‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 1 sur 149 · F. SAVY, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

F. SAVY, ÉDITEUR

LIBRAIHE DE I.A SOCIÉTÉ GÊOLOGIQU£ DE FRANCE

Rue Bonaparte, SO BESANÇON; CHEZ l'aUTBUR

IIVTRODUCTIOIV.

Considérations historiques.

La géologie pendant V antiquité et le moyen^àge. — Les anciens 9 bien moips riches que nous en notions scientifiques, n'avaient pas senti la nécessité de scinder l'histoire de la terre. Celle-ci , avec sa niasse intérieure , sa surface et son atmosphère, était considérée par eux comme constituant l'uni- Ters entier. Ils voyaient en elle un ensemble dont les parties ne pouvaient être étudiées séparément. Pénétrés d'un esprit synthétique qui, chez les individus comme chez les nations, tantôt provient d'un travail soutenu et varié , tantôt accuse une grande pauvreté scientifique , ils pensaient que la connaissance du tout devait les conduire à celle de chacune de ses parties. La géologie se trouvait ainsi totalement absorbée par la cosmogonie et confondue avec elle.

Quant au mode de formation de l'univers , il n'est pas besoin de le dire, ce sujet était traité par les anciens au point de vue spéculatif et nullement scientifique. Si nous rappelons les deux systèmes les plus opposés, nous voyons certains philosophes déclarer que le monde a été créé de toute éternité et qu'il ne doit jamais finir : d'autres prétendre que le monde est soumis à des paroxysmes alternant avec des périodes de tranquillité , de sorte qu'après chaque paroxysme effectué par l'eau ou par le feu , tout se trouve transformé à la surface de la terre ou plutôt créé de nouveau. C'est le christianisme qui a surtout réagi contre ces deux idées , soit en divulguant la croyance à une création et à une fin du monde , soit en repoussant cette doctrine de créations et de destructions successives.

Les anciens ne pensaient pas que le sol foulé par eux offrtt une étude si pleine d'intérêt 6t renfermât les traces évidentes d'une longue suite d'événements bien antérieurs à la venue de l'bomiBe sur la terre. Pourtant , la géologie est une des sciences où ils •auraient pu faire des progrès faciles ; il leur suffisait pour cela d'avoir une idée nette de la nature organise des fossiles , de se rendre compte de la stratification de récorce terrestre et d'observer attentivement les phénomènes qui se passaient sous leurs yeux. S'ils n'ont pas atteint ce résultat, c'est, je le répète, parce que l'étude de l'univers considéré dans son ensemble, préoccupait avant tout leur esprit essentiellement et vaguement synthétique. Dans ce fait, iJ faat voir aussi une des conséquences de leur éloignement pour les sciences proprement dites et de leur préférence pour les couvres d'art, d'imagination et de philosophie abstraite.

Pour que les sciences d'expérience et d'observation prissent

oamaiice, il fallait ^'une religion Doayelle vtnt donner plus de développement an sentiment de la nature et que le flambea« de la dTîlisation y en se déplaçant , éclairftt d'autres contrées. Il fallait aussi que l'invasion des barbares , bomMes actifs, plutôt préoccupés do côté matériel de la vie que d'idées spéculatives, vint modifier le caractère indolent des peuples im midi de TËurope. Il fallait enfin que l'oi^nisatiott sociale subît des modifications profondes, et que l'«&prît de caste , une fois annihilé ou amoindri , permtt à la science de se vaigariser. Un grand poème, un chef-d'ceivre de l'art naîtront de la pensée créatrice d'un seul homme , mais la sdence est essentiellement collective : elle est l'iravre des siècles et des générations qui se succèdent.

On trouve chez Aristote , Strabon , Ovide et les adeptes de la doctrine pythagoricienne des idées assez exactes sur cerfaitts phénomènes géologiques. Elles sont avant tout le résultat des heureuses inspirations dn génie antique aimant plutôt è deviner la nature qn'à l'étudier ou à la prendre sur le lait Elles se prouvent pas qu'il existât chez les anciens des connaissances quelconques en géologie. Les philosophes de rantiqotté ont d'ailleurs émis un si grand nombre d'opinions, et toutes si contradictoires, que le hasard seul a pu qnelque* fois leur faire rencontrer juste dans leurs appréciations.

Les ouvrages de plnsieors auteurs renferment des passages qui dénotent des notions assez justes sur le mode de formation des terrains sédimentaires et sur la nature des fossiles : lels sont les vers sî souvent cités oh Ovide nous montre les terres séparées des eaux au sein desquelles elles ont été formées , les coquilles jonchant le sol sur les points éloignés de la mer et l^aocre oonchée sor le sommet des liantes montagnes.

D'antres fois 9 on remarque certaines expressions indiquant, chez ceux qui les employaient , une intelligence assez nette des phénomènes volcaniques, des soulèvements des montagnes , et même des soulèvements du sol plus compliqués :

< La vraie raison de ces phénomènes est que la même

» terre tantôt s'élève et tantôt se déprime : et que la mer, » obligée de suivre ces divers mouvements , tantôt franchit

• ses bornes, tantôt rentre dans ses limites. C'est donc au >» sol que doit être attribuée la cause dont il s'agit? > On pourrait même faire remonter jusqu'à Strabon la doctrine des causes actuelles, car, après avoir écrit les lignes qui précèdent, il ajoute : « Il convient de tirer nos explications des i choses qui tombent sous les sens et qui , telles que les i déluges, les tremblements de terre, les éruptions volca- » niques et les soulèvements spontanés des terrains sous- » marins, se reproduisent en quelque sorte tous les jours. » Ovide , dans la relation où il résume la doctrine pythagoricienne, dit : « Rien ne périt dans ce monde : les choses ne » font que varier et changer de forme. Naître , signifie sim-

• plement qu'une chose commence à être différente de ce 9 qu'elle fut auparavant : mourir veut dire qu'elle cesse d'être 9 la même chose. Cependant, quoique rien ne conserve 9 longtemps la piême forme , le tout reste constant dans son 9 ensemble. » Ces quelques lignes ne résument-elles pas en peu de mots les principales idées de la théorie de Uutton. Enfin, ne serait- il pas permis de trouver dans l'époque grecque le commencement de la lutte entre les vulcanistes et les neptunistes, en opposant Thaïes, qui voyait dans l'eau le principe de toute chose ,, à Heraclite soutenant que le feu est l'agent de la nature. Les idées éclectiques qui régnent

aujourd'hai dans la science avaient même été exprimées dès l'antiquité , car Sénëque fait observer que c le feu et l'eau • sont les arbitres souverains de la terre. Du feu et de l'eau 1 Tiennent le commencement et la fin des choses. •

Mais il serait puéril d'attacher de l'importance à ce que les philosophes et les écrivains de l'antiquité ^ inspirés par leur vive imagination , ont pu dire de fondé sur les divers phénomènes géologiques. Il est un plaisir qu'il faut laisser à l'érudition : c'est celui de rechercher les opinions des anciens sur les phénomènes géologiques , et de glaner dans leurs ouvrages les citations susceptibles de faire croire que ces phénomènes ont été compris par eux.

Les idées des anciens n'ont exercé aucune influence sur l'opinion des hommes du xvi' siècle, que l'on peut considérer comme les premiers pionniers de la science de l'écorce terrestre. Loin d'imiter les naturalistes qui concentrèrent d'abord leur attention sur les œuvres d'Aristote, de Théophraste et de Pline, ils dirigèrent leurs recherches autour d'eux : les preuves des faits avancés par eux, ils^ les demandèrent à la nature elle-même; aussi la filiation existant pour la philosophie, la littérature et l'histoire naturelle, ne peut être constatée pour la géologie : « Je n'ai point eu d'autre livre, » s'écriait Bernard Palissy, « que le ciel et la terre, lequel est connu > de tous, et est donné à tous de connaître ce beau livre. »

Pendant le moyen-âge, une obscurité profonde règne sur l'Europe entière ; mais un travail caché s'accomplit dans les esprits. Le christianisme termine la conquête morale et matérielle d'un grand nombre de contrées. La fusion des races indigènes et des peuples envahisseurs s'achève insensiblement.

Les croisades tnipriinent un nouveau stimulant à l'activité buBiaine. L'établissement des républiques en Italie et des communes en France prépare la fin de la féodalité et la ces* sation d'un état de choses antipathique à tout développement scientifique. Et lorsque le xvi^ siècle apparaît, il trouve la transformation sociale presque complète. Comme une armée qui se met en marche après un long repos, la société s'é* branle tout à coup et la vie intellectuelle se ranime.

Il est inutile de rechercher les causes de ce mouvement prodigieni qu'on appelle la Renaissance. Il faut y voir une impulsion providentielle, car l'invention de l'imprimerie et la découverte du Nouveau-Monde sont plutôt le résultat que la cause de cette activité nouvelle qui se manifeste dans les intelligences.

La première origine de la géologie ne remonte pas plus haut que le xvi"" siècle. On peut distinguer dans l'histoire de cette science^ depuis ce moment jusqu'à nos jours^ quatre périodes. Les trois premières sont comparables à l'aurore qui précède l'établissement définitif de toute science, car la vraie géologie ne date que de la fin du dernier siècle.

La géoiogie pendant les temps modernes. — La première période de l'histoire de la géologie comprend tout le xvr siècle et la majeure partie du xvIl^ Elle commence avec Bernard Palissy, ou plutôt avec Léonard de Vinci, mort en 1519. Elle fiait avec la publication du célèbre ouvrage de Sténon : De solido intra solidum naturaliter conienlo.

Cetle période est marquée par la controverse qui s'établit au sujet de la nature des débris organiques contenus dans les roches stratifiées. Tandis que quelques auteurs voient dans

ces débris le produit d'une fermentation^ de jeux de la nature ou d*une force plastique due aux influences sidérales (llattîoli, FaIloppe5 Mercati); d'autres reconnaissent la véritable satore des fossiles. Parmi ceux-ci, les uns admettent le d^ôt des coquilles par les eaux de la mer changeant succesaiirenient de rivage (Frascatore, Cardan , Césalpin, Sténon) ; d^autres, sous rinfluenee d'idées destinées à retarder les progvès de la géologie, voient dans les coquilles fossiles la preuve et l'effet d'un déluge universel (Golonna , Scilla).

La conviction que les fossiles sont les dépouilles et les empreintes d'êtres organisés ne pénètre qu'avec knteuD dans les esprits. Une idée aussi simple en elle-même met plus d'un siècle à se développer : toute une période de l'histoire de la géologie est presque exclusivement empio^yée à la répandre. Hais à mesure que cette conviction devient plus gé- Bérale, elle amène insensiblement la coBqaissaBce du mode de formation des terrains sédimentaires. Ce nouveau pas fait dans la géologie est dû surtout à Sténon, que Deluc appelle te premier vrai géologue.

SténoB a parfaitement compris le phénomène de la sédi^ mentation dans son ensemble et dans ses principaux détails. Il s'est rendu compte du mode de formation des roches aqueuses, de leur division en bancs primitivement boriioD* taux et plus tard soulevés et disloqués dans tous les sens. Là n'est pas le seul titre qui recommande l'ouvrage de Slénon à l'attention des géologues. Les progrès de la science ont prouvé combien les vues de ce grand homme étaient justes. Et pourtant son livre n'est qu'un prodrome, un résumé, une préface, ainsi que M. Floureos le fait remarquer dans son travail sur la longévité humaine. C'est de ce travail que

8 PRODROBIE DE GÉOLOGIE.

j'extrais les lignes suivantes qui dépeindront en peu de mots Tétat de la géologie à la fin de la première période de son histoire :

c Le livre dans lequel Scilla combat de nouveau l'erreur

> toujours persistante des jeux de la nature est de 1670. 9 L'année précédente avait paru celui de Sténon : celui de

> Leibnitz parut quelques années après. Tout conspirait. » L'opinion de Palissy sur les coquilles fossiles, oubliée depuis » un siècle» renaissait pour ne plus disparaître : et la géo*

> logie avait son premier grand pas fait, et, l'on peut le dire, » celui-là même qui lui a valu tous les autres ; car, une fois » la vraie nature des coquilles fossiles admise, on a cherché

• comment des corps marins se trouvaient sur la terre, l'idée

• des révolutions du globe est venue et la géologie est née. • Tous les géologues de la première période, ou du moins,

tous les savants qui avaient pris part à la controverse sur la nature des fossiles, étaient italiens, à l'exception de Bernard Palissy et de Sténon. Celui-ci, quoique danois, avait passé la majeure partie de sa vie en Italie. Cette contrée peut donc, à juste titre, être considérée comme le berceau de la géologie.

La deuxième période de l'histoire de cette science comprend la fin du XVII» siècle et la première moitié du siècle suivant Elle finit en 17A9, année qui voit en France la publication de la Théorie de la terre par Buffon, et, en Allemagne, celle de l'édition complète de Protogœa par Leibnitz. De la même année date l'explication que le carme Generelli donne, dans une des séances de l'académie de Crémone , de l'ouvrage publié en 17&0 par Lazzaro Moro et intitulé : De croslacci e degli altri marini corpi che si trovano su monti.

A?ec cette époque coïncide rapparition d'an grand nombre de théories de la terre. En même temps, la vraie nature des fossiles est mise hors de toute contestation. La donnée chro* oologique» qui forme un des éléments principaux de la géologie, n'est pas encore employée : il n'y a qu'un seul événement, le déluge, et à cet événement, de date si récente, on essaie de tout ramener, en considérant comme très -court l'intervalle qui le sépare de la création du monde.

La découverte de l'Amérique et l'établissement du système de Copernic ayant fait connaître la forme de la terre, les éludes cosmogoniqucs eurent dès lors, devant elles, un double champ d'exploration. On put, comme l'avaient fait les anciens, rechercher l'origine des choses, ou, en d'antres termes, de l'univers. On put aussi, indépendamment de cette recherche, aborder l'étude plus restreinte de la formation et de la constitution de notre planète. Ce travail, grâce aux découvertes scientifiques récentes et surtout à une connaissance plus approfondie des phénomènes célestes, conduisit à des résultats sinon exacts , du moins plus vraisemblables que ceux auxquels on était antérieurement parvenu. Le grand nombre de théories de la terre qui se publièrent pendant le XVIII* siècle (Burnet, Théorie sacrée de la terre, 1690; Ray, Essai sur le chaos et la création, 1092 ; Woodvirard , Essai sur Vhistoire naturelle de la terre, 1095 ; Whiston , Nouvelle théorie de la terre, 1090; Leibnitz, Protogée, 1093-1749; BuObn, Théorie de la terre, 17A9) offrirent un certain côté scientifique. Elles ralentirent fort peu la marche de la géologie proprement dite, encore à son début et ne renfermant pas un ensemble de notions suffisantes pour absorber Tattention d'un savant. L'étude spéciale de l'écorce terrestre devait

iO PRODROBfE K GÉOLOGIE.

ioéfitablemeiit être précédée de eelle de la masse totale da globe. La fosioD, pendant le siècle dernier^ de la cosmugooie, de ia physique du globe et de la géologie » était un mal, mais on mal înévitaJileb Les sciences, dans leur constitulian et dans leurs délimitatkHis successives ^ ont procédé par voie analytique : jamais deux sciences ne se sont confondues pour D'en former qu'une seule, et de là, sans doute » l'espresaion de branche des connaissances humaines qui est deveoue d'un usage journalier.

La troisième période de l'histoire de la géologie comprend la seccMkde moitié du xviii* siècle et une partie du siècle actntL On peut la considérer comme se prolongeant jusqu'en iSO?, année de la fondation de la Société géologique^ de Londres» créée avant celle de France, qui ne date qjue de ISaO.

Pendant la troisième période de so« histoire, la géologie Fefoit use délimitation moins confuse. La donnée chronolo^ gw|iie y est mise en œuvre pour la première fois, quoique d'une manière incotfiplète, et notamment par W. Smith dans soa travail mémorable, intitulé : Tableau des couches britanniques. Quant à la paléontologie générale et stratigrapbiqœ , elle attend Cuvier : elle est encore assez peu avancée pour qu'où ne relève pas l'erreur commise par Scheuchzer, qui fait du squelette d'une salamandre gigantesque l'Aomo diluvii teslis.

Ce qui caractérise cette époque, c'est la lutte des neptunisles et des vulcanistes , lutte qui conduit à l'acquisition de notions assez justes sur le rôle exercé par l'eau et par le feu dans la formation de l'enveloppe du globe. Depuis les première commencements de la géologie jusqu'à la to du

iNnomjcfiON. Il

XTiu* siècle, la doctrine neptunienae n'avait cessé de pré\»m loir. Bernard Palissy avait dit : « Quand tu auras bien eia« I miné toutes choses par les effets du feu^ tu trouveras non > dire véritable, et me confesseras que le commencement et • rorigioe de toutes choses est eau. » Et depuis PaJtlssy jusqu'à Werner, on avait admis que toutes tes roches étaient le pro^ doit de Teau. La plupart des théories cosmogoniques posaient eo principe Texistence d'un fluide chaotique d'oà , par des précipitations successives^ s'étaient dégagées les masses qui se montrent vers les parties extérieures du gkd)e. L*appari«tion et la persistance de la doctrine neptunienne étaient dues à plusieurs causes. Dans la science , la découverte d'une vérité a souvent pour résultat immédiat l'établissement d'une erreur. En même temps que la véritable nature des fossiles était reconnue, l'existence passée de courants diluviens et de mers chassées de leurs rivages se trouvait mise en évidence ; c'était donc l'action de l'eau qui, la première, attirait l'atteii* tioa des plus anciens adeptes de la géologie. La marche de l'esprit humain est trop lente pour que la saine appréciatioii dn r61e joué par le feu dans les phénomènes géologiques suivit immédiatement les premières découvertes de la science. L'erreur dans laquelle les neptnnistes étaient tombés, et la prolongation du débat qu'ils avaient dû soutenir contre le» vutcanistes, reconnaissaient une autre cause. La qoeetion qo^ les uns et les autres agitaient était mal posée : ils confoD* daient le problème de la création de la terre, phénourtne cosmogonique destiné à se produire une fois pour toutes, avec la formation de l'écorce terrestre, phénomène essentiellement permanent Le lecteur pourra se convaincre, en lisant le chapitre relatif à l'origine du granité, qne les neptonistes et

12 PRODROME DE GÉOLOGHS.

les vulcanistes étaient également dans Terreur et que chacun d'eux ne possédait qu'une partie de la vérité.

Le travail le plus remarquable publié pendant cette période est celui de Hutton. C'est en 178S que Hutton publia dans les transactions philosophiques d'Edimbourg sa théorie de la terre. C'est en 1795, deux ans avant sa mort, qu'il développa le même sujet dans un ouvrage en quatre volumes. En 1802, le docteur Playfair, ami de Hutton, reprit en sousœuvre le travail de celui dans l'intimité duquel il avait vécu, et dont les vues lui étaient familières. Il exposa les idées de Hutton d'une manière plus claire que celui-ci ne l'avait fait, et par là, il contribua beaucoup à leur vulgarisation. Aussi, les noms de Playfair et de Hutton sont-ils, dans notre pensée, inséparables, puisque leur œuvre a été commune.

La théorie de la terre, telle qu'elle est formulée dans l'explication de Playfair, est bien plus vraie et plus philosophique que celle qui voyait dans l'écorce terrestre le résultat pur et simple du dépôt de substances primitivement tenues en suspension dans un liquide universel. La gloire de Hutton est aussi d'avoir le premier reconnu que la chaleur avait joué un rôle important dans l'édification de l'écorce terrestre. Quelques-uns des plus anciens géologues avaient admis l'existence de feux souterrains, mais c'était pour expliquer le redresse-* ment et non la formation de certaines parties du globe. Plus tard , Descartes , Leibnitz , Buflbn avaient successivement formulé l'hypothèse d'un feu intérieur, mais l'emploi qu'ils avaient fait de cette hypothèse était plutôt cosmogonique que géologique. La véritable déclaration de guerre entre les neptanistes et les vulcanistes datait du moment où s'était élevée une discussion au sujet de l'origine aqueuse ou ignée du trachyte^

do basalte et des roches volcaniques. Il serait permis de s'étonner qu'une controverse ait pu s'établir à ce sujet si on ne tenait compte de l'influence personnelle de Werner, dont les opinions ont joui longtemps d'un crédit exagéré. Dolomieu et surtout Desmarets furent d'abord les principaux adversaires de l'école de Freyberg; mais la lutte devint plus vive lorsque Hutton déclara que non-seulement les roches volcaniques, mais aussi les granités et les porphyres étaient d'origine ignée.

La géologie pendant le dix-neuvième siècle. — La dernière période de l'histoire de la géologie correspond au siècle actuel : elle embrasse , par conséquent , un nombre d'années assez considérable pour nous autoriser à penser qu'elle pourrait se subdiviser en deux parties. On vient de voir que la fin de chaque période de l'histoire de la géologie était marquée par la publication d'un ouvrage important constatant tout à la fois les progrès accomplis et les lacunes à combler. On peut considérer la première sous-période du \ix* siècle comme se terminant en 1830, année de la publication des Principes de géologie par sir Lyell et de la création de la Société géologique de France. Elle a vu le règne exclusif des vulcanistes et des partisans de l'origine ignée du granité^ tandis que la sons-période suivante a été marquée par les efforts des par-* tisans de l'origine hydro-thermale de cette roche , efforts de plus en plus couronnés de succès.

Je vais énumérer rapidement les progrès de la géologie depuis le commencement de ce siècle , et essayer de donner une idée de son état actuel. Cet exposé sera nécessairement très-court, puisque, dans ce travail, les questions dont je vais dire quelques mots attireront successivement mon attention d'uoe manière spéciale.

14 PRODROUB m GÉOLOGIE.

Bat de la géologie. Ses progrès pendant le xix*» siècle. Son état actuel.

La géologie n'e^ pas aassi vaste que Tindique Tétymologie de son nom. Son objet , nettement défini , se ramène à Vèlu&e de la structure de Vécorce terrestre, de son mode de formation et des phénomènes organiques ou inorganiques qui ont laissé en elle des traces de leur existence pendant les temps géologiques.

L'étude de Técorcc terrestre constituant le but exclusif de la géologie^ on «conçoit que cette science n'ait pu se dévdopper qu'à dater du moment où son domaine était connu. Or, la notion de Técorce terrestre a pénétré lentement dans la science et n'y existe que depuis peu. Même pendant le xnf siècle , les adeptes de la géologie ne concentraient leurs méditations que sur la surface du globe. Descartes , le premier, en faisant de la terre un soleil éteint, et , pour atnsi -dire , encroûté , semble avoir établi l'existence réelle on hypothétique d'nne écorce terrestre distincte de la masse qu'elle recouvre.

De nos jours , on a compris qu'il fallait voir dans l'écorce terrestre^ non une œuvre effectuée d'un seul jet et sous llnttnence d'an seul ordre de phénomènes, mais le produit complexe de plusieurs agents s'exerçant tantôt isolément, tantôt simultanément, et fonctionnant comme forces antagonistes dans certains cas, concomitantes dans d'autres. Les principaux de ces agents sont l'eau , qui pénètre dans l'intérienr de la croûte du globe ou circale k sa surface ; la

INTRODUCTION. 4fS

btfotë wnpémnre qui règ<M à «ne fafible profondevr^ «t les toieoi^Mieiits généraux auxquels T^corce terrestre ^bHu Od De conteste plus l'origine aquease des roobes sédi«Mi«takcs, ni 1>(yftgiiie ignée des triches Toicaniqaes ; Mentôt on Mt nettra phos en dente l'origine hyAre-thermale 'du granitev

Dans ces dernières années, l'origine des roches granrtiqnes -a donné Ueu à nne controverse «qui a eu powr résultat de nous montrer dans ces roclies le prednit d'actions moins simples que ne l'ont supposé les écoles de Werner et de Hntton. Les travaux de Fuchs, Biscboff, Scbcerer, et H. Rose en Allemagne^ de MM. Delesse et Daubrée, en France ^ aie paraissent avoir démontré que l'ean et la cbaleiir sont également înlerven us dans la prodection dn granité , et cette ovignie petft être désignée , à défaut d'un nom emprunté à la nrftbologîe 'ifrecque , par l'épithète d'hydro-tbermale. Ce résultat est de la plus haute importance , car le granité con-* stitne ta partie essentielle de l'écorce terrestre, sa^^harpente et Yon ossature ; sa formation a été le point de départ de tons les phénomènes géologiques , et l'époque qui a vu cette roèbe se constituer ouvre la série des siècles dont l^tode est dn ressort de la géologie.

Pendant les premiers temps , l'écorce terrestre était exdu* sivement formée par la zone granitique. Peu à peu, elle s'est accroe de bas en haut par la superposition des terrains stra« tifiés reçus au fond des mers, et de haut en bas, par le refrot** dissement et la consolidation successive des parties sous^ jacentes à la zone granitique fondamentale. L'eau et la chaleur qoi avaient jadis confondu leur action dans la formation dn magma granitique ont vu leur domaine se déplacer et s'écarter de plus en pins l'un de l'autre. Maintenant le rôle joné par

chacun de ces agents est parfaitement apprécié dans Teosemble : il nous reste, comme pour bien d'autres questions , à pénétrer dans les détails.

L*écorce terrestre ^ sous l'influence de la chaleur interne, de Teau dont elle est pénétrée, de la pression et des courants électriques qui se manifestent dans sa masse, l'écorce ter* restre, dis-je , est comme un immense laboratoire où se sont accomplies et s'accomplissent des actions chimiques aussi variées que nombreuses. Les progrès de la chimie ont permis au géologue de se livrer avec fruit à l'étude des actions qui concourent à la transformation de chacune des parties de l'écorce terrestre et surtout de celles qui ont une origine aqueuse. 11 a été ainsi possible de donner un développement complet et même une importance exagérée à la belle théorie que Hutton a émise le premier et que sir Lyell a désignée sous le nom de mitamorphisme.

La stratigraphie , entrevue par Sténon , plus nettement comprise par Saussure et même par Hutton , a reçu des travaux de M. E. de Beaumont une impulsion nouvelle , ou plutôt elle lui doit son existence. Les directions des couches reconnaissent une cause déterminée et se trouvent soumises à un ordre réel. Elles obéissent aux mêmes lois qui président k la distribution des chaînes de montagnes, et celles-ci, dit M. £. de Beaumont, ne sont pas répandues au hasard comme les étoiles dans le ciel. Elles forment des systèmes caractérisés par leur orientation et par la date de leur apparition. Des rapports intimes rattachent tous ces systèmes les uns aux autres , et leur entrecroisement dessine à la surface du globe un réseau aux mailles régulières , comprenant non-seulement les montagnes , mais aussi tous les accidents du sol a qui

■ constituent la quintessence de la topographie et les traces > les pins caractéristiques des bouleversements que la surface • du globe a éprouvés, v

La croûte du globe 5 qui nous paraît immobile , est et a été soumise à diverses actions dynamiques qui ont fait sans cesse varier son relief. Les causes premières de ces actions dyna* miques sont encore et seront peut-être toujours inconnues. Mais leurs effets sont de mieux en mieux appréciés. On a définitivement abandonné Tidée d'un retrait subit ou graduel de la mer. On a reconnu que les déplacements successifs de Pécorce terrestre ne sont que le contre-coup des impulsions auxquelles cette écorce se trouve soumise. Elle est supportée, comme un radeau, par une mer incandescente que l'on peut désigner sous le nom de pyrosphère et qui rappelle le pyripblégéton de Platon.

Les considérations précédentes ont trait à la partie de la géologie qu'il est permis de désigner sous les noms de géognosie et de gêogénie, en la comparant à la physiologie et à Tanatonaie dans l'étude des êtres organisés. Mais cette science a aussi sa partie systématique et descriptive. L'écorce terrestre se décompose en parties distinctes ou terrains que le géologue a mission de décrire, de nommer et de classer méthodiquement.

Werner, et avant lui Lehman, avaient divisé l'écorce ter-^ restre en deux parties sous les noms de terrains primitif et secondaire, auxquels était venu se joindre un groupe intermédiaire sous le nom de terrain de transition.

llutlon distinguait également dans l'écorce terrestre deux zones coocentriques : la zone granitique correspondant au

18 PHODROME DE GKOLOGIE.

terrain primitif de \\ erner, et la zone stratifiée formée par Tensemble des dépôts accuimilés au fond de l'océan.

Ces classifications, exclusivement basées sur la donnée minéralogique, tenaient la géologie renfermée dans une impasse. Mais, dès 1795, W . SmitU vint ouvrir à la géologie une voie immense en reconnaissant le principe fondamental de ridentificalion des strates par les débris de corps organisés qu'elles renferment. Ce ne fut qu'eu 1799 que W- Smith lit connaître sa découverte en la communiquaDt à ses amis.

L'étude géognostique de l'écorce terrestre est l'œuvre du temps : elle se complète chaque année, et, grâces aux patients investigateurs qui vont retrouver sur remplacement des mers géologiques les débris des animaux qui ont habité chacune d'elles, l'écorce terrestre se déconipose en parties successivement formées et de plus eu plus nombreuses. Le travail auquel je viens de faire allusion est essentiellement perfectible ; mais les principes sur lesquels il s'appuie ne peuvent varier. Si le botaniste reconnaît les plantes à leurs fleurs^ le géologue reconnaît les terrains à leurs fossiles. Chaque terrain correspond à une des époques de l'histoire de la terre, et de même que ces époques se groupent entre elles pour constituer les grandes périodes de cette histoire, les terrains se réunissent entre eux pour former, dans la classification géologique, des groupes d'un ordre supérieur. Les progrès de la science tendent de plus en plus à démontrer que les faunes successives sont liées les unes aux autres par des passages tellement insen.^ibles qu'elles forment une série continue, sans hiatus et sans changement brusque. Les grandes coupes, dans la classiiication des terrains, doivent

donc être basées sar TapparitioD des phéDomèdeé' d^iin ^àûtte ordre : ce sont les phénomènes inorganiques, c*est*&HUfë les soalèrements et les affaissements de continents, et lesraj^pa-» niions de ciietnes de montagnes , — événementsiqai ont oiie grande importance, soit par eni'4nêmes , soit par la réâetMn qn'ils exercent snr les climats et le mode de •distribulMn dts êtres organisés. De même le botaniste, après aYOir eafndtérilsé les espèces et les genres par leurs organes de la teproduetioil, s'adresse de préférence aux organes de la végétatioif peur déterminer les caractères des classes et des groupes d*mi ordre supérieur.

La géologie se rapproche ainsi de plus en plus du M du plutôt du dernier terme de toute science z une cfasàifi^tidn définitive et une nomenclature généralement adiiilae.' Mais prétendre que ce but pourra un jour être atteint, b'^ebr-^e pas trop présumer des forces de rinteIKgence buitaaîiiefbn plutôt B^estHse pas se foire une fausse idée de la nattiré'il^s choses? Une classification n*est-elle pas, après tout,' ^'dhe Toe générale d'un certain nombre d'objets qâi, ponr'iétre bien connus , doivent être envisagés de plusieurs màikièr^s différentes?

J'ai comparé l'étude de l'écorce terrestre à celle des étrès organisés. Pour achever cette comparaison, il me reste à di^e que la croûte du globe est passée par plusieurs âges et qu'elle anssi a son embryogénie.

Deluc et presque tous les savants de son temps ne voyaient dans le passé du globe qu'un seul événement, auquel on rapportait les traces des modifications dont la surface dû globe >' Tempreinte. ffufibn distinguait iMeâ dans l'bisiôire de

la.t^r^e sept grandes époques; mais cette divîsiooi établie suxîtOjul a^n poiot de vue cosmogonique, ne pouvait, en aucun^ vanièrey faire pressentir ce que serait plus tard la pfrtje,de.la géologie qui étudie, dans leur ordre d*upparition, dans, leur nature et leurs causes, les changements importants qu'on appelle les révolutions du globe» ou plus exacteineot I(*$ rivolmions géologiques.

., Sous la double influence des agents atmosphériques et in-^ téi:i€;urs, le modelé du globe n'a pas cessé de subir des modi« ficaijons aussi capricieuses que celles qui se présentent daos la forme des nuages. Le géologue peut suivre Tocéan dans se^ déplacements successifs et marquer du doigt les rivages que la mer a désertés l'un après Tautre. Il peut aussi nous faire assister à l'apparition des montagnes et à l'émergement des. continents. Il peut enGn nous montrer la masse des tejrres émergées croissant en étendue et en élévation, et app^écier ii leur jaste valeur les changements de climat auxquels une même contrée a été soumise.

• Les êtres organisés qui habitent la surface du globe conti-* n^etil ia longue série des générations, toutes différentes les unes des autres, dont les couches sédimentaires recèlent les diébris.' Les lois formulées par Cuvier» en lui fournissant le moyfen de faire revivre par la pensée les animaux dont on ne possède que de faibles débris, ont fait pénétrer dans la science l'idée des races éteintes, idée dont l'honneur revient en entière Cuvier» et non, comme on l'a dit, à B. Palissy ou à.LeibniU*

- Quant aux causes qui déterminent l'apparition et l'extinc-* tiion- çuooefisives des espèces, elles nous sont encore incon* nuf s^. e( •il ne $ei*a jamais donné à l'homme de les coonaltre^

INTRODHCTTON. 4i

C'est an des secrets que Diea garde pour Itii. Màid ôh ))eùt déjà entrevoir les principales lois qui ont présida sttix *^VoIu-^ tions de Porganismo. L'étude de la vie est d'ailleurs Vie Ib p\tis grande importance pour le géologue. Elle le met à mSmé' de dfstifligaer les terrains les uns des autres et de retrouver les c^dltîons, soit climatoiogiques , soit topogrâpbiques , daùi lesquelles chaque contrée s'est trouvée successivement placée. Bappelons-nous aussi que la vie est un des agents édfficdtéurs de l'écorce terrestre qui , sur certains points ^ se compose^ de masses considéi*ables édifiées par des êtres presque m{Ch>9-' copîques, et nous comprendrons comment les progrès de Ih paléontologie ont puissamment contribué h cent de h g^olo<^ gie eiie-méme.

Diverses causes avaient retardé la marche de la géologie. Les unes provenaient de l'état d'imperfection où se trouvaient les sciences dont elle réclame le concours. D'autres étaient la conséquence de la fausse voie où elle s'était engagée dès son origine en se proposant un tout antre but que le sien -et eo se trompant sur sa véritable mission. Maintenant, délivrée de toute entrave, ayant devant elle un but nettement diéfini , de mieux en mieux secondée par les sciences qui fui prêtehl! leer appui , la géologie marche à grands pas. Science essen*' tiellement collective, elle progresse d'autant plus que -ses nombreux adeptes , répandus partout comme une armée de pionniers y explorent, isolément ou groupés par sociétés^ tontes les parties du globe. Les moyens de communication^', de plus en plus rapides et commodes , favorisent les progtès de la géologie , dont les objets d'étude sont souvent éloignés les nos des autres et ne peuvent aller trouverie savant danê^

son cabinet. Aussi , est-il permis de donner à cette science l'épithète d'internationale.

La géologie peut prendre place à côté des autres sciences d'observation, ses aînées. Le temps n'est plus où deux géologues 5 comme les augures de Tantiquité, ne se regardaient pas sans rire. Il serait injuste de croire encore que notre époque, relativement à la théorie de la terre, ressemble un peu à celle où quelques philosophes croyaient le ciel de pierres de taille et la lune grande comme le Péloponèse.

Ceux qui déclarent que la géologie n'est pas encore constittiée 5 ignorent la transformation complète qu'elle a subie dans ses dernières années. Puisse cet ouvrage contribuer à dissiper cette prévention contre une science dont tout le monde veut parler et que bien peu de personnes connaissent !

Relations de la géologie avec les autres sciences. Temps géologiques.

La géologie fait partie de ce groupe de sciences cosmologiques qui appartiennent à notre siècle , soit par la date de leur création, soit par le moment où elles ont reçu un caractère vraiment scientifique. Toutes oITrent de nombreux points de contact, car l'idée de relation, leur élément principal, est multiple, infinie. F^es sciences cosmologi(]ues n'en 'forment à proprement parler qu'une seule, et les divisions qu'on y a établies sont plutôt imposées par les bornes de nos facultés individuelles que commandées par la nature des choses.

A la tête de ces sciences, dont les dérouvertes modernes et l'esprit généralisnteur de notre époque ont amené la création.

fie pldce celle qui mérite par dessus toutes lé tioén â^ «^ënèe du Cosmos. Elle a pour objet le monde visible eM6ldé^é'lGlHlt6' son efôenee. Elle <écudie - les pkëaomèfïed qm le «ladriftsiebt à BM fi?u€ dam les rofyporfs généraiti ^irt k» liènff ' tes iltii^^ ant afatresi' Btie tend à les grouper daisondentet iraste' taUem. Son ckaatp d'étude a'étend depori le-^lobe^qoeBOUBï habitôds jit8q«*a«x régions inlraies des cieaxrEa mènetenipa' qilc son regard pIfMige dans les profondeur» de^-reapaoe, m; pensée ae perd dans la nuit des .temps. Son «trigind^Deire^i*; monte .qu'au moment où un hooime defénite H d'une léfu* ditino ioMUeiiaeen à fisé*le but» leaJinît» etlrmâhodtiM - I>'4|il?è$IIombttldl« «etle scienee devrait ^cmtiprebdr^'dent parties distiactesi: rhîstoire physique du monde et aaMikawi

criptio» iphysiqiiei Lea maiéPÎanK pour écrire fa uptciiièni^ manquent en majeure partie. La terre seule nous offre des

traces des événements anciens. Aussi la science du Cosmos, transportée daos le passé» se retrouve*t-elle dans la géologie» qui, d'après Herschel , par la grandeur et la sublimité àe% objets dont elle s'occupe, prend rang dans l'échelle des con» DMAWûes bumaJnesr^ càté de l'astronomie. 1

..La.gl^ologie est Ja science synthétique par ejueelleQOfi. Popl^; mieux . apprécier ses rapports avec les autres biaïKlies é»$\ conrmis^aaces, buuMinea» aous ne pouvons miomufairn quei d'écouler le plus éroipent géologue de notre temps. < • > * t > «,)^;étu4^ de r^coroe terrestre ^e lie naturi^leipent ^ -uBt grnn4iv^»brede fionaiissances, à l'astronomie, i à U^pgrfi-<. phîe^ à.ila physique, il la chimie. Par la nature à^ «boifineti par sait? simplefneQjl de ce quj^ la siurface d^ la terre est m\^fi\ ^oni!x«QP<^t|id^ doit jaiécessMremênt .établir çqtjT^. tontes ces mmm W\ l^iWiHH^up. Mais il n'en, r^^nlte^ip^s^iltt^l^ç. se;

confoodé avee aucane d'elles; il est au contraire à remarquer qii^«(ie> touche chacune de ces sciences par des points où ocUo^^oi oommeDcent à perdre de leur précision ; or, c'est là justement ce qui fait que la géologie est uue science dfstidcte. .Elle l'est par ses méthodes, qui doivent suppléer, reiative- ■iwiil' à l'objet dont elle s'occupe, à l'insuflisance des méthodes des autres sciences, plus encore qu'elle ne l'est par •cet objet lui-même; elle n'envuliit rien de ce que les autres sciences sont aptes à féconder ; la spécialité même de ses aétfaodes^ qui lui permet d'exploiter un champ sur lequel les antres sciences étaient inhabiles à rien produire de positif, hii interdit d^en sortir ; mais, quoique établie sur un terrain longtemps délaissé, elle l'emporte déjà sur plusieurs des seiences collatérales par l'intérêt et l'utilité, et elle est destinée à ne le céder bientôt à aucune sous le rapport de la rigueur. » (E. de Beaumont, GMogie pratique, p. 4.)

Bortaer le but de la géologie à l'étude de l'écorce terrestre, éloigner d'elle les questions relatives à l'origine des choses, ce sont là deux idées qui ont été formulées dès le siècle dernier 5 et que l'on peut considérer comme le corollaire l'une de Tautre. Buflbn , dans sa Théorie de la terre , qui -porte à un si haut degré l'empreinte de son génie, disait : c Nous ne pouvons juger* que de la couche extérieure et 9 presque superficielle de la terre : nous ne pouvons péné- » trer que dans l'écorce terrestre, et les plus grandes cavités, » les mines les plus profondes ne descendent pas à la huit- • milKème partie de son diamètre. Il faut donc nous borner à » exâthiner et à décrire la surface de la terre et la petite i épafisseur intérieure dans laquelle nous avons pénéti'é. » JHus iBîtU Htttion déclarait que les questions cosmogoniques

INTRODUCTION* i&

ne sont pas du ressort de la géologie. Le vœu de Bnffon « trouve presque complètement exaucé, et» dans les traités: et les ouvrages géuéraux de géologie , les coasidér^tionsconMgooiques n'obtiennent plus qu'une place insignifiante. Ep mime temps, on s'y préoccupe de moins en moin» dé la période de l'histoire de la terre antérieure aux temps géoio^ giques proprement dits.

Si Ton examine les raisons qui portent à considérer la cosmogonie et la géologie comme distinctes 9 on anlve -i conclure que Tune et l'autre diffèrent par leur mode d^iai* vestigation, par leur champ d'étude 9 par les époques dost elles relatent les événements, et par leur dep^é de certitude. Pourtant, ce serait une erreur de croire qu'il n'existe, pas

entre elles une grande solidarité et que tout progrès fait par Tune ne prolite pas à l'autre.

Remonter à l'origine des choses, c'est employer le p|us sftr moyen d'arriver à la connaissance des choses elles-^miênies. L'étude embryogénique des êtres vivants nous fait connailre leur organisation, non-seulement lorsqu'ils sont encore dans le jeune âge , mais aussi lorsqu'ils ont atteint l'âge adulte. Dans cet ouvrage, consacré à l'étude de l'écorce terres^Q, notre première pensée, après des considérations généralf|s sur la constitution physique du globe, se portera donc rers l'origine de cette écorce elle-même.

En admettant l'hypothèse d'IIerschel, hypothèse qa<^ Humboldt appelle grandiose et que les progrès de la sciepc^ mettent hors de toute contestation, on se trouve en possession d'un fait primordial d'où se déduisent sans eflorl fous ceux qui constituent la science géologique. Il ; n?est plus né^

t6 PRODROUB BE GÉOLOGIE.

e^sapire d^ÎDYoqoer les petites causes lorsque rott ' a lés glWdes^ et «iitwt lorsque les grundes sont aussi les plus «impies. Pmr expliquer la foroie cUipsoldale de la terre, Il e9â ioMlile de recourir à riuterventio» dès eaux de l'océan agissapt, oomme un tour imoieose sur la surface de la tefre q^'^UtfS rahoteut et arroodisseut de plus en plul Quant h la baipl^teippérature de Tintérieur de la terre, il e«t poéril ât k musHiérer comme k rédultat de courants éiectro^^ma^é-» tîqn€s ou d'amiooâ cbiroîques existant Ters la snrfece do glAlie«;.yéDat de liquéfaction ignée de la masse du globe, sa foitmOf ^'apparition et raccroissement de Técoroe terrestre, redMaiemonit de température à la surface delà terre sont la oonséiqqçnoe de ce fiit, j'allais dire de cet axiome ^i peut se iformoler «iosi : jadis la températut^ de l'espace occupé paar le système planétaire était assez élevée pouf que toutes Ia$ substances qn^îl renfermait prissent Pétat gâteux, et depuis lera oecte chaleur initiale a été en se perdant à travers les régions infinies.

La masse interne du globe en agissant sur l'écoree terrestre, comme le ferait Tocéan sur un radeau, a déterminé l'apperi^ tion de gibbosttés et de continents. L*accroissement en éten** due et en élévation des masses continentales a réagi sur le clifliat de chaque contrée ; enfin, chaque modification climâtologiqoe a contribné à changer le caractère de la faune et de la flore existant au moment où cette modification cUaiato^ logique a eu lieu. Il y a là tout un enchaînement de caùsles et d'effets qui nous rappelle cette belle pensée de Bacon t € La théorie se forme et se soutient par l'appui mutuel de tooles ses' parties^* comme une voûte, par les piertesqui.la comt^osent i. - ...-■'..•■•»} .. u

nmtODUcnoii* S7

Le$ raiipoits qui existent entre la géologie et cette fcleMe fBl est en voie de se former sous le nom de pbfsii}aë> da

globe, sont pea intimes. Le magnétisme terrestre^ dont Tébde cooslîlae «ne des branches principales de la pliysiqne dn globe , joue un rôle à pea près nul dans les phénomènes géologiques. D'ailleurs^ l'état d'imperfection où se trouvent ■es oonnaissanoes relativement à ta structure et à la cônstt*^' totîM iotemes de notre planète doit nous engager ii rendre h géologie aussi indépendante que possible de la physique dn i^be. Il est permis au géologoe de considéfei* hypblbétU qnoBent la niasse centrale de la terre comme une sphère bomogènei inerte, solide, n*ayant d'autre fonetien que etth ds servir de soutien à i'écorce terrestre. La masse du globe agît sur Téewrce terrestre , soit par ta force attractm qu'elle exerce sar elle, soit par la chaleur qu'elle lui envoie. Biais itene ferse attraolive peut être représentée par un nomin^ indé** terminé 'de eomposantes ayant leur point d'application snv la croûte du globe et se dirigeant vers son centre. Quant h ta dmienr que I'écorce terrestre reçoit de l'intérieur de la-lerrcy eHe peut être considérée hypothétiquement comme ayant sa seurae et son point de départ dans la pyrosphère.

Je dois maintenant expliquer ce qu'il (but entendre* pai^ temps géologiques , car, dans cet ouvrage, faorai souvent Toecasion de me servir de ces mots.

L'histoire physique de la terre se partage en trois fraudes périodesL

Une première période embrasse la série des siècles qui se sent AcoqM» depuis le moment où la terre formait nnenébn** leose jusqu'à celui où sa masse, à la suite d'nne etmdensttr

tien progressive, est passée h Tétat de liquéfaction ignée. C*est la période romnnfjnuifiue susc.*ptil)le de se diviser en deux sous-périodes : Tune oii le globe était entièrement à Télat gazeux, l'autre où il avait pris l'aspeet d*nne masse en fusion, encore liirninense par elle-même.

La deuxième j)éri()(le, que nous désignerons sous le nom de jilnfoiiiqur, est en quehjue sorte une ))ériode de transition dont Téludc appartient tout à la fois à la géologi(î et à la cosfnogonic. Elle a vu la totalité des eaux qui composaient en partie Tatmosphère cosmogonie) ue, se niéler à la zone extérieure de la masse incandescente du glo])e et foriner ainsi le magnia granitique. La consolidation de ce magnia a donné lieu à une écorce terrestre rudimentaire qui s'est placée, comme un écran, autour de notre planète, définitivement passée à Tétai de soleil éteint et encroûté.

Les temps r//'o/fK/fV/f/ps commencrnt aussitôt après qu'une croûte délinitivement conslituéf* a ])ii supporter les premières strates sédimentaires. Dès ce moment. la nature a pris, sur la surface d(» la terre, une marclu* analogue ou à peu près semblable à celle qu'elle a de nos jours.

La période rjrolofjirjne se partage à son tour en trois sonspériodes, que nous distinguons par les épithètes de neptuvienne, de ldhfriq\ip et de ilihtvienïio,

La sous -période» ncptiinicnnr correspond au dépôt dn gneiss, des micascliistes et des schistes talqueux. Pendant cette sous-j)ério(le, un océan sans rivages envnloppait le globe tout entier , et nul être organisé n'avait encore reçu la vie.

La sotis-période fvUurifiue dite du motnont où la première île est appartie à la surface du globe» ( t où les premiers animaux sont ventis habiter la surface de la terre.

La sous*période diluvienne correspond aux temps ^cfuigb. Toas les savants ne sont pas d'accord sur Timportance de^ cette sous-période, et il en est qui me reprocheront de la mettre en parallèle avec les périodes tellurique et neptu* Dienne. Ce n'est pas le moment d'examiner avec détail cettç^ question. Il me suffira de faire remarquer que cette soiis-^ période me paraît nettement caractérisée : l"* par l'arrivée dQ rbommc, c'est-à-dire de l'intelligence, sur la terre ; 2"" par l'apparition d'un grand nombre de pliénomènes qui ne s'é* taieot pas montrés antérieurement ou qui s'étaient manifestés sur une plus petite échelle et avec d'autres caractères que de nos jours : tels sont les dunes^ les deltas^ les gla-, ciers et les volcans à cratère.

Les temps géologiques embrassent dans l'histoire physique de la terre un intervalle relativement très-court. Les expériences de Bischoff sur le refroidissement d'une boule de , basalte fondu ^ l'ont conduit à reconnaître qu'il s'était écoulé 9 millions d'années depuis l'époque houillère jusqu'à nos jours, tandis que 353 millions d'années ont été nécessaires pour que la croûte du globe soit passée de l'état de matière fondue à l'état rigide, et qu'il se soit établi à sa surface une.' température stable. Quel nombre obtiendrait-on si l'on pou-* Tait calculer l'intervalle de temps correspondant i la période cosmogopiquc , telle que nous l'avons définie !

En supposant la durée des temps passés partagée en intei^ îalles assez petits pour que, pendant chacun d'eux , les phé*^ oomènes qui leur correspondent soient considérés comme à peQ,,pr$9 peri^a^ioQts, on peut se convaincre que la tota'* , lité des âges géologiqtt(;s correspond à un de cesjoiei^v^ll^s»

90 PRODBOHB DE OAOLOQIB.

Si l'on adopte , pour représenter la darée des temps géologiques, le nombre douze millions d'années, qui paraît se f approcher beaucoup de la vérité, on voit que cette durée correspond à celle pendant laquelle un rayon lumineux a parcouru douse fois la distance d'un astre que nous pouvons apcffcevoir. Cette appréciation est basée sur les remarquée saivantes d'Arago : « Admettons, suivant l'idée grandiose de Lambert, que le ciel étoile présente Tagglomération d'un bon nombre de voies lactées plus ou moins étendues et plus ou moins éloignées : cherchons ensuite à quelle distance une nébuleuse ayant les dimensions de notre voie lactée, devrait êtft transportée pour qu'elle sous-tendlt un angle de 10^ Pour qu'un objet sous-tende un angle de 10 ', il faut qu'on en BOtt éloigné de 33& fois ses dimensions. La dimension longitudinale de la nébulease lactée est telle que la lumière emploie au moins 8,000 ans à la traverser. A la distance de 38i fois cette dimension , la nébuleuse serait vue de la terre Bow l'angle de 10', et la lumière emploierait à nous en aHver &Sâ fois 8,000 ans, ou 1,002,000 années. Tel est probablement l'iélofgnement de plusieurs amas d'étoiles que noua MyoM tout entiers dans le champ de nos télescopes. • (Arago» àUlrmomiê populaire, t II , p. 18.)

Doctrines géologiques. GuTier, E. de Beaumont.

Tous tes géologues ne sont pas encore d'accord sur le mode dont. agissent les causes des révolutions géologiques. Quelques-uns osent en principe que ces Causes n'ont pas

INTRODUCTION» '3i

été tfl^ÎQiirs ksmteies» et qu'elles ont varié ^db leur esséoee oa lear énergie. D'aiilres déclarent qu'elles ont toiijoarâ eu la néme nature et k même intensité, et qniTette^ ne sont ^trei qw cdlea qui fonctionnent de no^ joursv

H«. livrer» dans cette imroduction , à l'examen de-^es di(M;lriQea opposées et de leurs conséquences , ce serait un tt^vail qui m'entraînerait trop loin. J'ai seulement l'inten* tioa d'en dire quelques mots > en les considérapt daiis lès ouvrage^ des grands écrivains qui les ont personnifiées* et prises, en quelque sorte, sous leur patronage.

Daps Qe\\» rapide énumératîon , je commencerai par la dcjçtrîpe la pli^ ancienne , par celle qui , jusqu'à nos jours , A compté ie plus grand nombre d'aéliérei^ts > quoique 'lès prpgr^ d^ ia scien^çe démontrent le peu de solidité deises fondemepts. Je veux parler de la doetrine.de Cuvier ».oii des causes violentes, variables» intermittentes. i

L'idéQ de catdK^lysmes ou de conflagrations imnonte k'ia ploft baujle iintiquité. Lorsque, vers le commeneemeM du ivr siècle , la géologie prit naissance avec Léonard de Vinci aBeirnardPalissyf-quî» « simple potier de teiTe >et noisnobant ni xrec m latin, osa défier ^oute l'école d'Anstote et los*^leurs de Paris, » on ne vit dans le passé doflobe qu'wi seul événement, le déluge. A une époque beaucoup plus récente^ Deluc, et presque tous les géologues de son temps, rapportaient encore à cet unique événement les révolutions dont la surface do globe porte les traces.

Dès qu'une attention plus sérieuse eut démontré TexiS' ten<;e <^ révolu tiops successives^ les écrivains, à^mespi:^ que cette conviction nouvelle pénétra dans les ^pcitB, ftHTf^t n^t^^m^m çon4uits A k^ cqf)si4^rer oompi^. ^ét»]»^ .de

dfi PRODROME DE GÉOLOGIE.

méoie que le déluge, le résultat de causes brusques et violentes.

Vers la fin du dernier siècle, Dolomieu disait déjà : « Ce n'est pas le temps que j*invoquerai» c'est la force. On ne place, en général, sa confiance dans l'un, que quand on ne sait où trouver l'autre. La nature demande au temps le moyen de réparer les désordres , mais elle reçoit du mouvement la puissance de bouleverser. »

Cuvier est non moins explicite, lorsqu'il écrit dans une des premières pages de son Discours sur les révolutions de la surface du globe : « On a cru longtemps pouvoir expliquer par ces causes actuelles les révolutions aniérieures, comme on explique aisément dans l'histoire politique les événements passés quand on connaît bien les passions et les intrigues de nos jours. Mais nous allons voir que malheureusement il n'en est pas ainsi dans l'histoire physique; le fil des opérations est rompu, la marche de la nature est changée, et aucun des agents qu'elle emploie aujourd'hui ne lui aurait suffi pour produire ses anciens ouvrages. »

Buffon, dans sa Théorie de la terre, débute par la descrip-> tion de la surface du globe: il n'y remarque d'abord qu'un amas de débris et l'image d'un monde en ruines, mais sa manière de voir se modifie bientôt : * Ne nous pressons pas, dit-il, de nous prononcer sur l'irrégularité que nous voyons à la surface de la terre et sur le désordre apparent qui se trouve dans son intérieur ; car nous en reconnaîtrons bientôt l'utilité et même la nécessité, et, en y faisant plus d'atten* tion, nous y trouverons un ordre que peut-être nous ne soupçonnions pas, et des rapports généraux que nous n'apercevions pas au premier coup-d'œil. »

Cavier^ dans son Discours, entre aussi en matièi'e en proffleoaot son regard à la surface du globe, mais sa pensëe suit une direction opposée à celle de Buffon. ■ Lorsque le voyageur parcourt ces plaines fécondes où des eaux tranquilles entretiennent par leur cours régulier une végétation abondante, et dont le sol, foulé par un peuple nombreux, orné de villages florissants, de riches cités, de monuments superbes^ n'est jamais troublé par les ravages de la guerre ou par Toppression des hommes en pouvoir, il n'est pas tenté dé croire que la natore ait eu aussi ses guerres intestines, et que la surface du globe ait été bouleversée par des révolutions et des catastrophes ; mais ses idées changent dès qu'il cherche à creuser ce sol aujourd'hui si paisible et qu'il s'élève aut collines qui bordent la plaine. >

BuObn voit l'harmonie sous le chaos : Guvier, au contraire, signale le désordre là oili tout lui paraissait tranquille et régulier.

Après avoir montré dans les déplacements successifs des bassins des mers et dans le soulèvement des couches fossilifères la preuve des révolutions dont la surface du globe a été le théâtre, Guvier déclare que ces révolutions ont été nom-* breuses^ ce qui est maintenant évident, et de plus subites, ce qu'il nous paraît loin d'avoir démontré.

Les changements considérables qui se sont produits à la Surface du globe doivent leur importance à la longueur du temps qu'ils ont employé à se manifester et non à l'énergie des causes qui les ont déterminés. Des amas puissants de saUe et de gravier ont recouvert des vallées immenses, mais que de crues d'eau, que de déluges locaux ont été nécessaires pour amener leur accumulation I Des contrées entières

3'i P1U)I)U0>JK DE (iKOIJMlIK.

se sont affais.seos, d'autres se sont élevées, mais d'un mouvojucnt le plus souvi'iit ins(Misil)le. toujours ass(Z lent pour éloigner toute nU'v de catastrophe.

Personne ne conteste l'exi^liMice de ces transformations, mais il s'agit de savoir com!)ien de siècles a exitjé le complet développement d(» ces |)!îéiiomènf's doiil nous (lisciMuons clairement le point de dêj)art et It' di'niier terme. Telle est la question, et (iuvier ne mancpie j)as d' dire : <• (le qu'il est bien important de r('mai(i'i:'r , ci^s in notions, ces retraites répétées n'ont poiiU été toutes lentes, ne se sont point faites par degrés ; au contraire , la plupart des cat<isl: Oi)he> qui les oui amenées ont été sid)ites. d

Et pour prouver re\istenc(* de ces catastrophes, (Uivier s'appuie principale nient sur un fait, dont le cli(;i\ dénote bien du reste quelle était la préoccupation de rc L^iMud naturaliste.

Dans l'histoire pliysiqie de la teri'e , unr cijose Taxait frappé avant tout : c'était la dispaiition i\v noinbrj uses espèces. Chaque débris d'être oi'^auisé (pii passait sous ses yeux lui montrait une forme* animale disparu - ( t venait témoigner devant lui d'une révolution coiiipK'te dans l'organisme. Cette révolution elle-même u' poa\ai( (pi'èti'e le contre-coup de modifications prolbnJes dans li* st>!. L -s cadavres d'éléphants HMiconlrés dans les glaces d(* la Sibérie semblaient on outre lui démontrer cpie ces exlinclion^ lie faiiurs. ces modifications dans le climat et dans le reli^'f du sol asai. ni été brusques et violentes, et constituaient, dans riii^toirv* |)liysi(|ue de la terre, des moments de paroxysme. Mai^ la di-^paiilion du mammouth ne pi'ut pas élre allribui'e à ;ii) abaissement instantané de température , car lors de réj)()(|iie où ce paclixderme vivait , le climat de l'Europe ne diUéiait pas essentiellement

de ce qu'il est aujourd'hui. Il ne faut pas perdre de vue que le mammouth , protégé par une épaisse fourrure , étsjit organisé pour vivre dans une région froide : s'il ne fiiit plus partie de la faune actuelle, c'est sans doute parce que l'espèce comme l'individu a une existence fatalement limitée.

Je reconnais toute Téloqucnce qui règne dans le Discours sur les révolutions du globe: le génie de Cuvier s'y montre souvent. Mais les affirmations qui s'y trouvent formulées 9 qaoiqu'ayant encore une grande popularité , ne sont plys en harmonie avec l'état actuel de nos connaissances.

Si Cuvier s'était longtemps occupé d'études géognostiques, s'il avait pu dérober quelques moments aui travaux qui ont fait sa gloire, sa pensée aurait subi des modiiications importantes. Je n'en veux d'autre preuve que la marche suivie par U. E. de Beaumont, qui, d'abord pénétré des idées de Cuvier^ me paratt s'en être éloigné plus tard dans ane certaine mesure et p<!ut être à son insu. M. E. de Beaumont se déclare partisan de l'école de Cuvier, et, surpris de ne pas trouver le 00m du grand naturaliste dans la table des matières placée à la un de sa Noiice sur les systèmes de montagnes, il dit: f Jene crois pas avoir h m'en excuser, car mon travail, j*08e Tespérer, porte assez l'empreinte de ses idées, pour me peraettre de dire avec Tacite : Eo prwfulgebanl quod nm tide^ èan/vr. t

IL E. de Beaumont est donc un partisan des idées de Cuvier, mais au partisan dont les idées ont été fécondées pv de nombreux et d'admirables travaux, et se sont ressenties des progrés de la science, auxquels il a contribué plus qtiie perM)aiie. Si le lecteur ouvre la Notice sur lis syfitèims de

montagnes, à la page 777, il y lira les lignes éloquentes que je vais transcrire :

c Le système des causes actuelles a pu paraître un retour è la froide raison, lorsqu'il n'avait à combattre que la notion vague de quelques grandes révolutions , dont la nature et la cause étaient également indéterminées. Il n'attaquerait pas sous des auspices aussi favorables une série de faits clairement définis. On connaît déjà en Europe plus de vingt systèmes de montagnes^ c'est-à-dire les traces de plus de vingt révolutions. Le temps n'est peut-être pas éloigné où l'on pourra en signaler plus de cent sur la surface entière du globe. Cette série de grands phénomènes , par cela seul qu'elle sera très-oombreuse, sera moins opposée dans sa forme à la série de petits effets dans laquelle on a cru pouvoir circonscrire la puissance de la nature. En prenant une forme analogue à cette dernière, elle cessera de paraître incompatible avec elle et de sembler à prton moins probable. »

c L'école de Saussure ne s'est jamais montrée opposée à l'invocation des causes actuelles. Jamais elle n'a nié que le vent, la pluie, les courants, les marées, les tremblements de terre , etc. , ne soient des puissances aussi vieilles que le monde : seulement elle a reconnu que la surface du globe porte aussi les traces de phénomènes plus énergiques. Si les partisans exclusifs des causes actuelles pouvaient admettre quelques correctifs à une doctrine dont le prestige repose en grande partie sur ce qu'elle a d'absolu , ils reconnaîtraient qu'une série régulière de plus de cent révolutions peut-être est beaucoup moins contraire à leurs principes que ne l'auraient été trois ou quatre révolutions jetées au hasard au milieu des âges^ comme celles auxquelles on semble quel-

qoefois encore rapporter vaguement par une vieille babttade le commencement ou la fin des périodes paléozolqoe, secondaire et tertiaire : ils comprendraient qu'en consolidant , en personnifiant et en multipliant les révolutions du globe^ sous la forme et la dénomination de systèmes de montagnes , com*^ posant nne série nombreuse et d'une régularité rationnelle , je marche relativement à eux dans une voie de conciliation. »

Doctrines géologiques (suite). Buffon, Hutton, Lyell, G. Prévost.

Si les idées adoptées et soutenues par Cuvier ont longtemps prévalu, elles l'ont dû à l'état peu avancé de la science et à la propension de l'esprit de l'homme pour le merveilleux. Depuis plus d'un siècle 5 elles n'ont cessé d'être combattues plos ou moins ouvertement. Si nous cherchons quels sont les écrivains qui ont soutenu les idées opposées^ trois noms se présentent d'abord à nous : ce sont ceux de Buffon, de Hotton et de sir Lyell.

Dans Buffon et Hutton, l'idée dominante c'est la permaoeoce et la généralité non-seulement des forces de la nature, mais aussi des agents géologiques. Cette idée de permanence, chez sir Lyell, tend à se transformer en celle d'actualité. Remarquons en outre que BulTon et Hutton se ressemblent par la grandeur de leurs vues et le tour synthétique de leur esprit, tandis que sir Lyell, bien convaincu que les faits sont la pierre de touche des théories, pénètre davantage dans les détails et se distingue par la tendance analytique de ses pensées et de ses recherches.

38 PBODROMC DE GÉOLOGIE.

Dès le débat de sa Th'*orie de la Urre, BoITod , après avoir prOMené son regard sur la sarface du globe, y trou?e l'iniage d'un monde en raines ; mais , sons une iri-égularité appa« rente^ il reconnaît bientôt un ordre réel. • Nous habiions, dit-il» ces ruines afec une sécurité entière : les générations d'bommeSy d'aniroaui. de plantes, se succèdent sans interroption : la mer a des limites et des lois, ses moureroents sont assujétis : Taira ses courants réglés, les saisons ont leur retour périodique et certaiu, la verdure n'a jamais cessé de succéder aux frimas : tout nous paraît être dans Tordre ; la terre qui, tout-à-Theure n'était qu'un chaos, est on séjour délicieux où régnent le calme et Tharraouie , où tout est amené avec une puissance et une intelligence qui nous retn^ pliseent d'admiration et nous élèvent jusqu'au Créateur. »

Tenons compte de la manière dont Boffon envisageait les cboses, et nous croirons sans peine que cet ordre et cette harmonie qu il ne se lasse d'admirer ne sont pas pour lui de date récente. Ils ne sont pas particuliers à notre époque et ne doivent pas disparaître avec elle. Les ruines qu'il aperçoit à la surface du globe, loin de résulter d'une catastrophe peu ancienne , montrent la trace des événements réguliers qui , dans son esprit, ont présidé à la formation du revêtement du globe. A propos des mouvements des planètes^ il fait même cette déclaration : t Tant que ces mou\emenls doreront (et ib seront éternels , à moins que la main du premier moteur ne s'oppose et n'emploie autant de force ponr les détruire qa'il en a fallu pour les créer), le soleil brillera et remplira de splendeur toute la sphère du monde ; et comme dans un système où tout s'attire, rien ne peut se perdre ni s'éloigner sans retour, la quantité de matière restant toujours la même

cette source féconde de lumière et de vîe ne ï'épul^érà pas, ne tarira jamais ; car les autres soteils, qui lancent aussi Irûrs fptii, rendent à notre soleil tout autant de lumière qu'ils ete reçoivent de lui. »

On voit clairement le fond de la pensée de Èuflbn. Cette pensée IVniraînail vers Tordre d'idées dont Ilutton et sïf Ltell devaient plus tard s'inspirer. S'il ne formulait pas ses idées plus nettement ; s'il écrivait , comme par mégardt» , 'deij pfantsrs telles qne celle-ci : « Les mêmes causes qài ne pro^ doisent aujourd'hui que des changements presque insensibles dans IVspace de pfusîours siècles, devaient alors causer dé très grandes révolutions dans un petit nombre d'années ; • si, en un mot, il semblait parfois réagir contre sa pensée întinàts, c'est que la science n'était pas à la hauteur de son génie, c'est que l'ensemble des Aiits connus de son tetttps ne se trouvait pas en rapport avec sa vaste intelligence.

Cette distinction établie de nos jours entre la cosmogonie et la géologie était loin d'exister du temps de buffon, et de là, pour lui, quelques-unes des contradictions apparentes dans lesquelles il est tombé; de là, le reproche que M. Floorëns formule en nous rappelant que Buffon , après s'être mOqué des naturalistes qui ont eu recours au choc d'une comète, emploie précisément le choc d'une comète dans son systèifae.

Parmi les sept époques que Buiïon reconnaît dahs l'UiS^ toire de la terre, il en est deux au moins, les premières, dodt Télude n'est pas du ressort de la géologie. Les événement* qoî ont marqué ces deux époques se sont produits souS l'in- ■uence de forces et d'ageuts dont le géologue peut presqtie ignorer l'existence. Pour ces événements on est en droit d'invoquer la théoHe des causes lentes, mais non la théorie des

iO PRODROME DE GÉOLOGIE.

causes actuelles^ et encore moins celle des causes aqueuses. Les expressions causes lentes , causes actuelles , causes aqueuses^ peuvent représenter des idées qui ont entre elles une certaine parenté, mais elles ne sont nullement équivalentes, c La théorie de Buffon^ » dit M. Flourens, dans son Histoire des travaux et des idées de Bnffon, c est précisément rinverse de celle de Guvier : elle est l'explication de Tétat présent du globe par les causes actuelles ; elle est l'explica"» tion de l'état actuel du globe par la seule action des eaux. • Dans l'esprit de M. Flourens , la théorie des causes aqueuses et celle des causes actuelles semblent s'identifier. Il en était peut*6tre ainsi pour Buffon. Mais^ de nos jours « la doctrine qui avait trouvé sa première expression sous la plume hardie, mais non infaillible, de l'auteur de la Théorie de la terre ^ a subi des modifications profondes en rapport avec les progrès de la science.

J'ai rappelé dans quelles circonstances la Théorie de la terre de Hutton avait été publiée.

L'examen attentif de cet ouvrage nous prouve que, de tous les géologues de son temps , il était celui qui avait sur les phénomènes géologiques et sur la structure de l'écorce terrestre les idées les plus nettes. Par sa doctrine sur le système général de la nature , il est le continuateur de Buffon et le précurseur de sir Lyell, de G. Prévost et des partisans de la théorie des causes actuelles.

La terre » dit-il , a été le théâtre des plus grandes révolutions, et rien à sa surface n'a été exempt de leurs effets ; mais, pour lui, le mot de révolutions est pris dans le sens qu'il a pour les astronomes : il considère ces changements comme

s'étaot effectués avec lenteur et régularité. La prédilection de Hutton pour les causes lentes l'emporte même sur sa propension à retrouver partout l'action du feu et des agents intérieurs, I Chaque vallée, dit-il, est l'ouvrage du ruisseau qui l'arrose Lorsqu'une rivière coule à travers le défilé étroit

d'une montagne, il est facile de reconnaître que cette montagne était continuée à travers l'espace étroit oii coule cette rivière; et, si l'on hasarde de raisonner sur la cause d'un événement si prodigieux , on est porté à l'attribuer à quelque grande convulsion de la nature, qui a brisé cette montagne en pièces pour livrer un passage aux eaux. Le philosophe seul qui a médité profondément sur les effets possibles d'une action longtemps continuée , et sur la simplicité des moyens mis en œuvre par la nature dans tous ses procédés, lui seul, dis-je, De voit rien là que le travail graduel du ruisseau qui a coulé jadis aussi haut que les bords qu'il coupe maintenant si profondément, quf s'est frayé une route à travers le rocher, de la même manière et avec les mêmes instruments dont se sert le lapidaire pour couper un bloc de marbre ou de granit. • Voici un autre passage qui indique le trait essentiel et distinctif do système de Hutton : < Les substances minérales sont soumises à une série de métamorphoses ; elles sont alter-

Dativement dévastées et renouvelées Il ne nous appartient

pas de déterminer combien de fois ces vicissitudes de destruction et de renouvellement ont été répétées : elles forment une série dans laquelle nous ne pouvons voir ni le commencement ni la fin , ce qui s'accorde parfaitement avec ce que nous connaissons des autres parties de l'univers. L'auteur de la nature n'a pas donné au monde des lois semblables aux institutions humaines , qui portent en elles-mêmes le germe

f-Rr-rmoME iie (;roi.or,in.

(Ir lotir floslriHiion. So< on\r;i^o«i n,^ inoiitront niirun cnrnctère crt'nf.inco , ni do cjuliicllf''. ni inir'in ^iizn»' qui piiiss»^ nous on fairo (IcN inor In duif'',» p.i^'-ôc ou l\ Noiiir. Coinino il a donné un coninif'nocnienl au ^\^i{'ino actu^'l , il p"ul sans donlo lui donner nno fm dan< une })(M"i()d(» d'^f 'rtniiio<^; mais nous pouvons concinro iwor c-u iimdc (ino Ci'W' iiraiido c.Mastrophe ne s'effocluora p:ir aucurio des lois qui o\i<t<'nl maintenant, u

On ^r(nt do voir qno Pid^'o d" pcrmanrnro. jo dirai pro<:qno d'immuahilité daii'- I s plu-noiiiriios de I.i natuio . ^^o trouve omproin!*' dans la llirorio (\r llullon. ('''!(«> idri' , (h'voloppoe dîins <os rou^rrp)' ikws . a comluil -^ir I.\olI à for'.nulrr nottomonl la dnciriiio i\i'^ causes .iclucH-s d/j-i AaLMKMUOMl ('mi*-c par (1. J^rovost. Si los cmii^cs ïôolo^.cpn^s sont p(MMnan(MUos , collos qui ont fonctioinio jadis doixont oiro les mémos que collos qui fonoticHinont UMiiiitouanl : r<'tiido (]{' collos-ri doit donr roiifluiro à la oonnais^anoo (]<> c llos-j-i.

Fji donnant pour l)av(» à Triudo d(» la uroloqio l'obsorvalion o\clusi\(» drs aolion^ (]u: Si* manircslmi de îios jours, sir r\oII a impriujo à ^a dooirinc un caraoteio absolu (|ui la rond dillicMiinont accrpt.d/lo. I.o t:(''n|()iiuo (jui \f ut so rendre compte du m«''(Mni'-me (pii prÔNid,» à l'iMlilicilion de récorce terrosli*(\ doit sans doul*'. dans >;'s rcM'hrrclii'S. prendre pour point de départ rexamcn drs jiliéuomènes s'aooomplissnnt sous SOS y<'U\ , UKiis sa |)onsée ddit au^^^i S(» j)oi"t(M' vers les temps aneions afin d'y trouver jiour so^ obï^erxations un complétnont et un contrôle indi^j)'us;d)les.

Nul doute (ju'il n'existe flan^ la int'ire des foicos irénéralos rciétuos d'un caiaclère d'ubicpi.! ' et d'êternilé incontestable. Ii\idommont; ces forces sont toujours les mêmes, et

mTRODUCTKMf, 43

étudier leur mode de développement dans Tétat actuel des choses, cVst apprendre à les connaître dans les temps pass^^s.

La similitude des forces qui agissent et ont agi sur i'écorc<e terrestre n'entratne pas nécessairement celle des effets, et ces effets devenant, à leur tour, des causes des phénomènes géolo** giqueSy on conçoit que la doctrine des causes actuelles^ vraie sous un certain point de vue, ne puisse recevoir un sens absolu « ni une application sans contrôle. Les glaciers, par exemple, ont été le résultat de Texhaussement continu deft massifs montagneux, rt de rabaissement de la ligne des qriges éternelles par suite du refroidissement rie Tatmosphère» Ces deux causes ont agi pendant toute la durée des temps géologiques, mais elles n*ont déterminé Tapparition des glaciers qu*à répoque actuelle. Les phénomènes glaciaires peuvent donc être invoqués tout à la fois comme une preuve de la rariabilité des causes géologiques et de leur constance.

Pour mieux montrer en quoi la doctrine des causes actuelles, telle que sir Lyell l'a formulée , est sujette à des res* trictions inévitables, je ferai observer que les agents sous rmfluence desqu< Is la terre est placée ne nous sont pas tous connus par l'observation directe. Quelques causes sont même essentiellement périodiques et n*ont pu être soumises à nos investigations : telles sont celles qui déterminent la forma^ tion des chaînes de montagnes ou qui président h chaque rénovation organique.

Tout en signalant le côté faible de la théorie des causes ac* tuelles, je n*ai pas de peine h déclarer qu'elle a exercé la plus heureuse influence sur la géologie en la dégageant de Tornière profonde où elle se trouvait maintenue malgré l'initiative de Ratton. Elle peut encore rendre des services à la science.

mais à condition que Ton voira on elle une méthode et non une doctrine, et qu'elle renoncera b ces afllrniations absolues qui, dit M. E. de Beaumont, ont été la source de sa popularité, mais la rendent tout-à-fait inacceptable. Dans le passé, elle a été la conséquence d'une réaction contre les idées qui, après avoir régné dans la géologie, recevaient de Cuvier un nouvel éclat. Naturellement, la réaction a dii être énergique : à ceux qui niaient tout, il a fallu tout affirmer. Mais le temps des exagérations n'est plus, et le moment est venu de pénétrer dans cette voie de conciliation que M. E. de Beaumont nous engage à suivre.

Je dois rappeler que le géologue qui s'est constitué , en France, le plus fervent adepte de la théorie des causes actuelles, a été Constant Prévost. C'est en 1827, dit sir Eveil, que le premier manuscrit des PrinripJea of goolorni fut remis à l'éditeur. C'est précisément dans la môme année que C. Prévost lut à l'Académie des sciences le mémoire intitulé : Les continents actuels ont-ils êlr, à plusieurs reprises, suhmerles par les ynersP Dans ce mémoire, les idées dont C. Prévost devait se faire le défenseur se trouvent déjà exprimées : « Son expérience se refusait à penser que le hl de la nature fut rompu, n Sir Eyell, dans la préface de la quatrième édition des Principes de fjèolnfjir, déclare qu'avant ses premières publications , il avait fait, tant en France qu'en Angleterre, des excursions in conipanij u-itb professor (\ Prévost of Paris, a ui^iter icell linoicn to hâve laboured successfullu in the samc field of investigation.

Les premiers travaux de C. Prévost sont donc contemporains de ceux de sir Lyell. Mais il n'a pas réuni ses idées eu

UD corps de doctrines. On ne devait guère attendre un pareil travail de celui qui prenait pour épigraphe de Tun de ses mémoires ces mots d'Aristote : Qui cherche à s'instruire doit savoir douter. Si G. Prévost se fût livré à cette intreprise , il eût sans doute insisté sur le caractère de lenteur et de continuité des causes géologiques, plutôt que sur celui de permanence comme Hutton, ou sur celui d'actualité comme sirLyell. A l'appui de cette opinion , je citerai les lignes suivantes extraites de l'un des mémoires de G. Prévost : « Mieux que tout autre exemple, l'histoire des phénomènes glaciaires me semble propre à faire bien comprendre ce que j'ai toujours entendu par la doctrine des causes actuelles. Gette doctrine ne suppose pas, selon moi, et contrairement à l'idée de beaucoup de géologues qui, à cause de cela, ont cru devoir ne pas l'admettre, l'identité et l'éternité des mêmes causes et des mêmes effets, mais bien l'enchaînement naturel et nécessaire de causes et d'effets qui se modifient mutuellement de manière qoe les faits successifs produits non-seulement peuvent, mais doivent varier : que de nouveaux peuvent se manifester, d'autres cesser de se produire, sans que pour cela on soit en droit de supposer des altérations dans les grandes lois immuables de la nature, ou des bouleversements, des cataclysmes, des révo« lotions qui ne seraient pas la conséquence de ces lois mêmes. $

Doctrines géologiques ( suite ). Ecole éclectique.

Je viens de passer rapidement en revue les principales théories auxquelles l'examen du mode de manifestation des phénomènes géologiques a donné lieu. En lisant avec attea-

46 FKobUOME DE (JKOI.0(iIE.

lion les ouvrages dps anlours (fiii ont (orinulé ces théories, on ne peut sVini)(}ch('r (!«» penser (pie les dillérences d*oj)inion ne sont soiiv(»nt (prapp.u-enlcs, et, (Lins hi j)lnpart des cas, résnilent de niahMitMidiis. u l.a masse de nos connaissauces, » disait PlayTair dès le conrnenc< ment de ce siècle, tt est dans un élat de ferinenl.ilion, d'où nous pouvons espérer de voir sortir une vèrilahl;' ihéorie. lue aiilre indication de la nienic espèce est la tendance au raj)|)rochement rpie les théories, niénx» les plus opj)f)sé( s. oui soii^ qu(^I([ue rapport. Il se trouve en eiles tant de j)oinls de conlacl, rpi'c^lles semblent tendie à un dernier étal, où, en dépit d'elles-mêmes, elles iront se confoudre. «

Le débat soulesé à propos de la doctrine des caus(^s actuelles a conduit au même ré-ulî.il (pie la ])l!i|)ait des (pieslions dont Pexanieu se pi'ésciilc sue('('s>i\em<'iil à rallenlion des géologues. La \érilé s\'>t IrouNée à é^^le distance des points où on Tavait cherciiéc {Vc>,[ ce (pii a lieu nolamment pour la (piestion du gran.tt», de cciti^ roi lie (pii lurme au globe tout entier un re\ét' nu'Ut coiilinu.

La géologie doit a(l()j)ter une méth'Kh^ lontr- éeU»eti(pie. A cliacune des doctrines (pii sienncnt (Talt-rer noirr altenlio!), il faut (pi'elle emprunle ce (jirrlle o..ie de \rai pour lui laisser ce (pi'elle a de systémalicpn^ <'t de e()iit('s!al)l(\ (7(^st, du reste, plus (pi'un \(eu (pie je loiiiiule ; c'est pres(jue un fait (pie je constate. On rceoiinaîl de j)liis en plus (pie les mots de permanence, d'actualité, de Nioleiic**, (rinlcrinittencc ou de l(Miteur (|u'on emploie pom' eaiMcIcM'iscr le mode de nianircstation des j)liéiioinèin'^ î4éolo^i(pi('s iTonl pas une valeur absolue, et ne pf)s>èd,'iil d'aiitre sii^inlicalion (lue celle que chacun leur attribue.

U y a, si je puis Qi*eipriiiicr aiasi , une sorte de biér^cbie parmi les causes des pliéxioiqëaes géologiques.

Les plus importantes n*out varié oi d>in$ leqr liatuv^ % 9' dans leur énergie. Je citerai , comme exemple , Tensemble ' des circonstances qui déterminent le phénomène de la sédimeoiatipn : je citerai encore la cause qui occasionne le refroi'* disscment du globe et celle qui préside aux mouvements généraux de son écorce.

1| eq est d'autres dont la nature a toujours été la même , mais dout l'intensité a varié. Celles-h"! procèdent directement des précédentes et constituent avec elles des puissances qui, dit M. E. de Beaumont, sont aussi vieilles que le monde : tels $ont la pluie, les tremblements de terre, les éruptions de matière pyrosphérique , l'action geyseriennc , c'est-»ih-dire celle en vertu de laquelle les sources amènent à la surface du globe des substances pétrogéniqucs. La production du tuf de nos contrées et du travertin de l'Ualie, n'est que la conti*oaatipn et la reproduction sur une petite échelle des phénomènes qui ont jadis déterminé Taccumulalion des puissaites couches calcaires du terrain jurassique.

Il est enfin des causes qui ont varié tout à la fois dai»s leui^ oaturç et leur intensité : j'en ai cité un exemple dans le9 phénoi^ènes glaciaires , qui sont , comme je l'ai déjà fait remarquer, un exemple de la permanence et de la variabilité des causes géologiques. Ces causes, variables dans leur essence , sont préciséi^ent celles des phénomènes particuliers à chaque époque, tels que la formation du granité, 4e la houille, les alluvions , les volcans h cratère , etc.

Ces variations n'ont pu d'aill *urs aiïecler les grandes lois qui fuissent la vie, ni celles qui gouvernent le monde inor-^

tô PRODROME DE GÉOLOGIE.

gaDÎqae. De là, une déduction importante : c'est que Ton peut conclure de l'état actuel des choses à l'état passée non par similitude , mais par analogie.

La plupart de ces causes ont agi lentement : quelquesunes ont opéré d'une manière plus rapide ^ mais jamais instantanée , à moins que ce ne soit, comme pour une éruption volcanique, sur une échelle insignifiante par rapporta la surface du globe. Il est des phénomènes naturels qui exercent sur l'homme et sur la civilisation une influence désastreuse , mais qui n'apportent pour ainsi dire aucune modification dans le modelé du globe. Tels sont les tremblements de terre. La constitution topographique des contrées où ils se manifestent le plus souvent et avec le plus d'énergie se ressent à peine de leur action, et je ne crois pas que l'on puisse placer la force qui les produit au nombre des causes des révolutions géologiques; pourtant on les considère comme un des fléaux de quelques contrées , et ce n'est pas sans raison , il est vrai y puisqu'ils amènent souvent à leur suite la peste, l'incendie^ la famine. Dans l'ordre général de la nature, un tremblement de terre est un événement très-peu important. Pour l'homme , c'est tout autre chose : il fait comme la fourmi qui serait naturelle- Inent portée à considérer comme un cataclysme les quelques gouttes d'eau où elle se noie.

Les causes géologiques n'ont changé, soit d'intensité , soit de nature, que d'une manière insensible. Au commencement des temps géologiques, un océan sans rivages couvrait le globe tout entier, et , quand les premières îles se montrèrent , le climat était assez doux dans le voisinage des pôles, pour que ces tles pussent se recouvrir de forêts de fougères arbores--

mTftODCGTION. 40

centes : maintenant, la terre-ferme occupe le quart de la surface du globe, et, à l'époque actuelle, il y a eu un moment où les glaces polaires venaient jusqu'en Allemagne , où les Tosges, le Jura, l'Atlas, la Corse avaient leurs glaciers. Mais le passage entre ces deux états de choses si opposés s'est efTectué insensiblement : il a nécessité toute la durée des temps géologiques , c'est-à-dire peut-être plus de douie millions d'années.

Non-seulement les révolutions géologiques n'ont pas revêtu le caractère de cataclysmes ou de bouleversements, même quand elles devaient profondément modifier l'ancien état des choses , mais , de plus , elles n'ont jamais été générales. En oatre, les changements de divers ordres dont une même révolution se compose n'ont pas été synchroniques : le moment qui a vu Tapparition d'une nouvelle faune n'a pas coïncidé avec celai qui a été témoin d'un surgissement de montagnes. C'est ainsi que depuis que la période diluvienne existe, la terre , tout en conservant la même faune , a subi dans son relief et dans son climat des modifications incontestables. L'éloignement des siècles passés peut seul nous induire en erreur sur la généralité ou sur le synchronisme d'événements chronologiquement distincts et nous conduire à confondre plusieurs dates en une seule.

Les partisans des causes lentes, permanentes, actuelles^ sont naturellement conduits, par le courant de leurs idées, à considérer l'histoire de la terre comme se résumant dans un Douveoient réel, mais insensible. Sir Lyell l'a comparé à celui de l'aiguille qui marque les heures sur un cadran :

50 PRODROME DB OtOLOGIE.

Hiitton iai eât trouvé volontiers de i'ânalogie afto le nouve*tÊemt de va^-et-vient du pendule.

Les adversaires de ceux que je viens de désigner voient, au contraire, dans le passé du globe une série d'événaneots violents et fortuits, un mouvement variable et saccadé, s'ef^ fectuant de telle sorte qu'à des moments de repos eomplel soceèdent des catastrophes ou événements cataclystiques.

Quant à nous, restant fidèle à cette manière de voir toute éetectiqve qui nous paratt éti*e une des conditioBs du progrès de la géologie, nous admettons que la terre n'est nullement sujette à ces bouleversements , à ces paroxysmes se manifee<tant, par intervalles, à sa surface. Mais nous ne pensons pas que la marche de la nature soit toujours rigoureusement uni* forme. Dans certains moments, cette marche acquiert, ne fût-<e que sur des régions restreintes y une activité plus grande. C'est ce qui se produit lorsqu'une nouveile génération d'êtres organisés vient habiter la surface de la terre, lorsqu'une chaîne de montagnes obéit à une impulsion qui acorott son altitude, lorsque le sol d'une contrée commence à céder à une impulsion ascendante ou descendante.

Hutton prétendait qu'on ne pouvait voir dans le monde ni les traces d'un commencement, ni la menace d'une fin. Pour lui, la matière était soumise à des métamorphoses incessafites, et, à l'appui de son opinion, il montrait les masses en voie de formation au sein de l'océan , se constituant aux dépens des anciennes roches et destinées elles-mêmes à fournir les éléments des futurs dépôts. La doctrine de Hutton ne manq<ae ni de grandeur ni d'originalité, et, lors de mes premières études , elle m'avait séduit, lillle me paraissait d'autant plus soutenable que j'étais porté à reconnattre au granité une orî-

giiie métemorphique. Je considérais le terrain strato^rigtallin conaie une transformation des strates sédimentairest et je ?Ofais dana le granité primitif le résultat d'une modification plus avancée exercée sur ce terrain strato-cristallin. Pnia , OMobinant cee métamorpboses ( qui se manifestaient selon une série dont les termes successifs étaient métamorpUêmi , eristëUisation, ^ukanicitè) avec le mouvement d'affaissement fénéral auquel Técorce terrestre obéit , je supposais qne les oatériaox dont le point de départ est à la surface de la terre atteignaient la zone incandescente^ passaient à l'état de lave et revenaient ainsi à la surface du globe pour recommencer le Béme drcuit.

Dans cet ordre d'idées, je n'avais pas de peine à considérer l'état actuel des choses comme ayant dans le passé, ainsi que dans l'avenir, une durée indéfinie. L'écorce terrestre me paraissait le produit d'un mécanisme permanent dont les nmages n'avaient reçu ni diminution^ ni accroissement «i'éaer^e. La terre, disais-je avec Hutton, avait eu nn commencemettt, maâe il ne nous était pas donné d'en retrouver les traces : elle devait avoir une fin , mais nous ne pouvions la prévoir, parce que la terre ne porte pas en elle, comme l'être vivant, de germe de mort. Dieu seul devait, par an acte spontané de sa volonté, mettre nn terme à l'état actuel des choses.

lue étude de plus en plus complète m'a démontré tout ce qne ce système avait d'insoutenable, tout ce que les raisons s«r lesquelles je l'établissais avaient de séduisant, mais de spécieux. Cet ouvrage se trouve écrit dans un ordre d'idées tout opposé.

La méthode que j'ai adoptée consiste, dans Tétude de

chaque ordre de chiuigements, à remonter par la pensée vers Tépoque qui marque le commencemenl des temps géologiques, à me rendre compte de l'état des choses pendant cette époque primordiale, et à constater comment, par de lentes transitions, ce premier état des choses est devenu ce qu'il est aujourd'hui.

Cette méthode m'a permis de reconnaître que chaque changement a été la conséquence de l'âge de plus en plus avancé de notre planète. Elle m'a convaincu que chaque phénomène recevait son principal caractère de la longueur plus ou moins grande des temps qui s'étaient écoulés^ au moment de sa manifestation , depuis les premiers temps géologiques. Elle m'a donné la possibilité de prévoir, dans une certaine mesure, quelques-uns des changements à venir, et de dire même que l'organisme et certoins phénomènes géologiques ont virtuellement une lin très-éloignée , mais certaine. Ces larges horizons, ouverts dans le passé et l'avenir de notre planète , se sont agrandis depuis les récentes découvertes qui ont pres(|ue mis en évidence l'unité d'origine, de composition et de structure de tous les corps dont se compose le système planétaire. Ee soleil est pour nous l'image de ce que la terre était avant les temps géologiques; le satellite de notre planète nous dit ce qu'elle sera un jour.

Il est des géologues qui n'admettent entre les révolutions géologiques aucune liaison nécessaire, aucun ordre appréciable, et, si je puis m'exprimer ainsi , aucun rhylme. On a vu que, quant à nous, ces révolutions étaient rattachées les unes aux autres par un ordre dépendant de leur date même :

floos ce rapport, elles ne sont pas sans analogie avec les modifications qoe rage apporte dans la constitution des individus.

Uo grand nombre de savants ont voulu établir, entre ces révolutions, un rapport plus intime et considérer chacioe d'elles comme rattachée à celle qui la précède par une loi es Fcrtu de laquelle il y aurait amélioration successive. C'est ainsi qu'au point de vue inorganique, la formation de la bouille aurait eu pour conséquences l'épuration de l'atmosphère et son appropriation à l'existence d'êtres plus élevés daas la série animale que ceux qui avaient vécu jusqu'alors. Cette manière de voir a conduit à formuler, relativement à l'organisme, la théorie du développement progressif en vertu de laquelle il y aurait une relation étroite entre l'échelle des êtres et leur ordre d'apparition à la surface du globe. Nous verroDS que, lors de la période houillère , l'atmosphère offrait la même composition que de nos jours et n'avait nul besoin d'épuration. Quant à la théorie du développement progressif, nous démontrerons qu'elle est confirmée par cer- Uins faits , infirmée par d'autres.

Le développement progressif nous parait plus réel lorsqu'on prend ces mots dans un sens plutôt intellectuel qu'orpniqoe. Dans le règne végétal , nous voyons les plantes à organes de reproduction cachés (cryptogames) céder la place à celles qui ont des organes de reproduction peu appareats (gymnospernes), et celles-ci être remplacées à leur tour par des végétaux à fleurs très-visibles, souvent très-grandes et presque toujours colorées. Le règne animal nous ofire quelque chose d'analogue. Aux animaux muets succèdent ceux qui peuvent faire entendre un cri , puis l'homme qui a le don de la parole. La somme d'instinct des animaux appar-

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teMAt Ml t)ped ftOCGMsirs a été sans cesse en enrissaât^ et il est venu od toonent où on noofean pas a été martfoé , daM cette ?oie^ par la création de l'être intelligent, ayant conscience de loi -même , de ce qni Tentoore et d'one providence. La venne de rbomme marqoe non-seolement l'arrivée d'an animal plos élevé dans l'échelle des êtres , mais anssi le règne de la pensée et de la civilisation sor notre planète.

Si on reporte sa pensée antérieorement h l'apparition de l'homme, on voit que la loi do progrès qni régit rbnmanité est, en qoelqne sorte, antérieure h l'bnmanité elle-même. Depnis la création de l'homme, cette loi s'est manifestée avec une force sans cesse croissante , et les mots âge de pierre , âge de bronze . âge de fer, en marquant les étapes snccessvvement parcooroes par la civilisation bomaine , nous disent assez qoe la somme d'intelligence active n'a cessé de crotfre à la surface de la terre.

Les considérations précédentes ont surtout pour objet de montrer au lecteur le but vers lequel nous voulons le conduire, et de l'édifier sur l'esprit dans lequel ce travail est

conçu.

En terminant cette introduction , je dois également m'expliquer sur la nature du livre que je publie.

Dans cet ouvrage, entrepris depuis longtemps et souvent remanié, je m'étais d'abord proposé pour but exclusif l'étude des changements qui ont été successivement apportés dans le mode de manifestation des phénomènes géologiques et dans la structure de l'écorce terrestre. J'avais voulu en même temps énumérer les transformations que la faune , la flore et

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le climat de BOtre planète avaient subies^ et rechercher les lois selon lesquelles ces transformations s'étaient effectuées.

L'indication des changements éprouvés par chaque phénomène géologique m'a naturellement conduit à la description sommaire de ce phénomène lui-même. Mon travail s'est ainsi peu à peu étendu^ le but que je m'étais proposé s'est agrandi, et j'ai dû remplacer le titre primitif de Révolutions géologiques par celui de Prodrome de Géologie, Aussi^ ce livre peutil être considéré comme un résumé de géologie, et la rareté des ouvrages généraux traitant de cette science me fait espérer que celui-ci sera de quelque utilité.

J'ai dû pourtant me garder de m'égarer dans les détails. Le choix des matériaux à mettre on œuvre, le classement des faits à rappeler, le mode d'exposition auquel il fallait accorder la préférence , ont été l'objet de toute mon attention. Le tracé du plan que je devais suivre m'a longtemps préoccupé. I Dans an ouvrage qui embrasse beaucoup de choses, » dit Homboldt, t et que l'on tient à rendre d'une intelligence • facile, où rien ne doit troubler l'impression de Tensemble,

> on peut presque dire que le travail de la composition , la

> division et la subordination des parties , importent encore ■ plus que la richesse des matériaux. »

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