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INFLUENCE DES PHÉNOMÈNES D'ÉROSION. 3S

creuse son lit, en abandonnant successiyeinent ses anciennes berges , et en donnant origine au phénomène des terrasses parallèles. Un changement dans les climats, amenant une diminution dans le volume des eaux reçues par un bassin hydrographique, conduit à un résultat semblable.

Lorsque le niveau d^un lac s'abaisse par suite de diverses circonstances , il laisse également des traces de ses anciens rivages sous forme de terrasses ou de cordons littoraux.

Si plusieurs vallées d'érosion sont très-voisines, ou si le cours d'eau qui a creusé une même vallée a successivement suivi plusieurs directions qui se croisent, il se produit, comme autant de témoins d'anciens déblais, des cônes de dénudation. Souvent, en regardant les couches correspondantes de deux cônes voisins, on peut se convaincre, de visu, de la continuité primitive de ces cônes* et éloigner toute incertitude sur la cause qui a présidé à leur formation. Tous les pays fournissent des exemples de ce mode de dénudation.

Les exemples les plus souvent cités sont celui de la butte de Montmartre , de la butte de Ménilmontant et des buttes du Hont-Valérien, composées de couches qui formaient jadis un même ensemble et dont on peut suivre la continuation du côté de Clamart.

Je signalerai un autre exemple pris dans le Jura, massif montagneux que sa grande altitude semblerait avoir pu mettre à Tabri de Faction des courants. Au sud de Besançon, près des villages de Tarcenay, Montrond, Epeugney, etc., sur .un plateau qui s'élève, entre le Doubs et la Loue, à une hauteur moyenne de près de 300 mètres au-dessus de ces rivières, on observe des cônes de dénudation supportés par un terrain calcaire appartenant aux dernières assises de l'oolite inférieure. Ces cônes rappellent, par leur composition géognostique et

leur aspect général^ ce que J. Phillips nomme, dans le Torkshire oriental, des collines oolitiques tabulaires ou à jdaieaux. Us se composent, à la base, des marnes oxfordiennes qui ont facilité le rôle des agents d'érosion, et que recouvre un chapiteau constitué par le terrain à chailles de la Franche- Comté et par Tétage corallien. Les courants ont en même temps dénudé la contrée environnante; tout démontre qu'ils ont fonctionné avant le soulèvement définitif du Jura, et que Taction dénudatrice commencée par eux persiste de nos Jours. (Voir figure 15.)

Dans les lignes qui précèdent , j'ai eu en vue les agents d'éro* sion opérant comme des burins à la surface du gkrfie qu'ils creusent dans des directions longitudinales. Mais l'étude de la constitution topographique de chaque contrée met en évidence l'existence passée d'agents d'érosion phis énergiques et fonctionnant comme des rabots qui etTacent les saillies du sol les plus prononcées. Je rechercherai bientôt quels peuvent avoir été ces agents : en attendant, pour donner une idée de leur puissance, j'invite le lecteur à jeter un regard sur la figure 16. Il y verra des couches ployées dont la courbure dirigée vers le del a disparu , et une faille dont la partie supérieure de t^un des bords a été enlevée. Des traits ponctués indiquent, dans l'un et l'autre cas, la partie qui manque.

La puissance des agents d'érosion a été telle que des terrains, pouvant atteindre de trois à qnatre cents mètres d'épaisseur, et occupant de vastes r^ons , ont ainsi disparu. Les dernières assises de la série crétacée ( étage danien ) n'existent plus, dans le bassin de Paris, que sous forme de lambeaux éloignés les uns des autres. Les dépôts qui, lors de l'époque sénoniennc ou de la craie blanche, ont été reçus au sein de la mer recouvrant une partie de la région jurassienne,

INTENSITÉ DES PHÉNOMÈNES DE TRANSPORT^ ETC. 3i7

ne sont plus représentés que par deux lambeaux de quelques kilomètres d'étendue^ récemment signalés^ Tun auprès de Saint-Julien ^ dans le département du Jura ^ Tautre, dans le département de TAin.

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tmuKUmm A r«»«««e seiMiie. — Les agents d'érosion n'a-* Taieot pas jadis moins d'intensité qu'aujourd'hui^ mais la sur* iace sur laquelle ils s'exerçaient était moins étendue. Par conséquent^ on peut dire que les phénomènes d'érosion et de dénudation ont augmenté d'énergie et se sont manifestés sur une échelle de plus en plus grande. Dans leur accroissement dlmportance , ils ont suiyi les lois qui ont présidé aux changements du climat et de la constitution topographique de chaque contrée : pendant la partie marine de chaque période géologique^ leur développement s'est ralenti , tandis que^ pendant la partie continentale^ il s'est ranimé.

On arriverait à des appréciations tout à fait fausses si^ pour mesurer l'intensité des phénomènes d'érosion pendant tontes les époques géologiques, on prenait pour base de ce calcul ce qui se passe de nos jours. . On serait , en même temps, conduit à donner aux périodes passées une durée plus grande que celle qu'elles ont réellement.

Le statu quo dont nous sommes les témoins n'a pas toujours existé : il est la conséquence du calme momentané des forces intérieures. Mais, lorsque ces forces se réveillent, le sol change de niveau, et chaque changement de niveau est accompagné d'une nouvelle recrudescence dans les phénomènes d'érosion et de transport. Si le sol se soulève, la pente des cours d'eau augmente; quelquefois ils changent de lit; dans d'autres cas, ils se réunissent entre eux et acquièrent ainsi un plus

grand volume. Ils reprennent alors une nouTeUe énergie dans cette œuvre de destruction, à laquelle les forces intérieures viennent, dans leur réveil , s'associer en disloquant Técorce terrestre.

Pour se rendre compte de Textension que les phénomènes de destruction ont prise a oerlaiBes époques , il faut non-seulement se rappeler les ablations de terrains dont nous venons de parler, mais apprécier la masse totale des dépôts détritiques qui existent dans presque tous les terrains, depuis la grauwacke ou le vieux grès rouge jusqu'au dilnviuvi de Tare jovienne. Les roches résultant d'une sédimentation mécanique, c'est-à-dire formées aux dépens des parties de Técoroe td*restre qui ont été détruites, entrent pour la moitié environ dans la composition de la zone sédimentaijre. La puissance de cette zone ne pouvant pas être évaluée à moins de 3000 mètres, il en résulte que les phénomènes d'érosion ont détruit, à la surface du globe, depuis le commencement de l'ère neptunienne jusqu'à nos jours, une zone dont l'épaisseur n'est pas, en moyenne, moindre de 1500 mètres.

L'action de grands cours d'eau , creusant profondément lenr lit et se déplaçant à chaque instant, ne saurait suffire pour expliquer à elle seule des dénudations aussi puissantes que celles que l'on observe dans toutes les contrées. Il faut recourir à une cause en relation , par son éneqçie , avec l'eflét produit , et cette cause , nous la trouverons dans les déplacements successifs de la mer, ne cessant, chaque fois qu'elle envahit de nouvelles contrées, de ronger ses rivages.

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