‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 40 sur 149 · AGENTS DE DESTRUCTION, ETC · texte numérisé non relu

AGENTS DE DESTRUCTION, ETC

Tais maîntenant indiquer en peu de mots comment celles-ci finissent par être détruites.

Un dépôts une fois formé , ne se maintient pas toujours au même niveau : tôt ou tard il obéit aux mouvements subis par récorce terrestre. S'il cède à une impulsion de bas en haut^ il est émergé et, dès lors^ livré à l'action érosive des agents atmosphériques. Ses molécules constituantes se désagrègent une à une et s'éloignent. Cette action persiste jusqu'à ce que le dépôt soit entièrement détruit.

Pour nous faire une idée exacte du mode d'action et de la tendance des forces destructives dont le sol subit sans cesse Tin- Ouence, représenlons-nons ces forces s'exerçant sur une île de peu d'étendue. — La pluie^ le vent^ la gelée, les alternatives de sécheresse et d'humidité, l'industrie de l'homme elle-même ne cesseront d'agir sur la partie de l'ccorcc terrestre mise à découvert; ils désagrégeront les éléments constitutifs de chaque roche et les rendront facilement entrainables par les cours d'eau. Non-seuiement les ruisseaux porteront à la mer, avec le tribut de leurs eaux, ces détritus accumulés sur leur passage, mais encore ils interviendront directement dans cette même action destructive, en érodant le sol. D'un autre côté, la mer agira dans le même but et battra les rivages en brèche. Sous ces actions destructives, insensibles mais incessantes, l'ile {)erdra en étendue et en élévation. S'il nous était permis de faire abstraction des actions qui viendraient compenser les Inertes qu'elle fait chaque jour, nous pourrions nous représenter sans peine le moment où une dernière vague viendrait enlever ses derniers débris. C'est ainsi que l'ile de Julia qui^ en id31, s'était montrée dans la Méditerranée, dirparut quelques mois après son émergement.

Eolre les agents qui fonctionnent à la surface du globe et les

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forces qui teddentà sonleyer l'écorce teri^stre^ tantôt sur on point, tantôt sur un autre, il existe un antagoûlsitle très-remaf^uable. On peut poser en principe que si les agents atmosphériques fonctionnaient seuls, ils auraient bientôt détruit fous les continents. La terre Gnirait par présenter une surface parfaitement tiivelée et par se recouvrir d'une immense nappe d'eau, semblable à une couche de Ternis. Cette tendance à tout niveler, dans les agents atmosphériques, est tellement forte que si la terre avait eu, dès son origine, une consistance quelconque et une forme polyédrique, sa sphéricité trouverait, dans leur intervention, une explication suffisante, ainsi que je Fai rappelé, page 80.

Les forces intérieures tendent, au contraire, à rider la stirface du globe; si elles fonctionnaient seules, ou si leur action ne trouvait un contre-poids suffisant dans Texistence des agents atmosphériques , Técorce terrestre offrirait eu quelque sorte rimage du chaos.

En un mot, les agents atmosphériques opèrent à la manière d'un rabot, ils effacent les as(>érités de la surface du globe et comblent ses dépressions; les fortîes soulevantes, aU contraire, labourent le sol comme le ferait une charrue. Ce que les uns élèvent, les autres le détruisent; il y a là un conflit continu , une antithèse sans fin, nécessaire non-seulement à la constitution actuelle des choses, mais aussi au développement de l'organisme.

inée. — Tandis que , sous l'influence de l'action sédi— mentaire, l'écorce terrestre croit de bas en haut, elle augniente de haut en bas en vertu de la solidification, pur voie de refroidissement, des masses sous-jacentes à la croûte du globe. Ce phénomène persiste depuis le commencement de la période

PHÉNOMÈNES D^ÉRUPTION^ PLUTONISME^ VULCANiClTÉ. Si 5

géologique; il continuera jusqu'à ce que toute la masse de notre planète soit entièrement solidifiée. Il viendra donc un moment où tout ce quenous réunissons sous le nom de pyrosphère fera partie intégrante de la croûte du globe.

Il est impossible d'arriver à l'observation directe de la partie de récorce terrestre formée dans les conditions qui viennent d'être indiquées. Mais chaque masse qui est venue s'adapter à la face inférieure de l'écorce terrestre a envoyé, avant sa complète solidification, une partie de ses éléments constitutif vers la surface du globe. Ces éléments sont pour nous autant d'échantillons ou d'indices qui peuvent être mis à profit pour étendre nos connaissances sur la composition des régions inaccessibles de l'écorce terrestre.

yfcéaoMèf <*éra»UMi : pmtonlnne , volcMilcft«. -— Les phéno-

oiènes d'éruption sont ceux en vertu desquels la matière py-* rosphérique non solidifiée a pénétré, en conservant son état pâteux, dans les fissures qui existent à travers l'écorce terrestre et s'est montrée à la surface du globe.

Le point de départ des phénomènes éruptifs a toujours été la zone de contact entre l'écorce terrestre et la pyrospbère; il a dû, par conséquent, se rapprocher du centre de la terre à mesure que la croûte du globe croissait en puissance. Par suite de son déplacement, il a fini par ne plus se trouver dans le magma granitique, formé en partie par le concours de l'eau ; il a atteint la région où l'eau n'a jamais pu pénétrer. A dater de ce moment, les phénomènes éruptifs, au lieu d'amener à la surface du globe des masses plus ou moins semblables au granité ou au porphyre, y ont poussé des roches analogues au tracbyte, au basalte et aux laves de notre époque, roches dans la formation desquelles le rôle prépondé-

rant appartient à la chaleur. Dans le premier cas^ c'est-à-dire dans celui d'un point de départ placé au milieu du magma granitique^ les phénomènes éruptifs-sont dits plutoniqttes ; ils sont volcaniques dans le second. La différence entre les éruptions plutoniques et les éruptions volcaniques est d'autant plus sensible que^ au moment où ces dernières se sont manifestées, récorce terrestre avait plus de puissance. Cette circonstance, jointe à la plus grande fluidité des masses volcaniques, nous fournira la raison d'être des volcans et nous permettra de considérer l'action volcanique comme un plutonisme localisé.

Jusqu'à une certaine période^ la matière pyrosphérique avait pu traverser la croûte du globe en tous ses points; mais il est venu un moment où l'effort qu'elle faisait pour arriver à la surface de la terre a été en partie contrarié par la puissance de plus en plus grande de l'écorce terrestre. Il en est résulté une sorte de permanence ou de localisation dans les phénomènes éruplifs, de sorte que la matière pyrosphérique, chaque fois qu'elle a rencontré une issue sur un point quelconque, a suivi la même voie pendant un temps plus ou moins prolongé.

Humboldt appelait vtdcanicité la réaction exercée par l'intérieur d'une planète sur son enveloppe, dans les diverses périodes de son refroidissement.

La définition de Humboldt est admise sans restriction par M. Elie de Beaumont, qui considère même le soulèvement des chaînes de montagnes comme une action volcanique. Sir Lyell adopte cette définition, mais sans la rattacher à la théorie du refroidissement d'un noyau originairement fluide et doué d'une température très^-élevée.

Cette définition comprend^ pour ainsi dire, la moitié des phénomènes géologiques : la formation des volcans, les phéno*

ACTION 6EYSÉRIENNE, 217

mènes éruptifs^ les actions métamorphiques^ les filons^ les dislocations du sol; les tremblements de terre, le soulèvemenl des chaînes de montagnes, tous les mouvements du sol, etc.

Il me semble que le mot de vulcanicité doit être réservé au cas où il y a projection de matière pyrosphérique par Tinlermédiaire des volcans : en un mot, il n'y a vulcanicité que lorsqu'il y a volcan. Bien entendu qu'à chaque volcan se rattachent les phénomènes qui ont annoncé sa formation et Tont préparée^ en quelque sorte, tels que les dislocations du sol et rappariUon des trachytes et des basaltes.

Evidemment, tous les phénomènes que je distingue de Tactien volcanique ont entr'eux et avec celle-ci des rapports plus ou moins intimes : tous s'accompagnent, se font cortège et se suppléent de manière à jouer les uns à l'égard des autres le rôle d'équivalents. Mais ce serait apporter de la confusion dans une science que de donner à toutes les choses qui ont des points de contact une désignation que l'usage avait réservée à l'une d'elles. Il vaut mieux, dans ce cas, adopter un mot nouveau, et je propose celui d'action pyrosphérique ou de pyrosphérisme.

i. — Immédiatement après sa solidification , le granité primitif renfermait dans sa masse ou au-dessous de lui toutes les substances qui composent maintenant la zone stratifiée. C'est là un fait évident qu'il ne faut pas perdre de Tue dans l'étude des phénomènes géologiques, un axiome d'où nous déduirons des conclusions importantes. On ne saurait admettre que l'océan des premiers temps géologiques tint, en suspension ou en dissolution, dans la masse de ses eaux, les éléments des futurs dépôts. S'il en avait été ainsi, cet océan aurait constitué une zone de boue épaisse, plutôt qu'un milieu liquide convenable au développement des animaux marins.

21g PRODBOIIB DB GÉOLOGIE.

C'est donc de l'întériear du globe que la zone sédimenfaiire^ a reçu, peu à peu, tous ses éléments.

Les substances , successivement ramenées de l'intérieur de récorce terrestre yers la surface du globe, y ont été conduites de deui manières différentes. Dans certains cas , elles y sont arrivées sous forme de masses éruptives ; dans d'autres cas ^ elles y ont été portées à l'état moléculaire , en se volatilisant d'abord par voie sèche et en se mêlant ensuite aux courants d'eau ascendants, sans lesquels elles se seraient solidiflées avant d'atteindre la surface du globe, a Ce serait , dit M. B. de Beaumont, une supposition gratuite que d'admettre en géologie la sublimation sèche de telle ou telle substance. La nature actuelle ne nous offre pas d'exemple de phénomènes de ce genre. Mais une sublimation, un entraînement moléculaire, ayant la vapeur d'eau ou l'eau condensée pour auxiliaire et pour véhicule, sont des phénomènes dont les exemples abondent sous nos yeux et qui peuvent même avoir été plus fréquents et plus variés encore pendant les périodes géologiques qu'ils ne le sont de nos jours. »

Nous désignons sous le nom d'action geysériemie le phénomène par suite duquel Teau d'origine , contenue dans l'intérieur de récorce terrestre, et celle qui y pénètre à chaque instant par infiltration , sont ramenées à la surlace du globe après s'être pénétrées de diverses substances. A ce phéno* mène se rattachent le remplissage des fiions et les phéno^ mènes métamorphiques.

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nous de voir comment Técorce terrestre pouvait se décomposer en Eones superposées les unes aux autres et en masses éruptives remplissant les fissures quelle présente. La figure 6 a

ROCHBS^ FORMATIONS, ETC. Si9

potir Objet de donner une idée de cette disposition générale des diverses parties de la croûte du globe*

L'écorce terrestre peut encore se décomposer en roches, formations y terrains y horizons géognostiques. Ces diverses expressions, surtout les trois premières, sont souvent employées Tune pour l'autre. Il importe peu et il serait bien difficile de faire disparaître cet inconvénient. On ne peut guère ^ dans la science^ réformer une habitude prise^ et il est plus aisé de faire recevoir dix mots nouveaux que d'en détourner un seul de sa signification primitive. Ces mots de roche ^ formation et terrain sont d'ailleurs toujours accompagnés d'un adjectif qui précise le sens dans lequel on les emploie.

Une roche (en anglais, rock; en allemand, felsart ; en italien, rocca,) est une masse minérale, simple ou composée, formée d'éléments distincts ou intimement confondus de manière à constituer un tout homogène, et occupant un espace assez étendu pour être prise en considération dans la composition de récorce terrestre. Ces masses reçoivent leurs caractères dlstinctifs de leur aspect, de leur nature minéralogique et des circonstances qui ont présidé à leur constitution. Elles peuvent être meubles ou solides : le sable est une roche au même titre que le granité le plus compacte. Le tableau de la page 220 présente l'esquisse d'une classification des roches : cette classification sera plus tard expliquée et développée; les détails seraient déplacés dans ce deuxième livre où l'auteur s'est exclusivement proposé pour but l'étude de la structure générale de l'écorcg terrestre.

Une formation est, à proprement parler,- une roche ou un ensemble de roches dues à un ordre déterminé de causes, de sorte que toutes ces roches, malgré la différence de leur aspect et de leur nature minéralogique, ont été produites sous

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