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CHAPITRE III

La radioactivité et l'infra-électricité.

§ 1 . — Définition de la radioactivité.

Nous désignerons sous le nom de radioactivité la faculté que possède, dans certains cas, la matière de décharger à distance les corps électrisés. En adoptant cette définition, nous dévions quelque peu le mot de son sens primitif, lequel implique l'idée d'une radiation qui intervient dans beaucoup de ces phénomènes, mais pas nécessairement.

La base du phénomène radioactif se trouve dans le fait fondamental de l'induction électrostatique qui détermine le courant. Nous avons vu que si le conducteur d'une machine à frottement, par exemple, est électrisé, il se produit pendant la marche de la machine des pulsations ioniques qui ont pour résultat de projeter les ions dans le milieu ambiant et de déterminer l'induction électrostatique (fig. 1). Mais cette action étant terminée, ces ions se répandront dans ce milieu ambiant sans posséder aucune orientation, de telle manière qu'au delà d'une certaine distance, un conducteur ne recevra plus de charge électrique appréciable. Mais ces ions désorientés ne tarderont pas à manifester leur présence par l'action d'influence qui les sollicite, si l'on communique une charge à ce conducteur. En effet, ceux-ci subissent sous l'action du conducteur chargé une nouvelle orientation due à l'influence. Il se produira autour de celui-ci une série de courants ouverts qui ne tarderont pas à amener la décharge (fig. 2). La vitesse de décharge sera la même pour les deux électricités si la tension initiale de l'électron négatif est égale à la tension initiale de l'électron positif, et il en sera autrement si ces tensions sont inégales.

§ 2. — Influence du raccordement du champ sur la vitesse

de décharge.

Nous voyons donc la raison pour laquelle un conducteur se décharge lorsqu'il est placé à une certaine dislance d'une aigrette électrique. Le conducteur que nous avons considéré détermine, ainsi que nous le supposons implicitement, un champ non raccordé. Il en sera tout autrement si nous considérons un champ raccordé. Dans ces conditions, le tourbillon éthéré ab (fi g. 3) qui relie l'électron positif è l'électron négatif 86 comporte comme un milieu impénétrable peur les ions de l'espace enviropnant, et dès lors rétablissement d'un oourant capable de dissiper l'énergie devient impossible. II eat évident que celle aelpn préservatrice sera d'autant plus énergique que la ligne de force sera de plus faible longueur.

Afin de réaliser l'expérience» il suffit d'interposer entre un éleetroscope à balles de sureau E (6g. 3), chargé par exemple positivement, et l'aigrette e, un cadre e, sur lequel sont tendus un certain nombre de fils métalliques distants de 2 ou 3 centimètres. Ceux-ci établissent le raccordement du champ et la décharge est à peu près enrayée. Mais il suffit de communiquer aux fils f une légère charge positive pour empêcher tout raccordement. A partir de cet instant, la décharge se produit ( 1 >.

§ 3. — Diverses sources radioactives.

Avant de poursuivre cet exposé, il importe de remarquer que presque tous les foyers d'ébranlement de l'éther jouissent de la même propriété que l'aigrette, de développer dans le milieu environnant la production d'ions libres ; il en est ainsi de l'étincelle, de flammes et, en général, comme l'a montré le D r Gustave le Bon, de toutes les combinaisons chimiques. Lorsque des

(') Bull, de VAcad. roy. de Belgique, 1898, 3* sér., t. XXXV» pp. 188-191.

vibrations élhérées très rapides, telles que oelles qui pondent aux rayons lumineux ou aux rayons Rôntgen, reneentrent la matière, le même phénomène se produit. C'est par l'observation de eette action de la lumière que le D r Gustave le Bon eut le premier la perception que Ton se trouvait en faoe d'un nouvel ordre de phénomènes naturels. Becquerel découvrit vers la même époque que les composés de l'uranium semblent produire spontanément ec phénomène; M. et M"" Carie découvrirent des substances plus actives encore. Ici encore le D* Gustave le Bon montra toute la généralité du phénomène, qui se rencontre à un très faible degré pour un grand nombre de métaux.

Ainsi que nous l'avons vu» si Ton place un objet dans la direction de l'aigrette, celui-ci s'électrise par induction électrostatique, celte charge ne pouvant du reste pas dépasser une certaine limite par suite de l'action de déeharge que nous venons d'examiner et qui contrebalance le premier effet. Les foyers radioaotife dont nous venons de parler ne déterminent que des actions électriques faibles ou inappréciables, soit parce que la tension électronique est faible lors de leur émission, soit parce que ceux-ci ont été émis sans orientation préalable.

§ 4. — Uinfrfréleclrmté.

Il résulte de ce que nous venons de dire que les ions constituent par leur ensemble tin gaz de nature particulière, capable de décharger les corps électrisés. L*air renfermant ce gaz particulier peut être conduit par des tuyaux à distance, ainsi que le montre une expérience de Branly. Mais il est aisé d'enlever à Pair cette propriété de décharger les corps électrisés. Considérons, en effet, une cage en plomb c (6g. 4), dans laquelle se trouve un électroscopc chargé E. Celte cage est munie d'un tube T de même métal, à l'extrémité duquel est adapté un tube t amenant l'air d'une soufflerie. Des étincelles jaillissent entre les électrodes e, afin de déterminer l'ionisation^ enfin uoa toile

affleure avec le niveau de la poudre. Les choses se passent comme si Ton voulait montrer la propagation de la chaleur dans un gaz, alors qu'une paroi voisine serait à très basse température.

En résumé, nous pouvons conclure que lorsqu'un objet électrisé se trouve dans un milieu ionisé, les ions non seulement tendent à décharger la surface électrisée, mais soumis à l'action de l'influence ils se précipitent en masse à sa surface et constituent, par leur ensemble, un fluide élastique auquel nous avons donné le nom de fluide infra-électrique. 11 se comporte, dans le voisinage des corps électrisés, comme le ferait une veine liquide ou gazeuse s'échappant d'une tuyère et se précipitant sur ces corps.

Il est aisé maintenant de voir que Ton pourra réaliser, à laide de ces projections, les mêmes figures géométriques que celles obtenues à l'aide de veines liquides s'échappant sous pression de tubes convenablement disposés et dirigés vers une surface plane.

Si Ton dirige des jets d'eau sur des lames de verre A, B, C (fig. 8), les tubes adducteurs étant disposés en i f t f ; U, *i, J" ; fs» fi» l\> 's"» en voit se former des lignes droites à la rencontre des lames liquides dirigées en sens inverse, comme la figure l'indique.

Afin de réaliser l'expérience avec le fluide infra-électrique, il suffit de placer autour d'un plateau P de résine, préalablement électrisé par friction à l'aide d'un conducteur d'une machine électrostatique, des foyers ionisants, par exemple des becs de Bunsen, ou des pointes métalliques mises en communication avec l'un des pôles d'une bobine, de préférence avec le pôle négatif.

Dans ees conditions, les ions ne possèdent pas seulement la faculté de décharger plus ou moins le plateau, mais le fluide qu'ils constituent, par son inertie, ne tarde pas à refouler les ions électrisés de la surface de manière à les répartir sur des droites de faible épaisseur. Après quelques instants de pose, on saupoudre le plateau avee de la poudre de soufre et Ton obtient les figures A, B ou C, suivant le nombre de foyers dont on a fait

«sage*

Le même résultat s'obtient à l'aide de poudres radioactive que l'on peut déposer en petits tas sur le plateau de résine. Seulement, le temps de pose nécessaire, au lieu d'être d'une fraction de minute, peut atteindre 15' et au delà.

Si maintenant on dirige perpendiculairement à un plan une série de jets d'eau, la figure réalisée par la rencontre des lames liquides dépendra de la disposition géométrique de ceux-ci. S'ils sont disposés en carrés, on obtient des carrés ; s'ils le sont en triangles ou en quinconces, des hexagones; s'ils le sont en hexagones, des triangles.

Ces figures s'obtiennent avec la plus grande facilité à l'aide des projections ioniques dues à faction attractive de l'influence. H suffit de disposer pendant quelques instants au-dessus du plateau de résine électrisé un plateau à double paroi, dans lequel on introduit du gaz d'éclairage, et de pratiquer dans celui-ci des ouvertures qui correspondent aux sommets des figures géométriques dont nous avons parlé et qui représentent autant de flammes projetantes. (Voir photogramme III.)

Les carrés avaient 10 centimètres de côté.

Si Ton vient à électriser deux parties séparées a et 6 d'un plateau de résine P (fig. 9) et à placer pendant quelques instants une pointe p au-dessus du plateau, l'aigrette développée par celle-ci déterminera la production du fluide infra*électriqne, lequel viendra frapper et s'étendre sur le plateau ; les points d'impacte correspondent nécessairement aux centres de gravité des surfaces électrisées. Il en résulte que Ton obtient, après avoir couvert légèrement de poudre de soufre, les apparences représentées en a et en 6 simultanément et à l'aide d'une seule pointe p.

Au lieu de placer la pointe au-dessus du plateau, il est plus commode de disposer, avant la coulée de la résine, un morceau d'ébonite e traversant la feuille de carton c (fig. 10) et percé d'une ouverture permettant le passage d'une pointe p, laquelle peut à volonté être isolée ou mise en communication avec le sol.

Afin d'opérer, la pointe étant isolée, on la recouvre d'un petit godet métallique g, puis on électrisé à l'aide d'un conducteur mobile mis en communication avec une maehine électrique et

tenu par un manche isolant. On exécute des frictions circulair es à l'intérieur d'un cercle c, puis, l'électrisation terminée, on met la pointe à la terre, on enlève le godet g (fig. 11) et Ton projette une première fois une petite quantité de poudre ; si le plateau est bien sec et bien poli, on obtient une circonférence parfaite. Mais on ne tarde pas à remarquer que des particules de soufre sont entraînées suivant une direction radiale, sous Faction du souffle ionique d'appel. Si, quelques instants après, on projette de la poudre, on obtient un deuxième cercle, et Ton réalise ainsi une série de circonférences concentriques traversées de ramifications dirigées suivant les rayons, si Ton a fait usage d'électricité positive (fig. 12).

Le fluide infra-électrique qui s'étend à l'intérieur des cercles possède une force expansive considérable. Il nous est arrivé de voir l'électricité répartie sur une ligne circulaire. Dans ces conditions, la poudre de soufre constituait un petit rempart. Cependant le fluide s'accumulait progressivement sur la surface intérieure du cercle, et à un moment donné se produisit une véritable explosion superficielle, qui eut pour résultat de projeter une partie de la poudre de soufre à plusieurs centimètres, suivant des directions radiales.

Nous avons vu que ces émissions émanant d'une source quelconque n'affectent jamais le bord de la surface électrisée, mais entament toujours celte surface par son milieu. Il en résulte que nous obtiendrons deux systèmes de circonférences, l'un qui va en s'agrandissant, l'autre beaucoup plus petit, dans le voisinage de la pointe, qui va en diminuant.

En utilisant deux pointes métalliques, disposées à 15 centimètres, on peut produire une série de figures intéressantes et qui dépendent du mode d'électrisation de la surface.

1° Si Ton électrise tout le plateau et si l'on projette plusieurs fois, à quelques instants d'intervalle, de la poudre de soufre, on obtient une série de courbes concentriques qui se forment dans Tordre indiqué par les numéros de la figure 13.

Il est facile de voir que le fluide élastique superficiel a été émis d'abord en proportion plus grande par la pointe A que par la

pointe B; sa tension est évidemment plus grande; aussi les cercles intérieurs sont-ils plus petits en A qu'en B.

Cependant le fluide émis par A est projeté d'abord jusque dans le voisinage immédiat de B, et cela au point de donner à ses cercles intérieurs la forme elliptique qui indique nettement Faction de cette pression; la tension de ce fluide ne larde pas à être contrebalancée par la pression du fluide émis plus lentement par B, de manière à produire la succession des traits a.

2° Si Ton électrise une ellipse a (fig. 14), on obtient la figure en forme de 8 correspondant nu premier cas (fig. 15). Mais ce qu'il y a de particulièrement intéressant à constater, c'est la rapidité avec laquelle l'espace non électrise est envahi par l'électricité et dans les conditions nécessaires pour former la figure d'équilibre.

3° On peut même aller plus loin et n'électriser que les parties a et P (fig. 16).

Afin de faire l'expérience à l'aide des ions développés dans l'atmosphère par le passage des rayons Rdntgen, on réalise deux faisceaux de rayons Rôntgen a et 6 (fig. 17) à l'aide d'un tube à rayons A, placé derrière un écran en plomb P, percé de deux ouvertures. Le plateau de résine électrise est disposé en R, notablement en dessous des ouvertures a, 6, afin d'éviter l'action des rayons directs.

Les ions libres de ces deux faisceaux attirés et projetés normalement à Taxe, ces faisceaux s'étendent sur le plateau en lames qui viennent se rencontrer et déterminent une droite parfaitement déliée en mn.

Les faits que nous venons d'examiner étant le résultat de l'existence d'ions libres dans l'espace qui, à un moment donné, peuvent être attirés par les corps électrisés, il est évident que le phénomène de l'ombre électrique que nous venons de montrer se produira, quelle que soit la position de la source ionisante.

Considérons le plateau de résine électrise P (fig. 18) en projection horizontale, un écran e formé d'une lame métallique de 1 centimètre de largeur et la flamme d'un bec de Bunsen f placée en arrière.

En vertu de ce que nous avons dit, les ions pinces dans l'espace E déterminent l'ombre de l'écran e. Nous avons désigné ce phénomène sous le nom à' ombre rétrograde.

Si nous plaçons le plateau électrisé en P (fig. 19), un tube à rayons Rôntgen en T, une partie de ces rayons traverseront le plateau P et déchargeront celui-ci; mais la surface correspondant à l'écran e sera protégée par suite de la stabilité du champ raccordé et nous obtiendrons une ombre irrégulièrement tracée, par suite de l'inégale répartition de l'électricité sur le plateau.

On peut encore montrer, à l'aide de ces eipériences, l'action préservatrice du champ électrostatique raccordé. A cet effet, nous avons disposé sur un plateau de résine un gros fil métallique incliné af (fig. 20) ; en f se trouve la flamme très petite d'un chalumeau à gaz, dirigée suivant le sens de la tige. On remarque dans ces conditions que les électrons ab y étant reliés par influence aux tourbillons de af 9 possèdent une position stable. Il en résulte que la tige «/"détermine une ombre rectiligne en ab.

On peut encore faire l'expérience suivante : Déposons audessus d'un plateau allongé de résine un dard de chalumeau d (fig. 21) placé horizontalement; en e se trouve un gros fil métallique faisant écran; la partie a, 6 constituera la partie préservée, mais, d'autre part, la lame infra-électrique produite en A aura pour résultat de faire glisser les tourbillons suivant une direction m, alors que la pression produite en m! en sens contraire, est plus faible. Il résulte de cette circonstance un déplacement de l'ombre dans la direction ni, lequel sera d'autant plus accentué que le temps de pose aura été plus long. Nous avons remarqué une déviation de l'ombre vers le point B de 61 millimètres pour une pose de 30" ; pour une pose d'une minute, cette déviation atteint 82 millimètres.

Points d'émission de la flamme.^- Afin de nous rendre compte de la position des points d'émission de la flamme, nous nous sommes servi d'un dard de chalumeau disposé à côté du plateau électrisé P (fig. 22). Perpendiculairement à ce plateau est placé un gros fil métallique a. La direction de l'ombre I que l'on obtient dans ces conditions indique la direction de la résultante

des actions des projections ioniques qui émanent de la flamme. Ces expériences indiquent que le cône bleu 6 est peu efficace. Les projections émanent surtout de la partie rosée r.

M. Weber, en répétant nos expériences, a eu l'ingénieuse idée de se demander si le souffle d'un gaz sortant d'une tuyère ne modifiait pas la forme de ces figures (*). Ce physicien a effectivement constaté une déformation, mais il est difficile de se rendre compte, d'après ce travail, si le souffle sortant de la tuyère n'agit pas directement sur l'électricité répandue sur le plateau, ou bien si ce souffle agit uniquement, dans le milieu ambiant, sur l'émanation qui détermine la production de la figure.

Afin de nous assurer si le souffle d'un gaz n'atteignant pas le plateau de résine électrisé était capable de déformer les figures géométriques, nous avons exécuté les expériences suivantes : en P (fig. 23) se trouve le plateau de résine électrisé, en e un petit écran métallique formé d'une lame verticale, en t une tuyère plate mise en communication avec un cylindre renfermant de l'anhydride carbonique (cylindres que Ton trouve dans le corn* merce), en /"la flamme d'un brûleur de Bunsen, ou une pointe placée verticalement mise en communication avec l'un des pôles d'une forte bobine. On place la pointe verticalement, afin d'éviter l'intervention du vent électrique bien connu.

Cela étant, on remarque qu'en faisant usage de la flamme, on obtient un trait parfaitement rectiligne en trente secondes de temps, mais cette ombre disparaît complètement si pendant ce temps la tuyère a été mise en marche. Le mouvement de l'émanation venant de la flamme a donc été troublé.

Si nous remplaçons la flamme par l'aigrette, nous remarquons encore le trouble produit par le souffle, bien que cette émanation semble offrir une résistance plus grande à cette action que l'émanation de la flamme.

Dans ces conditions, l'émanation e partant de la pointe p (fig. 24) s'incurve sous faction du souffle de la tuyère, ainsi que

(<) Annalen der Physik, 1891, t. VI, p. 96.

la figure l'indique, et au lieu d'obtenir un trait rectiligne eu o, on obtient une ligne tout à fait irrégulière en o f .

La même expérience répétée avec les rayons X ne produit aucune déviation du trait.

A première vue, on serait tenté d 'admettre que dans ce cas l'émanation n'est pas influencée par le souffle; cependant il n'en est rien, car si Ton détermine le souffle entre l'écran et le plateau, le résultat est le même que dans les cas précédents : on obtient la disparition de l'ombre. Il faut donc admettre que dans l'expérience de la figure i, faite avec les rayons X, l'émanation qui produit la figure prend naissance entre la tuyère et le plateau, par suite du passage de ces rayons.

Il résulte de l'ensemble de ces expériences que l'émanation infra-électrique produite par presque tous les foyers d'ébranlement de Féther, laquelle, en s'étalant sur un diélectrique, constitue un fluide élastique, est d'une nature plus matérielle, ou mieux, formée d'une substance moins raffinée que les rayons X. Cette émanation est absolument comparable aux rayons cathodiques; comme eux, elle se propage avec une vitesse relativement grande, car un électroscope placé à 2 mètres d'tjpe aigrette est atteint instantanément. Comme ces rayons, cette émanation subit l'action directe d'une substance matérielle tangible, et, dans le cas d'une étincelle, elle émane de la cathode. M. Crookes a reconnu, après nous, que cette particularité se vérifie pour les ions émis par les substances radioactives.

Si donc nous admettons, avec presque tous les physiciens, que sous l'action des foyers d'ébranlement de l'éther il se développe une ionisation plus ou moins avancée, nous pouvons admettre que ces ions sont projetés par la source, de même que dans les tubes à vide les ions sont projetés par la cathode.

Nous voyons ainsi l'idée de Crookes se généraliser; son quatrième état de la matière, ce qu'il appelle matière radiante, ne représente autre chose qu'un gaz formé d'ions. Nous voyons qu'on la rencontre, non seulement dans les tubes à vide, mais aussi disséminée dans les gaz sous la pression normale.

§ 5. — V asymétrie des pôles.

Si l'on vient à électriser un plateau de résine par frictions à l'aide d'un conducteur électrisé négativement et si ensuite on effectue ces mêmes frictions à l'aide d'un conducteur chargé positivement, les deux électricités se recombinent et finalement le plateau est chargé positivement.

Mais les choses se passent tout autrement si l'on électrisé d'abord le plateau positivement.

Si, dans ces conditions, on effectue une friction à l'aide d'un conducteur chargé négativement, la reconstitution n'a plus lieu ; chaque point chargé négativement devient un foyer d'émission infra-électrique, qui, en s'étendant sur la surface, refoule l'électricité positive comme le ferait le fluide émis par une flamme, une aigrette ou un tube à rayons X.

Nous avons même réussi à déterminer une ligne médiane comparable à celle que l'on peut obtenir à l'aide de ces sources.

À cet effet, nous nous sommes servi d'un plateau en résine A (6g. 25), mesurant 30 X 35 centimètres.

Une zone relativement étroite ab était chargée positivement à l'aide d'un conducteur relié à l'un des pôles d'une machine de Holtz et tenu à la main par un manche isolant.

Un deuxième conducteur, présentant la forme figure 26, était ensuite mis en communication avec le pèle négatif de la machine, et l'on effectuait une friction suivant la direction a(3 (fig. 25). La distance des deux petites sphères était inférieure à la largeur ab électrisée positivement (environ 45 millimètres).

En couvrant légèrement de poudre de soufre, on remarque d'abord qu'une certaine quantité d'électricité positive a été projetée à droite et à gauche, alors qu en y (fig. 26) on obtient une ligne médiane.

L'image a l'aspect général représenté figure 27. (Voir le photogramme 111.)

Un phénomène du même ordre a été constaté en observant la propagation d'un courant télégraphique se propageant par un

fil conducteur en partie recouvert d oxyde de cuivre GuO. La partie GB (fig. 28) étant recouverte de GuO, AC étant dénudé, on remarque que le courant dirigé de A vers B se propage avec facilité. En effet, l'électron -h a de la substance conductrice neutralise aisément l'électron négatif y du diélectrique, de même que dans notre expérience.

Mais si a est — et y h-, la neutralisation, ainsi que nous Pavons vu, se fait beaucoup plus difficilement et dés lors la propagation du courant est enrayée, au moins en partie.

En résumé, un conducteur portant une charge positive se neutralise plus facilement sous l'action d'un diélectrique électrisé négativement que si Ton suppose le conducteur négatif et le diélectrique positif. Ge dernier peut du reste être supposé ionisé, ainsi que cela se produit nécessairement pendant l'action de la décharge.

Ge fait présente le plus haut intérêt, car il constitue la base de l'interprétation des curieux phénomènes que l'on observe dans l'électrolyse et dans les tubes à vide. Les ions du conducteur cathodique sont neutralisés avec une difficulté beaucoup plus grande par les ions orientés du milieu ambiant que le pôle de nom contraire. L'énergie de mouvements ou le nombre de rencontres des ions, pour obtenir le même résultat, doit donc être beaucoup plus grand à la cathode. Ces ions en excès, ne pouvant rétrograder vers l'anode, pourront constituer des projections ioniques particulièrement intenses à ce pôle, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer. Ce sont également ces projections qui, comme nous le verrons, sont l'origine des rayons cathodiques.

Courants produits dans les milieux gazeux. — Si donc nous considérons la production du courant dans un milieu gazeux, il faudra, pour établir la compensation, amener à la cathode un nombre d'ions beaucoup plus grand qu'à l'anode, c'est-à-dire développer à l'anode un transport ionique particulièrement intense vers la cathode. Mais ceux-ci, se trouvant maintenant en ce point, ne peuvent en totalité rétrograder vers l'anode où ils se trouveraient en excès. Dès lors, deux hypothèses sont possibles : ou bien ces ions se fixeront à la cathode, ou bien ils ne s'y fixe-

ront pas; alors ils constitueront les projections dites cathodiques.

Le deuxième cas est celui de Fétincelle ; c'est également le cas que nous examinerons dans les tubes à vide. Le premier cas est réalisé dans Tare électrique.

L'arc électrique. — Si Ton réunit par des fils deux morceaux de charbon taillés en pointe, aux bornes d'un producteur de courant, on remarque une vive lumière si, après avoir mis ces charbons en contact, on les écarte légèrement.

En effet, par suite de la température élevée produite au contact très résistant, il s'est produit non seulement une évaporation, mais aussi une ionisation du gaz compris entre les charbons qui dès lors devient conducteur, mais dont la résistance est cependant suffisante pour déterminer une température que Ton estimée 3500*.

Or, d'après ce que nous avons vu plus haut, il doit se produire un transport d'ions du pôle positif vers le pôle négatif beaucoup plus abondant que le transport en sens contraire. D'où il résulte que le charbon cathodique s'allonge en forme de pointe, alors que le charbon anodique se creuse et présente la forme d'un cratère. Ou remarque également que Tare électrique est le siège d'une force contre-électromotrice ayant la même origine que la polarisation électrolytique dont nous nous occuperons plus loin.

Point d'émission de Fétincelle électrique. — Nous nous sommes servi du même procédé que pour la flamme. Les deux pôles d'un excitateur réunis à une machine de Holtz et l'aiguille a formaient un triangle équilatéral de 7 à 8 centimètres de côté (fig. 29). L'expérience montre que les projections émanent de la cathode.

Nous retrouvons donc le même excès d'ions à la cathode, mais au lieu de se fixer comme dans l'arc, ils sont projetés dans l'espace et provoquent une émanation infra-électrique.

Dans la décharge oscillante, l'émission parait émaner de tous les points de l'étincelle.

Le phénomène Edison. — Ce phénomène est encore un corollaire du même principe. Si l'on place une lame métallique p à l'intérieur d'une lampe à incandescence alimentée par un

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courant continu et que Ton relie intérieurement cette lame à l'extrémité positive A du filament par un circuit renfermant un galvanomètre, on observe un courant dirigé du filament à la lame.

Dans cette expérience, le filament joue le rôle du diélectrique. Il en résulte, comme nous l'avons vu, l'existence d'un excès d'ions a (fig. 30) à la cathode, qui, ne pouvant rétrograder, sont mis en liberté et constituent une espèce de rayon cathodique qui relie la cathode G à la plaque p, de manière à réaliser le courant dans le sens nominal de la flèche f.

On remarque que l'intensité du courant, c'est-à-dire la force électromotrice croit avec la surface de la plaque p, mais pas proportionnellement, ainsi que nous l'avons fait observer dans le paragraphe de l'induction électrostatique.

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