‹ Procès-Verbaux de la Commune générale des arts de peinture, sculpture, architecture et gravure (18 juillet 1793--tridi de la 1re décade du 2e mois de l'an II) et de la Société populaire et républicaine des arts (3 nivôse an II--28 floréal an III) :publiés intégralement pour la première fois avec une introd. et des notes /par Henry LapauzeChapitre 24 sur 125 · XLV · texte numérisé non relu

XLV

jeunes artistes qui ont droit à ces médailles proteste énergiquement, et non sans malice :

« Si elles sont a effigie royale dit il nous les fondrons, nous les vendrons ensuite et leur produit servira a alléger nos besoins. Cette observation est goûté de fassembiee qui passe neanmoins a l’ordre du jour motivé sur la nécessité d’attendre la levée des scellés qui sont sur la caisse. »

On s’occupe enfin de choses plus sérieuses, et il n’est que temps. La question des terrains nationaux, que nous avons trouvée presque au début de nos Procès -Verbaux , revient à l’ordre du jour. La Convention demandait à la Commune Générale de lui présenter un programme d’utilisation de ces terrains. Que fera-t-on ! L’heure paraît venue de relier le Louvre aux Tuileries, et quelque élevées que soient les dépenses, on veut que le programme en fasse mention. Mais on voit que ce qui domine dans ces séances de la Commune des Arts c’est la question du concours. On y revient sans cesse et des discussions interminables ont lieu qui empêchent toute initiative de se manifester. Pourtant, les procès-verbaux portent trace d’efforts parfois heureux, de projets de réformes intéressants : tel l’agrandissement du cabinet des estampes, qu’on voudrait ouvrir plus souvent au public et aux artistes. La Commune est invitée à «surveiller les abus qui s’introduisent dans les batiments publics telle que les etablissements d’echoppes et petites boutiques qui en interceptant l’ensemble des monuments dégradent aussi leur dignité quelle établisse un comité de surveillance pour les arts, avertisse la Commune lorsquil s’etabliroit quelque chose de mauvais goût. Les législateurs ajoute-t-il peuvent avoir besoin de vos lumières pour diriger et faire fleurir les arts, c’est a vous de les aider et de coopérer avec eux a ce grand travail ».

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Certains mots ne manquent pas de grandeur. Comme il s’agit d’attribuer des prix, et que, à ces prix, la Convention n’a pas décidé encore d’attacher une valeur d’argent, quelques membres voudraient qu’on réclamât un crédit de i 00,000 livres à titre d’encouragement. Le président dit alors : « Les artistes ont toujours fait des sacrifices la gloire est leur aliment et non pas l’argent, il faut s’en tenir a ce que la Convention voudra arrêter mais ne rien demander, parceque cela seroit avilisant. »

On ajoute qu’«il ne faut s’inquiéter de rien parce que Sergent et David sont les avocats de la Commune à la Convention ». Sergent est aussi commissaire de la Commune près du Comité d’instruction publique, pour lui remettre le mode de jugement des prix établi par elle. Rendant compte de sa mission, il dit que ce travail a été très bien accueilli et «que comme membre de ce comité, il lui a représenté qu’il seroit beau au milieu des horreurs memes de la guerre d’encourager les arts, que ce seroit en quelque sorte effrayer les tyrans que de leur faire voir nos moyens s’étendant beaucoup au delà des efforts qu’il nous faut faire pour les combattre ».

Nous apprenons là que Sergent a proposé l’édification d’un temple à la Liberté et un à la Félicité publique.

La Commune des Arts a des délicatesses exquises. Drouais était mort, à vingt-cinq ans, à Rome. Elève de David, il avait fait concevoir les plus grandes espérances. Dans sa séance du 1 8® jour du I®'' mois de l’an 2®, la Commune décide que la Chananéetme, qui valut le grand prix à Drouais, prendra place âu Muséum, ce qui aura le «double avantage d’assurer a la nation la conservation d’un beau tableau, d’honorer la mémoire de son jeune auteur, et d’exciter en meme temps la noble émulation des jeunes gens qui lui survivent ».

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