CHAPITRE IV
Les rayons dits cathodiques et lélectrolyse.
§ 1. — Nature des rayons cathodiques.
Nous avons examiné jusqu'à présent les phénomènes produits par les ions libres disséminés dans l'atmosphère, attirés par les corps électrisés, produisant ainsi des courants ouverts et le fluide infra-électrique lorsqu'ils rencontrent les surfaces électrisées.
Nous avons vu que l'induction électrostatique était le résultat de la projection d'ions possédant une tension électronique. Ces projections au moment du départ de la source peuvent se comporter & certains égards comme une radiation proprement dite, se transmettre en ligne droite et déterminer sur leur parcours des actions photographiques et électriques, traverser les métaux et subir, dans certains cas, des actions de l'aimant.
H. Becquerel découvrit que les sels d'uranium jouissaient de la propriété d'émettre spontanément des effluves de cette espèce, capables de traverser les corps opaques et les métaux, notamment l'aluminium. Mais il crut d'abord qu'il se trouvait en face d'un phénomène appartenant à Tordre de ceux qui furent découverts par Niepce de Saint-Victor, en un mot, qu'il s'agissait d'une espèce de lumière emmagasinée, se polarisant comme la lumière proprement dite. Le D T Gustave le Bon reconnut qu'il s'agissait d'un ordre de phénomènes nouveaux qu'il avait déjà pressenti, et montra que la polarisation n'existait pas.
Nous nous trouvons maintenant en présence de projections d'ions, lesquelles peuvent présenter la forme correspondant au courant. S'il en est ainsi, ces émanations seront déviées par l'aimant, phénomène qui fut reconnu par H. Becquerel en examinant les traces photographiques obtenues par ces émanations
lorsqu'elles sont soumises à un champ magnétique. Si ces projections présentent une autre forme, il n'y aura pas déviation. H en sera également ainsi pour des radiations proprement dites, de forme particulière et se produisant dans l'éther, que nous examinerons plus loin. La vitesse de projection, la dimension et la tension électronique, ainsi que Tordre ou la forme de ces projections, pourront varier. On peut donc concevoir des variétés en nombre infini de ces manifestations.
Les substances radioactives découvertes par Becquerel, ainsi que par M. et M me Curie, émettant spontanément des ions, sont entièrement comparables aux corps volatils qui émettent spontanément des molécules; il s'agit, en un mot, d'une évaporation à l'état d'ions. Cette évaporation est du reste l'apanage de presque tous les métaux, ainsi que cela a été démontré par le D r Gustave le Bon. Comme nous l'avons dit, si ces projections se produisent dans l'ordre voulu, elles représentent un courant en partie simple, déviable par l'aimant, déviation qui pourra varier avec la vitesse des ions et leur tension électronique. La force de pénétration dépendra de la forme, de la masse et de la vitesse des ions.
Des manifestations de cet ordre se produisent d'une manière particulièrement remarquable dans les tubes à vide.
§9. — Forme du courant rendue directement visible» Cause de la production des rayons cathodiques. Propriétés diverses.
Lorsqu'un gaz est fortement raréfié, ses éléments se décomposent en ions, c'est-à-dire qu'il devient iodynamique et conducteur de l'électricité, et, ainsi que nous l'avons vu, il transmet alors le courant de manière à rendre sa forme appréciable, sous l'apparence de stries alternativement obscures et brillantes.
Mais si le chemin de libre parcours des ions atteint toute la longueur du tube, on remarque que la cathode, au lieu de condenser les ions en excès, comme dans les phénomènes de l'arc, les projette à peu près normalement à la surface cathodique que
nous pouvons supposer plane, de manière à constituer un système de projections rectilignes que Ton désigne sous le nom de •rayons cathodiques. Telle est l'expérience qui a été réalisée par Hittorf et par Crookes.
Ces projections ont la faculté de rendre la surface anticathodique du verre luminescente, de déterminer sur ce dernier des ombres parfaitement définies, si Ton vient à inlercepter un écran, et sont capables de déterminer la rotation de moulinets convenablement disposés sur leur parcours, ainsi que cela se passe pour une roue hydraulique, montée sur un cours d'eau.
Ces projections, qui, par leur ensemble, constituent un véritable courant en partie simple, sont susceptibles d'être déviées par l'aimant.
Lénard, ayant repris ces expériences, reconnut que si la surface anticatbodique est formée d'une lamed aluminium très mince, les tons sont capables de la traverser. Après leur sortie, ils se diffusent d'autant plus dans le milieu ambiant que la pression est plus élevée et conservent, en dehors de cette particularité, leurs propriétés primitives,
Nous allons examiner maintenant d'une manière plus détaillée la succession des phénomènes qui ont été observés dans les tubes à vide.
Rappelons encore qu'un tube A stries représente Vimage théorique d'un courant dont les espaces sombres correspondent aux espaces de libre parcours des ions, les parties brillantes aux espaces occupés par les molécules iodynamiques. Nous avons également constaté, par C observation au miroir tournant, que cette apparence striée, bien loin d'être le résultat d'un mouvement oscillatoire du courant, ne se produit que si, par un procédé quelconque, on fait passer l'énergie électrique d'une manière continue dans le tube. Cest le courant normal. Si l'énergie est transmise trop rapidement, les éléments n'ont pas le temps de prendre l'arrangement strié régulier et la décharge est diffuse.
Le tube à vide dont nous avons fait usage présente la forme bien connue (fig. 1); le tube t avait un diamètre de 3 à 4 millimètres, largeur favorable à l'observation des stratifications.
. La continuité ou la discontinuité de la décharge était observée à l'aide d'un miroir tournant à quatre faces faisant environ deux tours à la seconde et dont l'axe de rotation est disposé parallèlement au tube.
à) Nous avons fait usage d'abord d'une forte bobine d'induction activée par un interrupteur à main, de manière à pouvoir nous rendre compte de l'effet produit par chaque décharge de fermeture ou de rupture considérée isolément Nous avons remarqué que, dans ces conditions, chaque décharge déterminait une illumination stratifiée du tube. Celle-ci, examinée au miroir tournant, déterminait une longue bande lumineuse, divisée par des lignes qui correspondaient aux stratifications (fig. 2).
A côté de ces strates en apparence continues se trouvaient fréquemment deux ou trois images du tube a, 6, indiquant des illuminations instantanées.
6) Nous avons fait usage de l'interrupteur de Whenelt, fournissant des interruptions extrêmement rapides. Les strates examinés au miroir tournant ont fourni pour chaque décharge deux ou trois images des tubes fort élargies m, n (fig. 3), fréquemment accompagnées d'images (a) non élargies et non stratifiées du tube, correspondant à des illuminations instantanées.
c) Chacun des pôles de la bobine (interrupteur à main) était mis en communication avec trois toiles métalliques séparées par deux lames de verre o et o' (fig. 4), lesquelles, se comportant vis-à-vis de l'énergie électrique comme de véritables ressorts, déterminaient à chaque décharge une série d'oscillations.
Le miroir tournant indiquait dans ces conditions que chaque décharge de la bobine fournissait une série de décharges alternantes, les unes instantanées et non stratifiées, les autres élargies et stratifiées (fig. 5), L'alternance se reconnaissait aisément à l'illumination des petites sphères qui se produisait tantôt & la partie supérieure, tantôt à la partie inférieure du tube, ainsi que l'indique la figure 5.
d) En portant à cinq le nombre des glaces et à six le nombre des toiles métalliques, chaque interruption de la bobine (interrupteur è main) détermine une série de décharges instantanées
et toute trace de stratification disparaît. Le miroir tournant nous
en offre fi mage (fi g. 6), c'est-à-dire que chaque interruption
; de la bobine fournit deux ou trois décharges exécutées dans un
sens et deux ou trois décharges exécutées en sens opposé. I e) En utilisant l'interrupteur de Whenelt, le nombre des
images est plus petit (fig. 7) à chaque interruption, mais le résultat général est le même.
/") Le tube éclairé à l'aide de l'oscillation unipolaire (*) montre deux images alternantes instantanées, avec absence de strates.
Cette expérience nous montre de plus que cette oscillation est très lente et s'amortit rapidement.
~ g) La machine de Holtz fournit une succession d'images instantanées très rapprochées, se traduisant par des traits lumineux. Si l'on ajoute un condensateur, ces traits sont plus éloignés. Mais, dans tous les cas, cette instantanéité détermine la disparition des strates.
h) Si l'on interpose une forte résistance (des flammes de Bunsen), les images instantanées sans strates sont fréquemment accompagnées d'images élargies du tube et stratifiées. La réapparition des strates par suite de l'interposition d'une résistance était, du reste, connue.
Deuxième série d'observations. — Cette série d'observations a été exécutée à l'aide d'un miroir unique tournant avec une vitesse de vingt tours à la seconde, soit environ une vitesse dix fois supérieure à la première.
a) Les mêmes caractères se sont maintenus. L'observation faite avec l'interrupteur Whenelt et cinq glaces interposées, et qui présentait encore de légères traces de stratifications, nous a montré le système de deux tubes à pôles alternants (fig. 7), mais qu'une grande vitesse montrait encore élargis (conséquence de la trace de stratification), bien qu'incomparablement moins larges que sans interposition de glaces. Dans ces conditions, l'image
(') Nous avons montré précédemment que si l'on met un des pôles d'une forte bobine en communication avec une toile métallique, celle-ci émet des oscillations électriques à distance, lesquelles sont capables d'illuminer les tubes à vide.
affectait la forme d'une série de traits horizontaux, comme dans la première expérience.
6) Le tube étant éclairé à J'aide de l'oscillation unipolaire, nous montre les mêmes caractères que l'expérience précédente; les strates sont plus atténuées encore et, de même, les images de tubes élargis se montrent moins accentuées. Les deux traits fondamentaux (6g. 7) se dédoublent en un grand nombre de traits verticaux généralement déliés.
c) En portant è dix le nombre des glaces, on obtient le même résultat. Les images tendent de plus en plus à se résoudre en une série de traits verticaux.
d) C'est la machine de Holtz, sans condensateur et sans résistance, qui présente au plus haut degré une série de décharges rapides.
Le tube est absolument exempt de strates et présente au miroir tournant rapide une série de traits verticaux déliés et régulièrement espacés.
La machine de Ramsden détermine les mêmes caractères:
Examen spectroscopique. — Les caractères spectraux présentent la plus étroite analogie avec ceux qui nous sont offerts par le miroir tournant. On peut formuler cette conclusion en disant : À mesure que les décharges deviennent plus instantanées dans le tube ou, en d'autres termes, à mesure que le miroir tournant nous offre des traits verticaux de plus en plus déliés, nous assistons à la disparition des strates. Dans les mêmes conditions, nous voyons le spectre, è raies brillantes nettement définies, s effacer progressivement pour faire place à un spectre qui présente de plus en plus les caractères d'un spectre è bandes brillantes.
La série de photographies de spectre d'un tube à hydrogène (photogramme IV) montre cette conclusion d'une manière évidente.
De plus, l'effacement des raies se produit dans l'ordre de réfrangibilité, en allant de la partie la plus réfrangible è la partie la moins réfrangible du spectre.
De même qu'une pression gazeuse continue appliquée cort*»
nablement à un tube provoque la vibration sonore, de même une force électromotrice appliquée avec persistance dans un sens déterminé et sous une tension suffisante est capable de produire dans un tube à vide une série de nœuds et de ventres comparables à ceux du son.
Si, au contraire, la force électromotrice capable de vaincre la résistance du tube s exerce d'une manière instantanée (traits lumineux déliés), l'équilibre dynamique correspondant à la production des nœuds et des ventres n'a pas le temps de s'établir et le tube présente l'aspect laiteux.
Chaque fois que le miroir tournant nous montre un tube élargi, il est accompagné de strates; s'il n'est pas sensiblement élargi, les strates sont absentes.
II est vraisemblable que, dans les mêmes conditions, les alomes n'ont pas le temps de prendre leur état d'équilibre dynamique normal, et c'est la raison pour laquelle le spectre continu ou à bandes tend à se substituer au spectre à raies.
En résumé : 1° l'élargissement du tube dans le miroir tournant, c'est-à-dire l'accroissement du temps de la décharge ; 2° l'apparition des strates; 3* la disparition du spectre à bandes pour faire place à un spectre à raies nettement accentuées, sont des phénomènes connexes.
Si donc nous nous plaçons à ce point de vue, un conducteur parcouru par un courant est comparable è un tube sonore dans lequel on produit des nœuds et des ventres.
Il est également nécessaire d'observer que le pôle positif se comporte comme un foyer d'émission entièrement comparable à l'émission d'un souffle qui aurait traversé l'embouchure d'un tube sonore, alors que le pôle négatif se comporte comme un foyer d'émission comparable à un souffle ne produisant pas le phénomène du son.
Considérons une ampoule sphérique (fig. 8) dans laquelle c représente l'espace sombre de Crookes, L la lumière cathodique, S, S 7 , S" les stries lumineuses, les flèches barbelées le sens du mouvement des ions, F l'espace sombre de Faraday.
Dans le voisinage delà cathode, l'énergie de mouvement ionique
Action d'une charge étatique eur lee rayons cathodiques. — L'expérience réalisée par Jaumann présente, à ce point de vue, un vif intérêt, car elle échappe k toute explication dans l'ancienne théorie.
La disposition indiquée figure 14 est introduite dans un bain d'huile et soumise à l'action de décharges oscillantes. On diminue de cette manière la teneion des rayons, c'est-à-dire l'action attractive réciproque des ions, de manière à les rendre plus sensibles à une action extérieure. On observe, dans ces conditions, sur la surface ab une tache brillante intérieure, entourée d'un anneau brillant.
Jaumann a reconnu que la tache brillante intérieure correspond aux rayons cathodiques ordinaires que nous venons d'examiner, et dès lors déviables par une charge électrostatique. L'anneau correspond au courant qui relie la cathode à l'anode, constituée ici par la surface de verre de l'ampoule ab.
Les ions du courant, ainsi que nous l'avons vu, sont orientés de la même manière que les ions du rayon cathodique ; mais, à l'inverse de ce qui se passe dans celui-ci, les mouvements de translation s'exécutent dans deux sens opposés (fig. 15). Il résulte de cette circonstance que les actions d'induction électrostatique produites par une charge statique se font équilibre. L'anneau ne sera pas dévié.
Remarquons encore que toutes les décharges ne correspondent pas à un son fondamental unique. La tension des rayons cathodiques pourra donc varier, d'où déviation inégale sous Faction de la charge statique et production d'un véritable spectre cathodique. Nous pouvons, à l'aide de ces rayons faiblement tendus, réaliser l'expérience qui nous a permis de démontrer l'existence de l'induction électrostatique.
Si l'on approche un corps électrisé positivement d'un autre corps, celui-ci tend à prendre une charge de même nom; le corps en mouvement tend à se déplacer en sens inverse du mouvement qu'on lui communique. Si le deuxième corps était libre, il serait donc repoussé pendant le mouvement. L'inverse a lieu Ion de l'éloignement C'est cette expérience fondamentale que
Jaumann a réalisée en approchant du rayon cathodique un bâton de verre éleclrisé. Pendant l'approche, le rayon est repoussé; lors de l'éloignement, il est attiré.
Cette expérience, comme nous l'avons vu dans le premier chapitre, n'est autre que celle que nous avons réalisée à l'aide d'une balle de sureau suspendue à un fil de cocon.
Remarquons encore que pendant l'approche du bâton de verre positif, les électrons négatifs qui déterminent la fluorescence du verre tendent à devenir positifs, d'où diminution de l'éclat de la tache. Au contraire, lorsqu'on éloigne le bâton, ils tendent à devenir plus négatifs, d'où accroissement de la fluorescence.
La deuxième expérience de Jaumann est tout aussi inexplicable que la première par l'ancienne théorie. Ayant disposé son ampoule entre les deux plateaux d'un condensateur, il a remarqué qu'au moment de la charge, il y avait une déviation momentanée des rayons du plateau positif vers le plateau négatif, et que l'inverse avait lieu lors de la décharge.
Nous avons vu que le même phénomène se produit encore en substituant au rayon cathodique une balle de sureau. Il s'agit donc ici encore d'un fait fondamental et non d'un phénomène particulier aux tubes à vide.
Action de C aimant. — L'action de l'aimant est indépendante du sens du mouvement des ions. La déviation se produira donc tant pour le courant en partie simple (rayon cathodique) que pour le courant normal en partie double. La déviation de la tache et de l'anneau de Jaumann se produira donc simultanément sous l'action de l'aimant.
De même que pour l'action de la charge électrostatique et pour les mêmes raisons, nous pourrons obtenir un spectre étalé cathodique, ainsi que cela résulte des expériences de Birkeland.
§ 3. — L'électrolyse.
Si Ton substitue à un conducteur quelconque une solution ëlectrolytique, les choses se passeront exactement de la même
manière, avec cette différence que le courant, au lieu de se faire en partie double, se fait en partie quadruple. Chaque ion portant à la fois un électron positif et un électron négatif, ces ions ne se fileront pas aux électrodes et il n'y aurait pas de dépôt électroly tique. Celui-ci est encore la conséquence de l'asymétrie des pôles.
Nous avons vu que l'équilibre dynamique du courant exigeait la mise en jeu d'un nombre d'ions et par conséquent d'un nombre d'électrons plus grand à la cathode qu'à l'anode (fig. i6). Mais il existe nécessairement le même nombre d'électrons orientés à la cathode et à l'anode. Par conséquent, si nous supposons, par exemple, que deux électrons sont mis en jeu à la cathode et un électron à l'anode, tin électron sera disponible (fig. 17) à ce pôle; il ne tardera pas à être occupé par un ion négatif ne prenant pas part au courant, si la force électromotrice est suffisante pour enrayer sa quantité de mouvement.
Il existera maintenant un ion positif en excès, lequel, en vertu du mouvement préexistant, gagnera plus ou moins facilement le pôle opposé où il se soudera. S'ils y parviennent tous, l'électrolyse sera dite normale; s'il n'en est pas ainsi, l'électrolyse sera anormale ; mais le nombre d'ions acides présents au pôle positif sera nécessairement plus grand que le nombre d'ions positifs présents au pôle négatif, ce que l'expérience vérifie.
Nous voyons, dès lors, la cause de la polarisation des électrodes. Nous voyons également que cette raison s'ajoute à celle que nous avons indiquée précédemment pour expliquer le transport de matière vers le pôle négatif; les ions positifs libres, animés de plus grandes vitesses, entraînant les molécules, vont en se dirigeant dans ce sens. De plus, la contradiction entre l'observation et la théorie admise, laquelle implique un mouvement plus rapide des ions négatifs dans l'électrolyse anormale, alors que le mouvement de transport se fait en sens contraire, disparait. Si la force électromotrice n'est pas suffisante pour fixer les ions négatifs, l'excès de la quantité de mouvement, développée au pôle positif, déterminera encore le déplacement vers la cathode.
Nous voyons que le mécanisme de l'électrolyse est le même que celui des tubes à vide. Les rayons cathodiques sont formés par les ions qui ne parviennent pas à se souder à la cathode.
Mais, dans l'électrolyse, le courant d'ions allant de l'anode vers la cathode est plus tangible et mieux utilisable que le courant développé par les ions en excès, qui s'échappent de la cathode, afin de réaliser des expériences de projection.
Tous ces effets peuvent s'observer facilement en faisant usage de solutions dans la gélatine ( 1 ).
On peut d'abord observer le transport des ions positifs vers le pôle négatif, en introduisant à la partie inférieure d'un verre à lampe une solution gélatineuse de sulfate de cuivre; lorsqu'elle est coagulée, on dispose à la partie supérieure une solution de gélatine et de sel marin (fig. 18). Deux tubes semblables sont préparés. Dans le premier, on fait passer le courant de douze éléments de Daniel; le second n'est pas soumis au courant. On observe alors, après une quinzaine de jours, que la diffusion du cuivre vers le pôle négatif est notablement plus accentuée dans le tube mis en circuit que dans l'autre.
On peut encore procéder de la manière suivante : On construit, à l'aide de lames de verre, une cuvette de forme allongée (fig. 19). On y verse d'abord upe solution de sel marin et de gélatine. Lorsque celle-ci est coagulée, on découpe un parallélipipède a b c d, que Ton enlève, et l'on verse dans l'espace vide une solution de sulfate de cuivre et de gélatine. Lorsque le tout est solidifié, on fait passer le courant comme dans l'expérience précédente, et l'on remarque que la diffusion est plus accentuée en bc qu'en ad.
Si l'on introduit dans une cuvette en porcelaine (fig. 20) une solution de sulfate de cuivre et de gélatine sur une épaisseur de 1 centimètre environ, on remarquera que le niveau s'abaisse dans le voisinage du pôle positif et se relève dans le voisinage du pôle négatif, résultat du transport d'un pôle à l'autre.
(') Ces solutions renfermaient 20 °/o de gélatine. La solution de NaCl renfermait 3.25 % de ce sel. La solution de CuSO* renfermait 14.6 % de CuS0 4 + 5H 8 0.
Afin de nous rendre encore mieux compte du souffle anodique, nous avons introduit au fond d'une cuvette à glaces parallèles (fig. 21) une solution de gélatine et de sulfate de cuivre. Après la coagulation, elle a été recouverte d'une toile, afin d'éviter une diffusion trop rapide, puis le tout a été recouvert d'une solution de gélatine et de sel marin. On remarqua, après quelques jours, que les ions cuivre sont soufflés dans l'espace ab. La limite nettement marquée ac indique cette action. On remarque en a un plissement à la surface de la gélatine, qui indique la limite de la projection.
Le souffle anodique, dans le phénomène de l'électrolyse, existe donc au même titre que le souffle cathodique dans les tubes à vide et que le souffle ionique ou électronique émanant de presque tous les foyers d'ébranlement de l'éther, et dont nous avons reconnu l'existence à l'aide des figures géométriques prévues par l'hydrodynamique et déterminant notre fluide infra-électrique qui en est le résultat. Si l'anode, dans l'électrolyse, donne lieu à un phénomène semblable, nous pourrons reproduire ces mêmes figures. Il en est réellement ainsi.
Afin de réaliser l'expérience, nous avons coulé au fond d'une cuvette en verre (fig. 22) une solution de sel marin et de gélatine sous une épaisseur de 2 ou 3 centimètres; trois fils de platine, réunis entre eux et placés en triangle, plongent par une de leurs extrémités dans la gélatine ; le pôle négatif est placé en un point quelconque. Lorsque la solution est prise, on établit le courant à l'aide d'une douzaine d'éléments de Daniel. On remarque d'abord la production d'un cercle autour de chaque fil. Lorsque ces cercles sont réunis, on voit apparaître les trois droites se coupant en un point, ainsi que la figure l'indique, que Ton observe par transparence et qui s'observent également en relief 4 la surface d'une manière très déliée.
Les circonférences produites autour du pôle positif ne sont nullement déformées par la cathode. Mais cette dernière est influencée par l'anode. En effet, la cathode creuse dans la gélatine un enfoncement elliptique dont le grand axe est dirigé vers l'anode. Les électrons polaires anodiques jouent donc le rôle actif.
( *oi )
Le souffle anodique devant nécessairement déterminer une pression, nous devions la retrouver 6 laide de l'osmomètre. Nous avons donc disposé dans une solution de sulfate de cuivre deux o8momètres munis de membranes de vessie, ainsi que l'indique la 6gure 23. En faisant usage du courant d'une douzaine de Daniel, on voit, après quelques heures, la pression anodique se manifester par un relèvement du liquide dans le tube de l'osmomètre, alors que l'osmomètre négatif accuse une dépression.
II résulte donc de ceci que l'accroissement de vitesse des ions par le voisinage immédiat des électrons polaires est dû, à l'anode, à une projection; à la cathode, à une succion.
Les accumulateurs. — Lorsqu'un certain nombre d'ions négatifs se seront condensés sur l'anode et qu'une condensation semblable se sera produite dans le sens positif sur la cathode, il suffira de relier les deux électrodes pour obtenir un courant de sens contraire.
Afin d'obtenir ce résultat de l'accumulation de l'énergie électrique dans la pratique, on se sert de lames de plomb plongées dans de l'eau acidulée d'acide sulfurique.
Les piles. — Nous avons vu, lorsque nous nous sommes occupés de l'électrisation par contact, que l'on classe les métaux dans l'ordre de leurs caractères positifs.
Le courant de la pile est le résultat de l'électrisation au contact d'un métal électro-positif avec un électrolyte. Le mécanisme est le même que celui de l'électrolyse, la polarité positive du métal étant ici la cause déterminante.
La polarisation, c'est-à-dire la tendance à la production d'un courant de sens contraire, se produira de la même manière.
Afin d'éviter cet inconvénient, on a construit les piles à deux liquides dont le type le plus parfait est représenté par la pile de Daniel,
Dans cette pile, le métal électro-positif est représenté par un cylindre de zinc, le liquide électrolytique par une solution diluée d'acide sulfurique. Un vase en terre poreuse renferme une solution de sulfate de cuivre, dans laquelle plonge une lame de cuivre.
Si le circuit est ouvert, les ions s'orienteront simplement par influence et il n'y aura pas production de dépôt électrolytique. Si, au contraire, le circuit est fermé, les propriétés du courant apparaîtront sous la forme indiquée pour l'électrolyse.
Les ions négatifs S0 4 se fixeront sur les ions zinc de manière à produire du sulfate de zinc neutre et de ce chef il ne pourra pas y avoir polarisation. Les ions positifs, en se déposant au pôle opposé, tendront è produire ce résultat, mais en traversant le vase poreux ils rencontrent la solution de sulfate de cuivre, s'emparent des ions S0 4 pour former de l'acide sulfurique, et les ions cuivre, dont la tension électro-positive peut être considérée comme négligeable par rapport à la tension des ions d'hydrogène, ne déterminent pas de polarisation appréciable. Le principe des autres procédés de polarisants est toujours le même.