‹ Prodrome de géologieChapitre 32 sur 170 · ROCHBS FORMÉES PAR L'ACCUMULATION DE DÉBRIS D'ANIHAUX · texte numérisé non relu

ROCHBS FORMÉES PAR L'ACCUMULATION DE DÉBRIS D'ANIHAUX

terrains lacustres^ le calcaire à cypris; j'ai dit aussi que le calcaire à indmes (voir antèy page 36) forme, dans le terrain d'eau douce de l'Auvergne, des assises de deux mètres de puissance. Ge calcaire est presque exclusivement composé de ces larves aquatiques de phryganes, insectes qui habitent les endroits marécageux et, le soir, pendant les beaux jours d'été, volent en nombreux essaims.

Certains lamellibranches, tels que les huîtres et les gryphées, édifient, en se superposant les uns aux autres, des bancs entiers qui passent, pour ainsi dire en bloc, à l'état fossile.

Ce sont les formations marines qui nous fournissent presque exclusivement des exemples de strates entièrement formées de valves de coquilles. Pourtant , l'époque actuelle nous montre, dans l'Amérique septentrionale, pays dont les caractères géologiques contrastent quelquefois avec ceux de l'Europe, de puissants amas de débris ayant appartenu à des mollusques d'eau douce, a Sur plusieurs points des Etats Unis, le fond de certains lacs s'exhausse par le dépôt de marnes résultant de la décomposition des Unie, des anodontes, etc., et employées pour l'amendement des terres. Le Gnathodon multiplie prodigieusement dans les lagunes de la Louisiane et de l'Alabama. Des bancs de coquilles mortes du Gnathodon cuneatus se voient jusqu'à la distance de vingt milles dans les terres ; la ville de Mobile est bâtie sur un banc de cette sorte; la route de la Nouvelle Orléans au lac de Ponchartrain, sur une longueur de six milles, a été construite avec des Gnathodon exploités à l'extrémité orientale du lac où se voit une accumulation de ces coquilles qui n'a pas moins de i 600 mètres de long sur 5 mètres de haut et 60 de large à la base. Le genre Œtheria, dont on ne connaît qu'une espèce, que Bruce prenait pour une huître d'eau douce, acquiert aussi im développement très rapide sur

les deux sisuls fleuves où il a été observé : le Nil et le Sénégal. Lorsqu'on remonte ce dernier jusqu'à une certaine distance de son embouchure, les Ethéries forment, dit-on, sur les bords et sur son lit des bancs exploités pour la fabrication de la chaux. 9 (D'Archiac, Cours de Paléontologie.)

Bôie des rhiiopodes on roraminifèrM. — C'est dans l'embrancbement des zoophytes que nous trouvons les exemples d'êtres organisés intervenant avec le plus d'efficacité dans l'édification de l'écorce terrestre. La faculté qu'ont ces animaux de coopérer avec tant d'énergie à la formation de masses considérables est due à leur mode d'existence et à la rapidité prodigieuse avec laquelle ils se multiplient; cette rapidité de propagation compense la faiblesse de leur volume. C'est ce que nous allons montrer en parlant des rhizopodes, des polypiers, et, dans le chapitre suivant, des infusoires.

Les rhizopodes ou foraminifères sont des animaux de très petite taille, souvent microscopiques, et dont le corps est protégé par une enveloppe presque toujours calcaire, rarement siliceuse, a Le sable du littoral des mers , » dit Aie. d'Orbigny, « est. tellement rempli de rhizopodes, qu'il s'en montre quelquefois à moitié composé. Plancus en a compté 6000 dans une once de sable de l'Adriatique , et nous en avons trouvé jusqu'à '480000 par 3 grammes de sable choisi des Antilles, ou 3840000 dans une once. Ces proportions , multipliées dans un mètre cube, dépassent toutes les prévisions humaines et grossissent tellement le nombre des chiffres qu'on a de la peine à le saisir; mais que sera-ce , pour peu qu'on retende à l'immensité de la surface des côtes maritimes du globe ? Les restes de rhizopodes forment, en grande partie, des bancs qui gênent la navigation, obstruent les golfes et les

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détroits, comblent les ports (nous en avons la preuve par celui d'Alexandrie), et forment, avecles coraux, ces îles qui surgissent tous les jours au sein des régions chaudes du grand Océan. Les rhizopodes entrent pour beaucoup dans la composition de couches entières. ATépoque carbonifère, une seule espèce du genre Fustdina a formé, en Russie, des bancs énormes de calcaire. Le terrain crétacé en montre une immense quantité dans la craie blanche , depuis la Champagne jusqu'en Angleterre. Les bassins tertiaires de la Gironde, de l'Autriche, de l'Italie et surtout de Paris, renferment un nombre prodigieux de rhizopodes. On peut dire que la capitale de la France est presque bâtie avec eux. » Le Mont Perdu est en majeure partie com[)Osé d'assises pétries de nummulites, cl c'est avec une roche de cette nature que la plus grande des pyramides d'Egypte a été construite.

■die «M polypiers; ctpècM coraïugtaM. — Les polypiers, en abandonnant leurs dépouilles, ne forment pas de bancs aussi puissants, aussi étendus et aussi nombreux que ceux qui sont dus à l'accumulation des débris de rhizopodes et d'infusoires. Ils occupent une aire moins vaste que ces animaux, et, au lieu de vivre comme eux sous toutes les latitudes, depuis les pôles jusqu'à l'équateur, ils deviennent de moins en moins abondants à mesure que l'on s'éloigne de la zone intertropicale. Enfin , les polypiers coraliigènes ne se développent qu'à une faible distance de la surface des eaux, tandis que les rhizopodes et les infusoires vivent à toutes les profondeurs de Focéan. Mais la manière dont les polypiers édiflent des massifs rocheux porte, malgré soi, à voir, dans leurs opérations, l'image la plus saisissante de l'intervention de la vie dans l'accroissement de l'écorce trrrcslrc. Les débris qu'ils laissent

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après eux , au lieu de s'entasser pêle-mêle ^ se rattachent intiineinent à la roche sous jacente , qui sert de support et de fondement à rédirice qu'ils élèvent. Ces débris se soudent entre eux pour constituer des masses qui affectent des formes particulières dont les atolls de TOcéanie nous montrent l'exemple le plus remarquable. En un mot , on ne peut s'em|)êcher de voir dans les polypiers des architectes qui non seulement accumulent des matériaux^ mais, en outre ^ les cimentent entre eux et les disposent de manière à construire un édifice dont le plan est , pour ainsi dire , préconçu.

Les polypiers coralligènes doivent la faculté qu'ils possèdent de déterminer l'établissement des roches cora41iennes à leur mode de propagation ainsi qu'à la charpente calcaire qui leur sert de squelette et persiste après eux. Avant de décrire le mode de formation des récifs de coraux^ je dois [donner une idée de l'organisation des animaux qui les édifient.

Les polypiers coralligènes font partie du groupe des zoanthaires. Ceux-ci sont constitués par une masse charnue , cylindrique ou ovalaire , pourvue d'une seule ouverture pour l'introduction et la sortie des aliments, et creusée d'une cavilc unique , qui sert d'estomac et loge les ovaires suspendus à ses parois. Cette cavité est formée par une membrane épaisse et complexe, séparée de l'enveloppe externe par un espace que divisent des cloisons longitudinales auxquelles les ovaires sont annexés. Autour de la bouche sont rangés, comme les rayons d'une fleur composée , des tentacules rétractiles servant à saisir les petits animaux dont le polypier fait sa nourriture.

Quelques zoanthaires, tels que l'actinie ou anémone de mer, sont nus et isolés; ils se fixent sur les rochers au moyen du large épâtement de leur corps fonctionnant comme une ventouse. L'absence chez eux de parties pierreuses ne leur permet

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pas de jouer un rôle dans les phénomènes géologiques et nous dispense de nous en occuper plus longtemps.

D'autres zoanthaires^ quoiqu'isolés^ ont leurs organes soutenus par un squelette calcaire qui est en relation par sa forme avec le corps de ranimai et qui présente notamment des lamelles en nombre égal à celui des cloisons. Ces lamelles persistent lorsque Tanimal est mort et offrent, chez la plupart des espèces^ l'aspect d'une étoile à rayons plus ou moins nombreux. Ces polypiers simples à squelette calcaire se rencontrent souvent à Tétat fossile^ mais ne construisent pas de récifs de coraux ; ils ne doivent donc pas attirer notre attention.

Les zoantbaires coralligènes se multiplient non seulement par des œufs, mais aussi par des bourgeons; quelques uns sont même fissipares : chaque individu se dédouble en deux autres qui restent plus ou moins indépendants. La sécrétion calcaire , qui donne origine au squelette pierreux^ forme en même temps une masse qui sert de support commun à tous les individus d'un même groupe et les soude entre eux d'une manière plus ou moins complète. L'ensemble des individus soudés constitue ce que l'on appelle un polypier agrégé.

L'aspect général d'un polypier agrégé varie suivant le mode de bourgeonnement. Ce polypier peut offrir une forme arborescente, comme dans les madrépores^ les oculines, etc., ou constituer un encroûtement massif, comme dans les astrées, les porites, les caryophylées , etc. Dans ce dernier cas, les séries de bourgeons partent à peu près d'un même point et irradient dans tous les sens en se terminant à la même distance d'un centre commun. Les méandrines sont également des polypiers massifs, mais qui se développent plutôt par fissiparité que par un véritable bourgeonnement; chez elles, les individus, par suite de leur mode de multiplication , res*

lent confondus. et soudés latéralement^ de sorte que la surface du polypier présente, non pas des cavités circulaires et rayonnées, mais des sillons sinueux, continus, sujets à se bifurquer et présentant des lamelles transversales. — Ce sont les polypiers massifs et non branchus qui concourent principalement à la production des récifs de coraux.

Aspect dM roelies coralliennes; leur mode de formation. *— Par

suite de leur mode de croissance et de propagation , les polypiers construisent des masses dont le volume va sans cesse en augmentant. Les débris des animaux morts servent de support aux individus qui leur succèdent immédiatement, et ceux-ci sont, à leur tour, remplacés par d'autres générations qui apparaissent les unes après les autres, tant que les circonstances extérieures sont favorables à leur développement. Les polypiers agrégés, massifs ou arborescents, sont séparés les uns des autres par des lacunes comparables aux vides qui existent entre les branches d'un même arbre ou entre les arbres d'une même forêt. A mesure qu'un banc de polypiers s'exbausse, ces lacunes sont comblées par des matériaux qui ont deux origines différentes. Les uns sont le produit d'une action mécanique et proviennent de la désagrégation soit des polypiers, soit des mollusques qui vivent à côté d'eux. Les autres résultent d'une 'sédimentation chimique qui se manifeste habituellement autour des polypiers. Ceux-ci , en effet , retirent des eaux océaniennes, molécule à molécule, le carbonate de chaux qu'elles renferment et l'abandonnent ensuite soit de leur vivant, soit après leur mort. Voici une observation qui démontre l'existence de cette sécrétion constante. Lloyd , pendant qu'il parcourait l'isthme de Panama, détacha quelques échantillons de polypiers , et , ne pouvant les emporter, les

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