‹ Prodrome de géologie (volume 2)Chapitre 97 sur 149 · BLOCS ERRATIQUES DU JURA · texte numérisé non relu

BLOCS ERRATIQUES DU JURA

hypothèse donne lieu aux mêmes objections que celle de de Saussure , puisque les courants , après s'être heurtés contre le Jura^ auraient dû prendre ensuite une direction commune et coofoodre^ dans un même dépôts tous les matériaux charriés par eux. D'ailleurs, quelle force ne faudrait-il pas supposer à ces courants s'ils avaient réellement transporté en droite ligne les blocs alpins? Où faudrait-il placer l'immense réservoir qui leur aurait donné naissance?

SirLyell a pensé (i835) résoudre la question en remplaçant les courants par des radeaux de glace. Cette hypothèse semble très-naturelle au premier abord, mais un examen superficiel suffit pour la faire rejeter. Les dépôts effectués par des glaces flottantes ne ressemblent nullement à ceux qui constituent le terrain erratique du Jura. En outre, les glaces flottantes se seraient toutes dipigées vers le même point sous l'influence des vents ou des courants, et le vaste lac traversé par elles aurait reçu des dépôts qui témoigneraient de son existence.

Citons enfin , pour mémoire , l'opinion de Dolomieu, admettant le transport des blocs erratiques sur un plan incliné, et le soulèvement du Jura postérieurement à ce transport. Entre autres objections, on peut faire à l'idée de Dolomieu la suivante : c'est que la région comprise entre les Alpes et le Jura avait, dès le commencement de la période glaciaire, sa configuration actuelle.

L'honneur d'avoir, les premiers, introduit dans la science ridée de l'extension des glaciers des Alpes jusqu'au Jura revient à Venetz et à Charpentier. Celui-ci formula son opinion et celle de son ami , en 1834, au congrès des naturalistes suisses réunis à Lucerne; Venetz l'avait déjà consignée dans un mémoire communi(|ué à la Société Helvétique en 48^1 , mais imprimé seulement en 1833.

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L'opinion qui règne actuellement parmi les savante paraît avoir été, depuis longtemps, celle des guides. Dans un arUcle inséré, en i82i, dans le Dictionnaire d'histoire naturelle, il est dit qu'un guide, nommé De ville, attribuait le transport des blocs erratiques à l'action des glaciers jadis plus étendus qu'aujourd'hui. Charpentier, en revenant, en 1815, d'une excursion dans les glaciers de la vallée de LourUer, avait entendu un guide, appelé Perraudin, exprimer la même idée. En parlant ainsi, dit M. Ch. Martins, Perraudin ne se doutait guère avoir fait une grande découverte et résolu, à force de bon sens, un problème que le génie des plus célèbres géologues avait abordé sans succès.

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moment où les glaciers ont pris possession des Alpes et de tous les massifs montagneux de l'Europe centrale, ils ont occupé la Suède et la Norwège, alors plus élevées, et par conséquent plus étendues que de nos jours. En même tempe se sont opérés le striage et le polissage des roches, phénomène dont les traces sont encore parfaitement reconnaissables jusqu'à une profondeur de SCO mètres au-dessous du niveau de la mer actuelle. Après ce phénomène, qui a coïncidé avec le commencement de l'ère jovienne , la Scandinavie et les contrées voisines se sont affaissées; la mer a envahi toute une vaste zone dont nous indiquerons la limite méridionale, et les glaciers qui existaient déjà dans les Alpes Scandinaves se sont trouvés dans les mêmes conditions que ceux qui recouvrent maintenant le Spitzberg et le Groenland. Les glaces flottantes détachées de ces glaciers parcouraient la mer qui entourait la Scandinavie , en dispersant çà et là les blocs et les détritus de roches qu'elles portaient avec elles. Ces blocs occupent une

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zone dessinant une demi-circonférence dont le rayon est de 280 lieues, et qui a Stockholm pour centre. La ligne qui forme la limite méridionale de cette zone passe par Nikolskoï, Toula ^ Cracovie, Breslau, Leipzig^ Hanovre, Arnheim, et se continue sur la côte orientale de TAngleterre. Les blocs erratiques de la Russie et de la Pologne sont de granité et pro* Tiennent de la Finlande et de la Laponie. La Suède et la Norwège ont fourni les blocs de gneiss, de syénite , de porphyre et de trapp , que Ton observe djins la Poméranie , le Holstein et le Danemark. Ceux de TAngleterre proviennent de la Norwège. La formation erratique renferme aussi des blocs appartenant au pays même où on les observe ; tout à l'heure , nous indiquerons leur raison d'être, en parlant de Tancienne limite des neiges perpétuelles.

Les blocs erratiques sont disséminés au milieu et à la surface d'un vaste dépôt d'argile, de sable et de gravier qui a été reçu au fond de la mer que parcouraient les glaces flottantes parties de la Scandinavie. C'est ce dépôt qu'il est convenable de désigner sous le nom de drift (i),.qui est remplacé par celui de tUl , lorsque ce dépôt est formé d'argile ou de limon non stratifié.

Les coquilles marines contenues dans la partie inférieure du drift ne se retrouvent plus aujourd'hui qu'au delà du cercle polaire, au Spitzberg, au Groenland, à l'ile Melville. Elles ont UQ caractère arctique très-net, et nous trouvons dans ce fait un motif suffisant pour considérer le drift comme correspondant à la première période glaciaire du centre et du sud de l'Europe.

(f) Le mol drift est souvent employé par les géologues anglais et amëriuios comme synonyme de dépôt de transport, dépôt diluvien ou dépôt erratique. Sir Lyell a proposé de s'en servir pour désigner tout diluvium qui n'est pas prouvé être d'eau douce.

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