CHAPITRE VIII
Applications aux phénomènes astronomiques
et météorologiques.
Rien n'est plus hypothétique que l'interprétation de cet ordre de phénomènes, qui sont difficilement comparables à ceux qui se produisent dans un laboratoire.
Afin de faire une comparaison vulgaire, rappelons la différence de résultats que le chimiste obtient généralement s'il opère en petit et si ensuite il veut appliquer ses résultats à l'industrie. Cette différence est incomparablement plus grande dans le domaine que nous examinons. Aussi a l-on vu de tous temps apparaître des théories plus ou moins étranges, admises on ne sait trop pourquoi. Peut-être uniquement par vénération du nom de leur auteur.
Électricité atmosphérique. — L'origine de l'électricité atmosphérique est actuellement inconnue; l'évaporation à la surface des mers ne parait pas devoir en donner une explication suffisante, mais il est plus probable qu'elle est le résultat du frottement des couches d'air en mouvement, tant à la surface des terres qu'à la surface des eaux.
Les régions tropicales, qui sont le siège de vents réguliers, semblent dès lors tout indiquées pour la production de l'électricité qui correspondrait à ce développement de phénomènes orageux, qui, comme on le sait, deviennent de moins en moins fréquents à mesure qu'on s'approche des pôles. Les mouvements tournants de l'atmosphère qui s'observent dans ces régions correspondent du reste avec le caractère fondamental du phénomène électrique.
En résumé, le globe terrestre avec son atmosphère frottante se comporterait comme une simple machine à frottement, raimosphère s'électrisant en général positivement et la terre négativement.
Mais à mesure que l'on s'écarte de l'équateur, la cause qui détermine l'électrisation disparait et la reconstitution tend à se
entretien à une cause semblable à celle du dégagement de chaleur de notre substance radioactive?
Me peut-on pas admettre que de semblables manifestations se développent au sein de la masse solaire, causées par les pressions formidables qui y sont exercées?
Prenons la masse solaire dans un état d'accalmie. Le globe rayonne et perd de grandes quantités de chaleur; mais alors une contraction de la masse survient, les ions se rapprochent jusqu'au moment où le phénomène auquel nous venons de faire allusion est provoqué dans une certaine mesure, d'où production de taches et de protubérances, projections formidables, atteignant des vitesses excessives et fournissant le spectre électrique que Stas a observé.
Mais la chaleur ainsi développée ne tardera pas è écarter les ions à une distance telle que la conflagration prendra fin, que le grippement cessera. La période d accalmie réapparaîtra, puis sera de nouveau suivie de la période éruptive.
Il est, de plus, évident que des frictions résultant de la différence de vitesse des masses en mouvement ne feront qu'activer le phénomène. Nous aurions ainsi l'explication d'une activité plus grande à l'équaleur solaire que vers les pôles.
Supposons qu'à un moment donné certaines couches soient soumises à une pression et à une température convenables pour amener une déflagration. Les chocs qui en résultent ne tarderont pas à développer des pressions instantanées dans d'autres parties de la masse, qui, elles aussi, détermineront le même résultat; cette phase sera relativement rapide. Puis la période active diminuera peu à peu : phase de refroidissement relativement longue, destinée à ramener les mêmes phénomènes.
Les choses se passeront à peu près comme si un brasier, après s'être allumé rapidement, s'éteignait insensiblement.
Un travail très étendu de M- Simon Newcomb( 1 ) nous apprend que la période du relèvement de la courbe d'activité solaire correspond à 4.62 ans, alors que la période d'abaissement correspond à 6.51 ans.
(') Astrophysical Journal, janvier 1902.
Cependant, les choses en resterofrt-elles toujours là? Malgré ces fluctuations, la condensation du globe solaire s'accentuera de plus en plus, tout en favorisant la production des déflagrations dont nous venons de parler, et un moment pourra arriver où une grande partie de la matière du globe prendra part au phénomène et déterminera la catastrophe finale. Les éléments qui constituaient le Soleil seront alors projetés en tous sens avec la vitesse de l'éclair, comparable du reste à la vitesse de la lumière, et l'état nébulaire constituera ainsi la dernière phase de notre système.
Toute la matière solaire n'ayant pas nécessairement pris part au phénomène, une succession de maxima et de minima d'activité pourront encore se manifester et donner ainsi le spectacle que nous présentent les Novae.
En résumé, on peut conclure que tous les globes présentant une masse suffisante sont exposés à cette catastrophe. Mais la température à laquelle le phénomène aura lieu sera d'autant plus basse que la pression sera plus faible, que la masse de l'astre sera plus petite, car l'abaissement de température et l'accroissement de pression tendent à produire le même résultat.
L'état fragmentaire des uranolithes nous apparaît maintenant comme un corollaire de ce que nous venons de dire; l'explosion se produisant au sein d'une planète déjà refroidie à sa surface, projettera les fragments solides à des distances telles qu'ils cesseront d'être dans le rayon de la sphère d'activité sensible de la masse primitive.
Ne pourrait-on attribuer à une semblable cause la production des petites planètes? Une hypothèse semblable a déjà été faite, mais c'est à la mécanique céleste à résoudre la question de savoir si cette hypothèse ne soulève pas quelque difficulté, ou bien si la planète primitive a pu se comporter après la catastrophe ainsi que le fait la comète Biela, qui égrène pour ainsi dire sa matière le long de son orbite.