TROISIÈME FAMILLE
CaARACTÈRES ESSENTIELS. Serpents à crochets postérieurs cannelés, à museau court ; mâchoires garnies de crochets inégaux'en longueur ou irrégulièrement distribués, avec des espaces vides surtout à la mandibule.
Le nom de cette famille, comme on le voit, est emprunté à la disproportion ou à l’implantation insolite des crochets lisses'en faisant même abstraction des longues dents cannelées qui distinguent ces Serpents de ceux du sous-ordre des Aglyphodontes.
Cette inégalité, par son irrégularité même, varie dans les différents genres, ce qui nous a permis de distinguer ceux-ci facilement les uns des autres. Déjà plusieurs auteurs avaient reconnu cette particularité. M. Müller, entre autres, en avait formé une division sous le nom d’Hétérodontes; mais il y avait rapporté plusieurs espèces de nos Ophidiens dont toutes les dents sont lisses ou sans sillon, comme nous l’indiquons dans la partie historique de cette famille.
Nous avons cru devoir faire connaître l'importance qui peut être rapportée à cette singulière anomalie que présentent les crochets. Quand on cherche en.effet à expliquer la cause présumable de cette organisation bizarre, on peut supposer que la nature, en armant ainsi ces mâchoires, semble avoir atteintun double but. D'une part, ces dents isolées, plus longues et-plus fortes queles autres, ont dù faciliter et affermir
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(1) ‘Avioos, inégal, irrégulier, et 83oûs, 606vroc, dent.
la saisie de la proie à l’instant même où elle se trouve happée subitement et à l’improviste. D’autre part, la victime, retenue plus solidement entre les mâchoires, doit y rester accrochée pendant tout l’espace de temps nécessaire et suffisant pour que l’action produite par la piqûre des dents cannelées postérieures puisse suffisamment s’exercer en faisant pénétrer dansles chairsde l’être vivant la quantité d'humeur venimeuse préparée pour l’empoisonner. Ce venin est destiné à anéantir, chez l'animal, soit l'irritabilité musculaire afin d’affaiblir les efforts de mouvements qu’il doit naturellement opposer à sa destruction; soit aussi, par un bénéfice de la nature, et fort heureusement, pour faire cesser rapidement en lui l'impression douloureuse de la perte de la vie, en détruisant subitement ou en suspendant la sensibilité, cet attribut toujours constant des perceptions qui caractérisent la vieanimale ou derapports.
Nous nous sommes servi, pour l'établissement des genres qui entrent dans cette famille, et dont le nombre est de. neuf, des modifications remarquables que présente le système dentaire.
La distribution, la forme, la courbure, la direction et la longueur proportionnelle de ces crochets varient notablement dans ces différents genres. L'étude à laquelle nousnous sommes livré pour l'examen comparé de ces différences nous a fourni les moyens de répartir ou de rapprocher entre elles les nombreuses espèces qui doivent être rapportées naturellement à cette famille des Anisodontiens.
D'abord il y a deux genres chez lesquels les crochets susmaxillaires antérieurs, ainsi que ceux des os palatins, sont trèes-courts ou manquent complétement. Dans le premier, celui des Bucéphales, les cadres orbitaires sont énormes, tan-
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dis qu’ils sont petits, comparativement, dans les Jémiodontes. Chez les autres, ces crochets antérieurs sont très-développés, mais, comme on l’observe dans deux de ces genres, ces dents antérieures longues sont à peu près égales entre elles : tels sont les 7omodons, dont les crochets sillonnés sont tranchants, et les Zycognathes, qui ont, aux deux mächoires, les quatrièmes et cinquièmes dents qui paraissent énormes quand on les compare à celles qui les avoisinent. Dans les cingautres genres, trois ont les crochets antérieurs plus longs que les autres, avec un espace libre qui en interrompt la suite ; nous les avons inscrits dans le tableau analytique sous les numéros 3, 4 et 5 : car ceux qui portent les numéros 6 et 7 n’ont pas d'intervalle après les longs crochets antérieurs, qui sont peu courbés et très-pointus. Ces caractères, comme nous l’indiquons pour chacun de ces genres, présentent d’autres particularités pour la longueur, la brièveté, la courbure ou la proportion comparée de ces crochets entre eux.
Voici le tableau qui donne l’énumération et les caractères principaux de ces genres.
OPHIDIENS OPISTHOGLYPHES : LES ANISODONTIENS.
CaraAcTÈRES : Dents ou crochets susmaæillaires inégaux ou manquant en partie.
. : la moitié du crâne.... 1. BucéPnaLe.
/ nuls ou manquant en avant ; orbites occupant
le sixième du crâne... 2. H£émiononre.
puis un espace libre; { courts et presque égaux entre eux . Ouicorroris. crochets postérieurs à à avant et au milieu .... 4. Psammornis.
plus longs, plus longs et en . |
arrière en décroissant.. 5. CHorisopox.
J # | droits, très-longs . OpPErionox.
sans intervalle ; crochets antérieurs. ...
\ distinets, | courbés et égaux . TansoPuis.
j ps | excepté le quatrième et le cinquième ..... 8. Lycocnarne. à peu près égaux entre eux
| dans toute la série . TouoponrE.
G. T. Bucrpaazus, Smith. — Point de crochets en’avant des os susmaxillaires et palatins; les orbites énormes, occupant la moitié du crâne.
4. B. typus, Smith. — Dispholidus Lalandii, Duvernoy ; Dendrophis Colubrina, Schlegel, t. Il, p. 238, pl. IX.
G. I. Hewiononrus, nobis. — Caractères du genre précédent, mais les orbites ordinaires.
1. H. leucobalia, Homalopsis. — Schlegel, t.11, p. 345, pl. XIII.
G. IL. Oricorroris, nobis. — Les crochets antérieurs plus longs, puis un espace libre; tous les autres à peu près égaux. 4. 0. rhodopleuron , Reinwardt. — Schlegel , Dendrophis, t. II, p- 255.
G.IV. Psamwormis, H. Boié. — Un espace libre après des crochets antérieurs plus longs ; les crochets postérieurs successivement plus longs les uns que les autres.
.P. cruciger, Fitzinger-Boié, Isis , 4827 ,t. XX, p. 547. — Schlegel, variété du Cap, 1. II, p. 209.
2. P. moniliger, Lacépède, le Chapelet.— Schlegel, t. II, p. 207. 3. P. Savignyi, nobis.—Égypte, Supplément; pl. v, fig. 2; Dahtii, Schlegel, t. IE, p. 245.
4. P. elegans, Boié. — Schlegel, t. I, p.246, n°7. . P. pulverulentus. — Schlegel, t. IT, p. 21 ; pl. VIIL, fig. 40. . P. punctatus, nobis — d'Égypte, d'Arabie; par MM. Arnaud, Botta.
G. V. Caorisonon, nobis. Dents en corymbe, ou les crochets susmaxillaires plus longs au milieu, et décroissant successivement devant et derrière.
4. C. Sibericum, nobis. — Coluber trabalis, Pallas, Zoograph. , t. I, p. 42. — Demidoff, Nordmann, t. IE, p. 344; Rept., pl. V.
G. VI. Operionon, nobis.—Point d’espace libre après les crochets antérieurs, qui sont très-longs et droits; dents en alêne.
4. O. cynodon, nobis. — Dipsas, Schlegel, t. Il, p.268 ; pl. XI, fig. 40.
G. VIE. Tarsopmis, Fleischmann. — Crochets susmaxillaires antérieurs plus longs, point d’espace libre ensuite, suivis d’autres crochets courbes et égaux. Même conformation à la mâchoire inférieure.
4. T. fallax.— Vivax de quelques auteurs, Schlegel, t. HE, p. 295.
G. VII. Lycocnataus, nobis — dont le quatrième et le cinquième crochets susmaxillaires sont plus longs que les autres et suivis d’un espace libre : sept espèces.
1. L. scolopax, Klein. — Lycodon audax, Schlegel, t. IE, p.124.
2. L. geminatus, nobis. — Coluber Boyuna, Klein, d'après Seba, t. Il, tab. 39.
3. L. leucocephalus, nobis. — Dipsas, Schlegel, t. II, p.288.
4. L. cucullatus, nobis. — Coronella Lavis, var. Schlegel, t IE, p- 69, lign. 45; Geoffroy, Égypte, Rept., pl. VIIL, fig. 5.
>. L. (æniatus, nobis.— Espèce nouvelle donnée par M. Schousboe : Algérie.
6. L. diadema, nobis.—Espèce nouvelle donnée avec la précédente. (Nous venons de nous assurer que c’est un Hétérodon.)
7. L. textilis, nobis. — Troisième individu du même pays, mème donateur.
G.IX. Tomopon, nobis. — Les premiers crochets tous égaux, très-longs et , gaux , tranchants , ainsi que les dents cannelées encore plus longues, courbées en lame plate.
4. T. dorsatum, nobis. — Espèce nouvelle, obtenue par échange : du Brésil.
2. L. lineatum, nobis. — Erpét. gén., pl. xx, sous le nom d'ENDROME.
3. T. ocellatum, nobis.—Xénodon du mus. de Leyde ; M. Schlegel.
OPHIDIENS OPISTHOGLYPHES. PLATYRRHINIENS.