'établir, autrement on aurait produit ici des témoins qui seraient venus s'en faire l'écho ; aucun n'est venu dire qu'il a prêté sa collaboration au coup d'Etat. Je fais appel à vos souvenirs, mais il était de notoriété que le général Trochu a été constamment, non pas l'ennemi de l'empereur mais opposé à ses traditions, à ses idées politiques et à l'organisation même de l'armée.
Qu'est venu vous dire M. de Palikao lui-même que le général Trochu passait pour un ennemi de l'empire? Il l'a dit ici devant la Cour. Mais pressons les faits. Le chef d'escadron Trochu, aide de camp de Neumayer, est à là revue de Satory, et tout le monâe assure qu'il aurait pas poussé un cri sous les armes.
M. B^ze racontait les faits du coup d*Êtat de ce^^e période douloureuse de notre histoire :
« Trochu défila silencieux à la tête de la division de Neumayer. »
Cette manifestation fut tellement éclatante qu'on les mit en disponibilité.
On offrit à Neumayer un commandement à Rennes : il ne voulut pas accepter.
La preuve que le chef d'escadron Trochu était d'accord avec son beau-frère, la preuve, nous l'avons là. M. le général Neumayer avait remis un petit dossier, vous vous le rappelez, à M. Baze, alors questeur de l'Assemblée.
Voici la lettre de M. Neumayer, accompagnant cet envoi. La minute est de la main du chef d'escadron Trochu.
Le général Nenmayer refusa [donc la compensation qui lui était offerte alors."^
Voilà l'attitude du général Trochu à cette époiju^. En Youlez-vous une autre preuve :
Dans l'effroyable nuit où fut violée la reproseatation
nationale, le chef de bataillon Meunier, commandant le poste de garde de l'Assemblage, vit se glisser nuitamment dans l'ombre deux bataillons conduits par le colonel lui-même, sans que les questeurs en eussent été informés.
Le chef de bataillon Meunier comprit, et,'s'approchant du colonel, il lui dit ; «Vous me déshonorez, colonel.» Et il brisa son sabre et arracha ses épaulettes, et il se retira dans une petite ville de province; eh bien, à l'occasion de cette belle conduite, Trochu avait fait parvenir jusqu'à lui son témoignage d'estime.
Nous avions fait citer ïe commandant Meunier, il nous a écrit qu'il lui était impossible de se présenter à l'audience.
A côté de ces éléments, je tous rappelle les déclaraions d'un témoin.
On avait, vous le savez, inventé cette formule indigne, le vote public de Tarmée. Eh bien ! le chef d'escadron Trochu vint voter à la première division militaire, il vota non en mettant sa signature à la colonne des non.
Est-ce là un collaborateur du coup d'État?
M. Vitu n'a pas été bien renseigné pour un historien. (On rit.)
Comment I cette histoire de la mise en disponibilité de Neumayer était assez connue pour que les recherches d'un grand historien comme M. Vitu ne s'en soit pas inquiété.
Permettez-moi de vous lire encore une lettre de Trochu à son père, lettre de famille, lettre qui a déjà depuis longtemps été publiée et qui a circulé en Bretagne, pays du père du général Trochu :
• « 15 décembre 1851
« Votre lettre politique du 10 de ce mois exprime, au sujet de la révolution militaire du 2 décembre, un sentiment de satisfaction intériure et de quasi-enthousiasme que je m'explique sans peine. Vous êtes tous ensemble des types bourgeois et accomplis et vous avez dû conséquemment passer, avec tonte la bourgeoisie parisienne que j'ai sous les yeux, par les impressions successives que voici :
» Premier jour (avant la réussite certaine de l*entreprisp), consternation et colère.
» Deuxième jour (après la réussite), rassérénement.
» Troisième jour, retour à une sécurité absolue.
» Ou Urième jour, enthousiasme.
» Cinquième jour, indignation contre les hommes restés dans r'effroi de l'avenir.
» La Bourse monte de 10 fr., toutes les valeurs industrielles et commerciales suivent ce mouvement ascension-, nel, l'hydre socialiste est anéantie: vive le président! vive Tempereur!
» Est-ce que je n'avais pas vu de mes yeux le préfet de police Caussidière, considéré comme le ferme rempart de l'ordre, caressé^ fêté par tous les bourgeois conservateurs de Paris, et, fîn'alëment, réunissant, pour entrer à l'Assemblée nationale, le chiffre incroyable de 148,000 Toix, que personne n'a atteint depuis?
» C'est qu'en effet l'absence de croyances religieuses, les longues prospérités de la paix, le culte de l'argent ont livré la classe inlelligenle et raisonnante de notre pays à l'homme ou à la chose qui lui assure la sécurité des intérêts matériels et la possession du moment, quel que soit l'hom.me et quelle que soit la chose.
» Au milieu de tant denaufiages révolutionnaires, un principe avait cahin-caha surnagé, le principe de la légalité. Des hommes considérables dans le pays, tendaat d'ailleurs à des buts politiques très-divers, avaient cherché à faire prévaloir ce principe autour duquel commençait 2use friije un certain travail de l'esprit public. Ce travail et la force qu'y pouvait trouver un jour la société en péril sont anéantis en vingt-quatre heures !
» D'autre part, l'armée avait puisé jusqu'ici dans sa mission, qui était d'assurer le règne de la loi, mission pleine de grandeur, d'austérité et indépendante des personnes et des choses, iiiîe ferme confiance en ellf^-mêrne et un légitime prestige devant la n;^tion. Aujourd'hui, l'armée n'est plus qu'un instrument politique.
» Elle défait la loi à coups de fusil, elle Ta refait le lendemain à coups de vote, et la voilà toute fière de la prétendue importance qu'elle vient d'acquérir dans l'Etat I
)) 0 bonnes gens, garde^z votre joie ! Vous m'avez traité de visionnaire, quand je vous dénonç^iis le retrait par le pouvoir de la loi du 31 mai, en vue de préparer la ruine de TAssemblée ; d'illuminé, quand je votis révélais l'existence probable d'un complot militaire prêt à éclater dans Paris.
» Aujourd'hui je vous affirme que, à moins que h Providence ne change, par quelque faveur spéciale, le cours de vos destinées, l'édifice où vous allez vous abriter s'écoulera sur vos têtes et vous écrasera,
)) J. TROCHU. Jft
Cette lettre vous dit la valeur de l'homme, l'élévation de son esprit, de son éducation morale, religieuse, celui qui l'a écrite, c'est un caractère et non pas seulement un homme éminent et distingué.
Ainsi, il prédisait, au moment même du coup d'Etat, la ruine de l'empire et la chute du pays écrasé sous les ruines de l'empire lui-même.
Voilà ce que j'avais à dire sur la collaboration du général Trochu au coup d'Etat.
Le lendemain du coup d'Etat, dit M. Vitu, — ce n'esÉ pas le lendemain, c'est six semaines après; mais dans le sityle de l'historien, le lendemain peut dire quelque temps après, — il fut nommé directeur-acijoint du personnel.
A partir de ce moment, il a suivi sa carrière ; il a servi SÛR pays en servant son gouvernement avec d gnité, jamais il n'a eu situation dirigeante, n'ayant jamais un rôle important le rattachant aux institutions impériales, à leur principe.
Suivant ses attributions de directeur général adjoint au ministère, il aurait eu les commissions mixtes dans ses attributions I Mais ces commissions, c'est l'œuvre du ministre de l'intérieur et de la préfecture de police ! Ah! nous n'avons plus eu à les revoir à l'œuvre, malgré les instances nombreuses de ceux qui ne croyaient pas à la loi. Nous n'avons pas eu, après la Commune, la justice sans jugement, sans témoins, s^ns défense.
Cette accusation, il faut le dire, est, entre toutes, celle
iTgInl "al tS" ""'"'^ '' ''' P'"^ '«""^"^- P""--
En Crimée M. Trocha est colonel, aide de camp du
généra Saint-Arnaud. Dans un travail soumis à l'empe"
reur. il indiqua, déjà alors que nous n'élions pa prêts-
Il avait vu I.s instants terribles de Crimée et ceux nus
rirperte!"'' ''"'"' °' ""'''"' °" ^"t à deurdoS
Dans celte campagne il devint général de brigade On
lu. proposa d'être chef d'état-major général dé^î'armée
On 1^ nomme! Mais il s'agit d'enlever cette situation au
vieux Mariimprey, offlci.r estimé ! Il refase ! commp il a
refusé d'être ofBcier d'ordonnance du princ pSent
Il reçoit alors le commandement d'une brigade de siège •
Il est bles.é à un assaut à la tête de la brLde oui a été
choisie entre toutes pour tenter un effort surhumain . Là
encore il est cité à l'ortre du jour. """idm . la
Le général revient à Paris avec des béquilles- on lui proposa alors la direction du personnel au ministère de la guerre ; on avait demandé de le faire entrer au Conseil
s„?il f^?- * ^"'"^ ''"« '"^ '^^^' de l'empire, la le sur 1 exonération et autres sont contraires à toites ses pnions sur l'art militaire.
uénVJdl '!ii'lin!î'^"i* "''" *"'** ^ Solferino et devient gênerai de divisjon; il va au secours du général Niel et est de nouveau mis à l'ordre du jour.
De 1839 à 1867. le général est inspecteur général d'infanter.e et membre du conseil d'état-major^ On lui fdt
Si on CI r kV^..?"-' «"« Ion demandait de lui hion lui a reproché d'écrire et de parler, c'est neutêtre le reproche des généraux qui n^e parîènt nfn'écrN
Il a préféré servir l'Etat plulôt que de servir directement l'empire n en devenir le défenseur.
Ch n. iv'.nî df î'nVi '=°'"™'«'dement de l'expédition de rien ne, ri. M ' ' . "" 8^"*™' P»''''»» ! La France n'a a fdi'^ri . M P,rt *" f " ^"^'"■^ '« '■«^"^ de M. Trochu qui
doiir if liot "atrirlSl^eT '' '^ '"'^'^ ''' ^'"S'J-- On lui a proposé de prendre une situation dans le mi-
Bistère de l'Algérie et des colonies, ce ministère éphémère, et il refuse formellement.
Il a refusé bien autre chose. Le général Trochu a perdu son frère , laissant une veuve et onze enfants ! Quoique sa fortune consistât 3n 100 fr. de rente, il prend la veuve et les onze enfants. Vous savez la remise des 20,000 fr. par l'empereur pour la veuve et les enfants. M. le général Trochu refuse, proteste contre cette remise d'argent, et dit que le gouvernement a d'autres moyens pour venir au secours de la veuve malheureuse d'un officier. *
Gomment! c'est là an simple acte de générosité de l'empereur devant lequel il faut s'incliner? Cette monnaie courante, ces remises courantes, ces sortes de corruptions où les caractères s'affaissent !
Le livre de 1867 a eu un très-grand succès, vingt éditio cette sorte de philosophie militaire a reveillé h France de son vieil engancement militaire; car la légende remplaçait la discipline et l'esprit de sacrifice I Et cependant dans ce livre, dédié au m&réchal Bugeaud,nous trouvons déjà l'indication du décousu de nos opérations militaires, de l'emploi des expédients! On y relève les déceptions de l'école ancienne contre le système nouveau de Prusse. On voit encore que les officiers étrangers connaissent mieux nos défauts que nous ne les connaissons nous-mêmes.
Il relève les efforts de la Prusse pour la préparation de son [armée qui, en 1860, devient plus remarquable encore. Il adjure les gouvernements de prendre garde ! Il n'y a pas lieu à dire, après avoir lu ce livre, que tout le mal vient de ce livre dont les théories auraient été mises en application dans la 1 )i de 1868 ! Et on reproche au général de n'avoir rien prévu !
On a appliqué ces théories dans cette loi de 1868; mais le service obligatoire est son idéal! cette loi de 1868! elle appartient à j^oh auteur, à une administration coupable de la plus grande impéritie!
En 1869, il est en dk>gîâce, il est doyen de grade des divisionnaires, mais on ne voulait pas qu'il fiit inaréchai de France tandis qu'on voulait que d'autres le devinssenti
En 1870, on lui donna le commandement de l'armée des Pyrénées pour le cas où TEsp^gne interviendrait dans rincident Hohenzollern; c'était dérisoire!
On a beaucoup parlé du lestement et du plan, et ce pendant, dès lors, dans ce testament noas Yoyons les passages suivants :
« En fidèle serviteur du prince, de l'Etat et du pays confondus ensemble dans ma pensée, je me suis élevé aatant que je l'ai pu contre ces dangereuses erreurs. Dans cette loyale attitude, on a vu l'esprit d'opposition politique. Et (comme font toujours les gouvernements exclusivement préoccupés d'eux-mêmes) on a chercbé dans quelle catégorie d'ennemis de l'empire il convenait de me classer. La Cour a trouvé Vorléanisme. Je veux montrer ici à quel point sont vaines, puériles et fausses ces défiances contre lesquelles viennent se heurter une foule d'hommes honorables, dévoués, sincères qui avertissent le pouvoir dans son propre intérêt autant que dans l'intérêt public : Mon goût pour les principes, particulièrement pour ceux qui sont conservateurs du droit dans les familles, m'interdit absolument d'être orléaniste, et je n'incline à aucun degré vers la Révolution de 1830 et vers ses conséquences que je considère comme la cause principale du grand déraillement qui a précipité notre pays. Mais il est vrai que j'ai de respectueuses sympathies, sans connaître et sans avoir jamais vu aucun d'eux, pour les princes exilés des deux branches. Je trouve qu'ils ont bien vécu, qu'ils sont respectables autant que malheureux, et de bonr^e race française indigène sa«s mélange, ce que j'apprécie beaucoup. Toutes mes passions orléanisies et légitimistes se réduisent à cet innocent et théorique sentiment.
» Je crois avoir établi que, par ces déplorables procédés, le gouvernement de l'empereur a réduit la France bien pensante aux ultra d'un parti, comme l'avaient fait avant lui, mais à un mo'ndre dfgré, les gouvernements de la République, de 1830 et de la Restauration tombés par le lait de l'étroitesse de la base qu'ils s'étaient donnée.
A l'égard de la guene qui va commencer, je déclare ici qu'elle me dorsne de graves inquiétides et je dirai pourquoi. Pour porter la dévastation au milieu des riches
provinces du centre de l'Europe, où se sont condensep depuis cinquante ans, à la faveur de la paix, les efforts de l'agriculture, de l'industrie, du conr-merce, des sciences et des arts; pour vouer à la destruciion des milliers d'hommes et vouer au deuil des milliers de familles; pour raviver partout contre la France les haines ardentes, originaires du premier empire, que le temps avait apaisées; pour écarter ces luttes terribles qu'il faut si utenir à la fois contre les armées et contre l'esprit public des peuples, il fallait que la France eût cent fois raison devant le monde. Il fallait prouver que son honneur était grièvement atteint ou que Tintégrité de son territoire était en péril. Mais naguères, vis-à vis de la Prusse, on est fesl<^ muet et immobile, quand il y avait des raisons de parler et d*agir. Bien plus, à ce moment, on a cherché à montrer à la France, par des déclarations solennelles, que ce qu'avaient fait la politique et les armées prussiennes, était conforme à sa propre politique, à ses propres intérêts, aux prévisions de l'empereur Napoléon I". Et à présent, sans cause appréciable (lacamidature HohenzoUerii écartée), sans examen suffisant; par un imprévu coup de tête, la France voit se réaliser la prédiction faite il y a quelques années par un membre de la Chambre des députés : « Si vous n'y prenez garde, on vous conduira avant longtemps à une guerre du Mexique en Europe. » (M. Jules Favre.)
» Car, je le crains, c'est là ce q^e nous allons faire, et tout in iique qu'une coalition morale des nations se prépare contre nous.
» Mais ce qui remplit mon âme de douloureux pressentiments, c'est que l'armée n'est pas aussi prête qu'on le dit, à courir les hasards d'une telle entreprise. Sans doute elle vaut beaucoup, et de grands effols ont été faits depuis quelques années pour qu'elle valût plus encore. Elle est noiamment, ce qui est de haute importance, pourvue d'un bon armement et convenablement approvisionnée. Mais reconnaissant que Tinstitution a\ait vieilli, on Ta troublée par de continuelles transformations de détail sans programme défini sans plan d'ensemble. On a ébranlé le vielle Milice, on à pas construit le nouveau, IJ y 4 beaucoupt d'incertitude dans les esprits, que l'en-
thousiasme du moment tempère, mais qui reparaîtra si les (épreuves viennent; et comme dans les guerres précé^ dentés, on part à Timpromptu, dans le pêle-mêle traditionnel que j'ai dépeint ailleurs. (L'armée française en 1867.) Je sais que riotre désordre français se heurtant à l'ordre allemand qui est compassé, nos chances de premiers succès sont considérables, et c'est beaucoup. Mais les Allemands soutenus par le sentiment public seront tenaces, et je n'ai qu'une confiance relative dans le renouvellement longtemps continué de nos efforts. »
Le prince Napoléon lui fait une situation nouvelle, lui, qui était Bouaparte sans être bonapaitiste, et qui, toU' jours, avait eu une grande hostilité contre la guerre du Mexique et la guerre de 1870.
M. le général Trochu accepta alors le commandement de l'armée de débarquement de la Baltique : rien ne se faisait malgré tous ses efforts, et ce commandement fut aussi ridicule que celui des Pyrénées !
A la veille des événements qui vont s'accomplir et qui font nous occuper, jetons un regard en arrière ! Nous Toyons une situation militaire excellente ! Un homme vivant de la vie de famille, d'une moralité excellente, ayant recueilli comme sienne cette famille de son frère ; un homme de sentiments pieux et élevés! l'homme politique est bien à Taise ! vous l'avez vu, ce n'est pas un orléaniste : il n'est point légitimiste, ce n'est pas un républicain: il a servi utilement l'empire comme soldat, mais il n'a servi que son pays!
Il l'a servi plus que tout autre par ces avertissements qu'il lui a donnés, et c'est cet homme là qu'on a flétri, qu'on a appelé dans le premier article le complice du coup d'Etat, l'homme des commissions. Si le deuxième article n'avait pas paru, notre tâche serait terminée à tous. Car, a-t-on prouvé quelque chose relativement à cette première partie du travail de M. Vitu, non; j'ai donc le droit de conclure relativement à cette double accusation d'avoir été complice du coup d'Etat et l'homme des commissions mixtes.
M. le général Trochu a fait sa preuve, M. Vitu n'a pas fait la sienne, et je vous dis : la calomnie est là, et nous ayons le droit de vous en demander justice.
54'?intenant j'aborde un autre point du débat, ce poiLt que je viens d'examinc* a peut-être, pour M. Vitu du moins, moin> de gravité. Ce n'est pas une accusation bien grave, pour M. Vitu du moins, d'avoir été complice du coup d'Etat et l'homme des commissions mixtes.
Lh grosse accusation, c'est celle-ci :« M. le général ïî'ochu s est levé ce m^lin gouverneur de Paris, et le soir, il se couchait pré.-id. nt d'un autre gouvernement. «En passant pardessus les faits misérables du procès, c'est une •cause plus grande que nous allons avoir à p'aider : la cause de l'empire et celle du gouvernement qui l'a remplacé.
M* ALLOD donne lecture du deuxième numéro du Figaro,
Voilà le deuxième article, dit M* AIlou.
Pan ourons donc les faits. — Mais les dispositions d'esprit du générai Trochu à la veille de la conférence de ChâloDs, il les avait manifestées à M. Daru, par exemple, à qui il disait : « Comte Daru, vous serez mon témoia plus tard ; nous sommes perdus, on jette le pays dans une effroyable aventure qui va eniraîner la chute de l'empire. »
Il a de l'ambition, dites-vous ; de l'ambition à cette heure -là, mais on venait à lui à cette heure; ne perdez pas de vue dans quelles conditions; il s'était trouvé jusgu'?jlors servir l'empire à distance, permettez-moi le mot, en réservant sa conscience. M^is, dites-le, est-ce qu'il s'est jamais offert, est-ce qu'il a jamais soilicité Une faveur de l'empire? S'est-on adressé à lui comme à un ami dont on invoque la fidélité? Won; on s'est adressé à lui comme à un adversaire.
On l'appelait pour s'abriter derrière sa popularité; on l'appelait pour s'en faire une force.
C'est dans ces conditions, que îe 7 août, M. Ollivier étant encore garde des sceaux, lui offVait le ministère de la guerre, que pouvait-il désirer de mieux, s'il eût été ambitieux.
Vous avez entendu M. Schneider, M. de la Gravière, qu'a dit le général Trochu : « Je ne puis accepter cette position sans condamner les errements du passé; je veux
dégager ma responsabilité, j'arrive à tous avec mes convictions. »
Et comme M. Schneider s'en étonnait et lui disait : «Il n'eït pas nécessaire de coniamner le passé; à quoi bon faire cette déclaration. » Le général Trochu insista, il "voulait arriver tout d'une pièce, il refusa donc le miais-^ tère, et les démarches de M. Schneider et de M. Oïlivier échouèrent. En pr'>posant de donner ce ministère au général Trochu, M. 0 livier écrivait à l'empereur : « Je demande à votre Majesté de signer un décret nommant le général Trochu mini^tre de la guerre. L'effet de l'opinion sera infaillible en apprenant cette nomination » Une autre dépêche adressée à l'empereur, porte : « Le général Trochu vient de me déclarer qu'il ne peut pas prendre le ministère delà guerîC. »
Le 10 août, le général Trochu écrit au général de Vauber, une lettre où il lui dit : « Que le siège de Paris peut-être fort disputé; si une armée de secours peut le défendre. Que cette armée de secours doit être l'armée de M<^iz, le dernier espoir de la France. »
Si celui-là ne voyait pas bien, continue M® Allou, si celui-là n'était pas le plus dévoué au pays et à l'empire, je ne sais plus ce que c'est que comprendre.
Cette lettre fut mise sous les yeux de l'empereur, et les ordres furent donnés de ramener l'armée sur Paris. Le général Trochu apercevait en perspective le siège ; il ne comprenait le siège qu'avec une armée de secours de trois cent mille hommes, dont le noyau devait être les débris de Mac-Mahon et l'armée de Bazaine.
Le général Trochu n'ayant pas accepté le ministère de la guerre, le général de Palikao fut nommé, et le général Trochu alla prendre le commandement du 12" corps k Châlons.
Le 17 août eut lieu ]a fameuse conférence dont il a été tant question. Que fut-il débattu dans la première partie de la conférence? La question des mobiles fut examinée tout d'abord. Elle fut posée par le général Berthauld.
Le général Berthauld vous a dépeint ce qu'était le camp de Châlons. C'était la confusion et le désordre partout* Qu'étaient les troupes de ce camp? Â-t-on le droit de
dire qn'ePes étaient de mauvaises troupes? Non; non; ces bataillons de mobiles avaient dans leurs rangs nos fils, nos frères; il y avait des membres du barreau sur la poitrine desquels vous V' yez aujourd'hui la croix et la médaille militaire, et tous, au cours du siège, ils ont eu une conduite admirable.
Ces jeunes soldats eussent accepté la lutte éclatante, d(i; suite, mais il y a quelque chose de plus difficile que le courage, ce sont les misères sourdes, les embarras, les fatigues du soldat, et pnis il n'y Vivait rien d'inst^ilé au camp de Cbâions pour les rece\oir; et puis ils n'élaient paâ armés, du moins ils l'étaient mal; quelques bataillons avaient des fusils à tabatière, queiques-uns seule ment avaient des chassepols, beaucoup n'avaient que des bâtons.
Le général Berthauld, qui est un homme distingué, avait confiance en ces mobiles; mais comme on craignail une surprise du camp, il voulait que les mobiles partissent et fussent ramenés vers Paris.
Le général Trochu prit parti dans la discussion. Il m cherche pas à le nier, et il expliquera sa proclamation f
« J'ai demandé votre retour à Paris, je 1 ai obtenu, c'était votre droit. »
Suivant le général Berthauld, envoyer ces mobiles de Paris dans les places du Nord, c'élait une mesure mauvaise. Et l'empereur dit : — Il faut que ces enfants-là aillent défendre leurs foyers; et on dit : Eavoyons-les tous à Paris. On comprit que f e retour pouvait présenter des périls et des inconvi^nients. On songea à choisir et à envoyer certains bataillons, ceux de Belleville et de Montmartre dans les p'aces dn Nord; et on dit: Mais l'effet sera mauvais, on dira : On ne renvoie à Paris que les bataillons aristocrates; et il fut décidé qu'ils seraient tous ramenés à Paris.
Et voilà comment M. Vitu représente les choses : ces mobiles, il en fait des prétoriens sur le concours desquels Trochu s'appuie, et l'on vous dépeint une sorte de lutte du général avec l'impératrice; et on vous dépeint le général Trochu comme violentant l'irnpératrice, en lui faisant voir le retour ^es mobiles. Voilà l'accusation to/^t
entière avec ce qu'elle a dû désespérant pour un homme qui a consacré toute sa carrière au devoir.
On dit qu'il a fait une condition du retour des mobiles pour accepter le poste de gouverneur.
Mais le décret, le général Trochu, dit-on, veut l'imposer à l'impératrice, le lui airacher ! le lui arracher sous la menace des prétoriens, des 14,000 mobiles!
M. Palkao dit qu'il avait fait armer ces troupes de hassepols ! les armes existaient, oui, mais elles étaient dans les caisses; les mobiles avaient des fusils à tabatière ou des bâtons, quant aux sacs, on les avait donnés aux soldats qui revenaient de Frœschwiller ! Mais non, le départ des mobiles a été l'œuvre de l'empereur, après un débat où le pour et le contre a été débattu et où il a fini par prendre parti; il a décidé lui-même que les mobiles viendraient à Paris.
Après ce premier point résolu, la conférence de Châlons entame la question politiq'ie, c'est M. le général Schmitz qui prend la parole : a II faut, dit-il, que l'empereur, qui n'est plus rien, reatre à Paris, précédé du général Trochu I C'était l'avis du prince Napoléon.
Est-ce que l'ambition a fait alors agir le général Trochu? il aurait eu alors raœblion de couvrir de sa personnalité et de sa popularité l'enr^pereur revenant de cette funeste campagne! Il n'y a qu'une seule ambition qui pût mener à une telle résolution, Tarabition de faire son devoir I
Voici la lettre de l'empereur qui détermine les attributions du général T.ochu : Il doit attendre l'empereur à Paris ! Il est évident alors que les armées de Metz et de Mac-Mahon vont se r.ibaltre sur Paris !
C'est l'avis du général Trochu qui a prévalu!
C'est le programme Trochn, et il a accepté la condition que l'on suivra son plan. Le prince Napoléon le dit formellement dans sa brochure : La vérité à nos calomniateurs.
Voici la lettre de l'empereur :
« Camp de Châlons, 17 août 1870.
» Mon cher g^'^néral, » Je vous nomme gouverneur de Paris et commandant
en chef de toutes les fornes chargées de pourvoir à la défense de la capitale. Dès mon arrivée à Paris, vous recevrez notification du décret qui vous investit de ces fonctions ; mais, d'ici là, prenez sans délai toutes les dispositions nécessaires pour accomplir votre mission.
» Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments d'amitié.