‹ Procès-verbaux et documents, Volume 4Chapitre 93 sur 123 · UNE CHARTE ORIGINALE DE MAURICE II, SEIGNEUR DE CRAON · texte numérisé non relu

UNE CHARTE ORIGINALE DE MAURICE II, SEIGNEUR DE CRAON

(xii® siècle)

Voici la transcription de cette charte dont nous offrons ci-contre la photogravure, d'après un cliché de M. O'Madden :

In nomine Sancle et individue Trinitalis, Noscanl présentes atque futuri quod ego Mauricius de Credone discordiain habui cuin ecclesia Sanctœ Marie de Rota et cuiu canonicis. Quapropter non sapienti usus consilio^ parochianos illorum qui in Peletroia morantur ire coegi ad capellam quam canonici Sancli Nicholai fecerant juxta perreriam in parochia Sancti Martini de Balorcio, cumque propter hoc ab episcopis Malheo Andegavensi et Stéphane Redonensi et a meis ainicis vituperarer, maie me egisse intelligens, culpam meam diligenter corrigere studui. Et tune firmam pacem cum canonicis statuons eosdem parochianos ad suam ecclesiam sicut fecerant prius ire praecepi, reddendo canonicis suas oblationes quas ego primus in capitule in manus abbatis reddidi. Insuper predictis canonicis tantum de mea lerra pro peccalis meis et antecessorum meorum et hereduin meorum in elemosinam dedi ut duodecim sextarios^ in ea legaliler

1. La seterée do terre était ce que pouvait ensemencer un setier (2 hçctol. 61), c'est-à-dire à peu près uuhectare.

seminare potuissent et molendinum de Barilleio in elemosina mea perpétue tenendum concessi de que reddebant canonici XII denarios de recognitione per annum inNativitate Domini. De contenlione vero que erat inter eos et canonicos Sancti Nicholai hoc eis concessi quod illis qui juslo judicio curie mee vel curie Andegavensis episcopi aliis respondere voilent defenssionem meam et auxilium preberem. Et utres ista lirmior haberelur, lilteras islas sigillé domini mei Andegavensis episcopi et meo munire curavi. Hoc audivil et concessit Gaufridus de Poenciaco cui ego Mauricius pro concessu dedi firmaculum aureum. Hoc etiam viderunt et audierunt : Paganus de Vegeia ; Nichol Felle, Guillelmus de Parteneiaco, Aleman, Andréas Grossus, Angerius de Peletroia fere cum omnibus burgensibus de Peletroia. Ëx parte canonicorum viderunt et affuerunt Michael tune abbas, Roberlus prier, Guillelmus sacrista, Giraldus subprior, Radulphus de Brilengaut, Herberlus, Hugo Bernerius, Robertus de Sancto Audoeno, pueri de scola : Oliverius, Herveus, Guide, Raginaldus Pichart omnisque conventus.

Au bas de cette belle pièce, longue de 17 centimètres et large de 14 1/2, on voit la place des doubles queues sur lesquelles étaient fixés les deux sceaux de Maurice de Craon et de Tévéque d*Angers. Malheureusement ces deux sceaux sont perdus, mais on peut les reconstituer : celui de Maurice de Craon portait tm génie monté sur une chèvre^, et celui de Tévêque d'Angers les armes de ce prélat, qui étaient : de gueules à la bande d*or'^.

Au dos de notre charte on lit les diverses mentions de cotes ci-après :

1. Inventaire des sceaux des Archives nationales, — Douet d'Arcq, tome i, page 308-309, n*^ 1954 : Maurice de Craon, fin du xii° siècle, sceau ovale de 24 mill. de haut, pierre gravée : un génie sur une chèvre, •{- sigill. mavricii de credone fappendu à une charte sans date). — M. Bertrand de Broussillon attribue par erreur ce sceau à Amaury de Craon, fils de notre baron. (Mémoire chronologique de Maucoxêrt de Bourjolly, t. i, p. 177, en note. — Laval, L. Moreau, 1886).

2. D'après M»' Barbier de Montault. Cf. Port, Dictionnaire, au mot Coud/un.

1° en écriture de la fin du xii« siècle : « Carta de con- » cordia facta inter nos et dominum Mauricium, super » parrochianos de Pelletroia et super duo» decim sexta- » rios terre. »

2® En écriture du xvi** siècle : « Le don de XII septe- » rées et du moulin de Barillé, non datte ; »

3® et en écriture du xviii® siècle : « Avant 1250 » — la Roë — Maurice de Craon donne à l'abbaye » de la Roè douze septerées de terre et le moulin de » Barillé tenu de lui à douze deniers ; rend les habitants » de Poiltrée qu'il avait fait transférer à Balots et res- » titue en chapitre les oblations dont il avait privé les » religieux pendant le temps que dura sa haine con- » treux. » (Sic),

Enfin, au haut de la charte on lit également :

1» « Avant 1250, Maurice de Craon nous donne 12 » septerrées de terre et le moulin de Barillé tenu de lui » à 12 d. de recognoissance. »

2^ Et au bas : « Ce Maurice mourut en 1250. Voir la » dispute pour son cœur^ Ici, il nous avait ôté nos pa- » roissiens de Poiltrée pour les transférer à Ballots, » mais par cette chartre {sic) il remet les choses sur » l'ancien droit et nous restitue en chapitre les oblations » dont nous avions été privés pendant ce nuage. »

Une cote numéro 346, efiacée, se lit en haut à droite, auprès d'une autre portant le numéro 139.

1. A la mort d'Amaury IV, petit-fiJs de notre Maurice, les religieux de l'abbaye de Belle-Branche prétendirent qu'ils devaient posséder le corps de leur bienfaiteur : les chanoines de la RoO, dans l'ëglisc (lesquels étaient déjà inhumés le père du défunt Amaury l, ses deux oncles, Maurice III et Pierre de la Garnache, et ses trois grands oncles Renaud, Foulques, et Guy de Craon, élevèrent la même prétention. Les seigneurs de Ghâteau-Gontier et d'Anthenaise, arbitres, décidèrent que le corps d'Amaury serait d'abord inhumé à Belle-Branche, qu'au premier anniversaire ou ferait l'exhumation et qu'alors on donnerait à labbaye de la Roë le cœur du défunt s'il était bien

conservé, sinon la tète ou ce qu'il en resterait « caput vel

» ea que tune de capite poterunt inveniri. » (Chartrier de la Roôj vol. 74, p. 211 etpassim).

Disons de suite que cette pièce formait encore, en 1848, le 139® folio du 48® volume du chartrier de la Roé, à ce moment déposé à la bibliothèque de Château-Gontier* après avoir reçu asile dans les bureaux du receveur d'enregistrement de Craon. Ce fut pendant un trop long séjour à notre chef-lieu d'arrondissement, que des mains peu scrupuleuses ont successivement fait disparaître, avec quantité d'autres pièces, les titres concernant :

1® Le moulin de Barillé en Ballots ;

2® Le moulin de Courbure en Livré (plus de 140 feuilles !) ;

3® Et ceux du château de Saint-Ouën, en Chemazé. Cette dernière perte est surtout sensible pour l'histoire de l'art : nous aurions pu retrouver, en effet, dans ces papiers si malheureusement disparus, le nom des artistes et « mainœuvres de quelque métier qu'ils soyent, lesquels » avoient besongné avec l'abbé Guy Le Clerc*^. »

Quant à la date del2503, assignée, au xviii® siècle, par le scribe des religieux de la Roè, à la charte de Barillé, elle est absolument fausse et constitue une grossière erreur.

Cette pièce originale a été transcrite sous le numéro 197 du cartulaire de la Roë, recueil formé par les soins de l'abbé Michel, qui mentionne souvent le château de Poiltrée, bâti par Hugues, seigneur de Craon, à l'extrémité de ses possessions el tout près de l'abbaye. Simple motte avec palissades à ses débuts, le château-fort de Poiltrée devint bientôt le centre d'une petite population ; un étang avec moulin, un four, une carrière importante, un pont de pierre, une chapelle sous le patronage

1. Bibliothèque nationale, ms. fonds latin: N. acq. n^ 4227, page 433.

2. Testament de Guy Le Clerc, abbé de la Roë, du 29 avril 1523, reçu par Jehan Lecercler, notaire à Château-Gontier. [Archives de la Mayenne).

3. Ancien style, comme toutes les dates citées dans ce travail.

de Saint-Georges, des bourgeois et des manants, y sont signalés dès le xii® siècle.

Les oblations faites à la chapelle située sur le territoire de Ballots ne tardèrent pas à devenir une source de rivalités entre le chapitre de Saint-Nicolas de Craon et l'abbaye de la Roë. Maurice, seigneur de Craon, pour favoriser son chapitre de Saint-Nicolas, voulut forcer les habitants de Poiltrée et de la région à se rendre à cette chapelle : Tabbaye réclama, et Taffaire fut portée devant les évêques de Rennes et d'Angers qui condamnèrent le baron de Craon. Celui-ci, reconnaissant ses torts, rendit les oblations et fit don aux religieux du moulin de Barillé et d'une certaine quantité de terras.

Nous dirons quelques mots de Maurice, du moulin de Barillé, de Poiltrée, et de plusieurs témoins de notre charte.

Maurice de Craon, dont il est question dans la pièce qui nous occupe, était un des grands feudataires du xii® siècle : fils aine de Hugues, seigneur de Craon, et de Isabeau de Mayenne, sa seconde femme, il épousa lui-même Isabeau de Meulan, fille de Valéran ou Galéran de Beaumont, comte de Meulan, dont la femme était une fille d'Etienne de Champagne, roi d'Angleterre*.

Les abbayes de Bellebranche, Savigny, La Roë, Saint- Melaine (1162), Montfort (1162), Fontevraud et beaucoup d'autres furent comblées des largesses de ce puissant seigneur.

Il signa comme témoin, en 1153, Tacte de fondation de l'hôpital Saint-Jean d'Angers^; en 1156 avec Michel, abbé de La Roé, il fut témoin d'un acte par lequel Guillaume de La Guerche confirma à l'abbaye de Saint-Melaine des dons précédemment faits^. Entré en 1158 au ser-

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