‹ Procès-verbaux des assemblées du juryChapitre 40 sur 46 · DE L^ASSEMBLÉE DES COMMISSAIRES AÜ SALON DE 179Î · texte numérisé non relu

DE L^ASSEMBLÉE DES COMMISSAIRES AÜ SALON DE 179Î

dans leur assemblée, puisqu’ils ignorent quelles seront les dispositions que donnera l’Assemblée nationale au décret à venir.

Que sur les membres composant l’assemblée, il est si peu instruit qu’il emploie dans sa lettre le terme de jeunes artistes, quoique pour la plus grande partie, ils soient des hommes faits, pères de famille, dont les enfans de quelquesuns se montrent disposés à leur succéder.

Qu’on peut en effet les présumer jeunes, si on n’envisage que le moment où ils ont pû se faire connoître et où ils sont sortis de la longue oppression qui les tenoit dans l’obscurité.

Il a été observé à M. Fien, relativement à la présidence de M. Restout, qu’étant exposant au Salon, il est de droit membre de l’assemblée et a le droit d’y assister.

M. Vien, s’étant retiré, l’assemblée a considéré qu’il est très inconvenant que le ministre, au lieu de répondre à la lettre qu’elle lui a écrite par l’organe de son président, il n’y a pas répondu, mais affecté une correspondance avec M. Vien, qu’elle ne peut reconnoître pour supérieur.

Elle a considéré que le souverain, ayant rendu une loi, il a été du devoir du pouvoir exécutif d’en prononcer l’exécution ; que le ministre étoit chargé de le faire exécuter sous sa responsabilité, ce qu’il devoit faire sans se permettre de la modifier, d’y ajouter, retrancher ou l’interpréter à son gré ; qu’ayant été convoqués en vertu de la loi pour faire des élections et par conséquent tous les travaux qui y ont rapport, elle est une assemblée primaire, et, en ce qui la concerne, une assemblée souveraine; qu’elle ne peut être appelée, ensuite suspendue ou rejetée arbitrairement au gré du ministre.

PROCÈS-VERBAL DES SEANCES ET DÉLIBÉRATIONS

Les termes de sa lettre font présumer qu’il est mal informé, et c’est pourquoi l’assemblée, composée de citoyens qui attendent de leurs talens la proportion d’estime qu’ils peuvent mériter du public, inspirent à leurs enfans le respect pour la loi et l’amour de la liberté, et ne peuvent la leur faire aimer qu’en la voyant également observée par ceux-là même à qui elle est confiée.

Après avoir délibéré, l’assemblée a arrêté que la lettre du ministre, déposée sur le bureau par M. Fien, dont il a été tirée copie, lui seroit remise, et en même tems l’extrait du procès-verbal de la présente séance, dont seroit envoyé aussi un double au ministre, a arrêté en outre de s’assembler demain 25 octobre et de continuer ses délibérations relativement aux objets de la convocation.

Signé : Restout, président.

François et Lefebire, secrétaires.

Le ministre de l’intérieur AU directoire du département de Paris

Paris, le 12 novembre 1791.

Vous avés connaissance, MM., par l’envoi officiel que j’ai eu l’honneur de vous faire du décret du 9 septembre dernier, par lequel l’Assemblée nationale a destiné une somme de 100.000 livres à l’encouragement des arts; vous vous rappellés que, par l’art. 3, la distribution a été confiée au jugement des membres de l’Académie de peinture, de deux membres de l’Académie des sciences, de deux membres de

DE l’assemblée des COMMISSAIRES AU SALON DE I791

celle des Belles-Lettres, et de 20 artistes non académiciens, choisis par les artistes qui ont exposé leurs ouvrages au Salon.

Je me suis occupé sans retard de l’exécution du décret en écrivant à l’Académie des Sciences et à celle des Belles- Lettres de nommer chacune deux membres pour concourir à cette distribution, et au directeur de l’Académie de peinture pour le prier de convoquer les artistes non académiciens, ayant exposé des ouvrages au Salon, à l’effet de choisir les 20 artistes désignés par le décret, pour concourir aussi à cette distribution.

L’Académie des Sciences et celle des Belles-Lettres ont fait leurs nominations. Le directeur de l’Académie de peinture a, de son côté, convoqué les artistes non académiciens, et il leur a permis' au nom de sa compagnie de s’assembler pour l’élection qu’ils avaient à faire dans les salles de l’Académie.

Les artistes assemblés, au lieu de procéder à l’élection de 20 d’entr’eux, conformément au décret du 17 septembre ont cru devoir réclamer contre le petit nombre de représentants qui leur étoit accordé, et contre la supériorité d’influence qui étoit donnée aux académiciens, attendu que tous les membres de l’Académie de peinture étoient admis à concourir à la distribution des travaux d’encouragement. Ces réclamations ont été l’objet d’une pétition qui a été présentée à l’Assemblée nationale.

Sur cette pétition, l’Assemblée nationale a rendu un décret, le 19 octobre, qui a ordonné qu’il, seroit sursis à eette distribution, et que l’exposition publique des tableaux au Louvre seroit prolongée jusqu’à l’instant où le comité de l’Instruction publique auroit fait son rapport sur cette

Procès-verbal. ^

PROCES-VERBAL DES SEANCËS ET DELIBERATIONS

pétition, et où TAssemblée nationale aurait statué sur cet objet.

Ce décret ayant été sanctionné le même jour, je me suis empressé d’en assurer l’exécution. J’ai eu l’honneur de vous en envoyer une expédition en forme le 28 octobre, et le même jour j’ai écrit à M. Vien^ directeur de l’Académie de peinture, pour lui dire de suspendre en conséquence les opérations auxquelles je l’avais prié, par ma lettre du 13, de faire procéder, c’est-à-dire l’élection des 20 artistes non académiciens. J’avais lieu de croire que, sur la notification de la loi du 19, donnée par M. Vien, les artistes non académiciens qui l’avoient eux-mêmes provoquée attendraient en silence ce que l’Assemblée nationale prononcerait sur leur pétition, et qu’ils cesseraient jusque-là toute assemblée, car ils ne pouvaient en former une qu’autant qu’ils se renfermeraient dans l’objet unique pour lequel ils avaient été convoqués, c’est-à-dire l’élection de 20 d’entr’eux. Cette élection étant suspendue par le décret, l’assemblée des artistes aurait dû l’être également. '

Les artistes ont au contraire .continué à s’assembler. Le 20 octobre ils ont notifié à M. Vien, par un extrait du procès-verbal, l’organisation de leur assemblée, et l’intention et la nécessité où ils étaient de continuer les travaux préliminaires aux objets qui l’intéressaient, et ils lui ont demandé en conséquence de donner les ordres convenables pour que le local où ils avaient été installés fût préparé à l’effet de les recevoir le lendemain et jours suivants.

M. Vien m’a instruit de cette circonstance et de l’intention où les artistes non académiciens paroissoient être de s’emparer de salles de l’Académie comme d’un local qui leur étoit dévolu de droit et de continuer à y donner des séances.

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