‹ Procès-verbal de la séance de la commission provisoire, pour l'érection d'un monument à la mémoire de Joseph-Marie JacquardChapitre 2 sur 4 · LA SÉANCE EST LEVÉE · texte numérisé non relu

LA SÉANCE EST LEVÉE

JOSEPM-MAEIE JACQÜAE».

Joseph-Marie Jacquard naquit à Lyon, le 7 juillet 1752. Son père, Jean-Charles Jacquard, était maître-ouvrier en étoffes d’or , d’argent et de soie ; sa mère , Antoinette Rive , liseuse de dessin èsdites étoffes 5 son aïeul fut Isaac-Charles Jacquard, habitant et tailleur de pierres à Couzon.

Ayant passé les premières années de sa jeunesse dans un atelier de relieur de livres, il approchait de l’âge mûr quand il céda au penchant qui l’entraînait vers la mécanique appliquée au tissage de la soie. Ses premières inventions lui attirèrent des tracasseries violentes , des persécutions acharnées , et il n’en fut pas découragé. Il obtint plusieurs Brevets d'invention qu’il négligea d’exploiter. Peu soucieux de la fortune, il s’engagea avec le Conseil municipal de Lyon, au prix d’une pension modique, A consacPxER tout SON TEMS ET TOUS SES TRAVAUX AU SERVICE DE LA VILLE, ET A LA FAIRE JOUIR DE TOUT PERFECTIONNEMENT A SES PRÉCÉDENTES INVENTIONS.

Le métier qui porte son nom n’était d’abord destiné qu’à suppléer le tireur de lacs , dans la fabrication des étoffes

brochées et façonnées; il sut l’approprier à bien d’autres usages, et ce métier est devenu, dans ses mains, l’une des plus belles machines que le génie de l’industrie eût jamais créée ; il fonctionne partout où l’on tisse la soie , et bientôt on l’appliquera à la fabrication de tous les tissus.

L’auteur de cette grande découverte a vécu satisfait de la plus humble fortune ; il a coulé paisiblement ses dernières années dans une maisonnette d’Oullins, près Lyon, où un autre homme célèbre dans un genre différent, Thomas, était venu, il y a cinquante ans, chercher le repos et la santé. On sait que M. de Montazet, archevêque de Lyon et confrère de Thomas à l’Académie française , recueillit l’écrivain et lui ferma les yeux.

Jacquard a été visité dans sa modeste retraite par des voyageurs de haute distinction , par des Pairs de la Grande- Bretagne, qui n’étaient pas peu étonnés de l’existence si modique, dans un village près de Lyon, d’un homme si célèbre en Europe; car ce n'est pas ainsi qu’on récompense, en Angleterre, les inventions qui reculent les bornes de l’industrie, et qui améliorent le sort des hommes.

Jacquard a cessé de vivre le jeudi 7 août, à une heure du matin.

Ce funeste événement a été connu trop tard à Lyon pour qu’un grand cortège ait suivi les obsèques de Jacquard. Un jour plus tard, et des milliers d’admiratem’s et d’amis l’eussent accompagné à son dernier asile.

Les Discours suivans ont été prononcés sur sa tombe.

DISCOURS DE M. BEZ,

CURÉ d’oULLINS ,

Messieurs ,

C’est la religion qui , la première , s’empresse de payer un juste tribu d’admiration et de regret à cet homme célèbre , dont la terre vient de recevoir la dernière dépouille. Juste appréciatrice de toutes les gloires , elle réserve des couronnes à tous les genres de célébrité qui ont eut pour but le bien-être des hommes , et qui ont surtout pu concourir à perfectionner les progrès de l’industrie , cette nourrice inépuisable des peuples. Mais quand, aux lalens supérieurs qui distinguent l’homme de la foule et l’élèvent au-dessus de ses semblables , par l’emploi des moyens qui lui ont été départis par la Providence, vient se joindre l’amour de la religion qui ennoblit tout , quand , non content de faire du bien à ses concitoyens en rendant ses travaux plus prompts et plus faciles , on peut encore être , pour tous, un modèle d’attachement aux lois sévères du christianisme, qui seules peuvent former le parfait homme , Messieurs , il n’y a pas de gloire pareille à celte gloire.

Messieurs , tel fut l’homme de bien dont la mort nous réunit autour de celle tombe. Simple , juste et craignant Dieu , sa mémoire sera toujours en bénédiction dans nos modestes hameaux , où sa tendre et douce charité savait si bien soulager les misères de l’infortune. Religieux par conviction , repoussant loin de lui les vaines timidités des petits esprits ; qu’il était beau de voir ce vénérable vieillard venir courber ses cheveux blancs aux pieds des autels de J. G., et satisfaire, comme un faible enfant, au devoir en apparence le plus rigoureux de la religion , avec une foi et une piété dignes des temps heureux de la primitive Eglise.

Qu’il était beau d'entendre sortir de la bouche de ce vénérable vieillard les paroles de pardon pour les ennemis jaloux de sa gloire , et qui lant

de fois avaient cherché à paralyser les efforts de son génie. Aussi , sa mort a-t-elle élé aussi douce que sa vie. Témoins de ses derniers inslans , comme il nous instruisait par ses réflexions justes et saintes sur l’inconslance et la brièveté de nos jours! Avec quelle sérénité de confiance, quelle simplicité de langage , il nous entretenait du passage du temps à l’éternité , si effrayant pour tant d’autres ! Qu’il repose en paix cet homme simple , juste et bon , en attendant que nous nous réunissions avec lui dans le sein de Dieu.

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