RECTIFICATIONS
Note A. — Livre I, Chapitbb III.
Les figures de la planche qui se trouve en tête de ce volume réprésentent les états successifs de la terre , depuis le moment où elle formait une nébuleuse jusqu'à celui où elle aura une constitution semblable à celle de la lune. L'examen des transformations que notre planète a subies ou subira a fait l'objet du chapitre m du livre I. Dans ces figures, la couleur bleue est affectée à la masse gazeuse, la couleur rouge à la masse incandescente et liquéfiée, la couleur violette à la masse solide. Le lecteur peut voir comment la couleur bleue tend à disparaître pour faire place à la couleur rouge et puis à la couleur vio« lette, ou , en d'autres termes, conunent notre planète, d'abord constituée par une masse exclusivement gazeuse, tend de plus en plus à se transformer en un corps opaque et solide. La figure 35 (partie périphérique de la terre à l'état de planète) montre de bas en haut la pyrosphère, l'écorce terrestre, l'océan et l'atmosphère.
Note B. — Page 147.
Je reproduis ici le passage du tome premier du Cosmos
auquel je fais allusion en parlant de la structure caverneuse
du globe.
018 PROliUOME I>E GÉOLOGIE.
a Ces conceptions hardies firent naître bientôt des idées encore plus fantastiques dans des esprits entièrement étrangers aux sciences. On en vint à faire croître des plantes dans cette sphère creuse; on la peupla d'animaux^ ct^ pour en chasser les ténèbres^ on y fit circuler deux astres^ Pluton et Proserpine. Ces régions souterraines furent douées d'une température toujours égale^ d'un air toujours lumineux par suite de la pression qu'il supporte : on oubliait sans doute qu'on y avait déjà placé deux soleils pour l'éclairer. Enfin , près du pôle nord , par 8^ de latitude^ se trouvait une immense ouverture par où devait s'écouler la lumière des aurores boréales, et qui permettait de descendre dans la sphère creuse. Sir Humphry Davy et moi^ nous fûmes instamment et publiquement invités^ par le capitaine Symmes^ à entreprendre cette expédition souterraine. Telle est l'énergie de ce penchant maladif qui porte certains esprits à peupler de merveilles les espaces inconnus^ sans tenir compte ni des faits acquis à la science , ni des lois universellement reconnues dans la nature. Déjà^ vers la fin du xyut siècle^ le célèbre Halley^ dans ses spéculations magnétiques « avait creusé ainsi l'intérieur de la Terre : il supposait qu'un noyau ^ tournant librement dans cette cavité souterraine, produisait les variations annuelles et diurnes de la déclinaison de l'aiguille aimantée. Ces idées, qui ne furent jamais qu'une pure fiction pour l'ingénieux Holberg, ont fait fortune de nos jours, et l'on a cherché, avec un sérieux incroyable, à leur donner une couleur scientifique. »
Note G.— Page 361.
Conglomérai bressan. — Ce terrain a été décrit pour la première fois par M. Elie de Beaumont, dans un mémoire inséré.
XOTÏES ET RECTIFICATIONS. 619
en 1830 , dans les Annales des Sciences naturelles. M. Elle de Beaumont y démontre que ce terrain est distinct de la mollasse marine et du diluvium proprement dit. Il lui donne la dési* gnation de terrain de transport ancien et non celle de conglomérat bressan , ainsi que je Tai dit par erreur. C'est M. Benoit qui^ si je ne me trompe^ a le premier employé l'expression conglomérat bressan, dans un mémoire qui a paru en 1858, dans le Bull, de la Soc. géoL de France.
Note D. — Chapitre V.
Ere jovienne; ère des dunes et des deltas, — J'ai défini , page 364, Fère jovienne, en disant qu'elle datait du moment où les mers s'étaient renfermées dans leurs limites actuelles ; j'ai dit encore , page 288, que ce moment était celui qui avait vu l'événement désigné par plusieurs géologues sous le nom de dernière retraite des mers. Cette définition, je le reconnais, n'est pas rigoureuse. L'événement auquel je fais allusion ne s'est pas produit comme un coup de théâtre; le lecteur, qui se rappellera ce que j'ai dit dans l'introduction de cet ouvrage , admettra sans peine que je n'ai pas pu supposer un pareil changement à vue. Cet événement avait été préparé de longue main pendant toute la période néozoïque par le soulèvement pro* gressif du sol ; ce soulèvement a persisté pendant l'ère jovienne et n'a pas encore atteint son dernier terme ; tant que les mers existeront à la surface du globe, elles ne cesseront pas de changer de rivage. Pour donner à la définition de Tcre jovienne toute la précision désirable, je me suis hâté d'ajouter, page 364, que cette période commençait immédiatement après le dép6t des sables jaunâtres d'Asti, de Montpellier, etc., avec Mastodon brevirostris , P. Gerv., et Rhinocéros megorhinus, P. Gcrv.
OiO PKODllOMË DE GÉOLOGIE.
Dès le commencement de l'ère jovienne y le modelé des continents actuels se trouvait plus qu'ébauché , il était presque complètement terminé ; pendant Tère jovienne, leur relief n'a pas subi de modiQcations importantes; les mêmes fleuves ont coulé au fond des mêmes vallées; les massifs montagneux n'ont pas éprouvé de changements considérables dans leur altitude ou leur étendue. Quant à la ligne de partage entre la terreferme et les eaux marines^ elle a éprouvé^ dans les régions basses^ des déplacements qui ne sont pas sans valeur^ mais qui ne sauraient inflrmer le principe fondamental que je viens de rappeler/en disant que la conQguration générale des continents ne s'était pas modifiée d'une manière importante pendant l'ère jovienne.
L'ère jovienne est incontestablement l'ère des glaciers; je vais examiner dans quelle mesure on peut la considérer comme étant aussi l'ère des deltas et des dunes. .
Je ne prétends pas que tous les deltas actuels datent du commencement de l'ère jovienne, mais il m'est permis d'affirmer que leur formation remonte à ce moment de l'histoire physique de la terre, parce que les fleuves auxquels ils appartiennent et le littoral où ils s'édifient existaient déjà. Je ne prétends pas non plus que l'ère jovienne ait seule vu des deltas se former; mais les deltns des périodes antérieures étaient bien moins vastes que ceux d'aujourd'hui, parce que jadis les continents ofl'raient bien moins d'étendue et d'élévation; d'ailleurs , ils n'ont pas laissé de trace de leur ancienne existence.
On a dit que les deltas actuels, ne datent que de quelques milliers d'années. Celte opinion est assez exacte, si Ton réserve la désignation de deltas au système des canaux formés par les bifurcations successives d'un fleuve près de son embouchure. La disposition générale de ce système change à des intervalles
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rapprochés; certains canaux s'obstruent^ d'antres les rempla^ cent. Des deux branches qui constituent )e sommet d'un delta^ il en est une qui finit par disparaître; celle qui lui succède se montre en aval du fleuve; le sommet d'un delta tend ainsi à se rapprocher de la mer, pendant que la ligne du littoral, qui dessine la base de ce delta^ se déplace dans le même sens.
Mais si, ce qui nous parait naturel , on affecte également le nom de delta à Tensemble des dépôts que le fleuve a formés près de sou embouchure , on est conduit à reconnaître que tous les deltas ont une haute antiquité. Celui du Rhône qui semble, à cause de sa faible étendue, un des plus récents, date au moins de la seconde période glaciaire, puisque les dépôts limoneux qui le constituent sont immédiatement superposés au diluvium rouge sans fossiles de la vallée du Rhône; par la date de son origine, il correspond au lehm.
A mesure qu'un delta s'éloigne de sa situation primitive, il laisse derrière lui des dépôts alluviens, exactement comme le glacier abandonne, en se retirant, ses moraines et son terrain erratique éparpillé; c'est parle développement de ces dépôts alluviens que l'on peut apprécier l'ancienneté des deltas qui se ratbichent sans solution de continuité à ceux de l'époque actuelle. Les dépôts alluviens du Mississîpi forment une zone qui s'étend depuis le confluent de ce fleuve avec l'Ohio jusqu'à la mer ; cette zone a plus de deux cents lieues de longueur. La formation de ces dépôts , dont chaque partie corres|)ond à une des étapes successivement parcourues par le delta actuel , a nécessité tout le temps correspondant à Tère jovienne. Cette manière de voir est en relation avec la puissance des alluvions que la sonde a traversées à la Nouvelle-Orléans, c'est-à-dire dans la région oii s'cdifle le delta actuel.
L'étude de ce qui s'est passé dans le nord de l'Allemagne ,
pendaat l'ère jovienae , coaduit à des remarques de la même nature; là^ nous voyons une vaste contrée s'édiGer peu à peu> soit par Faccumulation des sédiments Quviatiles y soit par le soulèvement du sol. Des cours d'eau qui^ à la fin de la période néozoïque^ avaient une faible étendue ^ sont insensiblement devenus des fleuves. Au commencement de l'ère jovienne, le rivage méridional de la Baltique se trouvait bien plus au sud que pendant l'époque actuelle (voir page 431). Ce rivage passait par Cracovie^ Breslau^ Leipzig et Hanovre; Par conséquent^ la Yistule^ roder et l'Elbe étaient des rivières peu considérables; elles ont augmenté en . importance à mesure que la ligne de côte s'est rapprochée du nord ; en même temps^ les dunes qui accompagnaient cette ligne de côte^ l'ont suivie dans ses déplacements successifs.
On voit comment on peut soutenir tout à la fois^ suivant le point de vue où l'on se place , que les deltas sont de date très récente ou remontent aussi haut que Tère jovienne; ainsi s'expliquent les divergences d'opinion que le lecteur a pu remarquer aux pages 380 et suivantes ^ et qui sont plus apparentes que réelles. En thèse générale , on peut dire que l'ère jovienne est l'ère des deltas; mais si, par delta ^ on entend plus spécialement le système de canaux placés à l'embouchure d'un fleuve^ les mots ère des deltas doivent désigner la période post- glaciaire ou moderne (voir postea, page 630). On peut^ pour éviter toute équivoque^ dire que cette période est celle des deltas contemporains.
L'étude des dunes nous conduirait à des conclusions semblables à celles qui viennent d'être formulées; elle nous ferait conserver à l'ère jovienne la dénomination d'ère des dunes, et distinguer^ dans cette ère , une période des dunes contemporaines.