BLOCS ERRATIQUES DU JURA. W
et yers le sud-ouest. Ils sont accumulés en plus grand nombre en tkce des débouchés des grandes vallées alpines. Ceux du Jura Taudois et neufchatelois proviennent des Alpes du Valais et du Moni-Blanc; ceux du Jura bernois^ de TOberland^ et ceux de TArgovie et de Zurich, des petits cantons. Les blocs de ces provenances diverses ne se mêlent que sur les limites des régions qu'ils occupent. Ils pénètrent également dans le Jura, sur les points où ce massif montagneux s'abaisse. Deluc les a reconnus sur la pente du Doubs et les a observés jusqu'au delà de Pontarlier et d'Ornans; probablement, la rivière de la Loue qui passe par cette ville était en partie alimentée par les eaux provenant de la fonte des bords du glacier suisse, lors de sa plus grande extension.
Le volume des blocs alpins du Jura varie beaucoup ; la fameuse pierre-à-bot, située à 700 mètres environ de hauteur aa-'^essus du niveau de la mer, a 13 mètres de diamètre.
Les blocs alpins du Jura ne sont nullement émoussés sur leurs angles* Ils reposent sur des cailloux roulés formant une couche dont l'épaisseur varie de quelques pouces à quelques pieds; les plus volumineux de ces cailloux occupent la partie supérieure de la couche qu'ils constituent; inférieurement, ils passent à un sable fin. La roche en place qui supporte les cailloux a été polie et striée par eux. Dans la partie du Jura où existent les blocs erratiques, on observe des surfaces, appelées laves par les habitants de la contrée. Ces surfaces sont aussi unies qu'un miroir, tantôt planes, tantôt ondulées, souvent moutonnées et toujours uniformes pour des roches voisines, même lorsque celles-ci sont de dureté différente. Un dernier caractère qui rattache le polissage de ces surfaces a une action glaciaire nous est fourni par les fines stpes qu'elles présentent.
Les faits dont je viens de faire la rapide énumératiop , et
d'autres que j'aurais pu citer^ démontrent jusqu'à l'évidence que les blocs alpins du Jura y ont été apportés par les glaciers. On s'étonne même que le doute ait pu régner si longtemps sur cette question. En énumérant les diverses hypothèses qui ont été successivement émises pour expliquer le transport des blocs alpins^ et en mentionnant les objections auxquelles ces hypothèses donnaient lieu , je n'aurai nullement l'intention de leur accorder plus d'importance qu'elles n'en méritent.
Deluc admettait (1813) que les blocs alpins du Jura avaient été projetés par des éruptions volcaniques survenues dans la chaîne des Alpes. Or^ cette chaîne n'offre aucune trace de volcans^ et ^ quand même il en serait ainsi , on ne conçoit pas comment l'action volcanique aurait eu assez de force pour projeter^ à 80 kilomètres de distance^ des blocs d'un volume tel que celui de la pierre-à-bot ; on ne conçoit pas non plus comment ces blocs ^ en tombant sur le sol, au lieu de se poser doucement sur une couche de sable et de gravier de même origine qu'eux, ne se seraient pas brisés en fragments et n'au* raient pas effondré le sol.
De Saussure avait émis l'idée de grands courants qui se se^ raient produits à la suite de Técoulement subit d'un grand lac qui jadis recouvrait toute la Suisse; mais, dans ce cas, les blocs alpins, au lieu de se diriger vers le Jura, auraient été entraînés pêle-mêle vers le point par où leur écoulement aurait eu lieu ; leurs angles se seraient émoussés et leur dépôt se serait effectué dans des conditions différentes de celles que nous avons rappelées.
En 1818, L. de Buch, pour concilier l'idée de de Saussure avec la distribution géographique des blocs, supposait que leur transport s'était effectué par des courants débouchant des vallées alpines et traversant le lac suisse. Mais cette