DIRECTEUR DU MUSÉE DE MILAN
Nous croyons devoir faire précéder ce travail de la lettre suivante, qui nous est adressée par M. le professeur Aug. DumÉRrir. (GuÉRIN-MÉNEVILLE.)
Monsieur et cher collègue,
Les entreprises scientifiques ont toujours trouvé des encouragements dans votre Revue, dévouée aux progrès des sciences zoologiques. Vos lecteurs accueilleront donc avec intérêt, j'en ai la certitude, la nouvelle de la publication, sans doute assez prochaine, d’une histoire iconographique complète des Serpents. Je me plais d'autant plus à vous transmettre cette nouvelle, que l'ouvrage dont il s’agit a pour point de départ l’Erpétologie française
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telle qu’elle est comprise et enseignée au Musée de Paris.
L'auteur de l’œuvre considérable sur laquelle je veux appeler un instant votre attention est M. le Professeur Jan, qui, après avoir appartenu pendant plus de trente années à l’Université de Parme, où l’enseignement de la botanique lui était confié, a généreusement cédé à la ville de Milan une très-nombreuse collection d'objets d'histoire naturelle composant un riche Musée dont il est le directeur.
Il a, depuis assez longtemps déjà, tourné ses études vers la classe des Reptiles, et plus spécialement vers l’ordre des Serpents, dont la classification offre tant de difficultés. Pour procéder à leur arrangement méthodique, il a adopté, presque de tout point, les vues émises sur ce sujet par mon père et par Bibron. Prenant donc, à leur exemple, les particularités si remarquables du système dentaire pour base de cet arrangement, il a conservé un grand nombre de leurs divisions secondaires en familles et en genres dans chacun des grands groupes établis d’après les différences offertes par la structure des dents, suivant qu'elles sont ou pleines ou simplement sillonnées, ou, au contraire, creusées, en même temps, d’un canal central.
Afin de préciser mieux qu’on ne peut le faire par des mots les dissemblances constatées par lui chez les nombreuses espèces qu’il soumettait au plus minutieux examen, M. Jan a entrepris de les faire dessiner toutes avec une parfaite exactitude. Non-seulement chaque animal est figuré en entier et dans ses véritables dimensions, mais on y a joint la reproduction de tous les détails fournis par la disposition de l’écaillure du tronc et de la tête.
Animé du désir de rendre aussi complète que possible cette précieuse Zconographie descriptive, 11 s’est mis en relation avec la plupart des Musées d'Europe, qui se sont libéralement prêtés au perfectionnement et à l’accroissement de cette œuvre.
Mon père a, le premier, donné un exemple que j'ai été
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heureux de pouvoir suivre depuis que j’occupe sa chaire au Muséum : il a communiqué à M. Jan toutes les espèces qui manquaient à Milan, dont la collection, aujourd'hui, n’est pas inférieure à celle de Paris. On a agi de même dans vingt villes, savoir : Zurich, Pavie, Stuttgard, Gottingue, Leipzig, Bonn, Francfort-sur-le-Mein, Turin, Bologne, Pesth, Halle, Vienne, Trieste, Munich, Breslau, Prague, Dresde, Giessen, Amsterdam et Strasbourg. De semblables communications sont promises par les Musées des villes suivantes : Bâle, Leyde, Louvain, Moscou, Saint- Pétersbourg, Stockholm et Wiesbaden. Le même empressement lui a été témoigné par MM. le prince Maximilien de Wied-Neuwied, le docteur André Smith et Westphal- Castelnau, possesseurs de belles collections particulières à Neuwied, à Londres et à Montpellier. En outre, de grands Musées, celui de Berlin en particulier, consentiront, sans aucun doute, à répondre à l’appel qui va leur être adressé.
Or il résulte de cet heureux concours de circonstances que l’habile zoologiste, mettant à profit ces nombreux matériaux, a déterminé, suivant la classification de l'Erpétologie générale, les espèces non encore nommées. Toutes celles qu’on lui a confiées sont venues successivement grossir son Zconographie, qui ne comprenait d’abord que les espèces de Milan, et ne représentera que les Serpents dont la communication lui aura été accordée (1).
Ce recueil, unique dans son genre, puisqu'il comprendra toutes les espèces examinées par M. Jan, et il est, sans contredit, l'Ophiologiste qui en a vu et comparé le plus grand nombre, ce recueil, dis-je, renfermait, à la fin de juillet 4858, la représentation de 751 espèces, 228 de
(1) Quelques-uns des Musées cités plus haut ayant sollicité de M. Jau la détermination de tous leurs Ophidiens, on peut considérer, dès à présent, la classification et la nomenclature adoptées à Paris, au Muséum d'histoire naturelle, comme destinées à s'étendre beaucoup et, sans doute, à se généraliser.
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plus qu'il n’y en a dans notre Musée, où l’on en compte cependant 523. Souvent une même espèce, en raison des variétés qu'elle présente, ayant nécessité plusieurs planches, celles-ci forment déjà un total énorme de 1308, auquel il faut en joindre 98 autres consacrées aux têtes osseuses. Toutes les richesses de ce portefeuille ont passé sous mes yeux, et j'ai pu admirer la perfection de l’œuvre pour l’accomplissement de laquelle M. F. Sordelli a fait preuve d’un grand talent comme observateur et comme dessinateur très-habile.
Telle qu’elle est déjà, et avec les descriptions données par M. Jan, cette collection est appelée à rendre les plus grands services aux collecteurs, à cause des facilités, inconnues jusqu’à ce jour, qu'ils y trouveront pour la détermination des espèces. Elle acquerra plus de prix encore par les enrichissements que le savant naturaliste est sur le point d’y ajouter. Il vient, en effet, de visiter plusieurs Musées dont les collections lui étaient inconnues, et les matériaux qu'il y a trouvés sont tels, qu’il aura sans doute, pour terminer son ouvrage, à faire figurer encore un trèsgrand nombre d'espèces qu’il ne connaissait pas.
Le travail que le prochain numéro de la Revue contiendra nous fera connaître les espèces venimeuses nouvelles, et sera accompagné de deux planches. Les zoo0looistes jugeront ainsi de l'utilité de la publication que M. Jan prépare et feront des vœux, je ne saurais en douter, pour la prompte exécution de cette œuvre importante.
Veuillez agréer, etc.
Aug. DumMÉRIL.
À l’époque où j'ai publié le travail ayant pour titre : Cenni sul Museo civico di Milano, auquel est joint le Catalogue des Reptiles que ce Musée renfermait, j'ai adressé à tous les directeurs de Musées et à tous les possesseurs de
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«oillections privées la prière de vouloir bien me prêter leur concours. Je leur demandai de me donner en communication tous leurs Serpents, afin que je pusse mener à bonne fin le projet que j'avais formé de faire figurer nonseulement toutes les espèces du Musée de Milan, mais aussi toutes celles qu’on me ferait la faveur de me confier. A ces figures très-exactes et exécutées d’après nature, j'ai l'intention de joindre des descriptions destinées à servir de complément à la partie iconographique et à faciliter les déterminations.
Plus de vingt Musées ont répondu avec libéralité à mon appel, et ont ainsi contribué à l'enrichissement et au perfectionnement de mon travail. — Si, par malheur, les savants qui ont agi ainsi dans l'intérêt des progrès de la science ne sont pas complétement satisfaits du résultat de mes efforts, ils devront s’en prendre seulement à ce que, malgré la meilleure volonté de ma part, et quoique je n’aie épargné ni mon temps, ni les fatigues, ni les dépenses, mes forces auront trahi mon zèle. Quoi qu’il en soit, je conserverai toujours la plus vive reconnaissance pour le généreux appui qui m'a été accordé et pour les témoignages de confiance que j'ai reçus dans cette circonstance.
C'est donc par suite de ces communications qui m'ont été faites par la plupart des Musées d'Europe que je puis, à présent, faire paraître cet ouvrage, qui m’a occupé pendant plusieurs années, mais dont la publication dépendra de la faveur avec laquelle mon entreprise sera accueillie et des encouragements dont on voudra bien l'honorer.
150 espèces d'Ophidiens sont décrites et accompagnées de 1,308 planches représentant non-seulement l'animal entier, mais les détails caractéristiques. De plus, sur 98 autres planches, on a, jusqu’à présent, figuré des têtes osseuses appartenant à différents genres.
Si je suis assez heureux peur obtenir la protection su-
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périeure qu'un ouvrage si vaste exige, et dont l'exécution entraînerait dans des dépenses trop considérables pour un particulier, je le diviserai en Monographies que je ferai précéder d’un programme contenant les détails relatifs à la publication, et d’un Prodrome de la distribution de toutes les espèces avec l'exposé des principes qui m'ont guidé dans leur détermination et leur classement.
L’Erpétologie générale de MM. Duméril et Bibron est, jusqu’à ce jour, l'ouvrage le plus complet sur les Reptiles. Par cette raison, il se trouve nécessairement entre les mains de tous les naturalistes ; ce sera donc, ce me semble, rendre service à tous ceux dont les études se sont tournées vers cette branche de la science, que de faire connaître, par de courtes diagnoses , les espèces non décrites dans ce livre, mais que j'ai pu étudier attentivement, soit qu'elles se trouvent dans le Musée de Milan, soit qu'elles m'’aient été communiquées. Ces diagnoses seront insérées dans deux des journaux d'histoire naturelle les plus estimés et les plus répandus en France et en Allemagne : la Revue de zoologie, de M. Guérin-Méneville, et Archiv der Naturgeschichte, de M. Troschel.
Quoique le but principal de mon travail soit surtout de faciliter la détermination et la connaissance des espèces, je crois convenable d'indiquer ici, dès maintenant, le mode de classification que j'ai adopté, et, dans mon Prodrome, je présenterai un tableau méthodique ge tous les Serpents que j'ai attentivement étudiés, et qui y seront rangés par familles et par genres.
Par suite de la facilité que j'ai eue de pouvoir examiner les espèces contenues dans presque tous les Musées, je me crois autorisé à admettre qu’il peut y en avoir à peu près 1,000 espèces jusqu’à présent. Peut-être, au reste, ce chiffre ne représente-t-il que la moitié ou même le tiers du nombre de celles qui vivent sur notre globe. De tous les animaux vertébrés, en effet, les Reptiles, et particulièrement les Ophidiens, sont ceux qu'on recherche le