‹ Prodrome de la classification des reptiles ophidiensChapitre 62 sur 67 · CINQUIÈME SOUS-ORDRE DES OPHIDIENS · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SOUS-ORDRE DES OPHIDIENS

Les SOLÉNOGLYPHES, dits TmanaTorHipes.

CARACTÈRES ESSENTIELS. Serpents dont les os susmaxillaires ne portent uniquement qu'un ou plusieurs longs crochets sillonnés et perforés dans toute leur longueur.

Cette grande tribu des Serpents venimeux est caractérisée par la présence des longues dents cannelées à leur pointe et perforées dans leur intérieur par un canal qui sert de conduite à l'humeur vénéneuse sécrétée par des glandes spéciales. Ces dents, les seules qui soient fixées sur les os mandibulaires, sont mobiles et protractiles avec eux : ce sont deux petites masses osseuses qui constituent et soutiennent la partie antérieure du museau.

C'est essentiellement dans la structure anatomique de cette partie de la bouche que réside le caractère le plus évident de cette réunion de genres qui ont une sorte de physionomie distincte. En effet, les os de la face étant généralement peu développés, le crâne paraît plus large et plus allongé que la partie antérieure et mobile du museau. Les os susmaxillaires sont ici réduits en une pièce large et courte qui se meut en bascule sur les os nasaux et préorbitaires, lorsque cette pièce est poussée en avant par les os transverses, dits ptérygo-maxillaires, qui sont forts et élargis surtout à leur bout antérieur. Ces os mandibulaires sont uniquement destinés à donner ou à

transmettre le mouvement aux longs crochets vénénifères dont ils sont armés. Ils sont en outre excavés en dessus par une fosse dans laquelle est logé le réservoir ou le sac qui renferme l'humeur vénéneuse et ses conduits. Une autre excavation se voit en dessous près et en dehors des longs crochets soudés à l'os: c'est dans cette cavité que se trouvent placés comme dans une boîte, et rangés par ordrede longueur, les germes plus ou moins développés des crochets vénéneux destinés à remplacer celai ou ceux d’entre eux qui se sont consolidés sur le bord libre de los susmaxillaire. Cet appareil forme ainsi un tout unique, qui se trouve par cela même et nécessairement mis en mouvement quand le crochet se trouve redressé pour faire saillie hors de la bouche. Lorsque cet os est ramené en sens contraire, l'arme se place intérieurement sous la paroi externe du palais, dans une gaîne membraneuse qui la cache entièrement ; et c'est ce qui arrive toutes les fois que les mächoires se rapprochent.

Ces dents ont toujours la même forme, et sont mises en action par un mécanisme qui est à peu près le même dans toute cette race. Ces crochets vénéneux ne différent que par la longueur, la solidité et la courbure, proportionnées à la taille et à la grosseur du Reptile;coniques avec une pointe excessivement aigue, courbés en arrière, et portant sur la face convexe antérieure une rainure allongée ou un sillon qui s'élargit un peu comme une gouttière vers le point où l’on distingue un petit trou qui est la terminaison du canal intérieur dont la dent est perforée et qui la parcourt dans tout son axe. Telle est la voie que suit l'humeur vénéneuse lorsque le dard empoisonné penèêtre dans l'intérieur de la proie vivante, en traversant sa peau pour arriver jusqu'aux chairs. Dans cet acte, le crochet remplit

l'office d’une alène ou d’une aiguille appropriée à cette sorte d'inoculation. Cette piqüre, opérée par un instrument trèsdélié mais conique, dilate la peau sans la déchirer, et il en sort, en laissant à peine distinguer la trace du point par lequel la dent s’est introduite, de manière cependant à ne pas laisser sortir le poison par le trou imperceptible que la peau semble boucher en se rétractant sur elle-même.

La plupart de ces Serpents venimeux ont le corps cylindrique, un peu plus évasé vers la région moyenne; ils sont genéralement courts ou trapus, car leur queue a peu de longueur, surtout chez les individus mâles; elle semble même souvent comme disproportionnée, étant subitement rétrécie vers sa base et se terminant brusquement en pointe.

Dans la plupart la tête est plate en dessus et triangulaire, car la mâchoire inférieure et les ptérygo-maxillaires étant joints au crâne par l’intermède des os mastoidiens et des intra-articulaires, dits os carrés dans les oiseaux, mais qui, étant ici très-longs, prolongent réellement beaucoup la partie occipitale au delà du crâne, il en résulte que la nuque offre une sorte d’échancrure semblable à celle d’un cœur de carte à jouer. Quand le gosier se dilate, les mâchoires se portent en travers par leur écartement réciproque, etce mouvement se communique à l'os transverse, qui pousse en avant l'os susmaxillaire de chaque côté en faisant redresser les longs crochets dont ceux-ci sont armés.

Les écailles qui recouvrent le dos sont le plus souvent entuilées, ou se recouvrent successivement par leur bord libre. Elles varient pour la forme, les proportions et la superficie ; le plus souvent cependant elles offrent une ligne saillante ou une carène. Le nombre et l'arrangement des grandes plaques

qui recouvrent le ventre et le dessous de la queue présentent des modifications importantes et caractéristiques.

Les lames écailleuses qui revêtent le vertex offrent également de notables différences. Cette conformation, unie à plusieurs autres particularités, avait déjà servi à l’établissement des genres dans ce groupe naturel, principalement par la disposition de ces téguments des os de la face et du crâne. Tantôt, en effet, on y distingue de très-grandes lames écailleuses qui prennent le nom de plaques ou d’écusson surtout sur les régions antérieure, centrale ou latérale ; tantôt, au contraire, et c'est ce qu'on peut voir dans le plus grand nombre des genres, la peau qui recouvre le dessus de la tête est complétement ou partiellement revêtue d'écailles, de grains saillants ou même de tubercules sur le museau, sur les orbites ou autour des narines. Ce sont ces observations qui nous ont dirigé dans la classification que nous avons adoptée.

Nous avons donc employé toutes ces particularités pour la distribution artificielle des espèces en genres presque tous établis ou proposés par nos devanciers , comme nous le faisons connaître dans l'exposé historique que contient notre ouvrage. Ce sous-ordre des Solénoglyphes est tout à fait naturel, mais il ne pouvait être établi qu’à l’aide de caractères anatomiques. Nous avons été assez heureux pour avoir la facilité de les faire constater sur vingt-quatre têtes d'espèces toutes différentes et de genres divers qui peuvent servir à la démonstration. Malheureusement cette structure n’est pas facile à reconnaître chez l'animal vivant, dont on doit redouter les piqüres souvent mortelles, même lorsqu'on examine les individus conservés dans les collections. Il faut toujours employer des instruments quand on veut séparer

l’une de l’autre les mâchoires pour s'assurer de la mobilité des crochets, à cause de la brièveté des os susmaxillaires qui les supportent; c’est surtout cette sorte de rabougrissement de l'os, dont la largeur l'emporte le plus souvent sur la longueur. Ilest un moyen accessoire qui fait préjuger d'avance cette supposition par la conformation, et, comme le dit M. Schlegel, par sa physionomie : c'est cette forme triangulaire et aplatie de la tête, ordinairement recouverte d’écailles entuilées, les yeux le plus souvent latéraux et protégés par une petite plaque surciliaire saillante, dont la pupille linéaire est verticale chez le plus grand nombre, ce qui indique des animaux nocturnes.

Douze genres ont été rapportés à cette grande division. Nous allons indiquer la marche artificielle qui nous a servi pour les ranger systématiquement, en analysant les particularités qui sont les plus apparentes, et en rapprochant ensuite les groupes naturels dans lesquels ils peuvent être répartis ; ils sont indiqués dans le tableau synoptique que nous insérons ICI.

Il y a d'abord deux grandes divisions, depuis longtemps indiquées par les auteurs : c’est l’absence ou la présence de deux petits enfoncements qui simulent de fausses narines, mais qui ne sont point percés dans le fond et qui ne communiquent pas avec la bouche. On ignore, il est vrai, la fonction de ces sortes d’impasses que l’on a faussement comparées aux larmiers des animaux ruminants.

Nous désignons sous le nom de VipéRiENs, d’après le genre principal qui s’y trouve compris, les espèces dont les narines sont simples; et pour les mêmes motifs nous désignons comme CroTaLIENs celles qui ont des fossettes ou des enfoncements qui simulent de doubles narines.

On a observé ensuite que les plaques sous-caudales, que nous appelons les urostéges, sont tantôt distribuées par paires et symétriquement, et tantôt qu elles ne forment qu'une seule rangée. Au reste, le résumé essentiel des divisions en genres, tels que nous allons les indiquer, se trouvera noté comme formant le caractère essentiel dont nous présentons ici l’analyse.

CiNQUIÈME SOUS-ORDRE DES OPHIDIENS : LES SOLÉNOGLYPHES.

Caractères : Des crochets cannelés et fistuleux sur l'os susmaæxillaire qui ne porte pas d’autres dents.

à plaques, avec un écusson . Péinas.

concaves; vertex) i en dessus. ....... 4. Écuinnée. écailleux; narines

/ d $ oubles 4 latérales ViPÈRE.

narines nulles ; à urostéges |

; ( planes un peu convexes ; sourcils saillants . CÉRASTE. VIPÉRIENS. |

à plaques . ÂCANTHOPHIS.

simples au moins en partie ; vertex écailleux . Écmis.

/ à étuis de corne articulés et mobiles dits en grelots ... . CRoTALE.

carénées 9, TricoNocÉPHALE.

distinctes ; / doubles ; queue |

lisses . LéioLÉéPine,

nm Fa «] < Æ sl e (=) « à un Ex E el mn mn © E <«

à plaques et à écusson ; à écailles. . |

ne oué vertex | , ill : li B

Crorazrens| Sans grelots écailleux età |tres-distinctes, lisses, convexes...,... . Dorsnops.

et à sourcils à plaques .

| urostéges « nulles ; lisses, rondes . ATRopos.

à écailles gulaires es s carénées, pointues. 43. TropinoLèmx.

\ simples, au moins en partie sur une seule rangée . Laonésis.

PREMIÈRE FaMmizce. Les VIPÉRIENS.

CaRACTÈRES ESSENTIELS. Serpents Solénoglyphes, dits Thanaftophides, n'ayant pas de fossettes lacrymales.

Ces Serpents, comme nous l’indiquons, n’ont pas d’enfoncements ou de petites fossettes entre les yeux et les narines. Leur nom est emprunté d’un ancien motlatin dont l’étymologie est incertaine, quoiqu'il soit formé de la contraction du terme ou de l'adjectif vivipara, parce qu'on sait depuis très-longtemps que ces Serpents sont ovovivipares, ou que leurs œufs éclosent dans le ventre de la mère, qui paraît ainsi être vivipare. Cependant il n’est pas encore prouvé que toutes les espèces de ce groupe présentent ce mode de reproduction. Mais, à part la dénomination, ce groupe n’enest pas moins fort na- . turel, et réellement les genres qu’il réunit ont entre eux tant d’analogie qu’ils ne forment que des sous-genres artificiels, à cause de certaines particularités peu importantes, qui n'ont été admises par nous que comme destinées à faire distinguer les espèces, et si nous les avons adoptés c’est qu’ils avaient été proposés par les naturalistes auxquels nous succédons. Ainsi deux genres désignés sous les noms, l’un d’Æcanthoplus, et l’autre sous celui d’Échis, ont les plaques sous-caudales distribuées sur une seule rangée ; tandis que ces urostéges sont doubles d’abord dans les Cérastes, qui ont les narines planes ou saillantes et les sourcils surmontés d’une sorte de corne, ce qui ne s’observe pas dans les trois autres genres, tels que les Pélias, dont le dessus de la tête est revêtu de plaques plus grandes en avant, et même d’une sorte d’écusson cen-

tral; au contraire le vertex est recouvert de petites écailles, soit dans les Ÿpères proprement dites, qui ont les narines latérales, soit dans les Échidnées, dont les orifices nasaux sont portés en avant et au-dessus du museau.

Voilà donc des notes assez positives pour la classification de ces Serpents venimeux, qui ont entre eux de si grands rapports, qu’il n'aurait peut-être point été nécessaire d’en former six genres, si les régions dans lesquelles on les a observés n'étaient pas aussi différentes, et si on avait pu mieux étudier leurs mœurs, qui doivent probablement se ressembler beaucoup.

Nous avons été plusieurs fois témoin de la manière dont s’alimentent quelques-uns de ces Reptiles, que nous tenons en captivité dans des cages à double grillage et à mailles serrées, ce qui nous a permis de les observer à loisir. On a souvent beaucoup de peine, surtout pendantle jour, à saisir lemoment où le Serpent se décide à se jeter sur la proie, qui doit être nécessairement vivante lorsqu'on l’introduit dans la loge. D'abord la victime, par une sorte d’instinct et de terreur panique, se tapit dans un coin où elle semble se refuser aux mouvements qui décéleraient sa présence. Le Serpent lui-même se presse rarement d'en approcher ; il examine, il l’épie, et au moindre mouvement qui la trahit, on voit le Reptile s’élancer en redressant subitement les courbures de son échine pour se projeter en avant. Dans cet intervalle de temps, comme indivisible, la bouche s’est ouverte, les mâchoires sé sont séparées, la supérieure s’est élevée presque à angle droit, et par le mécanisme de ses articulations, les crochets venimeux se sont redressés, la pointe aiguë qui les termine a été dirigée en avant afin de percer la peau de l'animal pour péné-

trer dans une partie quelconque de ses chairs molles, où ces armes s’enfoncent avec la vélocité d’une flèche violemment lancée à une certaine distance.

Le but est atteint. Quelquefois la dent se casse et reste dans la plaie; mais la nature a pourvu à son remplacement. [2% Serpent redevient immobile, il attend le résultat du poison qu’il a inoculé. En effet, au bout de quelques minutes, de quelques secondes même, l'animal blessé tombe et s'affaisse après plusieurs mouvements convulsifs, et il ne tarde pas à succomber. C’est alors que le Serpent s'en approche, le retourne, le développe, l’étend et puis le saisit de façon à le faire engager entre ses mâchoires pour être avalé plus facilement par le mécanisme qui s'exécute chez presque tous les autres Ophidiens, c’est-à-dire en faisant avancer et reculer l’une et l’autre mâchoire en sens contraire et alternativement.

G. I. Acanrnopuis, Daudin.—Urostèges en partie sur un seul rang et rem- ?

placées, à l’extrémité de la queue, par des écailles entuilées et par une épine cornée.

4. A. cerastinus, Daudin. — Schlegel, t. I, p. 605, n° 40; Vipera.

G. Il. Pezus, Merrem. — Un double rang d’urostéges; les narines concaves, des plaques et un écusson près du museau sur le vertex.

4. P. Berus, Laurenti. — Scopoli, Ann. Hist. nat., t. II, p. 39.

G. IN. Virgra, Laurenti. — Tête couverte d’écailles entuilées; les urostéges doubles ; narines à orifices latéraux.

4. V. Aspis seu Prester, Linné. — Schlegel, Phys. Serp., t. Il, p. 599, 8.

2. V. ammodytes, Linné. — Schlegel , t. It, p. 602, n° 9. 3. V. heæacera , nobis. — Echidna nasicornis, Merrem, Hist. Amph., p. 450.

G. IV. Ecginxa, Merrem. — Semblables aux Vipères; mais les narines

concaves, supères, et rapprochées entre elles, sur le museau et non sur les côtés.

E. arietans, Merrem. — Schlegel, t. I, p. 577, n° 4 ; Vipera. . E. elegans, Daudin.— Schlegel , t. II, p. 588, n° 6; Vipera. . E. Atropos, Linné. — Schlegel, t. I, p. 581, n° 2; Vipera.

. E. Mauritanica, nobis. — Guichenot, Exp. d'Algérie, Rept., p. 24, pl. 5.

. E. ulternata, nobis. — Espèce nouvelle; M. de Castelnau.

. E. atricauda , nobis. — Espèce nouvelle ; ouest de l'Algérie ; M. Schousboe.

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