‹ Procès-verbaux et documents, Volume 4Chapitre 7 sur 123 · SÉANCE DU 24 JUILLET · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 24 JUILLET

La séance est ouverte à deux heures dans la salle ordinaire, à la Préfecture.

Sont présents : MM. de Fourcroy, président, Couanier de Launay, vice-président ; de Martonne, Abraham, de Farcy, O'Madden, Perrot, Garnier, Richard, Cornée, Moreau, secrétaire général, membres titulaires ; Foucault, membre correspondant.

Photographies de C 1er mont. — M. O'Madden offre à la Commission de fort belles photographies de Tabbaye de Clermont, dont il est l'auteur : Vue générale, vue du cloître, façade de l'abbaye, cinq tombeaux.

A ces photographies, M. O'Madden en a joint d'autres représentant des vitraux de Saint- Vénérand de Laval.

A propos de Clermont un membre fait remarquer que les tombeaux de cette abbaye paraissent être l'œuvre du même artiste que la cheminée de Vitré portant les armes de La Trémoille.

M. Richard croit savoir que M. l'abbé Pointeau a commencé à rédiger une monographie de cette abbaye. La partie historique est terminée, mais la partie archéologique reste encore à faire.

Documents historiques. — M. de Farcy signale l'existence, en la possession de M. de la Borderie, d'une pièce fort curieuse pour l'histoire de la ville de Laval. C'est un Rôle de comptes rédigé en 1302 pour Eustase de Beaucé,

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dame de Laval. Il serait fort désirable que la Commission publiât ce document. D'après M. de Farcy, M. de la Borderie se prêterait très volontiers à cette publication.

Retable de Gommer. — M. L. Garnier présente à la Commission cinq panneaux et deux statuettes en marbre blanc provenant du retable de Téglise de Commer. Ces objets, fort remarquables, sont actuellement en réparation à Laval et doivent être prochainement réintégrés à leur place primitive. Leur style est celui de la fin du XV* ou du commencement du XVI* siècle, et ils portent l'empreinte d'une influence italienne, d'après les uns, allemande, d'après les autres. M. de Farcy, tout en reconnaissant les caractères, ne croit pas qu'on en puisse tirer une indication certaine pour la date des sculptures, car il existait autrefois de véritables fabriques de ces sortes d'objets d'art dans lesquelles un style, une manière pouvaient se perpétuer ou se reproduire au goût du client.

Polissoir de MirwauU. — M. T. Abraham signale un polissoir néolithique trouvé par lui près du dolmen de Mirwault.

Communications diverses de M. de Mar tonne. — Hardanges. — Le camp dit des Sarrazins ne paraît aucunement justifier son nom par sa situation ni par les données de l'histoire. 11 est situé au milieu de la grande bruyère d'Hardanges, dont la superficie est d'environ huit cents mètres carrés. Il mesure cent vingt mètres sur quatre-vingts. Il n'est percé d'aucune porte. Les talus, qui ont d'ailleurs été bouleversés en quelques endroits, notamment près de la maison du propriétaire du camp, sont peu élevés et les fossés, qui doivent avoir été comblés en partie par l'éboulement des terres, ne sont pas très profonds. On n'y trouve aucun caractère des camps romains. 11 n'est pas situé entre deux voies, sur un tertre un peu

isolé; mais deux voies anciennes, faisant la fourchette, arrivent à chaque angle du camp, en partant de la direction d'Hardanges.

On n'y trouve pas davantage les caractères d'un camp normand, tel que la station militaire très remarquable de Thorigné, défendue par des talus très élevés et par conséquent par des fossés très profonds, et de plus, par une double enceinte.

On sait que les Sarrazins, refoulés par Charles Martel dans les environs de Poitiers, ne dépassèrent pas la Loire et allèrent s'établir en Espagne.

Quelques personnes ont supposé que le mot de Sarrazins était une corruption du mot de Saxons, avec lequel il a d'ailleurs des affinités grammaticales. On rencontre encore, existant dans le pays, des mots Saxons entiers ou corrompus tels que harold, hérault, ham.

D'après une autre tradition locale, ce camp s'appelait autrefois des Anglais et renfermait un trésor. Des gens du pays affirment que^ peu avant la Révolution française, un Anglais, porteur de titres et enseignements y fouilla le camp avec un domestique et emporta, à dos de cheval, des sommes considérables qu'il avait déterrées.

Pour terminer avec les traditions locales, consignons ici le vague souvenir d'une invasion des Huns dans le pays, qui se trouverait, sinon confirmée, au moins appuyée par la découverte d'une tète en bronze, actuellement déposée au musée scolaire d'Hardanges et dont la conformation, allongée vers l'occiput, rappelle absolument le moule des têtes des Chinois actuels, qui passent généralement pour être les descendants directs des Huns.

Quant aux fosses qui entourent une partie du camp et qui paraissent plus profondes et plus nombreuses dans la direction des angles, elles sont absolument semblables à celles dont on se sert actuellement encore en campagne,, sur des lieux élevés. Un homme debout s'y trouve caché jusqu'à moitié du corps et peut, en se courbant ou en se

couchant, se dissimuler entièrement. Ce sont des postes de vedettes et rien de plus.

On n*a rencontré dans le camp, en fait de monnaies indicatives, que quelques pièces du temps de Charles VU, qui pourraient indiquer un séjour temporaire de troupes dans ce lieu au temps de la guerre des Anglais.

Il parait difficile, sans de nouveaux indices, d'assigner une date approximative à ce camp d'Hardanges. Il ne semble jamais avoir été qu'une station temporaire, éloignée de Teau et de toute communication, une sorte de lieu de refuge, où se serait retirée, au milieu des bruyères hautes, hantées par les loups, leà lapins et les chevreuils, une armée en déroute, plaçant des sentinelles, à peine dissimulées, tout autour de ces retranchements élevés à la hâte et qui, fuyant ceux qui la poursuivaient du côté du village d'Hardanges, se préparait à descendre dans la vallée, vers le nord, pour se rendre dans les lieux mieux protégés du Ribay et de Javron.

Dans la même commune, mais dans un fond rapproché de la ligne du chemin de fer, se dressent les ruines du château de Chasse-Guerre, appartenant à M™^ la comtesse de Mérode et dont M. Emmanuel Montagu, instituteur à Hardanges, a retracé l'histoire dans le Courrier de Mayenne. Ce castel, qui a dû être considérable, a appartenu aux familles d' Avorton, de Pannard et de Périgord. Il est situé dans la partie la meilleure du territoire de la commune, au milieu d'une soixantaine de fermes d'un bon rapport. C'est sans doute ce qui explique l'anomalie d'une demeure seigneuriale fortifiée, dans un pays plat et de pauvre défense. Les bâtiments qui restent : une construction carrée à trois étages, un fragment d'escalier et une poterne, accusent l'époque de la Renaissance. Les communs, seuls habités par le fermier, indiquent un siècle postérieur. Il y a dans le voisinage des bois nombreux, et, tout autour, des douves encore remplies d'eau. Les

allées de hêtres qui conduisent au château sont admirables.

Saint-Pierre-des-Landes — J'ai l'honneur d'appeler de nouveau l'attention de la Commission sur les curieuses sculptures de l'église de Saint-Pierre-des-Landes. Il serait utile de les faire photographier, et la description pourrait en être faite plus aisément que dans le cours d'une visite rapide.

Carelles. — Â dix minutes de marche du centre du village on remarque un emplacement carré, maintenant couvert de bois, qui porte le nom de Maison Neuve et quele curé du village m'a assuré correspondre exactement à la situation indiquée dans les anciens titres du château de la Pélerinaie. L'enceinte est considérable, défendue par des douves remplies d'eau en partie. Des murailles et des substructions ont été détruites récemment sur le lieu même. Dans les environs on remarque une châtaigneraie et un étang, qui devaient faire partie de l'ancien domaine; mais on n'a pu savoir jusqu'ici à quelle époque cette habitation seigneuriale a été détruite, ni quels en ont été les possesseurs.

Saint-Berthevin-la-Tanière. — La plus grande partie des sculptures, infiniment remarquables, de l'ancienne grande maison de la Tanière, qui a dû remplacer l'antique château dont il est question dans le premier cartulaire de Savigny (du XIP siècle), ont été transportées dans la maison de madame Le Bançais, à Saint-Marssur-la-Futaie. Nous avons déjà signalé ce fait à la Commission et indiqué cette curieuse ménagerie d'animaux de granit, du XV® siècle, par laquelle il semblerait que le dernier propriétaire de la Tanière ait voulu justifier le titre moderne de son habitation, qui dans les anciens titres est appelée Tanoeria, mot qui s'est ensuite abrégé et corrompu. La dernière maison de ce nom, démolie après la Révolution, était située au milieu du village, presque en face de la chapelle, maintenant seconde pa-

roisse ; elle a été remplacée elle-même par une maison de fermier, pour laquelle on a utilisé quelques linteaux de portes, quelques chambranles de fenêtres. Dans le jardin on voit encore en un coin deux pinacles fleuronnés qui ont surmonté des frontons, et dans un chemin éloigné un linteau de porte orné de feuillages très élégants. Ces sculptures sont en granit comme les autres. Je me propose de faire dans un autre voyage quelques démarches pour obtenir ces restes en faveur de notre Musée départemental.

Gommer. — La seigneurie du Bois-au-Parc,qui appartint à une branche de la famille de Laval, et à la maison de Montécler, était autrefois très importante. Elle possédait le patronage de la paroisse de Gommer et la seigneurie d'Aron, et tous les droits seigneuriaux. M. Tabbé Deschamps, curé de Gommer, a recueilli la chronique de ce flef, qu'il se propose de faire connaître plus tard. Nous devons donc nous borner à rendre compte de la visite, faite avec lui, aux restes du château. Il était, suivant l'usage, situé dans une enceinte de douves, mais dans une plaine. Un étang fournit encore l'eau des fossés. La plus grande partie a été démolie ; on reconnaît cependant une grande tour carrée, à trois étages, dont les corps de cheminées sont encore apparents et dont on reconnaît l'escalier à plusieurs marches subsistantes. Les bâtiments devaient former la croix ; on voit encore les traces d'un pont-levis, gardé en cet endroit par une double douve ; tous ces vestiges sentent la Renaissance. Il en est de même d'une tête de fou, coiffée de la marotte à trois grelots, moustachue et d'une remarquable expression ironique, encastrée, auprès d'une croix, également en granit gris, dans le pignon d'un bâtiment de service adjacent.

Dans un des bâtiments communs, tous très anciens, mais un peu moins que le château, on voit en un cellier une tête très antique, en granit, dont la bouche grima-

çante embouche une trompette, maladroitement indiquée de profil au milieu de Ja figure de face. Cette sculpture, très grossière, parait antérieure au XIP siècle. Les fer^ miers nous ont assuré que, selon les dires des vieux^ ce grotesque faisait partie du premier château, qui a été remplacé, après les guerres des Anglais, par celui qui demeure encore en partie.

La charpente de la grange, très élevée, est fort belle et digne d'attention par Télégance de ses fermes et de ses aiguilles ; elle doit dater d'une époque très éloignée de nous.

Niort. — A cinq cents mètres environ en aval du grand chaos de pierres qui s'étend sur une longueur de quatre kilomètres sous une futaie de hêtres, se dresse dans un champ un menhir, jadis élevé de trois mètres. Il a été décapité de moitié.

Dans la même direction de l'ouest, sur un plateau encore plus bas, mais élevé au dessus des terrains adjacents, à une distance d'environ quinze cents mètres, il existe un dolmen, composé de deux pieds et d'une table. Cette dernière a été rompue et un des pieds a été dérangé; cependant on aperçoit distinctement la chambre située au dessous. Le monument peut avoir environ trois mètres de haut, au dessus du sol. Sa table mesure quatre mètres et demi dans sa longueur et trois dans sa largeur.

Le menhir porte le nom de Pierre-Roberte dans le pays, le dolmen celui de Pierres de la Guignardière, à cause d'une ferme voisine. Ces monuments n'ont pas été signalés scientifiquement jusqu'ici à notre connaissance.

Temple protestant du Plessis, commune de Mangné-Peuton. — M. l'abbé Foucault donne lecture de la note suivante :

« Dans son Dictionnaire topographique de la Mayenne, M. Léon Maître dit au mot Plessis, page 256, domaine et ferme (medietariam de Plesseiz, 1238, abbaye de la

Roé); puis il ajoute : fief de haute justice, relevant du marquisat de Château-Gontier.

« Malgré la révocation del'édit de Nantes, en 1685, qui prescrivait la destruction de tous les temples protestants, celui du Plessis, situé sur la terre de Bréon, à un kilomètre du bourg de Marigné, subsiste encore de nos jours. Il fut élevé en 1550 par le vicomte de Rohan, lequel était, d'après l'histoire, un fougueux calviniste.

« Le temple du Plessis a 20 mètres en longueur et 7 mètres 20 centimètres de large : son élévation est de 15 mètres 50 centimètres. Ses murs, soutenus par dix contreforts, ont un mètre d'épaisseur. Sa charpente ogivale est très remarquable. Six grandes fenêtres avec meneaux, tournées vers le nord et garnies de solides grillages en fer, servent à l'éclairer.

€ Il faut croire qu'afln de soustraire ce temple à la destruction, on s'empressa, lors de la révocation de Tédit de Nantes, de l'approprier à des usages profanes, car on y rencontre maintenant un rez-de-chaussée, surmonté d'un étage et chacune de ces pièces possède une vaste cheminée.

« Une belle porte en plein-cintre donne entrée à ce rezde-chaussée, tandis qu'une autre porte ogivale, qui se trouve au dessus de celle-ci, et à laquelle on monte par un escalier construit en dehors du monument, permet d'habiter l'étage supérieur. Comme les fenêtres, ces deux portes regardent le nord et sont placées au centre de cette importante construction.

« De nos jours la base de ce temple est convertie en un cellier, et au dessus s'élèvent deux étages de greniers où Ton recueille du blé.

« On avait pris soin de revêtir ce temple et le manoir du Plessis qui le touche, de nombreuses meurtrières, afin, sans doute, d'être en mesure de repousser une attaque de la part des Ligueurs. II est vrai de dire que ces derniers ne faisaient d'ordinaire que prendre leur revanche des

agressions continuelles du sieur de Rohan. Souvent en effet il quittait son manoir du Plessis, et partait en guerre contre les catholiques du voisinage, qu'il pillait et rançonnait à merci. C'est de la sorte qu'en 1568, notre capitaine huguenot sortit de son castel, afin de surprendre le châtelain de la Rongère, qui était alors un de Quatrebarbes ; mais, comme celui-ci se tenait sur ses gardes, de Rohan et les siens, vigoureusement attaqués, se virent contraints débattre en retraite, après avoir laissé bon nombre de morts dans l'avenue de la Rongère.

« Les chroniques ne disent pas que le seigneur du manoir du Plessis se soit jamais avisé de tenter une seconde aventure contre le château de la Rongère. »

Château de Mortier-CroUe. — M. T. Abraham fait passer sous les yeux de Ja Commission des dessins du château de Mortier-CroUe qu'il veut bien promettre pour le prochain bulletin.

Album de vues anciennes de Lavai. — M. Garnier revient sur le désir déjà manifesté par la Commission d'obtenir communication d'un album appartenant à M. Chomereau, professeur de dessin à Laval, et renfermant de nombreuses vues de l'ancien Bas-Maine*.

Trouvaille d Argentré, Sépulture Mérovingienne. — M. de Farcy lit un rapport qu'il a rédigé sur la découverte à Argentré d'une sépulture mérovingienne. Ce rapport a été publié par anticipation dans le Tome III® des procès-verbaux ; il vient en effet compléter fort heureusement, dans ce volume, un travail d'ensemble sur les sépultures mérovingiennes du département.

Peintures murales de t église de Maisoncelles, — M. de Farcy donne lecture de la note suivante :

f Des ouvriers, en nettoyant la nef de Téglisede Maisoncelles, ont fait tomber des plâtras qui recouvraient d'anciennes peintures. M. Tabbé Maillard, curé de la paroisse, eut le désir de voir ce que représentaient ces bandes noires où apparaissaient quelques traces d*écussons. En grattant soigneusement les murs de la nef recouverts d'une couche très épaisse du badigeon obligatoire, dans toute la partie ancienne, on s'assura que l'église avait été primitivement ornée de peintures murales très simples mais n'excluant pas une certaine habileté et que, par dessus ces peintures, on avait, peu de temps après, placé une litre seigneuriale.

€ Les différents sujets datant du commencement du XV» siècle étaient irrégulièrement placés autour des fenêtres et à des hauteurs inégales. C'est ainsi que l'on voit à gauche une scène qui prend toute la hauteur de l'église. C'est l'épisode bien connu de saint Christophe passant une rivière avec Notre Seigneur sur ses épaules. Le saint ayant relevé ses vêtements jusqu'à la ceinture guide ses pas à l'aide du tronc d'un jeune arbre. Dans le lointain se voit une chapelle à deux nefs et un personnage assez effacé qui semble joindre les mains. Ces peintures où les chairs sont au naturel ne sont composées que de rouge et de jaune avec traits en noir et réserves de blanc. Les vêtements rouges sont bordés de galons d'or à pierreries.

€ Presque en face, au haut d'une fenêtre, on voit un évêque bénissant. Au dessous de lui se déroulait une scène, presque totalement effacée. De l'autre côté de la fenêtre, et en bas se trouve une scène de la vie des saints Crespin et Crespinien. Ils sont représentés assis dans leur boutique et travaillant à des chaussures. Les détails de leur costume sont bien traités. Ils sont nimbés et portent sur la tête une sorte de coiffure rouge. Derrière eux se voit un étalage où pendent des hauts de chausse et des souiers à la poulaine suspendus par de petits cordons très

régulièrement noués. On lit encore en belles lettres gothiques rouges et noires, S. CRISPIN. L'inscription de S. Crépinien était plus longue, mais elle est effacée.

« Par dessus ces peintures a été tracée, un peu plus tard, une litre seigneuriale très grossièrement peinte par quelque peintre du voisinage. Sur la bande noire se détachent alternativement des écussons pleins et d'autres en losanges qui sont mi-partis. Les é«;ussons pleins sont aux armes de la famille d'Ârquenai : de gueules à 2 fasces d'hermines surmontées de 3 besans de même. Elle possédait la seigneurie de Maisoncelles et s'est éteinte dans les d'Angennes.La généalogie de cette ancienne famille, que je n'ai pu retrouver, donnerait sans doute la date exacte de la litre et les noms de ceux pour qui elle a été faite. Tous les losanges, sauf un, sont partis d'Arquenay et d'argent à un chef de gueules, qui peut être l'écu des d'Avaugour. Il y en a un qui est contrécartelé d'argent au lion passant de sable et d'azur semé de fleurs de lys au lion d'or.

€ De chaque côté de la porte principale de l'église se trouvent deux grands carrés de 1™60 de hauteur également noirs et dans lesquels se voit l'écu penché des d'Arquenay avec 2 griffons pour supports. Le heaume garni de ses lambrequins à dents et sommé d'un col de cygne blanc à bec rouge. Le tout assez mal dessiné n'est aussi composé que de 3 couleurs rouge, jaune et blanc. Les griffons sont très caractéristiques et leurs ailes rt-.ployées ne portent que deux longues plumes.

€ Ces peintures, curieuses à plus d'un titre, seront conservées et rétablies, je l'espère, telles qu'elles étaient et non telles qu'elles auraient pu l'être, grâce à la générosité et aux bons soins de M. le C^ de Vauguion, propriétaire de la Jupellière. »

Maison ancienne à Cbêteau-Gontier. — M. de Farcy lit la note suivante :

€ Il y a un mois environ, en démolissant une maison appartenante M. Rivain,cirierà Château-Gontier, située au n^ 5 de la rue Thyonville, il a été trouvé divers fragments assez curieux sur lesquels il est bon d'attirer l'attention, car, si quelques uns sont actuellement déposés au Musée, les autres ont disparu sous la tille du charpentier ou le marteau du maçon.

€ Cette maison, située au fond d'une petite cour et n'ayant extérieurement aucune apparence, était néanmoins du XV® s. Elle a dû être réparée au xvii^ s. et faire partie d'un hôtel où l'on raconte que le prince de Talmond vint descendre plus d'une fois. La pièce principale avait sa cheminée ornée d'une très jolie plaque de fonte aux armes de la famille de Préaux, accolées à celles des de Meaulne. Les fenêtres avaient été agrandies et les tufféaux sculptés provenant des anciennes ouvertures avaient été replacés et retaillés en noyant les sculptures à l'intérieur. Plusieurs sont encore bien conservés. Ils formaient un soubassement et se composaient, entre plusieurs moulures du XV® s., de feuilles de chêne aux bords retournés et enfilées les unes dans les autres. Ce genre d'ornement rappelle à s'y méprendre les élégantes fleurs enlacées que je n'ai trouvées ainsi traitées que dans l'escalier de Saint-Ouên et dans des débris de chaire en bois provenant de ce prieuré. Deux de c^s morceaux ont été déposés au musée de Château-Gontier avec un lion servant de support à un écusson qui n'existe plus. Cette pièce était aussi ornée d'une poutre et de soliveaux très soigneusement moulurés. La poutre était même ornée de sculptures formant entrelacs et feuillages d'eau qui sont les caractéristiques du XVIP s. ; je l'ai dessinée car elle a été utilisée dans la construction nouvelle et il ne reste plus vestiges de son ancienne décoration.

« Enfin, sous l'âtre d'une cheminée voisine, on a trouvé une pierre d'ardoise de 0,03<^ d'épaisseur, fortement usée.

car elle avait déjà servi de seuil à une porte. C'était la pierre tombale de la femme d'un m® bourrelier morte en 1592 et inhumée sans doute à Saint-Jean-l'Evangéliste, église qui avoisinait cette maison. Depuis la révolution elle avait dû être utilisée de la sorte. Cette ardoise, brisée malheureusement à trois de ses angles, est intéressante car elle nous donne la disposition ordinaire des tombes d'artisan. Elle est relativement petite et ne mesure que 1™16 sur 60^. Au centre se voit une croix formée d'un simple trait portant un annelet au centre et aux extrémités. Sous les bras de la croix se trouvent les outils de son mari dont le manche le plus grand porte les initiales M. B. Ces outils sont ceux des bourreliers ; leur forme a peu varié et aujourd'hui on les appelle « couteau à pier » et € cornette à couper. » Ce sont eux qui nous ont permis de restituer le mot qui manque dans l'inscription. Celle-ci entre deux lignes porte en beaux caractères soigneusement gravés : ci gist le corps de Jacqueline gillard vivante

FEMME de MATHURIN BIDAULT M® (BOURRELIER) DÉCÉDÉE

LE (15 OU 25) AOST 1592 requiescat in page. Il faut remarquer la forme particulière de la lettre Q et surtout des D. Il semble que le graveur ait tracé d'abord un C contourné et ait ajouté ensuite une barre transversale nécessaire pour former le D.

« Cette pierre curieuse a été gracieusement offerte par le propriétaire au musée de Château-Gontier. »

Chapelle du Viaunay, commune de Loigné. — M. deFarcy signale, à Loigné, la très belle chapelle du Viaunay, qui renferme un autel du XV® siècle, orné de trois personnages placés dans une niche. La voûte est couverte de peintures dont il serait malheureusement difficile de relever un dessin exact en raison de leur position. M. de Farcy ne désespère pas néanmoins d'y réussir quelque jour.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée.

SÉANCE DU 6 Novembre 1884.

La séance est ouverte à deux heures, à la Préfecture.

Sont présents : MM. Floucaud de Fourcroy, président ; Couanier de Launay, vice-président ; Perrot, Cornée, de Lorière, Moreau, Pointeau, Garnier, membres titulaires ;

— et M. l'abbé Foucault, membre correspondant.

Proposition de Membres correspondants. — MM. Robert Triger, ancien élève de TÉcole des Chartes ; Savary, ancien élève de l'École Normale supérieure, professeur d'histoire au lycée de Lavai ; comte de Beauchêne, auteur de travaux historiques, à Cigné, et Chomereau, ancien professeur de dessin à Laval, sont proposés comme membres correspondants.

Présentation d ouvrages. — Sur le bureau sont déposés : le 4® fascicule du Bvlletin de la Commission des Antiquités de Seine-et-Oise ; — le Rapport sur les Archives de la Mayenne (1884), par M. de Mar tonne;

— la Revice du Maine, dernière livraison ; — et enfin les Etudes et Récits, de M. J. Le Fizelier.

Sépulture de la Françoisière. — M. l'abbé Foucault lit le rapport suivant, sur une sépulture découverte à la Françoisière :

€ Je lis à la page 41 du tome deuxième de la Commission historique et archéologique du département de la

Mayenne j que M. Le Fizelier, après avoir parlé des cimetières et sépultures de l'époque franque en Gaule, fait un appel aux membres de la Commission, et dit qu'il accueillerait avec intérêt toutes les communications relatives à ce sujet.

« Or, à l'extrémité nord-est du bourg de Loigné, à 200 mètres environ de la Mayenne, sur la ferme de la Françoisière, se trouve un champ qu'on nomme le Champ des Tombeaux, dans lequel on a constaté la présence d'un grand nombre de sarcophages. Des pierres ardoisières ont servi à confectionner les uns, d'autres sont faits avec des pierres iiies coquillières. Tous ces tombeaux ont les pieds tournés vers l'orient.

« Il y a quelques années, trois d'entre eux furent ouverts en présence de M. Morin de la Beauluère, correspondant du Ministère de l'Instruction Publique pour les travaux historiques. Nous assistions à ces fouilles. Deux de ces tombeaux ne recelaient qu'un peu de poussière humaine et des dents encore intactes, qui semblaient apjîartenir à des individus morts dans un âge avancé. Le troisième de ces tombeaux renfermait un anneau et une agrafe en or, à laquelle adhérait encore un morceau d'étoffe de laine. »

Briques du château de Varennes. — M. de Lorière présente deux briques de la chapelle du château de Varennes portant les armoiries des familles de Beaumanoir et de la Roche-Thulou. Un membre exprime le désir que des moulages de ces briques soient exécutés.

Poire à poudre en ivoire sculpté, — M. Moreau présente la photographie d'une fort belle poire à poudre en ivoire sculpté, du xvi® siècle (règne de Henri III), qui appartient à un habitant d'Ernée.

Agrafe mérovingienne d'Argentré. — M. Moreau présente une agrafe mérovingienne, trouvée dans le jardin

du presbytère d'Argentré, et donnée récemment par le curé de cette commune au musée de Lavais

Chapelle do Saini-Crépin, à Évron. — M. Garnier observe qu'une cour située devant le portail de la chapelle de Saint-Grépin à Évron, cour commune avec une maison voisine, a été partiellement convertie en parterre par le propriétaire de cette maison. M. Garnier observe que cet acte n'a rien d'inquiétant pour le moment, mais qu'il ne saurait être considéré comme une marque de propriété.

1. Cette agrafe a été publiée dans le Tome m des Procès^ Verbaux et Documents (p. 129), qui était en cours d'impression à I époque où la communication rut faite.

Questionnaires, — M. Cornée présente les résumés de quelques questionnaires. Il pense qu'un travail d'ensemble, conçu d'après le plan qu'il indique, pourrait offrir un grand intérêt, et il cite à l'appui de son opinion les publications analogues de la Commission de Seine-et-Oise.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée.

Séance du 11 Février 1885.

La séance est ouverte à 2 heures dans la salle ordinaire de la Préfecture.

Sont présents : MM. Floucaud de Fourcroy, président; Couanier de Launay, vice-président ; Cornée, de Lorière, Moreau, Garnier, de Martonne, de Farcy, Lecomte, de la Broise, O'Madden, Richard, membres titulaires, Savary, membre correspondant.

MM. Perrot, Hawke, Abraham et Ghedeau sont excusés.

Propositions de Membres correspondants. — Sont pro«posés comme membres correspondants, MM. :

Gadbin, à Ghâteau-Gontier ; Ghiron du Brossay, à Laval ; Raulin, à Mayenne ; Sauvage (Hippolyte), rue de Flandre, 9, à Paris.

Présentation ^ouvrages, — Sur le bureau sont déposés les ouvrages suivants :

La Céramique dans le Calvados, atelier du Molay, par M. Paul de Farcy, brochure extraite du compterendu du cinquantième congrès de la Société française d'archéologie, tenu à Gaen en 1883.

Les dernières livraisons de la Revue du Maine.

La Commission Félix et les suspects du département de la Mayenne, par E. Queruau-Lamerie, brochure extraite de la Revue de V Anjou.

La seigneurie de la Garaudière et Le château seigneurial de Saint'-Lavrent'deS'Mortiers, par A. Joubert.

Guillaume Le Clerc, sieur de Crannes, capitaine de Laval, par le comte de Beauchesne.

Le Prieuré de Saint- Ursin, à Lignières-la-Doucelle. — M. Hippolyte Sauvage, par l'entremise de M. de Martonne, fait hommage d'un travail manuscrit sur le prieuré de Saint-Ursin, à Lignières-la-Doucelle L'auteur a eu la bonne fortune de retrouver une très antique copie du XV® siècle relatant sa fondation.

« Naguère, dit cette charte, Guillaume de Doucelle, pour obéir aux impulsions de sa piété et de ses sentiments religieux, avait favorisé dans sa forêt de Monoye, rétablissement d'un ermitage et la construction d'une chapelle sous l'invocation du bienheureux confesseur saint Ursin. Cet oratoire existait encore au xiv® siècle; il dépendait de l'abbaye de Beaulieu.

4( Dans l'intention d'augmenter l'autorité du culte divin, quelques chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin, venus de Caen, du monastère de Sainte-Croix-de-la- Bretonnerie, au nombre de quatre, voulurent acquérir du couvent de Beaulieu cet ermitage avec ses dépendances. Ils s'adressèrent donc d'abord à Robert de Clinchamp, évéque du Mans, pour avoir son assentiment, sans pouvoir en obtenir un qui fût écrit. Quant à Guillaume de Doucelle, et à Jeanne, sa femme, ils leur accordèrent leurs pleins consentements, à la condition de prières pour le salut de leurs âmes.

4C Ce fut alors que les religieux s'adressèrent à Pierre Gougeul, qui fut évéque du Mans, de 1309 à 1826. Ils le supplièrent de vouloir bien les confirmer dans leurs possessions et de les autoriser à célébrer les saints mystères. Malgré les vives oppositions de Lucas, curé de Lignières, ils demandèrent de pouvoir faire une résidence régu-

lière dans leur ermitage, persuadés qu'ils pourraient s'y livrer à tous les exercices de leur piété, sans nuire en rien aux attributions curiales.

€ L'évêque leur donna un règlement qui détermina les conditions dans lesquelles chaque partie devait à l'avenir se tenir retranchée. Au désir et sur la présentation de Guillaume de Doucelle, deux chanoines de Sainte-Croix seulement durent résider dans l'ermitage.

€ Ils furent astreints, en ce qui regardait l'exercice du culte, à une foule de restrictions ayant pour but de sauvegarder les prérogatives curiales.

« Enfin, au milieu des autres sujétions, il leur fut défendu de procéder à aucune inhumation dans leur chapelle, même pour eux et pour leurs serviteurs résidant à Saint-Ursin, sans solder au curé les droits accoutumés.

« Guillaume de Fontenay et Raoul Alain, prêtres, profès de Tordre de Saint- Augustin, prêtèrent entre les mains de l'évêque le serment d'accomplir ces devoirs dans toutes leurs prescriptions, et ils en reçurent immédiatement leur investiture.

4C L'acte qui fut rédigé alors porte la date du vendredi après la Toussaint de l'année 1316.

« Ainsi, de cette charte précieuse, il résulte que l'ermitage de Saint-Ursin avait été fondé depuis longtemps déjà et protégé par Guillaume de Doucelle, vers l'an 1300. En 1316, il cessa donc d'appartenir à l'abbaye de Beaulieu pour être desservi par des «chanoines de Sainte- Croix.

< En l'an 1362, Tiphaine de Doucelle, femme de Bernard de la Ferté, et fille du fondateur, donna à ces mêmes religieux que l'on nommait dans le pays les Croisiers, là chapelle de la Madeleine, près la ville de Couptrain. Le pape Grégoire XII ratifia cette aumône.

€ Enfin, vers 1480, Louis II de Rohan sanctionna la

fondation du prieuré de Saint-Ursin en qualité de seigneur

de la terre de Resné.

€ La conventualité se maintint dans cette maison jusque vers 1777, époque à laquelle elle fut supprimée pour être réunie au séminaire de Domfront, tenu par les Eudistes. Les revenus de la mense de Saint-Ursin furent affectés désormais à cet établissement.

4C La chapelle de Saint-Ursin était bâtie sur l'emplacement même d'une source chaude qui passe dans Je pays pour jouir de vertus miraculeuses. Cette source, très abondante, jaillit encore au chevet de l'église ; on y descend par quelques degrés.

€ Le chevet de l'église laisse voir deux fenêtres géminées dans le style ogival du commencement du xiv* siècle, simples et sans ornements ; au-dessus est un œil-debœuf. Le reste de l'édifice, dont les murailles ont dû être en partie refaites, n'a rien de caractéristique. A l'intérieur, dans les embrasures des fenêtres, on remarque diverses traces de fresques, simulant des tentures et des draperies rouges. Nulle inscription, nulle tombe dans cet oratoire qui sert maintenant d'étable et de fenil.

€ Il ne reste plus aujourd'hui debout qu'une moitié du bâtiment conventuel, qui datait de la seconde moitié du siècle dernier.

€ Aliéné à la Révolution, Saint-Ursin fut transformé en une verrerie. Il sert aujourd'hui de ferme.

€ On retrouve dans divers endroits des débris venus de la chapelle de Saint-Ursin. A Couptrain sont ses stalles et à Lignières, aux fonts baptismaux, un tableau qui représente le Christ en croix. Un calice et quelques chasubles furent donnés vers 1820 à l'église paroissiale.

« Souvent cette maison avait reçu comme pensionnaires des personnages atteints d'aliénation mentale. Quelques autres y furent envoyés par forme de correction, comme le père Laigneau de Langallerie, le seul religieux de Fontevrault qui eût appelé de la bulle Unigenitus. » L'auteur donne ensuite une liste des prieurs et religieux de Saint-Ursin, avec des détails biographiques sur

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les principaux d'entre eux. Le dernier prieur fut un prince de Rohan.

Voir aux Documents la charte de fondation .

Découverte de sépultures à Lassay. — Le samedi 3 janvier 1885, en creusant les fondations d'un mur de clôture sur le terrain où s'élevait, tout récemment encore, le bas-chœur, derniers restes de la chapelle des religieuses Bénédictines, détruite pour la construction de l'église paroissiale, les ouvriers maçons découvrirent un cercueil de plomb.

Les ossements furent examinés par M. le docteur Le Breton, maire de Lassay. Il y reconnut ceux d'un homme de taille au-dessus de la moyenne, mort dans un âge avancé : le corps avait dû être embaumé, car on voyait que le crâne avait été scié pour extraire la matière cérébrale ; l'os maxillaire inférieur gardait encore quelques traces de barbe blanche.

Trois jours plus tard, le mardi 6, en continuant les mêmes travaux, mais par l'extrémité opposée du mur en construction, les mêmes ouvriers découvraient deux autres cercueils, également en plomb, de forme parfaitement identique au premier et orientés comme lui les pieds vers la place qu'avait dû occuper l'autel.

Le premier, fort endommagé par l'oxydation, ne put être extrait que par morceaux, après que les ossements en eurent été retirés ; sur la partie supérieure se trouvait, soudée par ses quatre angles, une plaque de cuivre rouge portant, gravée au burin, l'inscription suivante :

ICY EST LE CORPS DE TrÈS

Havte et très pvissante Dame

Madame Jylie de Bourbon Epouse

DE Très Havt et Très Pvissant

8EI0NEVR Armand

DE MaDAILLAN de l'EspARRE MARQUIS DE LaSSAY, DÉCÉDÉE LE 10 MARS

1710, agee de 45 ans.

Requiescat in page.

Le second cercueil, beaucoup mieux conservé que le précédent, se trouvait protégé par une première caisse en bois de chêne ; une plaque était clouée aux quatre angles sur la planche supérieure, on y lit :

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