DE L^ASSEMBLÉE DES COMMISSAIRES AU SALON DE 179I
J’ai répondu le 23 octobre à M. Vien que, quoique la loi du 19 octobre ne prononçât pas textuellement la suspension des élections, mais seulement celle de la distribution des travaux d’encouragement, cependant la suppression de l’assemblée des artistes jusqu’à la décision du Corps législatif me paraissoit être une conséquence de la loi ; je me suis borné néanmoins à présenter cette observation eomme mon opinion personnelle, mais j’ai fait connaître à M. Vien que, quelque parti qu’adopteroient MM. les artistes non académiciens, ils dévoient se renfermer dans l’objet pour lequel ils avaient été convoqués, sans se permettre aucune autre opération, et j’ajoutai que j’étais persuadé que des jeunes artistes qui étaient destinés à honorer un jour la patrie par leurs talents sauraient se montrer dignes de la liberté, en se conformant exactement au vœu de la loi. J’ai en] effet présumé que des artistes qui n’étoient pas encore parvenus à l’Académie étaient dans cet âge où la maturité du talent ne pouvait pas encore été atteinte. J’observais enfin à M. Vien que j’avais remarqué avec surprise qu’un membre de l’Académie se trouvât président de l’assemblée de MM. les artistes, ce qui me semblait contraire au décret du 17 septembre, en ce qu’il étoit un moyen d’affaiblir davantage l’inffuence de MM. les artistes non académiciens, dans la distribution des travaux d’encouragement.
MM. les artistes non académiciens ayant reçu par M. Vien communication de cette réponse, se sont permis de prendre le 24 octobre une délibération qu’il est difficile de caractériser, car elle est très illégale, parce que les artistes étaient sans droit et sans qualité pour la prendre, attendu qu’ils n’avaient été convoqués que pour élire 20 d’entr’eux ; toute autre fonction étoit hors de leur compétence ; cette délibé-
lOO PROCÈS-VERBAL DES SÉANCES ET DÉLIBÉRATIONS
ration contient de plus des maximes répréhensibles parce qu’elles sont surconstitutionnelles, telles est la qualification ^'assemblée primaire qu’ils s’attribuent, et le titre même à' assemblée souveraine qu’ils s’arrogent.
Je me proposais de rendre compte au Roi de cette délibération, lorsque plusieurs personnes se présentèrent chès moi au nom des artistes non académiciens. Je leur fis connoître l’erreur dans laquelle ils étaient tombés et la nécessité où j’étais de faire annuler un acte aussi illégal, aussi irrégulier, aussi inconstitutionnel.
Ces artistes me donnèrent des explications propres à justifier au moins leurs intentions et ils me demandèrent, avec beaucoup d’instance de leur laisser le mérite de paraître revenir d’eux-mêmes sur ma délibération qui contenait des principes semblables; j’y consentis volontiers; mais probablement ceux qui m’avaient fait cette demande n’ont pû réussir à faire adopter à leur assemblée la rétraction qu’ils m’avaient promise et sur la foi de laquelle je m’étais désisté des mesures que j’avais résolu de prendre, car il ne m’a été donné aucune connaissance, comme nous en étions convenus, de cette rétractation ; j’ai eu au contraire celle d’une nouvelle délibération en date du i" de ce mois, dans laquelle on trouve que MM. les artistes, ne pouvant cesser leurs délibérations, ils ont communiqué à M. Vien leur intention de se réunir trois fois par semaine, ils règlent les jours qu’ils entendent occuper les salles de l’Académie et ils espèrent que ces jours seront distribués de façon que les affaires de l’Académie n’interrompront pas leurs assemblées.
L’Académie, justement scandalisée de ces procédés, a crû devoir prendre une délibération le 3 de ce mois, par
DE l’assemblée des COMMISSAIRES AU SALON DE I791 lOI
laquelle elle a chargé deux de ses membres d’aller, comme ses commissaires, représenter à MM. les artistes de lui laisser libre possession de ses salles, et elle a arrêté en outre qu’il me serait remis dans le jour copie de cette délibération et de celle des artistes du i®”" de ce mois.
MM. les artistes non académiciens ont pris de leur côté une délibération le même jour, en réponse à celle de l’Académie. Ils réclament contre la délibération de l’Académie comme étant contraire aux droits que leur accorde le décret de l’Assemblée nationale. Ils protestent contre toute entreprise que pourroit faire l’Académie, ils chargent deux commissaires de me porter cette délibération et d’en donner connaissance à l’Académie, et ils se réservent de prendre toutes les voies légales et propres à la maintenue de leurs droits.
- J’ai l’honneur de vous communiquer ici toutes les délibérations que je vous prierai de me renvoyer ensuite quand vous les aurés lues. Vous reconnaitrés, je n’en doute pas, combien celles prises par MM. les artistes non académiciens sont répréhensibles et qu’il est indispensable pour le respect dû à la loi de les annuler, principalement celle du 24 octobre dernier, où MM. les artistes non académiciens se prétendent former une assemblée primaire et, en ce qui les concerne, une assemblée souveraine. Il est également indis- ■ pensable d’arrêter l’entreprise de MM. les artistes à l’égard de la possession des salles de l’Académie, et de lui en rendre l’entière et libre disposition. MM. les artistes n’ont point été convoqués pour former une assemblée permanente, c’est par honnêteté qjie M. Vien les a rassemblés dans les salles de l’Académie, pour une opération qui devoit se terminer dans une séance, ils n’ont donc aucun droit de