‹ Prodrome de géologieChapitre 71 sur 170 · CHANGEMENTS DANS LE RELIEF DU SOL, ETC. S · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DANS LE RELIEF DU SOL, ETC. S

changements qui se produisent à la surface du globe, on Toit que chacun d'eux reconnaît une ou plusieurs causes spéciales, et qu'il subit aussi le contrecoup des autres changements qui se manifestent en même temps que lui. Dans les réactions mutuelles qu'ils exercent les uns sur les autres, on est conduit à reconnaître que ces changements sont soumis à une sorte de hiérarchie, de manière que quelques uns agissent sur les autres tout en étant à peine influencés par eux.

Les changements topographiques réagissent, directement ou indirectement, sur les climats, la faune et la flore de chaque contrée, tandis que les changements dans la flore, la faune et le climat de cette contrée exercent une influence à peine sensible sur sa constitution topographique. Si les modifications dans les climats réagissentà peine sur le relief du sol, elles exercent au contraire une grande influence sur la nature des animaux qui habitent une contrée et sur celle des végétaux qui 7 croissent. Mais on peut dire que les variations apportées dans la faune et la flore d'un pays se reflètent à peine dans son climat, surtout si Ton fait abstraction des effets tout à fait récents résultant des travaux et des déboisements opérés par la main de l'homme.

Je ne reproduirai pas ici les appréciations que j'ai formulées dans l'introduction de cet ouvrage, et notamment à la page 48, sur les caractères généraux des révolutions géologiques.

le relief «n loi et respect lepotrepU^ne <e ■e coDtrée. - J'ai déjà eu plusieurs fois (notamment tome I, pages 289 et suivantes) l'occasion de m'occuper de ces changements. Je crois inutile de revenir sur les causes qui les ont déterminés et d'insister de nouveau pour démontrer que la plus importante d'entre elles a été l'action provenant des forces dyna* miques qui agissent sur l'écorce terrestre. *Je dois pourtant

résumer ici les principales modiQcations qui ont été apportées dans le relief el Taspect topographique du globe, parce que ces modifications ont réagi avec force sur le climat, la faune et la flore de chaque région.

a) Au commencement des temps géologiques, une mer sans rivage recouvrait le globe tout entier. Depuis lors la terre ferme n'a pas cessé de croître en étendue; Tocéan perd en surface ce qu'il gagne en profondeur. D'un autre côté, ses eaux tendent à disparaître dans Tintérieur du globe. Un jour viendra où un seul continent enveloppera toute notre planète, b) Le phénomène d'extension de la terre ferme a ticsoumis à des oscillations qui résultent du mouvement même qui produit les abaissements et les soulèvements alternatif^ des masses continentales, c ) Il y a eu des changements iiod seulement dans l'étendue , mais aussi dans la forme des mers et des continents ; c'est dans la dernière partie de cet ouvrage que ces changements seront mentionnés, parce que leur étiilo se lie intimement a celle de la distribution géographique dts terrains sédimentaires. d) La surface du globe a présenté in modelé de plus en plus accidenté ; les montagnes ont offert une altitude sans cesse croissante et les strates dont se compose l'écorce terrestre se sont montrées de plus en plus disloquées. e) La nature des terrains contribue beaucoup à imprimera chaque contrée l'aspect qui la caractérise ; d'un autre côté . la constitution, propre à chaque terrain varie pour chaqm époque. De cette double circonstance résulte un motif de plus pour nous convaincre que l'aspect des diverses régions a dû se modifier considérablement d'une période à l'autre. Le sol iks premiers contineats devait ressembler à celui de la Bretagne. puisqu'il était comme lui formé presque eiclusivement de roches granitiques et schisteuses. L'aspect tout particulier des

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contrées jurassiques n'a pu se manifester que lorsque le ter* rain secondaire s'était déposé et avait commencé à faire partie des masses continentales. Ce n'est également qu'à une époque très moderne que les Tolcans et les massifs volcaniques ont sui^, et ont accru la diversité que la surface du globe pré* sente actuellement.

cbaiiflvmcfiti ûmn% la lempérature <e ratmosplière. — *— La tempe-»

rature de l'atmosphère a sans cesse variée pour toute la surface du globe et pour chaque contrée, d'une époque à l'autre. Ces changements sont démontrés par l'observation des débris de corps organisésrenfermés dans les strates sédimentaires. On est, par exemple, autorisé à déclarer que, lors de la période éocëne, la température était plus élevée aux environs de Paris qu'elle ne l'est de nos jours, parce que les palmiers et d'autres végétaux propres aux climats chauds y croissaient en abondance. Des variations dans la température peuvent quelquefois être mises en évidence par des changements dans la nature des roches ; l'abondance des terrains de transport dans certaines contrées ou à certaines époques indique en effet un climat pluvieux et relativement froid. (Voir tome I, pages 373 et 870 )

Je me suis déjà occupé des changements dans la tempe*rature de l'atmosphère : je dois me borner maintenant à résumer et à compléter ce que j'ai dit à ce sujet. (Voir tome I , pages 292 et suivantes).

Depuis les premiers temps géologiques jusqu'à nos jours, la température a été en s'abaissant à la surface du globe, mais cette marche décroissante a été soumise à des oscillations; des i»ériodes relativement froides ont succédé à des périodes relativement chaudes.

La température, qui était très élevée pendant la période tri-

lobitique^ parait 8'ètre fortement abaissée pendant les périodes suivantes, si Ton en juge par les changements apportés à la faune et à la flore, ainsi que parles immenses dépôts de roches détritiques qui entrent dans la composition des terrains houil- 1er et permien. La période psammitique pendant laquelle ces terrains se sont déposés a été, en quelque sorte, une période diluvienne, quoique rabaissement de la température n'ait pas été suffisant pour déterminer l'apparition des phénomènes glaciaires. Pendant la période triasique, la température s'est élevée de nouveau pour atteindre un second maximum lors de la période jurassique. Pendant la période crétacée, la température a éprouvé un nouvel abaissement; c'est une conclusion que l'on peut tirer soit de la présence des roch^ détritiques plus abondantes dans le terrain crétacé que dans le terrain jurassique, soit de la nature des animaux et des plantes habitant les contrées prises pour termes de comparaison; c'est ainsi que les récifs de coraux, si répandus sous nos latitudes pendant la période jurassique, ont disparu presque complètement pendant la période crétacée. L'abaissement de température, qui avait commencé à se manifester lors la période crétacée, a persisté jusqu'à nos jours en subissant probablement des oscillations assez faibles pour que, dans l'état de nos connaissances, il ne soit pas toujours facile de les constater. Cet abaissement continu de la température est démontré par l'abondance toujours croissante des roches détritiques et par les transformations successives de la faune et de la flore. L'étude de ces transformations nous montre d'abord, pendant la période crétacée, les polypiers coralligènes désertant les mers voisines de la France. Pendant la période éocène, les palmiers croissaient aux euTÎrons de Paris et dans toute l'Europe centrale; mais à dater de la période pliocène, il n'y en avait plus que dans la partie

CHANGEIIENTS DANS LA TEMPËRATURB DE L'ATMOSPHkRB. VU

méridionale de ce continent. Toutefois, les formes végétales qui existaient pendant cette période, et dont nous retrouvons les débris, démontrent que l'Europe avait alors un climat plus chaud que de nos jours. M. Desbayes, en étudiant la faune des mollusques, est arrivé aux mêmes conclusions. Les fossiles que présente le terrain miocène sont des espèces propres aux mers les plus cbaudes, à celles du Sénégal et de la Guinée ; quelques unes des espèces que Ton trouve à l'état fossile dans' le terrain pliocène du pourtour de la Méditerranée ne se rencontrent plus dans cette mer à l'état vivant; il faut, pour les retrouver, s'avancer presque dans les mers tropicales de l'Afrique et de l'Inde. D'autre part, plusieurs des espèces vivantes de la Méditerranée ne sont pas représentées à l'état fossile dans les régions qui l'environnent ; il parait donc que,; depuis l'époque pliocène, il y a eu un abaissement dans la température de cette mer. Les terrains de l'ère jovienne, qui ont été accidentellement soulevés sur le pourtour de la Méditerranée et de l'Océan , présentent à l'état fossile toutes les espèces qui vivent encore aujourd'hui dans les mers correspondantes.

J'ai déjà dit que l'abaissement de la température avait eu pour conséquence l'apparition des glaciers; j'ai fait remarquer aussi que les phénomènes glaciaires se sont développés à deux reprises différentes, ce qui est pour moi la preuve la plus directe des oscillations qui ont eu lieu dans le phénomène de l'abaissement de la température de l'atmosphère.

Pendant que la température s'abaissait, les lignes isothermes se dessinaient d'une manière de plus en plus nette ; je suis entré à ce sujet dans assez de détails pour ne pas avoir besoin d'y revenir. ( Voir tome I, page M2. )

J'ai déjà examiné (voir notamment tome 1, pages 78, 127, i95 et suivantes) les diverses opinions qui ont été émises pour

expliquer les yariations de la température à la surface du globe. De cet examen nous croyons pouToir déduire que ces causes sont au nombre de trois.

I. La masse terrestre, le milieu où elle se meut, le soleil et tous les corps qui font partie du système planétaire , sont soumis à un refroidissement lent, continu, dont les elTets ne sont sensibles qu'à de longs intervalles ; ce refroidissement est la cause première et la raison d'être de presque tous les phénomènes géologiques. II. L'exhaussement et l'extension des masses continentales ont exercé une assez grande influence sur le refroidissement des couches atmosphériques en contact avec le sol. Ce refroidissement n'a pas été continu : il a été soumis à des oscillations comme la cause dont il provenait. A conditions égales, les périodes continentales ont eu un climat plus froid que les périodes marines. Le mode de répartition des terres et des mers , suivant que les unes ou les autres étaient concentrées sous Téquateur ou vers les pôles, a dû agir également soit sur la température générale de toute la surface du globe , soit sur la température particulière de chaque localité, m. Enfin la terre, de même que le système planétaire tout entier, parcourt, à travers l'espace , des régions dont la température n'est pas la même ; nous avons vu que ces variations de température sont resserrées dans des limites très étroites, mais suffisantes pour expliquer plusieurs des phénomènes climatologiques dont nous trouvons la trace dans le passé de notre planète. Ces variations concourent , avec les modifications dans le relief du sol , à expliquer les oscillations auxquelles a été soumis l'abaissement dans la température atmosphérique.

La terre, par suite de la précession des équinoxes, ne se trouve pas constamment à la même distance du soleil et, par consé-

CHÀNaSMENTS DANS LES CLIMATS. %M

quent/D'en reçoit pas la même quantité de chaleur. Mais ces yariationsdans la quantité de cbaleur solaire reçue par notre planète ne peuvent modifier d'une manière bien sensible la température de ratmospbère. Ce qui m'engage, en outre, à ne pas en tenir compte, c'est que les observations au moyen desquelles le phénomène de la précession des équinoxes a été étudié nesontpasassez anciennes pour que la marcbede ce phénomène soit connue d'une manière rigoureuse. On ne sait pas au terme de combien d'années, la terre se retrouve, sur l'orbite qu'elle parcourt^ au même point pour un même moment de l'année. Le nombre de 36000 ans indiqué dans les ouvrages d'astropomie n'est que provisoire. S'il était exact, il constituerait une période trop courte pour qu'il fût possible de reconnaître à travers les temps anciens la part qui, dans les variations de la température atmosphérique, revient au phénomène de la précession des équinoxes.

On doit tenir peu de comptedes changements dansl'inclinaison de l'axe terrestre de rotation. Ces changements se produisent dans des limites très resserrées et ils n'apportent d'ailleurs aucune variation à la quantité de chaleur émise par le soleil et reçue par notre planète. Ils ont surtout pour effet de modifier la répartition de cette chaleur à la surface du globe et la direction des lignes isothermes qui, sous leur influence, éprouvent de faibles déplacements.

tenu «SM les ciibmu. - Le climat d'un pays et celui d'une époque quelconque dépendent d'un grand nombre de circonstances telles que la latitude , l'altitude, le relief du sol, la végétation, la température, la pression barométrique, la distribution de Télectricité, la direction des vents, le mode de répartition des terres et des mers, etc. L'examen de toutes ces

circonstances m'entraînerait trop loin ; je devrai me borner à formuler les considérations suivantes.

La plus importante des circonstances qui influent sur le climat est certainement la température dont les principales variations viennent d'être indiquées.

Nous avons vu que la terre absorbe peu à peu son atmosphère, mais ce phénomène se développe avec une lenteur telle qu'on peut admettre qu'il n'a pas produit d'efl'ets sensibles pendant la durée des temps géologiques. Depuis la période cumbrienne jusqu'à nos jours, l'atmosphère a donc conservé à peu près la n)éme hauteur et la pression barométrique moyenne n'a pas varié.

La relation que nous avons dit exister, pendant chaque époque, entre la température de l'atmosphère et Tabondance plus ou moins grande des roches détritiques , montre encore que les périodes qui ont été les plus froides ont aussi été les plus pluvieuses ; celles pendant lesquelles la température a été très élevée ont eu un climat sec. Le climat des périodes houillère, permienne et triasique était très pluvieux, tandis que celui de la période jurassique et, à un moindre degré, celui de la période crétacée , paraissent avoir été d'une assez grande sécheresse. Si on n'adoptait pas celte opinion, il faudrait admettre que, pendant les périodes jurassique et crétacée, les pluies étaient assez uniformément réparties dans toutes les saisons et peut-être même dans chaque journée, de façon à ne pas déterminer de puissants courants à la surface du sol émergé.

L'ère jovienne a été, comme l'époque houillère, une période de froid ; mais l'abaissement de la température et l'exhaussement des masses continentales ont eu pour résultat, dans un grand nombre de régions, de transformer la pluie en neige. Alors s'est manifesté un double phénomène qui, en partant

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