CHAPITRE V
B0CBI8 d'oRIGUCE ORGANIQUE. — ROLI DBS POLYPIERS; ATOLLS ET RÉaFS DE CORAUX.
Rodies délritiqaes formées ps;r Faccamulalion de débris de coquilles et d'animaux marins ; faluns , crag, calcaire coquillicr, lumachelle ; origine de la craie blanche. — Roches formées par raccomulation sur place de débris d'animaux; calcaire à entroques, calcaire à cypris et à indoses, baocs d*buUres, de gnathodons, d^éthéries, etc. — Rôle des rbizopodes ou foraminîfères ; calcaire à nummulites. — Interventiou des polypiers dana l'édification de Técoree terrestre. — Principales espèces de polypiers coralligènes. — Circonstances favorables à leur développement. — Distribution géographique et géologique des roches coralliennes. — Récifs barrières et récifs côliers. — Atolls de rOcéanie ; leur forme annulaire expliquée par Darwin.
\ «MrtU«aee feméct 9«r l'MemMilaUon «c «élirU et eo««Uleft ■mhiu. — Les débris de coquilles et d'animaux marins sont quelquefois si abondants dans certaines roches qu'il est permis de considérer celles-ci comme ayant une origine en partie organique. Le terrain tertiaire, par exemple,, présente fréquemment des marnes grossières, sableuses, où les débris de coquilles et de polypiers forment un des éléments essentiels de la rocbe. Ces marnes servent , en Touraine, à l'amendement des terres; elles y sont désignées sous le nom de faluns que Ton a introduit dans la science pour désigner an des étages de la série géologique. En Angleterre, on appelle crag une roche ressemblant beaucoup, sous le rapport pétro* logique, aux faluns, également employée dans l'amendement
du 8ol et serrant aussi à dénommer un des étages de la série tertiaire.
Il existe des calcaires auxquels on donne la désignation de calcaires coquilliers , désignation qu'il ne faut pas confondre avec celle de calcaire conchylien, qu'Alex. Brongniart a créée pour remplacer celle de mtischelkalk/atleciée par les allemands à une partie de la série triasique. Le calcaire grossier , avec lequel on construit à Paris^ est encore une roche formée en majeure partie de débris roulés et très atténués de coquilles^ de polypiers^ etc. Le nom de lumachelle (de l'italien lumaca, limaçon)^ primitivement employé par les marbriers italiens^ est devenu en usage parmi les géologues ; il s'applique à des calcaires également coquilliers^ mais ordinairement assez durs et assez compactes pour fournir des marbres souvent remarquables par leur éclat nacré.
Le microscope nous montre^ dans la craie blanche^ une telle abondance de débris de coquilles^ de polypiers, de bryozoaires^ de rhizopodes et d'infusoires, que cette roche peut être considérée avec raison comme ayant une origine en partie organique. Pourtant, ce serait une erreur de supposer que la texture propre à la craie blanche et à toutes les roches d'aspect crayeux provient du mélange de ces débris microscopiques •d'animaux marins^ et qu'elle doit être attribuée à l'intervention directe de la vie. La texture crayeuse se rencontre dans des roches qui ne présentent au microscope aucune trace d'être organisé; on l'observe également dans certaines stalactites, dans les nodules calcaires du lehm et dans le carbonate de chaux qui se dépose à l'état pulvérulent entre les fragments des éboulis(tome I, page 336). On ne connaît nullement les causes qui, en détruisant ou en diminuant la force de cohésion des éléments constitutifs de certaines roches, leur impriment
R0CXIE8 FORMÉES DE DÉBRIS d'aKIMAUX MARI14S. 95
une nuance blanchâtre et les rendent plus ou moins friables. On a dit qu'aucune roche ne ressemblait plus que la craie aux précipités de carbonate de chaux que Ton obtient dans les laboratoires en mettant en jeu les doubles décompositions; mais les conditions de Texpérience que Ton a ici en vue ne se réalisent certainement pas dans la nature ; elles ne sont pas produites notamment pour le dépôt de la craie blanche. Sir Lyell , en recherchant Toriginede la craie blanche^ rapporte qu'il existe, dans les iles Bermudes et dans celles de Bahama, des lagunes, environnées de récifs madréporiques, sur le fond desquelles se dépose une vase calcaire, blanche, molle, qui résulte non seu-* lement de la trituration des débris d'animaux marins, mais encore, ainsi que Darwin Ta observé en étudiant les îles de coraux du Pacifique, dis la matière fécale rejetée par les échinodermes, par le strombe géant et les poissons corallophages, qui rongent paisiblement les coraux vivants de la même manière que les quadrupèdes herbivores broutent le gazon. Une vase, ayant la même origine dans les atolls des Maldives, est entraînée, par d'étroites ouvertures, des bassina intérieurs des récifs vers l'océan, et colore les eaux de la mer jusqu'à une grande distance. Les faits cités par sir Lyell nous montrent une des circonstances où il y a formation de calcaire crayeux, mais ils ne nous font pas connaître la véritable nature de ce phénomène, et, dans tous les cas, ne peuvent servir de base à une théorie générale. La craie blanche recouvre en Europe, en conservant son caractère minéralogique, un espace trop étendu pour qu'on puisse la considérer comme s'étant produite dans les mêmes circonstances que la vase des atolls de l'Océanie. Je le répète, on aurait tort d'établir une relation nécessaire entre la texture crayeuse de certaines roches et leur origine orga^. nique.
fMViéci pur raceuBidatton mr place ée é«1n1i CâaiBiftia. —
Les animaux dont les dépouilles , en s'entassant sur place ^ peuvent déterminer la formation d'assises plus ou moins puissantes ^ vivent en société. De ce nombre sont les crinoîdes dont le corps était composé de pièces articulées excessivement nombreuses (voir anté, page 74). Parkinson estime à S!6000 le nombre des pièces de VEncrinus lilnformis; Buckland a montré que^ dans le PerUacrinus briareus, espèce du lias, il y en a plus de iSOOOO^ et M. deKoninck, qui a compté celles d'un échantillon adulte de la même espèce y porte ce nombre à 61&000. Représentons nous maintenant une forêt d'encrines venant à être détruite d'une manière lente ou subite; ses débris constitueront des assises entières qui offriront un aspect particulier provenant de la texture spatbique propre aux fossiles de la classe des écbinodermes {antè, page 14). Parmi tes roches constituées , en totalité ou en partie y par des encrines^ je citerai le marbre des Eccnissines, près de Mons^ qui est presque lioir, avec taches grises de fragments spathiques d'encrines. Des strates avec nombreux débris d'encrines entrent dans la composition de Toolite inférieure d'un grand nombre de pays^ et notamment de la Bourgogne et de la Franche Qomid, où toute une assise , qui atteint quelquefois une épaisseur de plus de dix mètres , est presque exclusivement formée de débris d'encrines; celte assise est désignée sous le nom de calcaire à entroqiies ; iadis les fragments d*encrines étaient appelés entroqnes ou trochites.
Les bélemnites vivaient en troupes nombreuses fréquentant, près du littoral, les parages où elles trouvaient une alimentation facile; aussi voyons-nous, surtout dans le lias, des roches pétries de leurs débris.
J'ai déjà mentionné, comme jouant un certain rôle dans les