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CHAPITRE IV

TRANSPORMATlOIfS SUCCBSSIVIS DB LA FAUNB BT DB LA FLORB.

Période azolqao; absence probable d'êtres organisés pendant cette lériode. — Première apparition des plantes et des animaux; faune primordiale. — Période paléozoîque; règnes des acrogèneset des poissons. — Faune et flore des époques trilobitique et houillère. — Période mésozoîque ; rèpes des gymnospermes et des reptiles. — Faune et flore des époques triasique , jurassique et crétacée. -«*' Période néozoïque; règnes des angiospermes et des mammifères. — Faane et flore des époques nummulitique et proboscidienne. — Pé* riode homozoîque ; règne de Thomme.

VCrfotfe aBOl«ae; BbMnce priAaftle d*étrct onanisés pcatent cette 9éria«c.— Les faits que j'ai déjà rappelés (tome III, pages 5 et sui* Tantes) démontrent que rélévation de la température et la corn* poâtion des eaux pendant l'ère neptunienne oe s'opposaient pas nécessairement au développement des êtres organisés. On ne peut donc affirmer d'une manière absolue que la yie n'exis* tait pas déjà presque dès le commencement de la période neptunienne; peut-être, si les animaux qui vivaient alors n'ont pas laissé de traces de leur ancienne existence , c'est que la délicatesse de leurs tissus s'opposait à leur fossilisation. Par conséquent, l'épitbète û'asotquet donnée à la première période de l'histoire géologique de notre planète, n'est vraie qu'autant qu'on fait accompagner son emploi d'une restriction tacite; elle indique l'absence non pas de tout être organisé pendant la période neptunienne, mais de tout fossile dans les strates correspondant à cette période.

Les progrès de la science auront pour résultats non seulement de faire remonter à une époque plus reculée Tapparition de chaque type d'animaux et de végétaux, mais aussi de rendre de plus en plus ancienne la date qui correspond à la première apparition de la yie à la surface de notre planète. Toutefois ces progrès auront une limite; sans celai il faudrait admettre, ce qui n existe certainement pas, que tous les types d'êtres organisés se sont montrés en même temps; il faudrait reconnaître en outre que^ ce qui est peu probable^ la première apparition de la vie à la surface du globe s'est efTectuée dès le dépôt des plus anciens granités stratifiés qui ne renferment sûrement pas de débris de corps organisés (0.

proBlère mppariuon dés étret oivuiitiét; fimne primordiale. -

La plus ancienne trace d'animalisation, en Europe, a été signalée en Irlande, dans des roches offrant le même caractère minéralogique que celles qui , dans la partie septentrionale du pays de Galles , constituent la formation de Bangor et appartiennent au terrain cumbrien inférieur. Ces traces sont de petits corps que M. Morris classe parmi les bryozoaires et dont Ed. Forbes a fait le genre Oldhamia, comprenant actuellement au moins deux espèces : O. radiata et 0. aniiqua;\\& se présentent sous la forme d'un axe sur lequel naissent des assemblages de rameaux en éventail. En Amérique , les premières traces d'êtres organisés paraissent remonter à une époque encore plus ancienne. En i864, sir Lyell a annoncé à Tassociation britannique qu'on a découvert, dans l'Amérique du Nord, à la base de la série laurentienne, qui paratt correspondre au

(!) Les faits et les appréciations consignés dans ce chapitre et le Baivant sont, en partie, empruntés au Traité de Paléontologie de M. Pictet, le meilleur qui ait été publié jusqu'à ce jour.

FAUNE PI^MORDIALB. 301

terrain azoîque de TEurope, un calcaire renfermant des restes d'une grande espèce de rhizopode que Ton a appelée Eozoon Canadense.

Avant les découvertes que je viens de rappeler, on considérait le terrain cuinbrien supérieur comme correspondant à la période qui a été marquée par la première manifestation de la vie a la surface de notre planète. En 1859, on connaissait^ tant en Europe que dans TAmérique septentrionale , il A espèces appartenant à cette faune première et réparties de la manière suivante :

Mollasqnes ptéropodes 7

— céphalopodes 1*

— brachiopodes 19

Cnistacés trilobites * 12S

— divers ' 8

Aunéiides 6

Bryozoaires 8

Zoophytes : 3

Cystidées. •, • • ,^

Incertœ sedis 9

ScoUOias et Gniziana 2

Total. . . i7i

On voit que cette faune est, en majeure partie , composée de trilobites; parmi les genres qu'elle comprend, douze seulement remontent plus haut. Aucune espèce, si ce n'est VAgnostus pisiformisj ne passe dans la faune seconde^ c'est à dire dans le terrain silurien inférieur. Quant a la flore du terrain cumbrieu , elle parait ne consister, jusqu'à présent, que dans quelques empreintes de fucoides.

La faune première a été le point de départ d'une suite de faunes que des découvertes successives nous montrent de plus en plus riches et de plus en plus nombreuses. Les caractères de ces faunes et de ces flores ont varié d'une époque à l'autre i

SOS PRODROME DE CiOLOGIX.

mais non d'une manière assez rapide pour que des périodes consécutÎYes n'aient pas conservé^ au point de vue organique^ des caractères communs. En groupant entre elles les périodes consécutives dont la flore et la faune présentent quelques analogies I on arrive à partager Thistoire géologique du globe , lorsqu'on ne tient compte que des transformations apportées dans Taspect des plantes et des animaux , en quatre grandes périodes. Je vais m'occuper de chacune d'elles , à l'exception toutefois de la première , dont le caractère, Tabsence de tout être organisé^ est négatif. Auparavant^ je placerai ici quelques considérations générales sur les transformations successives de la flore.

%M léKe xHtuLft no jH»iBt de w^t gc^iogique. - Dans la série végétale, on peut passer, sans transition trop brusque , des thallophytes les plus simples /ébauche première des formes organiques^.aux jacrophytes et aux végétaux dont Torganisation office le* plus haut degré de complication. Les thallophytes réduites à une ou plusieurs cellules , comme le Protococcus , nous conduisent d'abord aux lichens ; un grand nombre de ces derniers sont assimilables, parleurs organes de végétation^ aux hépatiques membraneuses qui nous font passer insensiblement aux jongermanncs, aux mousses^ puis aux cryptogames arbo-* rpsccntes, telles que les diverses espèces de fougères de Tépoque actuelle et des temps géologiques. La flore de la période paléozoîque présente diverses formes végétales intermédiaires par leur organisation entre les cryptogames et les conifères. Il en résulte un passage insensible entre les cryptogames et les gymnospermes qui , par les conifères et les cycadées, ouvrent la série des dicotylédonées. La chaîne ne se trouve pas ainsi interrompue et se continue même sans lacune^ car on peut.

LA SiRIE VÉGÉTALE AU POINT DB VUE GÉOLOGIQUE. 303

par les amentacées (arbres à chaton^ bouleau^ saiiIe^ noyer) arriver sans peine aux apétales^ aux polypétales et, enfin, aux moDopétales, que Ton place ordinairement en tète de la série végétale. Cette série, dont je viens d'indiquer rapidement les principaux termes, présenterait une régularité parfaite si on ne se croyait obligé d'y intercaler les monocotylédonées et de les placer avant les dicotylédonées comme leur étant inférieures. Selon nous, elles leur sont parallèles sous tous les rapports, et il est dès lors permis, selon les convenances de celui qui veut tracer une série végétale, de les placer avant ou après elles. Je crois devoir entrer à ce sujet dans quelques détails. .

« Si Ton ne considère que les organes de la reproduction, » dit A. de Jussieu, «il est difficile de reconnaître rinfériorilé des monocotylédonées relativement aux dicotylédonées, et même on ne trouve pas parmi elles d'exemples de fleurs réduites au degré de simplicité de celle des gymnospermes. Sous ce rapport, le nom d'embranchements convient donc bien i ces deux grandes divisions des cotylédonées, puisque ce sont deux branches s'élevant concurremment plutôt que deux portions d'une seule et même ligne continue. C'est en ayant égard aux organes de la végétation qu'on a généralement assigné cette place inférieure aux monocotylédonées. n Or, il me semble que, même sous le rapport des organes de la végétation, leg monocotylédonées peuvent entrer en parallèle avec les dico- . tylédonées. Je vois une égale complication dans la structure intime des unes et des autres. La plantule des monocotylédonées paraît un peu plus simple parce qu'elle n'ofTre qu'un cotylédon ; mais ce fait est plutôt le résultai de l'organisation même des monocotylédonées chez lesquelles les feuilles sont alternes. Il serait plus exact de dire que les cotylédons sont alternes chez les monocotylédonées et opposés chez les

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dicotylédonées ; or, dans ce lait, on ne peut voir un signe d'infériorité ou de supériorité. La disposition cotylédonaire n'a pas en classification une valeur absolue; son emploi n'est pas indispensable et nous le voyons abandonné dans les classifications récentes. Mais pour mieux démontrer que^ même sous le rapport des organes de la végétation^ les monocotylédonées ne le cèdent pas aux dicotylédonées , rappelons-nous les formes gigantesques qu'atteignent les bambous parmi les. graminées et les bananiers dans la famille de$ musacées. Le chaume lisse et souvent incliné des graminées tropicales^ dit Humboldt^ surpasse en hauteur nos chênes et nos aulnes. L'illustre auteur du Cosmos f chez qui le sentiment de la nature était si profond , *ne dit-il pas du palmier qu'il est a la plus élevée et la plus noble de toutes les formes végétales. »

L'ordre dans lequel on doit ranger les principaux groupes de végétaux coïncide avec celui de leur apparition à la surface du globe. Trois d'entre eux ont^ chacun à leur tour, joué un rôle prépondérant et imprimé un caractère spécial a la flore de iiotre planète; ces trois groupes sont les cryptogames, les gymnospermes et les angiospermes. Les monocotylédonées seules n'ont pas eu leur règne pendant les temps géologiques. Dans les flores anciennes, elles ont eu des représentants, mais le nombre de ces derniers a toujours été très restreint; Si Ton a é^^ard à cette circonstance que le nombre des espèces de monocotylédonées a été sans cesse en croissant ^ et si l'on tient compte, en outre, de la place hors de série que nous avons accordée à ce groupe dans la chaîne végétale, n'est-on pas malgré soi conduit à penser que les monocotylédonées attendent leur tour? Peut-être une des flores destinées à succéder à celle dont nous sommes les contemporains sera-l-elle en majeure partie composée de végétaux appartenant à ce groupe ?

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