DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES TOURBIÈRES
tien met en évidence le rapport qui existe entre retendue et la profondeur des marais tourbeux, d'une part, et, d'autre part, la température et Thumidité atmosphérique des contrées où ilsse trouvent. Pour qu'il y ait formation de tourbe, avonsnous dit, deux conditions essentielles doivent être remplies ; il faut une température froide et un climat humide. Il faut également une végétation spéciale caractérisée surtout par l'abondance des mousses ; mais cette troisième condition se ramène à la précédente, puisque cette végétation ne peut se développer aussi que dans les contrées froides et humides. Il faut une cer« taine humidité non seulement dans le sol, mais encore dans l'atmosphère ; aussi, à latitude et à conditions égales, les tourbières sont-elles plus nombreuses et plus étendues près du bord de la mer que dans l'intérieur des continents.
Dans notre hémisphère, on peut prendre pour limite .méridionale de la zone des tourbières le 43« degré de latitude; c'est, en effet, sur le revers des Pyrénées que se trouvent les dépôts tourbeux les plus rapprochés de l'équateur ; la limite septentrionale coïncide avec celle qui marque le terme de la végétation des plantes ligneuses; on peut adopter pour la représenter, le 70« degré de latitude qui passe à proximite du cap Nord. La zone des tourbières offre donc une largeur de 27 degrés, c'est à dire égale à près d'un tiers de la distance du pôle à l'équateur. C'est dans la partie moyenne de cette zone, c'est à dire vers les latitudes de l'Irlande et de la Hollande, que le phénomène du tourbage se développe avec le plus d'énergie.
Le mode de distribution des tourbières est fonction non seulement de la latitude mais aussi de l'altitude. En Europe, on peut rattacher les tourbières à deux régions : la région montagneuse et la région basse. Dans la région montagneuse, les tourbières ne se montrent qu'à une certaine élévation et
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n'existent pas dans les plaines. On trouve des dépôts tourbeux dans les hautes vallées des Pyrénées; celles des Alpes en sont remplies jusqu'à une altitude de 2400 mètres. Ils existent également sur le plateau central de la France^ dans le haut Jura^ en Suisse^ dans les Vosges^ les Ârdennes, le Harz. La région basse nous montre les dépôts tourbeux non seulement sur les points élevés placés près du littoral^ mais aussi et surtout au niveau de, la mer. On trouve ces dépôts tourbeux dans les landes de Bordeaux^ entre la Seudre, la Charente et les Deux- Sèvres^ vers Fembouchurede la Loire où existe le grand marais de Montoire qui a plus de 50 lieues de tour et sur toute l'étendue du bassin de la Somme. J'ai déjà mentionné les tourbières des environs de Paris {antè, page 158). Les tourbières sont très communes dans le nord de TAllemagne^ en Danemark^ en Angleterre et surtout dans la Hollande et Tlslande^ des deux terres classiques de la tourbe.
L'étude du niode de distribution des tourbières dans l'Amérique du nord présente les mêmes particularités qu'en Europe. Dans l'hémisphère austral^ la zone des tourbières occupe absolument la même situation que dans l'hémisphère boréal. Darwin rapporte qu'on ne trouve pas de tourbe dans 111e de Cbiloé^ par 41'' et 42^ de latitude méridionale, quoiqu'il y ait beaucoup de marécages; elle commence à être très abondante dans les îles des Chonos, trois degrés plus bas^ vers le sud. C'est dans les tics Malouines par le 52<> de latitude sud que les dépôts tourbeux se montrent avec le plus d'étendue et de puissance. A cet égard, ily a, dit M. Lesquereux, un rapprochement curieux à faire avec ce qu'on observe en Islande, où^ sous une mémo latitude, au nord, et à la température moyenne égale , on rencontre aussi la plus grande quantité de marais tourbeux; l'Irlande, comme les îles Malouines, n'est en réalité qu'une vaste tourbière.