QVE . VOICI . LA . PRENDRE . A . FEMME
Et . vovs . Macée . la . Hovssée.
VOVS . NE . SEREZ . PAS . COVRROVCÉE .
Si . GOMBA VLT . VOVS . VE VT . PO VR . SA . DAME .
IlZ . ONT • DIT . VY . TO VCHÈ • EN . PALME . CeST . FAICT . BERGERS . LA . CHOSE . EST.
Ferme . a . la . dragée . Garsonnaille .
Tenez • mais . on • donr a . le • terme .
A , CELLE . FIN . que . CHASCVN . SARME .
POVR . ESTRE . PREST . AVX . ESPOVS AILLES.
JeREN Y . SAINCT . GrY . NO VS . EN . SERONS .
Des . NOPCES . et . si • danserons .
Pvis . QVE . Macée . est . fiancée .
Par . LA . VERT V . GO Y . NO VS • YRONS .
PoVR . MENER . GOMBA VLT . ET . RIRONS . AlIZON . VOVS . SEREZ . DANCÉS.
Mais . qve • sert . tant . astrologver .
PVIS • QVE . VeN VS . SE . VE VLT . LOGER .
Avec. Mars. PAR conionction.
RèN . n'y . va VLT . lOVR . d'eSLBCTION .
Ne. PO VR. PRINCE. NE. PO VR. BERGER.
5® Le numéro VII, au Loup. Ce panneau mesure 3 mètres de longueur.
Voici la moralité plus sérieuse de cette pièce, qui devait servir de conclusion à ce drame champêtre :
voyla . comment . en . fin . ira.
Ainsi . tovt . plaisir . finira.
LhOMME . DEVIENT . MALADE . OV • VIEUX.
Mais . sil . pevt . parvenir . Es . cieux .
Apres . la . mort . lors . svffira .
Tissée verticalement, c'est-à-dire de haute lice, la tapisserie de Saint-Amadour est évidemment une œuvre française de la fin du xvii® siècle ; nous ajouterons même que, par la grossièreté et l'irrégularité de son tissu et bien que faite sur de bons cartons, cette tenture semble sortie d'un atelier de second ordre. Elle ne porte, en effet, comme la suite du musée de Saint-Lô, aucune marque d'atelier, aucun monogramme, aucune initiale et l'orthographe des « escriteaux » a été outrageusement mutilée par des ouvriers illettrés. La hauteur uniforme des panneaux, trois mètres trente centimètres (3 aulnes), nous fait penser à la fabrique de Tours qui avait fourni au maréchal de La Meilleraye une tenture de cette hauteur. Mais les ateliers de Touraine au xvii® siècle sont peu connus, et nous estimons qu'il serait téméraire d'assigner une origine certaine à notre tapisserie, les marques de comparaison nous faisant défaut.
Indépendamment de cette tenture, il existe à Saint- Amadour un fragment superbe d'une tapisserie Bruxelloise du XVI® siècle. Cette pièce, dont la bordure a malheureusement disparu en partie, est tendue auprès du panneau dit: de la Danse de Gombault, et on l'aperçoit suffisamment dans la photographie de M. O'Madden pour juger de la perfection du dessin qui, de même que l'agencement et le brillant des couleurs, ne laisse rien à désirer.
Le sujet représente Un des repas de noces de Jacob chez Làban, son astucieux beau-père. Magnifiquement costumé en gentilhomme du temps de Charles-Quint, Jacob, vu de dos, est à table et, par un mouvement plein de hardiesse, semble saisir quelque mets à sa portée, tandis que Laban, portant une longue barbe blanche et coiffé d'un turban à pointe, étend les bras en signe d'étonnement.
Les mots lACOB et LÂBAN, en majuscules de deux couleurs, placés auprès de chaque acteur, ne laissent aucun doute sur l'identité des personnages.
Cette tapisserie pourrait être signée Arnould Cobbaut d'Audenarde, Jean Martin le jeune de Tournay,ou même Pierre de Pannemaker,que nous n'en serions pas surpris, car elle nous parait hors de pair et comparable aux plus belles de la célèbre collection royale de Madrid.
Signalons enfin, pour terminer la nomenclature des tapisseries de Saint-Amadour, un panneau mythologique, travail français du xviii* siècle, sans bordure, représentant « Phaèton foudroyé par Jupiter^. »
Au milieu de la composition, le groupe des quatre chevaux qui tombent pêle-mêle , entraînant dans leur chute
i. Ce sujet a été traité, sur les cartons d'Alessandro AUori, par l'école florentine de la fin du xvi® siècle ; sans grande valeur artistique, cette école fut néanmoins en grande voçue sous le règne de François I®»", grand duc de Toscane, de 1574 à 1584. Guiffrey. Tapisserie, p. 262.
312 COÎIMISSION HISTORIQUE
le char du Soleil et son imprudent conducteur, est assez bien traité, ainsi que le père des Dieux lançant ses foudres, accompagné de son oiseau favori.
Au bas du panneau et au premier plan à gauche, une jeune fille indique à une femme habillée à la grecque, qu'elle tient par la main, la scène de la culbute. VEridan dans lequel est précipité Phaèton est représenté par une fontaine monumentale ombragée : un filet d*eau qui découle d'une tête de grotesque est recueilli dans une urne par une nymphe qui personnifie le fleuve. Paysage et verdure au fond, feuilles d'acanthe au bord inférieur. Le dessin, sans proportion (à part la tête de la nymphe), et le coloris sont plus que médiocres ; l'ensemble rappelle les petits tableaux de genre si souvent et si heureusement traités par Ëisen, Marillier, de Saint-Aubin et autres dessinateurs de cette époque.
Les difiërentes pièces de tapisserie que nous venons de décrire, ainsi que beaucoup d'autres qui ont longtemps servi de tapis de pieds et dont on nous a montré les débris*, décoraient autrefois, paralt-il, le château des Briottières, situé près d'Angers. Ancienne propriété de la famille d'Armaillé, cette résidence conservait de plus une galerie de tableaux parmi lesquels on citait un portrait du roi René, daté de 1460^. Nous avons maintenant la preuve que les châtelains des Briottières avaient aussi un goût prononcé pour les tapisseries.
A l'occasion de cette provenance, il n'est peut-être pas sans intérêt de faire remarquer que, si les beaux-arts en général ont toujours été honorés en Anjou, la tapisserie, qui n'en est, en somme, qu'une brillante manifestation dans sa forme décorative, a tout spécialement et depuis
1 . Nous avons reconnu notamment la noce de GombauU et de Macée, ce qui prouve, à n'en pas douter, que la tenture était complète,
2. C. Port, Dictionnaire de Maine-et-Loire^ art. Briottières.