DANS LA MASSE DU GLOBE
Cooffidéralions bistoriqaes. — Preuves d'une haute température dans Tiniérieur de la terre : preuves de l'état de liquéfaction ignée du globe. — Causes de la chaleur centrale. — Sources et mode de déperdition de la chaleur terrestre: chaleur d'origine solaire. — Ligne à température ÎQvariable. —Distribution de la température dans les diverses parties de l'écorce terrestre. — Distribution des lignes isogéothermes. — Déplacement des lignes isogéothermes pendant les temps géologiques. — Hypothèse de l'accroissement de la chaleur terrestre selon one progression géométrique. — Distribution de la température dans la masse centrale du globe : hypothèse de l'uniformité de température dans cette masse.
coMkMrattooi iitotoii«aet. — J'ai déjà dit qu'il serait puéril d'attacher quelque mportance à ce que les écrivains de l'antiquité^ inspirés par leur vive imagination^ ont pu dire de fondé sur les divers phénomènes géologiques. Je me bornerai à rappeler que^ d'après Platon^ une partie des eaux qui s'introduisent dans la terre tombent dans un lieu vaste rempli de feu et y constituent un lac, plus grand que notre mer^ où l'eau bouillonne, mêlée avec la boue : cette mer forme le pyriphlégéthon dont les eaux boueuses jaillissent à la surface de la terre partout où elles trouvent une issue. L'idée de Platon n'est pas sans analogie avec celle que, d'après les progrès de la science, on doit se faire de la formation du granité.
Les savants de la première période de l'histoire de la géo-
logie D'ont eu aucune notion de la chaleur centrale^ ni aucun pressentiment de son existence. B. Palissy disait , et non sans raison : « Quand tu auras bien examiné toutes choses par les efléts du feu, tu trouTeras na^ii dim Téritable, et me confesrseras que l'origine de toutes choses est eau. » Quant à Sténon, que Ton peut considérer comme celui qui , jusqu'au milieu du xvn« siècle, avait eu sur les phénomènes géologiques les idées les plus justes, il admettait le soulèvement des couches, mais il rattribuait à des causes accidentelles.
C'est à Descartes que revient la gloire d'avoir eu , le premier, l'idée du feu central : pour lui, la terre était un soleil éteint. Leibnitz, dans sa Proiogœa, publiée en partie en IG93, puis en entier en 1749, et Buffon, dans sa Théorie de la terre, également publiée en 1749, admirent aussi l'incandescence de la masse interne du globe; mais, dans leurs spéculations, ils ne firent jouer à celte incandescence qu'un rôle purement cosmologique. C'est à Hutton qu'appartient le mérite d'avoir fait, le premier, une application réellement géologique de la notion de la chaleur centrale, soit eu formulant, dans sa Théorie de la terre, publiée en 1788, les idées qui sont devenues le germe de la théorie du métamorphisme, soit en déclarant que le granité avait une origine ignée.
Déjà, en 1740, Gensanne, en portant le thermomètre à diverses profondeurs dans les mines de plomb de Giromagny, avait reconnu que la température augmente avec la pro-fondeur. Ces expériences furent renouvelées par Saussure^ en 1785, dans le canton de Berne; par Humboldt, en 1795, dans les mines de Freyberg ; {lar Daubuisson, dans les mîneç de la Bretagne, en 1802 et en 1805, etc.
Parmi les travaux les plus importants qui, depuis le commencement de ce siècle , ont été publiés sur la chaleur tçr-
PREUVES d'une haute TEMPiRATURE ^ ETC. &7
restre^ je rappellerai la Théorie analytique de la çhf^leurf par Fou fier; la Théorie mathématique de la chfUeutc,, p^f Poisson; le mémoire de Cordier, inséré « en i^7> dao^ \^ Mémoires de l'Académie des sciences; les recherche^ dQ Bischof , de M. Daubrée^ etc.
Tous ces travaux n'ont pu encore conduire à la c^coi^vertç de la loi qui préside à la distribution de la température dans la masse du globe. Mais la notion de la chaleur centrale n'est plus contestée par personne ^ et bien peu de géologues per* sistent encore ^ soit à ne pas rapporter cette haute température^ à «a véritable cause , soit à nier qu'elle puisse amener Tétat de fusion de toutes les substances placées à une certaine profon-» deur. La notion du feu central est devenue une des bases essentielles de la géologie : c'est un principe fécond d'où se déduit facilement Texplication d'uo grand nombre de phéqomëneSj sans cela incompréhensibles.
ivcs Cane hante temyératnre dans rintêiienr 4e la terre et 4e
rctat «e ii^néfacuon If née dn «lobe. — 1^ L'augmentation de la chaleur à mesure que l'on pénètre dans la profondeur du globe^ la haute température de certaines sources et des eaux jaillissant des puits artésiens nous permettent de conclure qqe la température est plus élevée dans le centre de la terre que Ters sa périphérie. Mais l'accroissement de chaleur constaté près de la surface du globe continue-t-il jusqu'au centre de la terre, et suffit-il pour produire^ à une certaine profondeur, rétat de fusion de toute la masse interne? En se basant seulement sur l'observation directe y on peut dire que le fait est probable, mais non certain , et, dans la science, la probabilité la plus grande ne saurait suppléer à la certitude , surtout dans des questions de cette importance. C'est abuser de la faculté
88 PRODHOMB DB GÉOLOGIE.
qui nous est donnée de procéder do connu à Knconna ^ que d'étendre à un rayon de quinze cents lieues une loi tout au plus démontrée pour la six-millième partie de cette distance.
2* L'existence d'un état de liquéfaction ignée, à une certaine profondeur, est accusée par les phénomènes volcaniques proprement dits, c'est-à-dire par les éruptions de matière lavique. Mais on peut objecter à cela (|uc les centres des phénomènes volcaniques offrent seuls cet état, et qu'il existe, au-dessous de chaque région volcanique, des mers intérieures de laves ne se rattachant pas les unes aux autres, et n ayant qu'une profondeur limitée. Aussi allons-nous rechercher d'autres preuves du fait que nous voulons mettre hors de contestation.
3* « Les mouvements généraux de Técorce terrestre, dit M. E. de Beaumont, me paraissent très-dignes d'attention comme offlrant la preuve de la mobilité générale de Vécorce terrestre; comme étant un indice presque certain de son peu d'épaisseur et de sa flexibilité, circonstances sur lesquelles M. Confier a insisté avec raison dans son savant mémoire sur l'intérieur du globe; enfin, comme propres à faire sentir que les dislocations de I ecorce terrestre n ont pas été l'effet de causes purement locales. » — Ces mouvements qui, pour ainsi dire, font de Técorce terrestre un radeau flexible, trahissent l'existence, à une faible profondeur, d'une mer dont la fluidité ne peut être que de nature ignée. Ils nous démontrent que les mers de matière incandescente dont il ^ient dëtre question se joignent les unes aux autres, et forment une zone continue au-dessous de la croûte du globe qu elles n ont laissée tranquiUe en aucun de ses points.
4» J'ai rappelé, dans le chapitre précédent, le rapport qui existe entre la forme de la terre et la fluidité de sa masse. J'ai signalé, sans teur attacher aucune importance, les objections
CAU8BS DB LA CHALEUR CENTRALE. 8^
que Ton faisait a la réalité de ce rapport. La forme de la terre Dousdémontre que l'étatde liquéfaction ignée, que nous Tenons de reconnaître à la zone immédiatement sous-jacente par rapport à récorce terrestre, appartient au globe tout entier.
5"^ Enfin, toutes les idées que Ton s'est formées jusqu'à présent sur rétat intérieur de notre planète, sont plus ou moins basées sur Thypolbèse d'une température intérieure excessivement élevée. C'est là , selon nous , la preuve la plus convaincante de l'existence, au centre de la terre, d'une chaleur suffisante pour tout ramener dans sa masse à l'état complet de fluidité ignée. Ceux qui admettent dans cette masse un vide considérable rempli d'un liquide élastique, attribuent Télasticité de ce liquide précisément à l'influence de la chaleur, et, nous le verrons dans le quatrième chapitre, quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur l'état solide ou fluide de l'intérieur de la terre, il est naturel de supposer qu'une chaleur très-intense y vient compenser les effets de la pression.
En résumé, les preuves qui militent en faveur de la théorie de la chaleur centrale sont nombreuses, et les objections que soulèvent quelques-unes d'entre elles ne présentent pas de fondements sérieux. Il est impossible de mettre en doute l'existence d'une très-haute température au centre du globe. Il est presque évident que cette température est suffisamment élevée pour amener à l'état de liquéfaction ignée toute la masse intérieure du globe. Enfin, il est incontestable que cet état de liquéfaction ignée existe dans toute une zone sous-jacente à i'écorce terrestre , zone que nous désignerons sous le nom de pyrosphère.
et la ehalear ceotrale : remarques sénérales fur la tempe-
— L'opinion la plus ancienne et la plus généra-
90 PRCH>R(mS VE GiOLOGIB.
lement admise est celle qui considère cette cbateor oomme 1q résultat de Pétat primitivement incandescent du globe. Quant à cette incandescence , elle a sa raison d'être dana le mode de formation de notre planète, soit que la terre provienne d'un lambeau arraché à la masse du soleil (hypothèse de ButRm, complètement insoutenable et actuellement abandonnée)^ soit qu'elle ait son origine dans un lambeau de nébuleuse peu à peu condensé ( hypothèse de LAplace et d'Herschel ). D'a|Nrèt l'une ou l'autre de ces deux hypothèses, le globe irait en se solidifiant de la circonférence vers le centre, et la température croîtrait dans le même sens.
Poisson voyait, dans la température excessive qu'aurait le centre de la terre, une difficulté à l'hypothèse d'une chaleur d'origine et d'un accroissement continu jusqu'au centre. Selon lui, l'écorce terrestre ne saurait résister à la force élastique résultant d'une telle accumulation de calorique. U ne niait pas l'état primitivement fluide de notre planète, mais il ad^ mettait que sa solidification s'était opérée dans le sens du centre à la circonférence. Pour expliquer l'accroissement de température en raison de la profondeur, il faisait remonter la cause de la haute tem|)érature interne à une époque bien postérieure à l'origine de notre planète, mais antérieure aux temps géologiques. Le globe, dans sa course à ti*avers l'espace, rencontrerait des régions i température variable, et sa chaleur propre actuelle lui aurait été acquise pendant son trajet à tra*^ vers une région où la température était plus élevée que celle du point de l'espace où il se trouve actuellement. La ebaleur des eaux des puits artésiens ne serait qu'une chaleur de pnh venance étrangère qui aurait pénétré de l'extérieur à l'intérieur du globe, et celui-ci pourrait être comparé à un bloc de rocher que l'on transporterait de l'équateur jusque sous le pôle.
CAUSES DE hA CHALB0& CENTRALE. M
we9 mpidemeot pour qa'il n'eàl pas le tenap» de m refroidir mlièt$m/^i l'aocix>isseineot d^ température oe s'éteqdfitt fa^ daos un tel bloc, jusqu'aux coucbes voieiœs du centre*
yopioion que doub adoptons tient à la fois dis deux ma^ pières de voir qui yienneat d'être exposées* Elle se rapprocbe da celle de Fourier, parce qu'elle considère la cbaleur interne cûiQU^e étant une cbaleur d'origine : elle admet, en même lem{«, l'état complètement fluide du globe. Elle se u^\toc\m k celle de Poisson parce que, selon elle, la température ne CVfA-^ trait pas indéûpiment jusqu'au centre de la terre.
L'hypothèse de Poisson et celle de Fourier se ressemblent en ce que la cause invoquée par elles intervient une seule foif pour disparaître ensuite ^ de sorte que la quantité de chaleur interne aurait été et irait en décroissant d^uue époque à l'antre. Une troisième hypothèse^ postérieure eo date aux pré^ cédentes, considère la haute température interne comme iïh dépendante de l'état passé de notre planète. En outre^ au lieu de chercher la source de cette haute température , soit en dehors, soit en dedans du globe ^ pour en retrouver ensuite les effets dans son enveloppe, elle suppose cette haute tempéra** taire inhérente à cette enveloppe elle-même. Elle la laît résulter^ soit de courants électro-magnétiques , soit d^actioos chioiiques, telles que l'oxydation des substances placées dans le voisinage de la surface du globe. Ces causes ont été également invoquées pour rendre compte des phénomènes volcaniques. Elles sont évidemment hors de toute proportion avec las effets qu'elles veulent expliquer : sous le rapport de leur valeurj comme sous celui de l'esprit de système qui les a imagiiiéeij elles vont se placer à côté de celles que l'on a mises en avant pour retrouver l'origine de la forme du globe dans des actioiia s'eierçaot vera sa surface.
La haole température intérieure exerce sur récoDomie générale de la nature organique une très-grande influence. EDe agit indirectement comme puissance dynamique en déterminant l'état de Uqiiélactioo ignée du globe , et en permettant ainsi à Técorce terrestre de se mouvoir et de se tuméfier andessus de Tocéan incandescent qui la supporte. En intervenant comme cause première des mouvements de Técorce terrestre^ eUe contribue à déterminer le relief du globe, et, par suite, les amditions climatologiques de sa surface.
L'influence exercée par la chaleur centrale sur les climats n'est, de nos jours, qu'indirecte, puisque le calcul a conduit Fourier à démontrer que la quantité de chaleur qui arrive de rintérieur de la terre n'accroît la température de sa surface que de Vso de degré. A une époque très- ancienne, la chaleur centrale agissait directement sur la température de la surface du globe, et contribuait à la rendre plus uniforme et plus élevée que de nos jours. Il est fort difQcile de dire à quelle époque cette influence directe est devenue presque nulle; mais, on peut l'affirmer, la chaleur d'origine interne a été considérée à tort comme la cause de l'uniformité des climats pendant les premiers temps géologiques. Nous démontrerons que ce fait reconnaît une toute autre raison d'être.
La chaleur centrale intenient dans le développement des êtres organisés, non par le calorique qu'elle répand autour d'eux , mais par le relief qu'elle imprime indirectement au sol. Sans elle, il n'existerait pas de continents, et la faune se trouverait réduite à un nombre excessivement restreint d'animaux marins.
Puisque la chaleur intérieure est, avant tout, la conséquence de l'état primitivement incandescent du globe, tôt ou tard eUe devra s'éteindre. Dans le troisième chapitre, j'exa-
CHALEUR D'ORIGINB SOLAIRE. 93
minerai les conséquences probables de l'entier refroidissement de notre planète.
cl mode de déperdlilon de la ehalear lerrciire : ebalear d*o-
ffUm Miatre. — La cbaleur répartie dans la cnmte du globe proTient de trois sources : Tintérieur de la terre ^ le soleil^ les espaces interplanétaires. L'écorce terrestre est^ en même temps, le siège d*une production de calorique par suite des actions chimiques et autres qui s^accomplissent dans sa masse. De ces diverses sources de chaleur, les deux premières offrent seules une importance réelle.
La chaleur ainsi acquise par Técorce terrestre se perd par TOie de rayonnement à travers l'espace.
La quantité de chaleur reçue par Técorce terrestre étant moindre que celle qu'elle perd par voie de rayonnement, il en résulte que cette écorce se refroidit sans cesse ; mais ce refroidissement est assez lent pour que ses effets ne deviennent sensibles qu'à des intervalles mesurés par une période géologique. D'après Fourier, la terre, une fois échauffée à une température quelconque, et plongée dans un milieu plus froid qu'elle, ne se refroidit pas plus, dans l'espace de 1 280000 années, qu'un globe d'un pied de diamètre, formé de ma-* tières pareilles, et placé dans les mêmes circonstances, ne le ferait en une seconde. Ce résultat nous paraît inconciliable avec ce que nous savons de la durée probable des temps géo^ logiques. Nous lui préférons celui auquel Bischof est parvenu : des expériences sur le refroidissement d'une boule de basalte fondu lui ont appris que la terre a besoin de neuf millions d'années seulement pour passer d'une température moyenne de Hû R. àSoR.
D'après un calcul de M. Pouiliet, si la quantité totale de
chaleur que la terre reçoit du soleil, dans le cours d'une année, était uniformément répartie sur tous les points du globe, d qu'elle y fut employée à fondre la ^lacc, elle serait capable de foudre une couche de glace (jui envelopperait la terre eutière et qui aurait une épaisseur de près de 31 mètres {(/), Un autre calcul a conduit M. E. de Beaumont a démontrer, en s'ajH puyant sur les formules obtenues par Poisson, que le flux de la chaleur produit ammellement par le rayonnement intérieur du globe correspond, pour Paris, a la lusion d'une couche de glace d'une épaisseur de 0, 000^). Le lecteur, en comparant ces deux quantités entre elles, ne doit pas |)crdre de vue que la quantité de chaleur dori^ine solaire devient rapidement insigniliante à mesure (jne la protoiideur aui^mente, tandis que le contraire a lieu pour la chaleur d'oriLiiue interne.
La (|uantilé de chaleur doriiiine terrestre ou interplanétaire est constante; elle ne varie ni a\ec cliaijue heure de la jouri:kée, ni avec les saisons; elle ne ^arie pas non plus dun point à uu autre de la surlace du jilohe. Si c^lle subit des variations, ce ne peut être (jue dans une mesrire très-laible, et à de grands intenalles correspondant a chaque période iiéolotiique.
Mais la (|uantité de chaleur fournie par le soleil clianj;e avec Theure de la journée et avec les saisons: « Kn jiénéral, dit Poisson, les inégalités diurnes sont insiMisibles à un mètre de profondeur : les inéiialilés annuelles disparaissent à une distance d'une vingtaine de mètres de la surface; et vers le tiers de cette distance, celles-ci se réduisent a l'irrégularité dont la période comprend l'année entière. A une i)rofondeur de six à huit mètres, la temi^érature n'oIVre donc (ju'un seul maximum et un seul minimum (jui arrivent à six mois lim de l'autre, et après les époijues de la plus grande et de la moindre ^r. Au delà d'une profondeur d environ 20 mètres, la
CHÂLBUR B^ORIGim SOLAIRE. W
températore ne Tarie plus arec le temps, ou du moina elle oe pKUt plus éprouTer que dee variations séculaires qui a'oot pas tbosiB été obtarvées. Quoique les variations de la chaleur solaire ne soknt plus sensibles à la profèndeur d'une vingtaine de mètree, cependant elle ne s'arrête pas à cette limite, ni à mcune autre ; et, dans un temps suffisamment prolongé, elle a dû pénétrer dans la masse entière de la terre et jusqu'à son centra... Par le rayonnement à travers sa surface» la terre renvoie chaque année, au dehors, une quantité de chaleur égale a celle qu'elle a reçue du soleil et qu'elle a absorbée ; et cet équilibre a lieil, non^seulemcnt pour la surface entière du globe, mats aussi, à très^peu près, pour chacun de ses points particuliers, o Toutefois, cet équilibre n'est réel que pour un intervalle de temps limité : la remarque de Poisson cesserait d être exacte si on l'appliquait à deux époques géologiques quelconques.
M. W. Fox, après avoir dressé un tableau des températures de quelques mines de Gornouailles, en conclut que la propor* tioa dans l'accroissement de température en s'enfonçant dans le 8(ri est plus considérable dans les mines peu profondes que dans celles qui le sont davantage. D'après M. Heawood, de la BurCaure à 274 mètres, l'augmentation de température pour des profondeurs égales parait ôtre en progression décroissante : au delà de 274 mètres , la progression deviendrait plus rapide , de sorte qu'il y aurait à cette profondeur un maximum à partir duquel se manifesterait un accroissement plus rapide, aoit en descendant, soit en montant. M. W. Rogers a égatement reconnu, dans la Virginte, que la proportion de l'aecroisseoMnt était moindre i mesure que la profondeur augmentait.
L'accroissement constate par M. Henwood dans la progrès^ «ion en deçà de la profondeur de S74 mètres dépendrait sur-
tout, selon nous, de l'action solaire ijui sajoute à la température intérieure. L'observation de M. tlenwood permettrait ainsi de constater jusqu'à quelle [jrofondeur la chaleur fournie par le soleil est sensible, ('.cite chaNnu' arrive dans Tintérieur de la terre par ondées successives (|iii sont en relation avec les variations diurnes, annuelles et de saison, et ipii se transforment ensuite en un courant continu, dont l'intensité croît du pôle à rét|nateur. A la profondeur où les variations annuelles se font seules sentir, c'esl-a-dire a H mètres sous nos latitudes, le maximum arrive vers le pnMnier janvier, et le minimum vers la fin de juin; la propnualion de la chaleur solaire s'effectue donc avec une grande leiiUnu'. à travers l'écorce terrestre : il en est évidenunenl de même pour la chaleur d'origine interne.
Première ligne à tempèraiuro constante. — iJ'aprCS ce qui précède, on peut partager rénncc icrreslre en deux zones. Tune inférieure, où ia lempéraiurc tst constamment la même, l'autre supérieure, où ((Mie temiu'iidiu'e v.arie. La surface courbe (pii sépare ces deux zones porte le nom de surface ou de li(/)io à te)iip<'rati(r(' rmisfanh^. (Test à partir de cette ligne qu'il faut compter, si l'on a|>pli(pie ou si l'on recherche la loi d'accroissement de la chalevu' en raison de la profondeur.
c( La profondeur de la couche de température invariable dépend à la fois de la hauteur p(»laire, de la conductibilité des roches, et de la ditlérence lheim()métri(jue entre la saison la plus chaude et la plus froide. l)a|»res la th('îorie de la distribution de la chaleur, la courbe à hupielle les différences de température cessent d'ètn; sensibles durant toute Tannée est d'autant moins éloifznée de la surface du sol qu'il y a moins
PRSmÈRE LIGIŒ A TEMPÉRATURE CONSTANTE. 97
dlntervalle entre le maximum et le minimum de la température annuelle. » Humboldt : Cosmos.
D'après M. Bischof ^ la courbe formée par la ligne à température invariable donnerait un ellipsoïde un peu plus aplati que le globe lui-même. La profondeur à laquelle se trouverait cette ligne serait d'un pied, dans les régions tropicales, d'après M. Boussingault ; d'après M. Bischof, elle se trouverait à 90 pieds dans la Sibérie septentrionale , et dans la zone tempérée elle varierait de 25 à 77 pieds.
La ligne à température invariable ne laisse pas toujours audessous d'elle des couches dont la température soit supérieure au zéro de l'échelle thermométrique. Le sol de l'Asie septentrionale est occupé par des glaces souterraines mêlées à des dép6ts récents de sable, d'argile, de bois bitumineux. Dans le torage du puits d'Iakoutsk, sur le bord de la Lena (62® 2' de latitude nord), on est parvenu jusqu'à une profondeur de 117 mètres sans franchir la couche de glace : à cette profondeur, la température était encore de -2«,4. Les observations thermométriques faites après le forage ont accusé un accroissement de température de un degré par 30 à 35 mètres. D'après les calculs de Middendorff, la limite des terrains de glace ne se trouverait qu'à une profondeur de 187 à 495 mètres. Les observations faites dans d'autres puits situés à un mille diakoutsk, mais qui n'ont atteint qu'une profondeur de 18 mètres^ autorisent à croire que la couche normale de glace se trouverait à 94 mètres seulement du sol , d'où l'on peut conclure que cette profondeur varie beaucoup sur des points très-rapprochés.
Les limites de cette grande masse de sol glacé sont indiquées par Middendorff de la manière suivante : a A l'extrémité la plus septentrionale du continent européen , dans le Finmark ,
98 PBODROME 1)K GÉOI.Or.lE.
par 70** et Tl"" de lalilude, il n'y a |)as encore de sol de glaïc continu ; mais vers Tcsl^ en entrant dans la vallée de TObi, on trouve un véritable sol de f-lace a Obdorsk et à Heresow, cinq degrés au sud du cap Nord. Vers l'est el le sud-est, le sol devient moins troid, à Texceplion de Tobolsk, où la température du sol est plus froide qu'à Wilimsk, plus rapproché du nord d'un degré. Le sol de Tourouchansk sur le Jenisei , par (i> 5i , n'est pas gelé, mais il touche à la liinile des couches de glace. A Amginsk, au sud-est dlakontî^k, le sol est aussi froid qua Obdorsk, situé à 5 de;.'rés plus loin vtis le pôle, l^e l'Obi au Jenisei, la courbe ipii maniue la limile du sol de glace parait remonter de deux degrés vers le nord, pour tléchir de nouveau vers le midi, et traverser la vaHce de la Lena, de huit degrés plus méridionale que le JcuIm i. Tins loin encore vers Test, la hgnc reprend la direction tlu nord, » (Cw/z/^as, l. IV, page TiG.)
DlBtrIbullon Cl accrolsseuieut de la température à ane faible profondeur. — C'est en prenant poiu* base les observations tbermométriques relevées dans les piiils arU\<iens , les mines et les sondages qu'on a essayé d'elahlir la loi (l'areroissemeut de la température en raison de la jjroioîideur; mais ces expériences sont exposées à beaucoup de clianees d'erreur. Le fond des puits artésiens ne coïncide pas avec l'origine de toutes les eaux auxquelles ils servent d'issue; les unes peuvent firovenir d'un |)oint moins profond, le? autns, au contraire, |>euvent avoir un point de départ plus ra|)proché du centre de la terre. Dans les mines, beaucoup de causes contribuent à moditier la température. Parmi ces causes, je» signalerai la chaleur animale dégagée par les ouvriers, celle (pii est fournie par l'éclairage, et enfin les courants d'air |»n)venant des |>arties extérieures. Dans aucun de ces cas, on ne peut se llatter de pouvoir établir,
▲CCROISSEMEIfT DB LÀ TEMPÉRATURE^ ETC. 9^
d'ane manière rigoureuse , la tenrtpérature propre au point où l'bbfienration est faite.
On a dit que la température allait en croissant vers Tinté-^ rieur du globe selon une progression arithmétique^ à raison de uo degré enTÎron par trente mètres eh moyenne. Non-seuletnent cet accroissement n'est pas uniforme pour des points très-rapprochés ^ mais il Tarie aussi dans les mêmes mines et dans les mêmes puits selon la profondeur. A mesure qu'oh se rapproche de la surface du globe , les sources de chaleur de- Tieoneot de plus en plus nombreuses^ et de plus en plus variables dans leur intensité. Le mode de répartition du calorique n'est pins soumis à des principes constants. Un système compliqué de cavités et de fissures parcourt Técorce terrestre; il reçoit les eaui froides venant de la surface du sol et les eaut cbaudes chassées de Tintérieur du globe : ce réseau de fissures qoe Teau met à profit dans sa circulation souterraine est loin d'être uniforme et régulier : l'eau , en transportant avec elle tecalorique^ ne [leut donc le distribuer uniformément.
D'un autre côté^ la matière pyrosphérique^ en pénétrant â travers les conduits volcaniques^ contribue à porter, dans le mode de distribution de la température intérieure^ des variations qui n'existent nullement dans les parties les plus rappro^ chées du centre de la terre. On conçoit que les soupiraux volcaniques soient, pour les contrées qui les entourent^ des foyerâ d'où une grande quantité de calorique se répand par voie de conductibilité. — C'est surtout vers la partie supérieure de l'écorce terrestre que l'écart, entre la température intérieure des régions volcaniques et celle des régions non volcaniques, est très-sensible. Des observations faites dans un puits de recherche, à deux milles de Monte-Massi (Toscane), ont accusé sur 06 point un accroissement de température de un degi-é pai*
100 PRODROME DE CrtOLOGW..
13 mètres : ce puits a été oiiveri à tjuelijiics milles des laLHiniet dans une réuion où raetion volcailicjiie atleint ime grande énergie. Dans le puils foré à Neiill'en Wurtemberg), à travers le terrain jurassique, laccroissemeut est de un degré par 10'% 5. M. baubrée attril)ue cette manlie rapide de la température luw basaltes du voisinage» ipii , ayant conservé une certaine quantité de leur chaleur première, réagissent sur les dépôts environnants. — Dans lalUvtagne, où l'action volcanique ne s'est jamais manilestée, et où les roclies éruptives sont de date Irès-ancienne, l'accioissenuMit de la chaleur est beaucoup ])îus lent. Les observations laites par Daubuisson, en 1800, dans les mines de Doullaouen et de Huelgoat^ en Bretagne, et consignées par (>)i'dier dans st»n mémoire sur la température intérieure, donnent une moyenne d'un accroissement de un degré par rr2"', ^.S. Cvi arcroissement est trèsfaible, et, pour expli(|uer la dilVérence des résultats obtenus en Bretagne et en Italie, on ferait vainement remanjoer (jne les observations de Daubuisson ont été pris<^s dans rtNiu contenue dans les mines sous forme de soinces, de puisards ou d'inondations.
Je dois rappeler ici le résuKat Au forage du ])uils do (irenelle, soit alin de donner [)onr l'accroissement de température une valeur moyenne entre C(-ll(\< qui Niennent d'èlre inditjuées, soit parce que les observations thermomélri(pjes correspondant à ce forage ont été relevées, avec \c [)!us grand soin, par Arago et M. Walferdin. Le torage du puils dt^ (Ireiuile a rencontré à 505 mètres les marnes du gault. Le IliCMinomètre à cette profondeur a manpié ^20*^, i.L V.n prenant |)our |)oint de départ la température coiistante des caves de l'observatoire (11% 7 à 28 mètres de profondeur), on obtient pour valeur de Laccroissement de température un degré pom* :i-2 " 3. Ce résultat se