‹ Procès-verbaux et documents, Volume 4Chapitre 92 sur 123 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

On est convaincu depuis longtemps de la nécessité dont il est de former un établissement d'artillerie à portée des côtes de l'Océan et dont l'emplacement soit tel qu'il puisse procurer aux provinces maritimes de cette partie les secours dont elles ont besoin toutes les fois que le Roy est en guerre avec les Anglois. La position de Laval semble réunir tous les avantages que l'on peut retirer d'un pareil établissement ; la rivière de la Mayenne y est navigable, il y a peu de distance de cette ville des forêts et des forges, et l'on peut communiquer par cette rivière et par la Loire en Bretagne, Poitou, Aunis, Saintonge et la Guyenne ; de Laval il est aussi facile de communiquer avec la Basse-Normandie ; il résulteroit de cet emplacement que l'on ne seroit pas obligé de tirer jusques de Metz et de Douay des approvisionnements que l'on n'a pu faire passer Tannée dernière et celle-cy dans les provinces ci-dessus, sans des dépenses très considérables.

C'est dans l'espérance que Sa Majesté approuvera l'établissement proposé que l'on a formé des plans des différentes constructions qui seroient à faire pour loger un régiment d'artillerie et une école, et y faire un arçenal où on fabriqueroit les affûts, avantrains et voitures de toutes espèces ; on pourroit aussi y établir une fonderie . ce qui composeroit un arçenal complet.

Le terrein que l'on se propose de prendre pour les bàtimens qui sont jugés nécessaires est situé à la rive gauche de la Mayenne, et aussi à la gauche du chemin

narchie les Etats militaires ne nous montrent, en effet, à Rennes aucune troupe d'artillerie, et c'est seulement pendant la Révolution que nous y voyons apparaître un régiment d'artillerie à pied.

de Laval à Tours, commençant au pont S' Nicolas distant du fauxbourg d'environ 150 toises, et continuant jusqu'à 270 toises au delà, un peu au-dessus du point de réunion de la chaussée d'Angers et de celle de Tours ; il aura en total 270 toises de longueur et 180 toises de largeur ; c'est dans cet espace qu'on réuniroit l'établissement du régiment, celui de l'arçenal de construction, celui de la fonderie et tous les objets relatifs à ces établissements. Le poligone seroit fait sur la gauche de la chaussée d'Angers, dans les landes coupées par cette chaussée, à une distance d'environ 1200 toises des cazernes du régiment. Tous ces emplacemens ont été reconnus et c'est d'après la connoissance que l'on a prise de la distribution qu'il y auroit à donner aux bâtimens et des prix que l'on s'est procurés, que l'on a formé un apperçu des dépenses qu'ils occasionneroient, montant à un million cinq cent quarante mille deux cent cinquante livres, dont environ vingt mille livres pour l'acquisition qu'il y auroit à faire de quelques parties de terrein. On ne pourroit guères aussi se dispenser, attendu l'éloignement de la ville, de faire bastir une église ; le même motif mettroit aussi dans la nécessité d'établir pour les oflSciers du régiment deux auberges à proximité de rétablissement, ce qui porteroit la dépense totale à environ un million six .cent mille livres.

On ne proposeroit point à Sa Majesté une dépense aussi considérable dans les circonstances actuelles si l'on n'avoit à lui présenter un moyen qui pourvoiroit en grande partie à tous les frais de la construction dont il s'agit. L'arçenal de Lyon est placé sur la Saône ; sa situation ofFroit une infinité d'avantages pour l'embarquement et le débarquement des effets d'artillerie, ce qui avoit fait naitre l'idée d'y faire construire des magazins pour environ cent mille armes et des hangards capables de contenir tous les affûts et voitures nécessaires à une armée qui auroit à se porter en Italie ; mais au moment où on

alloit travailler à ces bâtiments, il a été représenté que cet établissement pouvoit avoir beaucoup d'inconvénients en ce que : 1® Les matériaux et la main-d'œuvre y étoient fort chers ; 2^ qu'il seroit peut-être dangereux de rassembler autant d'armes dans une ville où il y avoit 50.000 ouvriers ; 3® que c'étoit s'exposer à une dépense double en faisant bâtir sur un terrein bien précieux, puisqu'on Testimoit environ un million deux cent mille livres. Ces considé)*ations ont fait abandonner ce projet ; mais il a paru que l'on ne pourroit faire un meilleur usage de la valeur de ce terrein qu'en l'employant à l'établissement de Laval.

On vient d'exposer à Sa Majesté qu'il paroissoit indispensable d'établir un arçenal qui soit assés spatieux pour pourvoir aux besoins considérables que la guerre nécessite sans cesse sur les côtes de l'Océan. On vient aussi de lui détailler les' avantages que présenteroit la position de Laval pour cet établissement.

Elle est suppliée de décider

1® Si elle en approuve la construction ;

2^ Si elle permet que le terrein sur lequel est établi Tarçenal de Lyon soit vendu pour le produit en être affecté à celui de Laval.

Bon.

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