STRUCTURE DES TOURBIÈRES
« L'existence antérieure de forêts sur les lieux même qu'oc* cupent les marais tourbeux est attestée par une foule d'observations. Sous un grand nombre de tourbières de l'Angleterre^ on trouve des forêts entières renversées sans doute par des ouragans^ puisque tous les arbres y sont couchés dans le même sens à côté des troncs encore debout et brisés à la hauteur de quelques pieds. La couronne des arbres est tournée vers le nord est^ et c'est bien du sud ouest que soufflent en Angleterre les vents les plus violents. Ce phénomène ^ à peine modifié^ a été également reconnu en Irlande, en Hollande et dans le nord de l'Allemagne. » (Lesquereux.)
Mraetnre «ei lowMèret. — Les tourbières de quelque importance sont fréquemment traversées par une rivière ou par un fleuve; il en est ainsi notamment pour celles de la vallée de la Somme. Dans ce cas , les points situés dans le voisinage du cours d'eau sont ordinairement le siège d'un dépôt de sable et de limon qui se produitpendantqu'à côté se forme la tourbe; il en est toujours ainsi excepté lorsque ce cours d'eau ne charrie pas de matières terreuses.
L'ensemble dont une tourbière se compose débute fréquemment par un amas de débris résultant de la destruction d'anciennes forêts. Au dessus, viennent une ou plusieurs couches de tourbe , tantôt immédiatement superposées les unes aux autres, tantôt séparées par des bancs de limon^ de sable ou de gravier. Ces alternances démontrent que l'emplacement occupé par une tourbière a successivement passé par plusieurs états; des changements dans le niveau des eaux ont pu, à plusieurs intervalles, interrompre la formation de la tourbe et amener au dessus d'elle des dépôts d'une nature différente. D'ailleurs, quelle que soit l'étendue d'une tourbière, la tourbe, ainsi que
le sable, le limon et le gravier qui alternent avec elle, sont toujours en couches horizontales; ce fait est en relation arec le mode de formation de la tourbe et son origine récente.
Les alternances dont il vient d'être question sont évidemment la conséquence de l'invasion d'une tourbière par les eaux. Cette invasion a ordinairement pour effets l'apport de niatières terreuses et un arrêt dans la formation de la tourbe; elle peut être suivie du retrait des eaux, s'effectuant tantôt rapidement, tantôt d'une manière lente; alors le phénomène du tourbage reprend son cours. L'inondation d'une tourbière est quelquefois le résultat de divers accidents dont le lecteur peut aisément se faire une idée : la crue d'une rivière voisine, la rupture des digues qui limitent le dépôt tourbeux, etc; mais elle peut aussi se produire à la suite d'un affaissement de terrain. Le sol de la Hollande, cette terre classique des tourbières, est formé de couches alternantes de limon, de tourbe et de sable. Le sol de ce pays parait être soumis depuis longtemps à un affaissement insensible qui aurait eu pour conséquence sa disparition sous les eaux de l'océan, si les amas tourbeux et les attérissements, formés par les fleuves à leur embouchure n'agissaient en sens inverse et ne tendaient à déterminer un exhaussement; c'est cette tendance que les Hollandais favorisent par leurs travaux.
Lorsque plusieurs couches de tourbe se superposent dans une même tourbière, on voit se succéder de haut en bas les diverses variétés de ce combustible. La plus superficielle, dite tourbe mousseuse i est à tissu lâche; elle est formée de végélaux entrelacés, à peine décomposés. Au dessous se trouve parfois de la tourbe feuilletée, formée de feuilles entassées et contenant des branches et des troncs aplatis. A mesure que la tourbe se montre à une profondeur plus grande, elle devient plusnoire.
ACCIDENTS AUXQUELS LES TOURBIÈRES SONT SUJETTES. i6S
pjus compacte. La tourbo feuilletée se forme essentiellement au fond des eaux marécageuse s et provient surtout de l'accu-^ mutation des débris des plantes qui croissent dans ces eaux. Chaque année > ces plantes laissent une nouvelle couche de débris, de sorte que la structure de la tourbe feuilletée est en relation avec leur croissance annuelle.
Il est des tourbes marneuses qui renferment une telle quantité de débris de coquilles fluviatiles et terrestres qu'oq a de la peine à la faire brûler ; toutes les espèces auxquelles appartiennent ces débris vivent encore dans les localités voisines. Les tourbespeuvent aussi contenir de nombreux débris d'insectes et surtout de coléoptères.
La croissance de la tourbe paraît être de 0",60 à i"^30 par siècle. Pourtant, dans les tourbières de la vallée supérieure de la Somme, on «stime qu'il sutTit d'un siècle pour la reproduction d'une couche de 3^30. M. d'Ârchiac, en mentionnaiit cette appréciation^ fait observer qu'elle lui paratt trop forte.
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uiimaoK. — Certains dépôts tourbeux sont susceptibles de se pénétrer accidentellement d'une quantité d'eau plus grande que celle qu'ils peuvent contenir. Cette eau s'infiltre dans les tourbières lorsque le niveau des rivières et des lacs, avec lesquels les tourbières sont en communication, vient à s'élever; elle peut provenir aussi des pluies abondantes ou des sources qui jaillissent au dessous des tourbières et dont le débit se trouve subitement augmenté. Alors les dépôts tourbeux se gonflent et prennent une forme convexe. Si la pression^ venant du fond et produite par l'eau qui afflue^ augmente^ le bombement du sol atteint alors sa dernière limite ; il y a rupture et les eaux, en s'écoulant^ entraînent un« grande quantité de tourbe
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pour la déposer de nouveau après l'avoir remaniée. En 1772, le Solway-Moos^ tourbière située en Ecosse^ ayant été rempli d'eau pendant de grandes pluies, s'éleva à une hauteur extraordinaire et déborda ; un courant de boue noire à moitié solide s'étendit sur la plaine^ à la manière d'un courant de lave; l'inondation détruisit entièrement plusieurs chaumières et recouvrit une étendue de plus de cent soixante hectares.
Quelquefois des masses tourbeuses se délachent du bord des lacs et des rivières et s'éloignent à la dérive comme des iles flottantes ; on les fixe , dans certains cas^ au moyen de perches qui traversent la masse tourbeuse et vont s'implanter dans le sol.
Ce qui vient d'être dit sur les tourbières explique les dangers auxquels le voyageur et les animaux qui les parcourent se trouvent exposés ; ce danger existe principalement sur les points où des sources en ralratissant le phénomène du tourbage ont rendu très mince la couche superficielle de tourbe. Le voyageur imprudent ou l'animal égaré peuvent disparaître dans l'eau marécageuse qui forme une nappe' plus ou moins profonde au dessous du sol tourbeux.
DUiritattoB top<kfni»ia««e «ti touri^itret. — Les dépôts tourbeux descendent quelquefois sur les flancs des montagnes ou couvrent leurs sommets arrondis. Dans les Alpes et les Vosges^ comme en Irlande, on les observe sur des pentes assez fortes inférieures aux petits lacs et aux glaciers qui les arrosent. Certaines tourbières des régions montagneuses s'établissent sur un sol à peine humecté et occupent des déclivités de terrain où l'eau ne saurait rester stationnaire. Dans ces divers cas, la tourbe est due presque entièrement à la végétation des spbaignes^ qui empruntent à l'atmosphère la majeure partie
USTRIBUnON TOPOGRAPHIQUE DES TOURBIÈRES. 167
de Teau nécessaire à sa formation ; son épaisseur n'est souyent que de quelques centimètres et ne dépasse pas quatre pieds.
Les tourbières des plateaux et des vallées des montagnes sont établies dans des marais peu profonds^ ainsi qu'on le constate dans les Ardennes. Les plantes marécageuses concourent alors^ avec les mousses^ à la production de la tourbe. Les tourbières les plus étendues, celles où la tourbe forme des bancs d'une grande épaisseur, existent dans les régions basses. Elles se montrent principalement sur les bords des lacs^ des rivières et de la mer, dont elles sont séparées par des digues, des atterrissements ou des dunes. La tourbe résulte alors, comme dans le cas précédent, du mélange de mousses et de plantes des marais ; elle constitue des bancs épais de douze et même, dans des cas exceptionnels, de dix huit mètres.
On donne quelquefois le nom de tourbières sous marines à celles qui, bien que formées par des sphaignes et des végétaux terrestres, se trouvent actuellement recouvertes par les eaux de l'océan. Mais la désignation de tourbières marines doit être spécialement affectée a celles où la tourbe se montre, en totalité ou en partie, composée de végétaux marins , tels que Zostera marina, Fucus digitatus^ etc. La presqu'île d'OEreland, près de Dronlbeim, consiste presque entièrement en un puissant lit de tourbe, dont la partie intérieure est, en majeure partie, formée de végétaux marins, notamment de Zostera marina, à demi décomposés, tandis que les parties supérieures ne contiennent que des plantes de marais et principalement le Spha* gman palustre.
Lorsque la tourbière se forme par voie d'empiétement sur un espace occupé par l'eau, deux végétations différentes concourent à sa formation : l'une, au fond de l'eau , produite par les plantes aquatiques, l'autre à sa surface, déterminée par des
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végétaux terrestres qui prennent racine sur la pellicule formée par les feuilles sèches^ le bois mort et les objets flottants. Ces végétaux terrestres constituent un gazon superficiel dont l'épaisseur va en augmentant. Des arbres s'implantent plus tard sur ce sol flottant qui possède quelquefois assez de plasticité pour supporter l'homme et les animaux. Le sol tourbeux^ ainsi superposé à une nappe d'eau^ se reconnaît ordinairement à son élasticité et au son qu'il rend sous les pas du voyageur.
Si la tourbe se forme dans une vallée, elle resserre de plus en plus et finit par limiter la rivière qui occupe le thalweg de cette vallée. Sur les bords d'un lac, on la voit constituer autour de lui une zone dont l'étendue va en cibissant jusqu'à ce que ce lac ait été transformé en marais ; cet envahissement de la tourbe n'est arrêté que sur les points où les eaux ont une trop grande profondeur. La tourbe peut aussi, en se développant^ amener le dessèchement de bras de mer ou de golfes peu profonds; le territoire d'Oldenbourg Jadis séparé du Holstein, tend à s'y réunir par la formation de la tourbe ; le bras de mer qui existait encore en 1320 sera bientôt comblé et la ville maritime du quatorzième siècle se trouvera dans l'intérieur des terres.
L'étendue des tourbières varie beaucoup. Vers le nord, les marais tourbeux sont des plaines immenses où l'on ne peut pénétrer qu'en hiver. Près de Hambourg, le Duvels Moor (tourbière du Diable) a une longueur de 80 kilomètres sur une largeur de vingt. Dans le milieu de l'Europe et dans les vallées du Jura, leur étendue varie de quelques mètres à quelques lieues carrées. Dans les montagnes plus élevées, leur grandeur diminue encore ; elles n'ont plus quelquefois que de deux à trois pieds de superficie.
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