‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 28 sur 149 · ORIGINE AQUEUSE DU GRANITE · texte numérisé non relu

ORIGINE AQUEUSE DU GRANITE

du granité est celle de Werner. Des dépôts les plus récents jus* qu'au granité, il y a une transition insensible qui conduisait rilluslre minéralogiste de Freyberg à déclarer que le granité avait la même origine que ces dépôts, et qu'il était, comme

eux, d'origine exclusivement aqueuse. Sa situation sous-jacente, |)ar rapport aux autres formations, Tobligeait à le considérer comme la plus ancienne de toutes les roches qu'il est donné d'obeenrer. Pour lui , le granité était le résultat du premier dépôt effectué au sein d'un fluide chaotique, et, à ce dépôt, il donnait le nom de terrain primitif.

Les investigations de l'école de Freyberg n'allaient pas au delà ; elle ne se demandait pas d'où ce fluide chaotique avait reçu ses éléments, ni ce qui pouvait exister au-dessous du granité lui-même.

D'un autre côté, il semble que le passage entre le granité, les schistes cristallins et, par suite, les roches fossilifères, ne soit pas incompatible avec la théorie de Werner, puisque, d'après elle, le granité, les roches fossilifères, dites secondaires, et les roches intermédiaires, dites de transition, avaient une seule et même origine. Mais cet avantage ne peut lui être accordé sans contestation. On ne se rend pas compte pourquoi, les roches les plus cristallines ne se montrent pas à la partie supérieure du terrain primitif, ou du terrain de transition, ou même du terrain secondaire. Dans tout dépôt, même d'origine exclusivement chimique, les parties qui se séparent les dernières du milieu qui les tient en suspension ou en dissolution, sont celles dont la cristallisation est la plus parfaite.

Cette théorie ne peut non plus rendre compte du caractère spécial au granité d'être tantôt une roche primitive, formée et solidifiée sur place, tantôt une roche d'éruption, amenée, encore à Tétat pâteux, loin de la région où elle a pris nais»

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sance. Pour expliquer le remplissage des filous par le graniie prîiniiif > les adeptes de Técole de Werner pouvaieot supposer une pénétration du fluide chaotique dans les fautes produites dans le premier dépôt; mais cette péuétration aurait dû s'efEeetuer de haut en bas, tandis qixe Tobservatiou directe démontre qu'elle s'est effectuée dans le sens opposé.

Enfin ^ Tobjectioa la plus grave qui puisse êtr^ adressée à la théorie de Werner^ c'est de ne tenir aucun compte de l'ijitervenUoo réelle^ quoique exagérée dans notre siècle, d'une température assez élevée dans la formation du granité prtoii^ tif, température qu'il avait conservée lorsqu'il s'est déplacé S0U6 forme de roche d'éjection.

Tbéorle de Ballon sur rorlglne Igote do ininlle. — Au siècle def**

nier^ l'idée de la chaleur centrale était loin de régner dans la science; on ne doit pas s'étonner que l'école de Freyberg n'eût aucune notion des roches ignées et des pbén<»uènes éruptîfs. Elle voyait sans peine^ dans le porphyre et le basalte lui-oièine, des masses d'origine exclusivement aqueuse, iei, l'erreur parut bientôt évidente^ et ce fut à propos de cette roche que s'établit la lutte entre les neptunistes et les vulcanistes. Cette lutte de* vint plus vive lorsque Hutlon déclara que le granité iui-méme avait été, comme le basalte^ primitivement à l'état pâteux, ce qui est incoptestable^ et que son état pâteux ne pouvait pro- Tenir que d'une fusion par voie ignée , ce qui n'est yrai que dans une très-faible mesure. Hutton ajoutait que le granité s'était formé à plusieurs époques^ et que^ loin de constituer la plus ancienne de toutes les roches^ il était souvent plus récent que la plupart d'entre elles. Cette manière de voir n'est fondée que jusqu'à un certain point; dire que le grauite appartient à pknieurs époques^ c'est confondre le moment où il e'est inootré

ORIGIVE IGMÉX DU GRANITE. 467

pour la première fois à la surface du globe et a pu se solidifier arec oriui de sa Térilable formation. Dans rhisioire physique de la terre ^ il n'y a eu qu'une seule période où ie granité ait |)u se constituer : nous avons désigné cette période sot» le nom de période plutonique. Depuis lors^ les circonstances qui ont déterminé la formation du granité ne se sont plus présentées ; seulement, sa masse ne s'étant solidifiée que lentement, elle a longteoipe formé un immense réservoir souterrain qui a ali« mente les éruptions plutoniques d'une grande partie des tempe géologiques.

La tbéorie buttonienne explique parfaitement la plasticité du granité et son passage aux roches éruptives; elle rend compte de l'action métamorphique qu'il a exercée sur les roches rencontrées par lui.

Toutefois, il est bon de remarquer que l'action métamorpbiqtie «'observe le long du granité éruptif dont la temi)éraiiife et même, dans une certaine mesure, la composition miaéralogique difléraient de celles du granité primitif. Mais , en OMljno> cette action métamorphique a été bien moins intense que l'on n'est porté à le croire, et, surtout qu'elle le serait, â le quarts avait eu sa température de fusion, c'est-à-dire plus de 2500».

Une objection très-^rave que nous devons adresser à cette théorie, c'est de ne pouvoir expliquer le passage du granité aux roches stratifiées qui le recouvrent successivement, c'està-dire le gneiss, puis les schistes cristallins, et enfin les schistes talqueux et argileux. U faut, pour expliquer ce passage, recourir à uœ action métamorphique exercée sur les roches d^ori* gine aqueuse. Mais, si l'on admet que l'action métamorplikfiie est capable de transformer un schiste argileux en schiste cristallin, et celui-ci en gneiss, il faut, à l'exemple des pariiBa»s

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de l'origine inétainorphi([ne du uraiiite, ne pas s'arrêter dans cette voie et reconnaître^ avec eux, (pie le j^a-anite est le résultat de la transformation dn utieiss. Que devient alors la théorie de l'origine exclusivement ignée du granité?

Je sais bien que le gneiss a été considéré comme le résultat d'un étirement exercé sur la nîasse granili(|ue, encore non solidifiée. Mais la difficulté n'est (pie dé|)lac('îe par l'adoption de celte manière de voir, puisijue le gneiss passe au schiste cristallin et celui-ci au schiste argileux, (pie Ton ne peut évidemment supposer avoir été formé par voie d étirement.

J'énumérerai , dans ce chapitre, les autres motifs qui rendent inadmissible la théorie de l'origine exclusivement ignée du granité.

oiiftne métamorphique dn granité- — Le granité a été considéré

comme le produit d'un niétainor[)hisme ou d'une transformation très-intense, exercée sur des roches d'origine aqueuse. Cette opinion a peu de parli^*ans; plus tard, j'aurai l'occasion d'en entretenir le lecteur (]ui^ alors, sera mieux à môme de saisir les objections (pie soulève celte théorie dont j'ai indiqué déjcà la portée (voir Introduction . i)age 51 ]. Je me bornerai à faire remaniuer que la théorie mélamorphi(iue, amenée à ces larges proportions, n'indi(|ue pas l'origine de l'écorce terrestre, ou, pour mieux dire, des roches de s(3dimenl formées les premières. Il y a là quel([ue chose (jui ne satisfait pas l'esprit, puisqu'on ne sait (piel peul avoir clé le substratum jirimitif qui a reçu les premières couches de sédiment élablies à la surface du globe : on est. en efl'et, obligé (rinvo(iuer la doctrine huttonienne, et de déclarer cpie toute Irace de commencement a disparu dans les phéïiomènes g(»olo;j;i(iues, destinés à tourner indéflniment dans le même cercle.

ORIGINE HTDRO*THKRMALE BU GRANITE. 169

€)oasMCr*iloiis hlstoii^net «ar la tliéoii« de rorlflne kydro-lliemMlc

tecniBite — A peine formulée , l'idée hutloaienne, relativement à la nature du granité^ avait fait vite son chemin dans la science. H vint un moment où , Tintervention d'une haute température dans la formation du granité étant exagérée^ comme Tavait été celle de Teau, on déclara i|ue le granité avait une origine exclusivement ignée. Cette opinion a régné jusqu'à nos jours presque sans contestation ; elle est maintenant sur le point de se voir abandonnée et remplacée par une nouvelle théorie intermédiaire entre les deux qui ont successivement eu cours dans la science.

Dès iSâi, Breislak^ dans son Traité de la structure du globe, adressait à l'hypothèse de l'origine ignée du granité une objection à laquelle il est impossible de répondre : a Une difficulté qui s'élève contre l'origine ignée du granité, disait-il, c'est celle qu'on déduit des divers degrés de fusibilité dont ses parties sont douées. »

Fuchs et Bischoff, le premier en 1827, dans la séance du 28 août de l'académie de Berlin ; le second on 1838, dans les Annales de Poggendorff, reproduisaient l'objection de Breislak, restée complètement inaperçue. En i8i2, Schœrer, dans une séance de la société des aaturalistes Scandinaves , adressait à l'hypothèse huttonienne un nouveau reproche : celui de ne pouvoir se concilier avec ce que l'on sait sur la nature des minéraux pyrognomiques, et il en concluait que l'idée la plus vraie sur l'origine du granité est celle qui attribue aux deux éléments, l'eau et le feu, une égale puissimce créatrice. Le tra- Tail de M. Schœrer, d'abord inséré dans les Annales de Poggendorff, a été traduit en français et inséré, en 1847, dans le bulletin de la Société géologique. Le volume de ce bulletin pour la même année contient l'important mémoire de M. E. dQ

Reaumonl sur les (^tnnnntvms rolcaniqtips et métallifères^ mémoire 011 se trouvent les Ii^^ne? suivantes, (|ui nous disentassez que, dans Tesprit de ee [iéolo^ue illnslre , l'hypothèse de rorigine purement i^née du f-ranite, (juoicjue juste, selon lui, étiit susccptil>le de moditication. u II esl démontré, dit-il, qu'à r.origine, le {^ranile lormait une masse plastique, et il n'est pas du tout impr()l>al)le (|ue cette massiî n*a pu être à Télat de fusion simplement ij^née. »

En l8o.%, M. Dauhrée a publié, dans le bulletin de la même Société, une noie où , résumant ses recherches sur la production arlilicielle des silicates et des aluminat^^s j)ar la réactioa des vapeurs sur les niches, il nous t'ait voir comment le quartz a pu cristalliser en même temps ou plus tard que lessihcates, à une température (pii dépasse à peine le roujAe cerise, et, par consé()i:ent, de beaucoup intérieure à son point de fusion. Ces expériences de M. Diudirée peuvent être invo(|uées par les per» sonnes portées à reconnaître dans le iiranite une origine niéta' mor[)hi(pie; elles ne viennent pourtant pas allai bl i r Topinion qui accorile à l'eau une grande impi^rtance dans la formation directe de cette roche , car la vapeur d'eau se trouve, par le fait, au nombre des vapeurs auxquelles M. Daubrée fait jouer un si grand rôle ; mais ces exj)érienc«s sont com|)Ièlement contraires à l'origine ignée du granité.

Dans le bulletin de la Société géolouiiiue pour ISriH, M. Delesse a inséré un travail remaripiable , où il démontre que, dans la formation du granité, c'est l'eau , et non la chaleur, (|ui a joué le rôle le plus im|)ortaut. Vax IKriO, dans un mémoire faisant parties des Aimales de; PoggendorfT, M. H. Rose a rappelé les raiscuis rpii militent contre rhyjmlhèse de l'origine ignée du granité : il a n(>tanmienl insisté sur ce fait, que le quartz du granité n'a pu, jusqu'à présent, être ofc-

ORIGINE HTDBX)-THERMALE DU ORÂNITE. 171

teau dans nos laboratoires qu'ay&a le concours de Veau.

En 1860; M. Sorby a fait connaître le résultai de r^cbercb^g qui prouvent : i^ l'existence de Teau dans les petites cavités dont le graoite ^ ci'iblé ; â** Tinfluencd chin^ique qu^ V^u peut exercer sur les substances avec lesquelles elle se trouve efk couiactj lorsque la pression est assez élevée ^ et que la teuipé^ rature atteint tout au plus 150<'.

Je mentionnerai; en dernier lieu^ le mémoire que M. Pau^ brée a publié sous le nom A'Etudes et ey:périençe$ syntMUqu^s $ur /f métamorphisme et ^ur la formation des roches çrUtctr' Unes, et qui; en i860; a reçu un prix de TAcadémie des ScieqcfS^* Dans ce beau travail; après avoir montré comment le^ élén^ents du granité peuvent être obtenus isolément, ^. Paubrée ^emb)^ prévoir^ dans un avenir procbain , le moment oi^ Ton ppuri^ produire artiQciellement cette rocbe.

J'ai voulu ; dans les lignes précédentes; tracer sonKwireT* meot Tbistorique de révolution remarquable qui ^'^st opérée dans la ^ience, relativement à une des questions )es plus iin** portantes et les plus controversées de la géologie : on remarquera que la réaction contre Thypothèse buttonienne a pris son point de départ en Allemagne; dan« la patrie de Weroer; et qu'elle demande surtout ses preuves à la chimie.

Les applications de la chimie à la géologie ont été tros^roa» treintes tant que l'on a admis l'origine exclusivement ignée du granité; et que le rôle important joué par l'eau dans la formation de cette rocbe n'a pas été soupçonné. L'bypotbèsO; qui servait de point de départ à l'étude des phénomènes géoio* giques dont le siège est à une cerl^iine profondeur^ était erro* née; les conséquences qui s'en déduisaient devaient l'étro aussi. La science se trouvait retenue dans une voie sans issue ; d'où l'ont dégagée les reeherehes deSchoaner; Biscboff; de MM. Dau-

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brée^ Delesse^ Rose, Sorby^ etc.^ et. même de ceux qui Teulent encore démontrer l'origine ignée du granité (1).

Oiivlne des «Mmeots ûu granlle : le micft et le fcMspatli. — Les mi*

cas peuvent se partager en deux groupes : les micas alumineux^ qui sont toujours à base de potasse ou de llthine , et les micas ferro-magnésiens^ dans lesquels le fer semble remplacer Talumîne^ et où la magnésie remplace soit Talumine^ soit la lithine. Les micas alumineux ont un éclat blanc et nacré ; les micas ferro-magnésiens sont toujours d'une couleur plus ou moins foncée.

Les deux sortes de micas se trouvent dans le granité primitif^ mais le mica alumineux y domine et y existe le plus constamment. Lorsque le granité devient éruptif ^ le mica alumineux tend à disparaître et à céder la place au mica ferro* magnésien.

M. H. Rose fait remarquer que la plupart des micas ^ mais surtout ceux qui se rencontrent dans le granité , contiennent

(1) Quelques-unes des expériences qui seront mentionnées dans les pages suÎYanles ont été faites à des températures et sous des pressions considérables; il n'est pas inutile d'indiquer comment ces pressions el ces températures ont été obtenues L'eau et les matières qui doivent réagir sont placées dans un tube en verre que l'on scelle ensuite. On introduit ce tube en verre dans un tube en fer, à parois très-épaisses, qui est clos à la forge à l'une de ses extrémités. Pour souder l'autre extrémité, on peut se servir d'un long boucbon à vis, munie d'une tète carrée qu'on serre fortement en la tournant avec une clef. On peut encore rapporter à la forge un fort bouchon de fer, ^ui arrive à faire corps avec le canon, si la soudure a été habilement opérée. Pour contrebalancer, dans l'intérieur du tube de verre, la tension de la Tapeur, M. Daubrée verse de l'eau extérieurement à ce tube, entre ses parois et celles du tube de fer qui sert d'enveloppe. Ces appareils sont couchés sur le dôme ou sur les carneaux d'un four à cornues d'usines à gaz , en contact avec une maçonnerie qui est au rouge sombre , et enfouis sous une couche épaisse de sable. La température rouge sombre correspond à 800» G. environ. ( Voir Daubrée , Etudes mr U mêtofnifrphisme, page 88.)

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