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La mère de Droiiais recevra un extrait du procès-verbal des mains de Dubois et de Lethière. Mais Lethière est remplacé parce que « on observe que, ayant ete très ami de Drouais sa presence pourroit causer a la mère une trop vive impression. Sur cette observation l’assemblée arrête qu’il sera remplacé par le citoyen Fortin ».
Il n’y a, dans tout ceci, rien de bien révolutionnaire, on en conviendra, et les artistes de la Commune, s’ils ont élargi leurs cadres, s’ils ont forcé les portes du Salon à s’ouvrir toutes grandes devant tous, s’ils ont, avec modération, du reste, rempli la mission dont le décret du 4 juillet les avait investis, ces artistes ne semblent pas avoir satisfait les démagogues. On les accuse d’être des aristocrates, et à partir du jour où cette grave accusation est portée, la Commune des Arts est condamnée à mort. Les séances du i 8° jour du i®'' mois de l’an ii, du 20® jour, du 2q® jour et du tridi de la i’’® décade sont en partie consacrées à son agonie. Aristocrate, la Commune des Arts! Qu’on le prouve! II s’agit bien de cela! Le mot a été prononcé : il suffit, et Sergent aura beau s’ingénier à démontrer le contraire, les artistes auront beau décider que désormais le public assistera aux séances et qu’on demandera aux sociétés populaires d’envoyer des délégués, ce «repaire d’aristocratie» est destiné à disparaître !
C’est ce moment que choisit un « membre » pour demander que les «signes féodaux» ne soient point détruits, «comme devant servir de monument pour l’histoire». «On regarde, dit le procès-verbal, les opinions énoncés dans ce discour comme tendant a faire regretter les signes de féodalité en conséquence on demande l’ordre du jour.
«Un membre pense qui! ne faut pas passer légèrement a l’ordre du jour, parce quil y a des ouvrages et des monuments
CO.MMDNE DES ARTS
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chargés de signes feodeaux et dont l’existence peut servir a l’instruction des hommes. Les détruire ce seroit, dit-il, vouloir réduire a l’ignorance. J’appuye la hn de ce discour, et je demande qu’il soit rédigé en conservant ce quil peut y avoir de bon.
« On demande l’ordre du jour motivé sur l’existence de la loi et sur ce que son execution étant confié a des artistes, ils ne manqueront pas lorsque la conservation de quelques signes feodeaux leur paroîtra indispensable d’en instruire la Convention nationale qui décidera sur le fait. »
C’était, au moins, manquer du sens de l’actualité, et les ad-’ vcrsaires de la Commune durent saisir l’occasion. Les Procès- Verhmix de la Commune des Arts s’arrêtent à la séance du tridi de la i décade de l’an ii : sans doute, n’est-ce point la dernière séance, mais nous touchons à son agonie.
HISTORIQUE DE LA SOCIÉTÉ POPULAIRE ET RÉPUBLICAINE DES ARTS
(3 nivôse an 11 [23 décembre 1793] - 29 floréal an 11 [1 8 avril 1794].)
Nos Proces-Verbaux accusent une lacune de deux mois. Q^ue s’est-il passé entre le tridi de la décade du 2® mois de l’an 11 (24 octobre) et le 3 nivôse (23 décembre)! Tout ce que nous savons, c’est que la Convention supprima par décret la Commune des Arts, comme une simple Académie, et que la Société Populaire et Républicaine, ayant pour président Bienaimé et
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pour vice-président Allais, prit la suite. Le Moniteur du 12 brumaire an II (2 novembre), dit que devant le Conseil Général de la Commune de Paris, le p brumaire, «une députation de la Commune des arts déclare au Conseil que, se conformant au decret qui supprime cette assemblée, les artistes, jaloux de veiller a la conservation des monuments des arts, se reuniront en société populaire et publique, sous la dénomination de Société Républicaine des Arts.
«Le Conseil applaudit aux vues de ces citoyens et leur donne acte de leur déclaration. «
Plus tard, le 3 germinal. Sergent demande à être reçu en qualité de membre de la nouvelle Société. Il explique alors les motifs qui l’en ont tenu éloigné jusque-là. «Ce fut moi, dit-il, qui vous appris que le décret qui constitue la Commune des arts était rapporté; je vous proposois de vous rétablir sous le titre de la Société Populaire des arts; la malveillance s’etoit plu à répandre que je voulois être le meneur de cette Société; je crus alors, pour vous et pour moi, qu’il étoit utile de m’abstenir d’assister à vos Séances; maintenant que vous même vous vous êtes donné l’energie qui convient, il est temps que je vienne partager vos travaux; je rentre dans votre sein avec joie, et je viens m’unir à vous pour contribuer a donner aux Arts l’impulsion convenable au plus grand intérêt de la République. «
La Commune des Arts avait donc été détruite pour son caractère académique, accusation contre quoi s’était élevé Sergent lui-même. La Société Populaire et Républicaine des Arts, si elle voulait durer, devait, avant toutes choses, ne pas perdre de vue l’écueil où avait sombré la Commune. Celle-ci était fermée, comme une Académie : la Société Populaire et Républicaine allait s’ouvrir à tous, jusqu’au jour où, à son tour, elle dispa-
naîtra pour avoir accueilli trop de monde. On n’y reçoit pas seulement les professionnels des arts « qui ont pour base le dessin », mais, sans distinction d’aucune sorte, quiconque se présente est admis à siéger dans la salle du Laocoon, de la cidevant Académie. La Commune des Arts pouvait, à la rigueur, passer pour un corps académique. 11 n’en est pas de même de la Société Populaire et Républicaine.
La première discussion sérieuse de la Société traite pourtant de l’admission des femmes : on décide de leur fermer la porte parce qu’elles sont «dilférentes des hommes sous tous les rapports». La Société «ayant pour but la culture des arts et non la politique», et la loi interdisant, par surcroît, aux femmes de s’assembler et de délibérer sur aucun objet, les admettre serait aller contre la loi. «Un membre cite la Société des Jacobins où il y a une citoyenne admise; mais un autre membre, sans avoir égard a cette exception, dit que chez des républicains les femmes doivent absolument renoncer aux traveaux destinés aux hommes, il convient cependant que pour sa propre satisfaction, il auroit beaucoup de plaisir a vivre avec une femme qui auroit des talents dans les arts, mais que ce seroit agir contre les loix de la nature. Chez les peuples sauvages, dit-il, qui par conséquent se rapprochent le plus de la nature, voit-on des femmes faire l’ouvrage des hommes! 11 pense que c’est par ce qu’une femme célèbre, la citoyenne le Brun, a montré de grands talens dans la peinture, qu’une foule d’autres on voulu s’occuper de la peinture tandis qu’elles ne devroient s’occuper qu’à broder des ceinturons et des bonnets de polices.
«On propose de n’admettre que les citoyennes qui seroient reconnues pour avoir des talens et des mœurs. »
Enhn les sociétés populaires verraient d’un mauvais œil
l’admission des femmes et «cela feroit perdre l’affiliation à la Société».
Lorsque Debucour exécute son calendrier républicain, la Société s’y intéresse. Elle prend part à la fête de la Convention en l’honneur de la reprise de Toulon. Elle a la préoccupation de ne pas être isolée : elle demande à s’affilier à la Société des Jacobins, elle félicite la Convention des sages et grandes mesures qu’elle prend pour faire triompher la République, et, le ^ nivôse, elle décide qu’elle ajoutera à son titre de populaire celui de républicaine. Tous les procès-verbaux précédents sont rectifiés dans ce sens. Elle ne veut pas des éloges d’un de ses affiliés, Chamoulaud, personnage excentrique et ridicule, disant que les éloges «semblent toujours exagérés à un homme libre». Ce Chamoulaud est un instant secrétaire de la Société : ses procès-verbaux portent la trace d’une sénilité avancée, aussi est-il souvent bousculé par ses camarades, jusqu’à ce qu’il quitte la Société où il était entré sans aucun titre, et où il avait trouvé cependant le moyen de jouer un rôle.
Derrière tout cela passe l’ombre de David. On ne parle plus de Sergent, qui fut assez volontiers l’homme de la Commune des Arts, mais David est ici le maître absolu, et toutes ces manifestations de civisme de la Société Populaire, c’est lui qui les suggère. D’ailleurs on s’adresse constamment à David, et lorsque Régnault, qui paraît avoir boudé un temps la Société, vient prendre séance, on lance contre lui je ne sais quelles inculpations qui tendent à fobliger à s’humilier devant David. On exige de lui qu’il se procure un certificat de civisme, et qu’il écrive à David, dont la réponse fera loi pour la Société Populaire et Républicaine.
Nous sommes à l’heure des dénonciations. La seule séance du 26 nivôse en compte deux. La moindre est celle d’un