LES PHENOMÈMES GLACIAIRES PENDANT LES TEMPS ANTÉRIEURS
A l'époque actuelle.
Les glaciers peQdaoi les époqaea ao^téfieurea à Vère joTieooe : gleoîçrs temporaires ou em);^ryonnaires. — Causes de la grçade exteoision 4ea glaciers après la période néozoïqne : exhaassemeot des massifs montagneux , abaissement des neiges perpétuelles , refroidissement subit et momentané dans le milieu sidéral. — Il y a eu deux périodes ghi-« ciaires, séparées par un long intervalle de temps, pendant lequel lee glaciers ont disparu en totalité ott en, partie. ^ Syncbronisme des phé-< nomènes glaciaires à la surface du globe. — Les anciens glaciers des Alpes et des autres massifs montagneux. — Blocs erratiques du Jura : hypothèses successivement émises pour expliquer leur transport. — Phénomène erratique du nord de I^Enrope et de rAmériquA. -^ Let glaces circumpolaires pendant les temps anciens.
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presque tous les temps géologiques ^ il n'y a pas eu de glacienk à la surface du globe. La température n'était pas aasez ba0$a et les massifs montagneux n'étaient pas o^sez élevés pour quA les phénomènes qui viennent d'être décrits pussent se maai* fester. La première apparition des glaciers date du comnM[i<cernent de Tère jovienne telle que nous l'avons dé&nieu Les. premières alluvions déposées autour du massif alpin, le conglomérat bressan, le terrain de transport de la Crau, etc.j son^ sans doute le résultat de l'action gla^ciaire à son début.
4iO PRODROME DE GÉOLOGIE.
Les glaciers^ avant de prendre déflnitiyement possession des Alpes et des autres massifs montagneux^ ont dû s'y présenter sous forme de glaciers temporaires , que M. Agassiz appelle des glaciers bâtards, et qui pourraient recevoir aussi Fépithète à' embryonnaires.
« Si, à la fin d'un hiver abondant en neiges, une grande avalanche s'arrête dans un endroit que sa hauteur ou sa situation tient à l'abri des vents du midi et de l'ardeur du soleil, et que l'été suivant ne soit pas bien chaud , toute cette neige n'aura pas le temps de se fondre; sa partie inférieure, imbibée d'eau, se convertira en glace; l'on verra des neiges permanentes et même des glaces dans un endroit où il n'y en avait point auparavant. L'hiver suivant, de nouvelles neiges s'arrêteront dans cette même place, et leur masse augmentée résistera encore mieux que la première fois aux chaleurs de l'été. Si donc on a quelques étés consécutifs qui ne soient pas bien chauds, et qui succèdent à des hivers abondants en neiges, il se formera des glaciers dans des places où l'on ne se souvenait pas d'en avoir vu. » (De Saussure, Voyages dans les Alpes.)
Les Vosges voient également se former de petits glaciers tetnporaires que les chaleurs du mois d'août font disparaître. M. E. Collomb, qui s'en est occupé le premier, y a reconnu, dans une épaisseur de quelques mètres , le même ordre de superposition que dans les Alpes, c'est-à-dire de haut en bas, petit névé ou neige poudreuse, névé à gros grains, glace de névé, glace huileuse, glace compacte reposant sur le sol. Ces glaciers temporaires sont également doués de mouvement comme ceux dont ils sont une reproduction en petit.
Il y a eu probablement, avant le commencement de l'ère jovienne, une période de glaciers temporaires qui a précédé et, pour ainsi dire, annoncé l'apparition des grands glaciers.
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Quelles sont les causes qui ont amené Ténorme extension des phénomènes glaciaires? Je mentionnerai d'abord Texhaussèment des massifs montagneux qui tendaient à se rapprocher de la ligne des neiges perpétuelles , et l'abaissement de cette ligne par suite du refroidissement lent et régulier de la masse terrestre. Mais^ ainsi que je l'ai déjà fait remarquer^ page 302> il y a eu ^ en dehors de notre planète , une cause de refroidissement qui est intervenue d'une manière relativement subite pour disparaître de même.
L'ancienne extension des glaciers s'est produite d'une ma* nière trop rapide pour qu'on puisse la rattacher exclusivement au refroidissement lent et régulier du globe. Faire intervenir un brusque exhaussement du sol> ce n'est pas résoudre le problème, car les anciens glaciers ont disparu, puis se sont montrés de nouveau pour disparaître encore, sans que la configuration topographique de l'Europe ait subi de modifications importantes. On est obligé d'admettre que le globe s'est trouvé, pendant la première période glaciaire, dans un milieu sidéral dont la température était moins élevée que ne l'est celle du point de l'espace où il est actuellement placé. Admettre cette explication, c'est reconnaître implicitement que la cause de refroidissement s'est exercée sur toute la surface du globe à la fois, dans l'hémisphère boréal en même temps que dans l'hémisphère opposé.
Hâtons-nous de dire que , pendant la première période gla« Claire, la température n'était pas aussi basse qu'on pourrait le penser. Le mécanisme qui détermine la formation des glaciers et leur imprime le mouvement ne, saurait fonctionner avec un climat rigoureux comme celui de la Sibérie. Voici le calcul fort simple qui a été fait par M. Ch. Marlins, pour donner une idée du climat qui a pu amener les glaciers jusqu'aux
JLi!î f^ROBROME DE GÉOLOGIE.
bôrdà du lac de Oenète.— La température moyenne de Genève est de 9* 86. Sur les montajçnes environnantes, la limite des neiges perpétuelles se trouve à 2700 mètres au-dessus de la ttier. Les grands glaciers de la vallée de Chamonix descendent à 4550 mètres au-dessous de cette ligne. Cela posé, supposons que la température moyenne de Genève s'abaisse de 5 degrés (1) seulement et devienne par conséquent 4"» 56. Le décroissement de la température avec la hauteur étant d'un degré pour 188 mètres, la limite des neiges perpétuelles s'abaissera de 940 mètres, et ne sera plus qu'à 1760 mètres au-dessus de la mer. On accordera sans difficulté que les glaciers de Chamonix descendraient aû^essous de cette nouvelle limite d'une quantité au moins égale à celle qui existe entre la limite actuelle et leur extrémité inférieure. Or, actuellement le pied de ces glaciers est à 1150 mètres au-dessus de Focéan : avec un climat plus froid de 5 degrés , il sera de 940 mètres plus bas, c'est-à-dire au-dessous du niveau de la plaine suisse. Avec un abaissement de 5 degrés, les glaciers viendraient butter contre le Jura avec d'autant plus de facilité qu'un glacier descend d'autant plus bas que le cirque d'où il provient es plus vaste : or, les glaciers, dans l'hypothèse qui vient d'être examinée, auraient, pour bassin d'alimentation, toutes les vallées et toutes leâ gorges au-dessus de 1760 mètres.
En partant de l'hypothèse très-admissible que, jadis, la ligne des neiges perpétuelles s'est abaissée partout de la même quantité > j'ai tracé dans la figure 19 la ligne des neiges perpétuelles lors de l'époque des grands glaciers. Il y a> entre les deux
(1) Dans sel calculs, M. Gh. MariÎM prend pour point de départ un abaissement de i<* seulement. Cet abaissement, suffisant pour expliquer le phénomène glaciaire alpin, ne Test pas pour rendre compte de l'existence des glaciers tfur d'avtrea massifs montagneux, et notamment dané les Vosges.
LES GLACIERS PENDANT l'ÈRB JOVIENNE. tHi
lignes 9 une différence de niveau de 1000 mètres environ. La flgure 43 montre comment certains massifs montagneux atteigoaient jadis la région des neiges perpétuelles et> par conséquent, avaient des glaciers.
Ces changements, relativement subits, dans la température du milieu sidéral, ne sont pas particuliers à Tère jovienne; ils oot dû se manifester pendant toutes les périodes géologiques, mais leur influence sur les phénomènes d'ordre inorganique a été jadis moins sensible , parce que la configuration du soi cl la température propre du globe n'étaient pas les mêmes que pendant Tère jovienne. Que la température s'abaisse de 90» à iS"*, l'action modificatrice exercée par ce changement sur les êtres organisés et sur les phénomènes géologiques sera trèsfaible. Mais que le même abaissement de Sf* dans la tempe* rature s'opère à une époque ou dans une région dont la température est à peine supérieure au zéro de l'échelle thermométrique, alors l'eau passera à l'élat de glace, et les phé* nomènes géologiques prendront un cours tout différent. C'est pour cela que l'ère jovienne a vu se développer, sur une large échelle , des phénomènes qui ne s'étaient pas encore produits ou qui ne s'étaient manifestés que dans des proportions trèS'* minimes; aussi l'ère jovienne, que nous avons dit être celle des dunes et des deltas, est-elle également celle des glaciers.
Pendant longtemps, on n'avait admis, dans l'histoire phy** sique de la terre, qu'une seule période glaciaire; mais une élude de plus en plus minutieuse a démontré que les phénomènes glaciaires se rattachaient à deux périodes distinctes, sé« parées par un large intervalle. Un nouveau pas fait dans la connaissance des événements qui ont marqué l'ère jovienne a eu pour résultat de prouver que les phénomènes glaciaires avaient offert un plus large développement pendant la pre-
mière période que pendant la seconde ^ contrairement i Topinion qui avait été adoptée en premier lieu.
La période interglaciaire a été marquée par Tapparition d'une nouvelle faune et par une élévation dans la température. A-t-elle vu rentière disparition des glaciers? Je répoudrai à cette question par la négative^ mais je ne le ferai qu'avec réserve^ car^ dans Tétat actuel de nos connaissances, il est difficile d'apporter des preuves incontestables à Tappui d'une opinion quelconque sur l'étendue des glaciers pendant la période interglaciaire.
Pendant cette période^ des terrains âe transport d'une grande puissance se sont successivement déposés autour du massif alpin et dans beaucoup d'autres contrées. Leur ordre de superposition sera indiqué dans la partie de cet ouvrage réservée à la géologie systématique. Je me bornerai à dire qu'autour du massif alpin ces terrains de transport offrent, à divers degrés , le caractère diluvien. Ce fait, prouvé par l'observation directe, est aussi en relation avec la théorie , puisque tout glacier doit être précédé et suivi d'un diluvium.
lutê aaelCBS gteden «ans 1m Alpes et éma» le» aatrc* iMitft
tacnen. — Les anciens glaciers étaient sur le versant septentrional des Alpes : a) celui du Rhîn^ qui occupait tout le bassin du lac de Constance et s'étendait jusques sur les parties limitrophes de l'Allemagne; à) celui de la Linth, s'arrêtant à l'extrémité du lac de Zurich : cette ville est bâtie sur sa moraine terminale; c) celui de la Reuss, qui a couvert le lac des Quatre-Cantons de blocs arrachés aux cimes du Saint-Gothard; d) celui de VAar, dont les dernières moraines couronnent les collines des environs de Berne; e) celui de VArve; f) celui de V Isère, débouchant par les lacs d'Annecy et du Bourget ; g) celui
PREmÈRE PÉRIODE GL4CIAIRB DANS LES ALPES y ETC. 4^5
du RhAne , le plus important de tous. C'est lui qui a porté sur les flancs du Jura les blocs erratiques dont il sera question tout à l'heure, n prenait naissance dans toutes les vallées latérales qui découpent les deux chaînes parallèles du Valais. Il remplissait le Valais et s'étendait dans la plaine comprise entre les Alpes et le Jura^ depuis le fort de TEcluse , près de la perte du Rh6ne> jusque dans les environs d'Aarau.
Les débris de roches transportés par la mer de glace qui occupait toute la plaine helvétique prenaient^ vers le nord, la direction de la vallée du Rhin. Du côté opposé , le glacier du Rhône, après avoir atteint la plaine suisse, obliquait vers le sud, recevait le glacier de TArve , puis celui de llsère, passait entre le Jura et les montagnes de la Grande-Chartreuse , recouvrait la Bresse , presque tout le Dauphiné, et venait se terminer aux environs de Lyon.
Sur le versant méridional des Alpes, les anciens glaciers, d'après la carte qui en a été tracée par M. 6. de Mortillet , occupaient toutes les grandes vallées , à partir de celle de la Doire, à Touest, jusqu'à celle du Tagliamento , à Test, a Le glacier de la Doire débouchait dans la vallée du Pô, tout près de Turin. Celui de la Doire-Baltée débouchait dans la plaine d'Ivrée, où il a laissé un magnifique hémicycle de collines qui formaient sa moraine terminale. Celui de la Toce venait se heurter, dans le bassin du lac Majeur, contre le glacier du Tessin , et se rejetait dans la vallée du lac d'Orta , à l'extrémité méridionale duquel se trouvent ses moraines terminales. Celui du Tessin remplissait le bassin du lac Majeur, et s'étalait entre Lugano et Varèse. Celui de YAdda remplissait le bassin do lac de Côme et venait s'étaler entre Mendrizio et Lecco, en décrivant un vaste demi-cercle. Celui de VOfflio se terminait un peu au delà du lac d'Iseo. Celui de VAdige, ne
poutant continuer son tnget par Roteredo» où la Yallée devient très^troite , allait remplir rinimen«e bassin du lac de Garde; à Nori^ il a laissé une magnifique moraine dont le Dante a parlé dans son Infemo. Celui de la Brenta s'étendait sur le plateau de Sette«Ck)mmune. La Drave et le Tagliamento ataient aussi leurs glaciers. Enfin^ dit M. de Mortillet, les glaciers occupaient toutes les vallées des Alpes autrichienncB et bavaroises^ et J'ai reconnu leurs traces dans la vallée de Hnn et dans celle de la Drave , jusqu'au-dessous de Klagenfurt. »
Les autres contrées de TEurope, où les anciens glaciers ont laissé des traces de leur existence^ sont les Pyrénées» la Gotw^ la nord du pays de Galles, l'Ecosse^ le Jura^ les Vosges., etc. Le glacier de la Moselle était le plus considérable des Vosges : il recevait de nombreux affluents, avait 36 kilomètres de long, SOOO mètres de large; sa moraine frontale la plus inférieure est située un peu au-dessous de Remiremont et présente un développement de deux kilomètres.
Lors de la seconde période glaciaire , les glaciers, en envahissant une partie de Tespace qu'ils avaient Jadis abandonné , ont dû détruire et remanier les anciennes moraines et les anciens dépôts erratiques. Il n'est resté du terrain erratique primitif que celui qui occupait la zone que les glaciers de la seconde période n'ont pu atteindre. Les moraines qui existent encore ne peuvent donc appartenir qu'à cette seconde période.
■iea« «f crMMport. — Les blocs alpins, qui se nM>ntrent dans la plaine suisse sous forme de terrain glaciaire éparpillé^ existent également sur le flanc helvétique du Jura. Vis-à-vis Tverdan, ils atteignent une altitude de près de 1100 mètres, et, de ce point, la sone qu'ils occupent va en s'abaissant vers le nord«esl