X** V — LES FIANÇAILLES
longtemps joui de la faveur publique dans cette belle contrée.
Dès le XIV® siècle, en effet, parmi les provinces de France où sembla se manifester davantage une sorte de réveil des arts jusque là retirés et à grand'peine protégés derrière les murs des couvents, nous voyons déjà l'Anjou à la tête de cette première renaissance.
L'Artois semble bien, il est vrai, l'emporter sur notre pays par l'ancienneté de ses tapis autrefois appelés arrazis, et, dès 1320, sous l'impulsion délicate d'une femme distinguée, la comtesse Mahaut*, fille du duc Robert II, morte dès 1327, nous voyons apparaître les premières tapisseries proprement dites avec le nom des artistes qui les tissaient ; mais, les œuvres de cette époque, de basse lice très probablement, ébauches d'un art naissant et encore mal défini, nous sont peu connues : il n'en est pas de même des tapisseries angevines.
Le duc d'Anjou, Louis I, fils cadet du roi de France Jean II le Bon, et frère de Charles V, venait à peine de prendre possession de son riche apanage (1360), que sa cour devint le rendez-vous de l'élite des artistes en tous genres alors connus. Les tapissiers ne furent pas oubliés, et le plus célèbre d'entre eux, Nicolas Bataille, exécuta pour ce prince, fort peu recommandable par ailleurs, une série de tentures de haute lice, parmi lesquelles il faut citer cette merveilleuse tapisserie de l'Apocalypse, dont nous pouvons encore admirer des fragments à la cathédrale d'Angers 2.
1. Depuis que ces ligues sont écrites, notre ërudit collègue, ancien archiviste d'Arras, M. J.-M. Richard, a publié sur la comtesse Mahaut et son époque un travail fort remarquable. ln-8*^, Paris, Champion. 1886.
M. Pinchart et le cnanoine Dehaisnes ont également fait paraître plusieurs volumes sur Tétat des arts en Artois, sous le gouvernement de cette princesse.
2. Cette tapisserie a été savamment décrite i)ar M. L. de Farcy, frère ae notre collègue, qui en a reproduit Tun des su-
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Nicolas Bataille, dont le nom et les comptes viennent d'être retrouvés, travailla près de vingt années à la cour du duc Louis, tant pour ce prince que pour ses frères, le roi de France, le duc d'Orléans et le puissant duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. (1342-1404).
Amateur délicat et raffiné, celui-ci employa, comme le duc d'Anjou, ses immenses richesses à satisfaire ses goûts pour le luxe, les beaux-arts en général et les tentures à la mode que lui exécutèrent Jacques Dourdin, son tapissier ordinaire, et notre Bataille qui, bien que parisien de naissance, peut être revendiqué comme un un des nôtres par suite de son long séjour parmi nous.
« C'est par centaines, dit GuifFrey, qu'il faut compter » les pièces sorties des mains de cet habile ouvrier ! » La présence et les succès d'un semblable atelier suffisent pour expliquer la faveur et la vogue des tapisseries en Anjou.
L'engouement persistait au xvi® siècle, puisque nous voyons un chanoine du Mans, Martin Guérande, Angevin de naissance^, faire exécuter à ses frais, en 1509, pour en doter la cathédrale du Mans, la célèbre tenture de Saint-Gervais et de Saint-Protais qui existe encore, au moins en partie.
La mode des tapisseries de haute lice existait encore en Anjou après le xvii® siècle ; les fragments recueillis à Saint-Amadour le prouvent d'une manière irréfutable.
Jules PLANTÉ.
jets, page 138, Histoire de la tapissei^ie, par Guiffrey. La tenture d'Ançers se composait de six pièces ; une septième fut ajoutée vers la fin du x\^ siècle par la fille de Louis XL Chaque panneau mesurait près de 24 mètres de longueur sur 5 mètres de hauteur soit cent vingt mètres carrés, ce qui donne une superficie (j'allais dire cadastrale) de 840 mètres carrés ! 1 Inscription tissée dans la tapisserie de Saint-Gervais.