II, — FLEURS PETITES OU POMPONS
Rosier Pompon mousseux.
Il est à remarquer, et ceci suffirait souvent pour démontrer l’origine de ces accidents, qu’il arrive parfois que certains des individus qu'ils caractérisent, retournent, sur quelques-unes de leurs parties, au type dont ils proviennent. Ainsi sur un Rosier Cent Feuilles mousseux nous avons vu $e développer un rameau de Rosier Cent Feuilles ordinaire. Nous devons cependant faire observer que le plus souvent les parties qui semblent revenir au type présentent néanmoins des différences avec celui-ci. Ïl y a un pas de fait en avant, il est contre nature d’aller en arrière. |
Le Rosier du Roi, eonnu à peu près
de tout le monde, a produit les six faits de dimorphisme suivants :
Perpétuelle Bernard. Ce Rosier a les rameaux plus grêles que ceux du Rosier du Roi; ses fleurs et ses feuilles sont aussi plus petites que celles de ce dernier, et ses fleurs, en forme de Rose Pompon, sontrès-jolies, d’un rose beaucoup plus clair que ne le sont celles du Rosier du Roi. |
Rosier du Roi dit à longs pédoncules.
Celui-ci a les rameaux beaucoup plus longs que ceux du Rosier du Roi type:
les mérithalles sont plus distants, et les pédoncules sont aussi plus longs que ceux de ce dernier. Il n’est qu’une sorte de dégénérescence. |
Madame Tellier. Assez semblable à la précédente, cette variété ne s'en disingue que par ses fleurs, qui sont moinscolorées,d’unrose carnétrés-clair.
Mogador. Ge Rosier diffère du Rosier du Roi par ses fleurs plus fortes, d’un rouge plus vif et plus foncé; ses rameaux se eolorent aussi plus que ceux du Rosier du Roi, ce qui permet de l’en distinguer même en hiver. Les horticulteurs n'aiment pas cette variété parce qu’elle est dure à forcer et qu’elle passe très-vite au violet sale.
Capitaine Renard ou Rosier du Rot à fleurs panachées. Cette variété diffère du Rosier Madame Tellier par ses fleurs panachées ou rubannées de blanc; elle a été trouvée à Orléans par M. Desfossé-Thuillier. |
Cœlina Dubos. Trouvée par M. Dubos, horticulteur à Pierrefitte, près Saint-De-
nis, sur le Rosier du Roi, cette variété.
à les rameaux plus grêles et les feuilles un peu plus petites que ce dernier; ses fleurs ,assez semblables, pour la forme, à celle du À. du Roi, sont d’un blanc légérement carné.
LeRosier de la Reine, x, lui aussi, produit deux accidents : l’un, Belle Normande, dont les fleurs, rose carné, rappellent celles du Souvenir dela Malmaison ;l'autre, Madame Cambel d'Isiy ou Triomphe de Valenciennes, qui ne diffère non plus de la Rose de la Reine que par ses fleurs
. panachées-marbrées.
Le Rosier Duchesse de Cambacérès, dontlesfleurs, unicolores, sont d’un rose foncé, a produit comme accident le Rosier Belle de printemps, qui a les fleurs roses, marbrées de brun.
Le Rosier Baronne Prévost a produit, à notre connaissance, par accident cinq variêtés, dont deux à fleurs panachées et une à fleurs marbrées. L’une des deux variétés panachées, Madame Désirée Giraud, a été trouvée. chez M. Désiré Giraud, à Marly, près Valen-
ciennes; elle est peu vigoureuse. La
deuxième variété, Panachée d'Orléans, qui a été remarquée pour la première fois à Orléans, est au contraire très-vi-
-goureuse; ses rameaux sont plus grêles
que ceux du Rosier Baronne Prévost; leur écorce, très-lisse et luisante, a peu d’aiguillons; en un mot, ses rameaux rappellent ceux du R. Cuisse deNymphe (note 36).
Le Rosier Baronne Prévost marbré ne différe du type que par ses fleurs, qui, au lieu d'être unicolores, sont marbrées de brun. Une autre variété (4° accident), mise dans le commerce par M. Pierre Oger, horticulteur à Caen, ne diffère de la Baronne Prévost que par la couleur des fleurs qui est beaucoup plus pâle.
Le 5° accident produit par la Baronne Prévost, est tout récent; nous l'avons observé pour la première fois en 1864, à Vitry-sur-Seine, dans un Jardin confié aux soins de M. Lachaume ; nous avons nommé cette variété Madame Lachaume.
Ce Rosier diffère de la Baronne Prévost par ses rameaux un peu Moins épineux, mais surtout par son inflorescense, qui, longuement paniculée, très-ramifiée, rappelle celle de certains Resier Nosselles.
La fleur aussi est un peu moins forte que celle duRosier Baronne Prévost; mais un
fait très-remarquable, c’est que l'ovaire, au lieu d’être, comme celui des Roses Ba-.
ronne Prévost, très-régulièrement atténuéà sa base, et de se confondre, sans faire aucune saillie avec le pédoncule, est brusquement et courtement renflé, puis rétréci et renflé de nouveau près du sommet ; les pédoncules des fleurs sont aussi plus grêles et plus allongés que ceux du Rosier Baronne Prévost.
Le Rosier Duchesse d'Orléans, dont les fleurs sont de couleur rose-violacé, a produit par accident, en 1858, une variété Sœur des Anges. Cette variété diffère surtout de celle dont elle sort par la couleur’ des fleurs, qui est rose carné pâle, comme celle des fleurs du Souvenir de la Malmaison.
Le Rosier dit des Quatre-Saisons a produit comme accidents :
Le Quatre-Saisons blanc mousseux ou Rosier de Thionville (gravure coloriée) ;
Le Quatre-Saisons pompon ;
gi — blanc.
Ainsi qu’on le voit, le Rosier des Quatre-Saisons, comme le Rosier Cent Feuilles, a produit deux sortes d’accidents :
des fleurs peliles ou pompons et des fleurs grandes, mousseuses
Le Rosier Quatre-Suisons blanc mousseux ou Rosier de Thionville fut observé pour la première fois à Thionville vers 1835; il diffère du Rosier des Quatre-Saisons, dont il sort, par des rameaux plus grêles et munis de poils hispides, glanduleux (mousse). Ses feuilles, d’un vert blond, sont aussi plus douces au toucher et comme légèrement tomenteuses ; de plus, ses fleurs sont d’un blanc pur. IL donne parfois de forts rameaux qui portent des fleurs roses. C’est alors le Rosier des Quatre-Saisons ordinaire, fait qui a été observé par M. Duval, horticulteur à Montmorency, plus tard par M. Vic- .
tor Verdier , horticulteur à Paris, tout récemment (1864) au Muséum.
Les Rosiers Provins ont également
produit un certain nombre d’accidents.
Parmi les plus connus on peut citer :
Pompon Saint-François; — Saint-Jacques ;
Camaïeu ;
Panaché semi-double ;
Tricolore de Flandre.
Ce dernier, qui s’est montré en Belgique il y a environ 18 ans, est remarquable par ses fleurs panachées; il pousse peu, bien qu'il provienne d’une variété très-vigoureuse à laquelle il retourne parfois, qui donne des fleurs violacées.
La variété Camaïeu est remarquable par ses fleurs striées, fort Jolies et presque uniques dans leur genre. Son bois est maigre et ses folioles sont comme rongées sur les bords.
Dans les Rosiers Damas, qui sont des sortes de Quatre-Saisons non remontants, on compte comme accidents :
Damas York et Lancastre; — à feuilles bullées.
Le Rosier Bengale grdinaire a produit
comme accident le Rosier Bengale à bois strié, dont les rameaux sont rubannés.
role
Aeyue er
DANS LES VÉCÉTAUX. ; 37
Ceux-ci sont parfois presque complétement jaunes.
Un accident très-curieux produit par les Rosiers est la plante qu'on a appelé Rosier à feuilles de Chanvre. Par ses fleurs, et surtout par ses feuilles, cette variété diffère considérablement du Rosa alba, dont elle sort; ses folioles, cucullées, longues et étroites, sont très-
grossièrement dentées-serrées, parfois.
comme rongées sur les bords, fortement nervées, d’un vert sombre, rugueusesscabres. Il arrive parfois aussi que ses feuilles sont opposées ; mais ce fait, dont, à tort, on a cherché à tirer des conséquences, toujours rare, ne se montre guère sur chaque rameau que pour une insertion de feuilles. Les fleurs du Rosier à feuilles de Chanvre, plus petites que celles du Rosa alba, souvent régulières et comme un peu monstrueuses, sont toujours stériles.
Les plantes dites d'ornement ne sont pas les seules qui présentent &es faits d’hétéromorphisme ; les arbres fruitiers en fournissent également de très-remarquables. Nous allons en citer quelquesuns, en commençant par ceux que nous fournit la variété de sier anglais hâtif. L'accident le plus curieux que nous fournit cette variété est celui qu’on nomme Cerisier anglais hétérophylle ou à feuilles de Saule. Voici comment le fait se passe. Sur un jeune arbre, dont toutes les parties sont normales, on voit parfois tout à coup, et sans que rien puisse en faire soupconner la cause, se développer un bourgeon vigoureux, qui, au lieu d’avoir desfeuilles qui présentent la forme ordinaire, en porte qui sont très-longues et trèsétroites, souvent un peu falquées, et parfois comme irréguliérement érosées. Greffée, cette variété présente la particularité assez singulière que voici : tant qu'elle conserve ses caractères exceptionnels la plante ne fleurit pas, mais comme elle tend sans cesse à les perdre, on remarque, lorsque les feuilles ont repris à peu près la forme normale, que les arbres fleurissent et fructifient.
Néanmoins cette variété ne reprend jamais identiquement les caractères du type dont elle sort; son facies est toujours distinct; l'arbre n’est jamais ferule et son fruit n’est pas non plus tout
à fait semblable à celui du C. Anglais hà-
erisier dite Ceri-
tif. Quant aux jeunes pousses, elles con serventleur caractère accidentel, et chaque année les feuilles qu’elles developpent sont à peu près semblables à celles qu'a montrées l'accident lorsqu'il s’est développé pour la première fo:s.
Get accident n’est du reste pas le seul :
que présente le Cerisier anglais hâtif.
Ainsi, lorsque les arbres sont vieux, il arrive fréquemment qu’on rencontre sur le même individu trois sortes de fruits distincts par leur époque de maturité. Il y a d’abord l’'Anglaise hâtive, dont les fruits deviennent noirs ; l’Anglaise tardive, dont les fruits, d’un beau rouge foncé, luisants et comme vernis, mürissent plus tard. Enfin on rencontre presque toujours une.autre variété, très-tardive, dont les fruits, un peu plus petits, sont encore tout verts lorsque les deux autres sont déjà ceuillis depuis longtemps. En général ces derniers se colorent peu. Dans ces trois sortes d’accidents, les différences ne portent guère que sur les fruits.
Le Cerisier indule n’est non plus qu'un accident produit par le Cerisier anglais hâtif. Il se distingue par son feuillage et par sa hâtiveté.
La variété de Cerisier dite Anglaise hâtive n’est pas non plus la seule qui sur un même individu fournisse des fruits
- de nature différente; ainsi, on trouve des
faits complétement analogues produits par les Cerisiers dits May-Duck, Cherry- Duck et Reine Hortense. Ces variétés, en effet, ont donné sur un même individu, mais sur des branches différentes, des sous-variétés dont les fruits mürissent une quinzaine de jours plus tard que ceux des variétés, dont elles sortent.
Greffées, chacune de ces sous-variétés a
conservé son caractère accidentel.
Un fait analogue aux précédents se montre chaque année au Muséum sur un Cerisier ordinaire à fleurs dites
doubles. L'arbre sur lequel cette ano-
malie se développe, qui a environ 0m,35 de diamètre, est greffé sur Sainte-Lucie à 0m.70 du sol. À partir de là, sa tige est nue jusqu'à environ deux mêtres. À
cette hauteur se développe une grosse
branche qui, tous les ans, se couvre de fleurs extrêmement doubles, c’est-à-dire pleines, tandis que les fleurs des autres, branches qui sépanouissent beaucoup plus tard, sont à peine semi-pleines et
par conséquent rapportent des fruits.
La Prune Coé violette, ou plutôt violacée-rosée, est un fait de dichroisme (note 1); c’est un accident qui s’est montré sur la Coé à fruits blancs, et qui, greflé, s’est maintenu avec tous les caractères qu'il présentait lors de son apparition.
Nous avons remarqué, très-souvent, sur la variété de Prunier Damas de Tours, un fait à peu près analogue au précédent. Sur un même arbre il y avait des branches qui portaient des fruits différents de forme et de couleur et dont la maturité présentait une quinzaine de jours de différence; ainsi, tandis que les fruits du type sont trèsoros, allongés, d’une eouleur rouge foncé qui rappelle ceux de Pound seedling, marqués d’un côté seulement d’un trèsléger sillon, les fruits .de la sousvariété tardive sont un peu plus pe-
tits, et leur forme est celle de la Reiï- |
ne-Claude ordinaire ; ils sont d’un vert herbacé qui passe plus ou moins au rouge très-clair; leur queue, arquée, renflée à la base, s’insére dans une cavité assez large par l'évasement du sillon, tandis que la queue des fruits de la variété type, droite, peu ou point
renflée, s’insèredansunetrès-petite cavité | | qui s’est montré sur une branche de ce
placée presque à la surface du fruit.
Une autre variété de Prunier, le Prunier Puget, présente la particularité suivante : sur une même branche ïl arrive très-fréquemment qu’il donne des fruits rougeâtres-violacés, pointillés ou striés de vert roux; on en trouve aussi qui présentent toutes les nuances intermédiaires et d’autres qui sont presque unicolores. On voit même parfois certaines branches ne porter des fruits que d’une seule couleur, de sorte que en les multipliant à part, on aurait chance de les stabiliser et d'obtenir ainsi, d’un même arbre, plusieurs sous-variétés.
Nous avons vu, sur un Groseiller à grappes à fruits rouges une branche qui portait des fruits tout à fait blancs comme ceux de la variété dite de Hollande à fruits blancs; à côté, surle même pied, il y avait des branches chargées de Groseilles rouges.
Le fait du Brugnon naissant tout à coup sur un Pêcher ne peut plus être mis en doute; des exemples récents sont venus appuyer, en les confirmant, ceux qu’a-
vaientrapportés certains auteurs notamment Sieuile.
Deux autres faits du même genre que les précédents, dont nous devons également parler, sont fournis par deux variétés de Chasselas, connues, l’une sous le nom de Chasselas panaché, l'autre sous celui de Chasselas Suisse; toutes deux semblent provenir d’une variété à fruits noirs, couleur qui domine chez
| l’une comme chez l’autre. Voici les par-£
ticularités qu’elles présentent : presque toutes les grappes portent quelques
| grains plus ou moins panachés ou striés, | de blanc pour le Chasselas Suisse, de | roux, pour le Chasselas panaché. Mais il
arrive fréquemment que les éléments se séparent et qu'on a alors, sur des sar-
| ments différents, parfois sur les mêmes,
des grappes de Raisin de couleur diffé-
| rente, à peu près complétement blanche
si elles appartiennent au Chasselas Suisse, rousses si elles appartiennent au Chasselas panaché. L’une de ces deux variétés n’est qu'une modification de l’autre, qui elle-même, n’est qu’un acci-
| dent d’une autre variété.
Le Poirier Saint-Germain gris, dont
| les fruits, gris foncé, sont très-différents
par l’aspect de ceux du Saint-Germain ordinaire, est le résultat d’un accident
dernier, et qui, multiplié par greffe, s’est maintenu avec tous ses caractères.
Un fait tout à fait semblable au précédent s’est produit sur le P. Messire- Jean, de sorte qu'aujourd'hui on possède dans les jardins un Messire-Jean gris et un WMessire-Jean jaune.
À ces quelques exemples nous en ajouterons deux autres analogues; ils ont été insérés dans le Bulletin de l’Académie des Sciences, tome XXXIV, séance du 47 mai. L’un, rapporté par M. Dureau de la Malle, se rapporte à un Poirier Bon Chrétien qui produisait à la fois des fruits de cette sorte très-bien caractérisés et d’autres € d’une forme complétement dhfférente elinconnue. » L'autre exemple, cité par M. Mourrière, professeur à Ber- !
nav, à rapport à un Pommier qui, sur les mêmes rameaux, produisait des fruits qui avaient l'apparence d’une Reinette | rousse et d'autres qui appartenaient à | une sorte de Reinelle du Canada; ces | derniers sont lisses, ponctués, et parfois | d’un rouge vif sur l’un des côtés.
Trois espèces appartenant, les deux premières à la catégorie des plantes
potagères, l’autre à la catégorie des Cé-
réales, nous présentent des faits sinon identiques, du moins équivalents à ceux que nous venons de rapporter ; ce sont, d’une part, les Haricots et les Pommes de terre, de l’autre le Maïs. Chez les unes comme chez les autres, on remarque que certaines variétés sont beaucoup plus sujettes que certaines autres à produire des' accidents (note 37). Certains de ees accidents se stabilisent, se fixent même, de sorte qu’on peut les reproduire par semis; d’autres au contraire ne se reproduisent que pendant un trèspetit nombre d'années, et partiellement, tandis que d’autres encore, passagères, ne paraissent être que des variations ou des formes transitoires.
Cette tendance à produire des variétés chez certaines sortes de Haricots est nous le répétons, plus ou moins grande ; nous allons en citer quelques exemples en commençant par une sorte bien connue, par le H. Flageolet. Celui-ci, qui est blane, aplatr, non volubile, nous a donné des Haricots volubiles, renflés, presque cylindriques, et qui, encore, au lieu d’être blanes, étaient lavés ou maculés de bleu violacé, sur un fonds rougeâtre. Ces Haricots, au nombre de 27, semés à part, ont produit, en 1864, 754 Haricots.
Sur ce nombre six seulement étaient à peu près. semblables à ceux que nous avions semés ; tous les autres pouvaient
renirerdanssept à huit variétés, différant
l’une de l’autre soit par la forme, soit par la coule des grains, soit même par ces deux choses.
Un fait à noter, c’est que toutes ces variétés semontraientnon-seulement sur
. un petit nombre d'individus, mais que
parfois il y en avait plusieurs dans un
| même fruit; ainsi, dans une gousse con- ! tenant six Haricots, nous avons compté
quatre variétés différant par la couleur; deux différaient même par la forme (note 38). |
Parmi les diverses variétés qu’a produites le H. Flageolet, nous citerons encore celle à grains nosrs, dont tous les caractères, sauf la couleur, sont à peu près semblables à ceux du type.
D'une touffe résultant de quatre Haricots semblables, presque cylindriques,
assez longs, de couleur rouge orange,
fortement striés, maculés de brun marron, que nous avions semés, nous avons obtenu 70 Haricots différents par la forme etpar la couleur, et pouvant rentrer dans quatre variétés. Sur un seul pieddes quatre que comprenait la touffe il s’est trouvé dans une même gousse cinq Haricots, dont trois NOIRS VIOLET très-foncé, courts, comme tronqués aux deux bouts et comprimés sur les faces; les deux autres, plus petits, étaient tout à fait BLANCS, presque sphériques.
Une série d'expériences suivies pendant plusieurs années sur un certain nombre de variétés de Haricots nous a donné, soit par dimorphisme, soit par dichroïsme, de nombreuses et très-remarquables variétés. Ainsi le H. Fotz- James blane, (qui lui-même est un accident du Haricot noir de Belgique), dont le grain est petit, un peu aplati, nous a donné plus de 20 variétés très-différentes. ,
Le Haricot bicolore dela Chine, qui est presque rond (sorte de H. boulot, comme on dit vulgairement), qui est de couleur jaune pâle ou souffrée, nous a donné plus de 30 variétés de forme, de couleur, de grosseur et d’aspect trèsdivers.
Des nouvelles expériences que nous avons faites, qui ont porté sur un assez grand nombre de variétés, nous ont donné des résultats semblables à ceux que nous venons de rapporter.
Faisons remarquer que toutes les variétés de Haricots ne sont pas aussi plastiques les unes que les autres, qu’il en ect même qui varient très-peu ‘ .Bien que ce soit en général les variétés unicolores qui soïentles plus constantes, on ne peut pourtant rien préciser à cetégard, car on
voit parfois des Haricots de plusieurs cou-
leurs (panachés, maculés, etc.) se maintenir assez bien, tandis que d’autres, unicolores, blanes, rouges, noirs, jau-
1 Que parmi les Haricots il y ait desvariétés beaucoup plus stables que d’autres, le fait n’a rien d’étonnant ; il est au contraire conforme à tout ce que nous connaissons. N'est-ce pas ce qui a lieu dans toutes les espèces qui présentent. beaucoup de variétés? En effet, parmi celles-ci, s’il en est d’éphémères (relativement bien entendu) pourainsi dire, n’en est-il pas aussi de tellement fixes, qu'on ne peut plus les affoler, qu’on ne peut plus faire revenir à aucun type et que par conséquent on pourrait considérer comme des types!
Nos plantes potagères, telles que Choux, Betteraves Navets, Chicorées, et surtout les Laiïtues, nous en fournissent des exemples très-remarquables,
mm PR nn LC AC His = Mu PT" nes = pr
nes, etc. changent parfois instantanément et pour ainsi dire du toutau tout, c’est-àdire du blanc au noir, au jaune, etc., et vice vers@. Mais ,d’un autre côté, on voit parfois aussi, suivant les années, les conditions de sol, de climat, ete. sepasser les faits les plus contraires: par exemple, que telle variété, après avoir été assez constante, devient variable, tandis qu’une autre qui jusque-là avait toujours été variable, devient stable. Parfois encore on voit, de ces variétés instables, sortir spontanément, pour ainsi dire, des formes particulières, qui se fixent trésbien. Il n’y a dans tout ceci rien de précis ni d’absolu. Tous ces faits semblent se montrer au hasard ; mais, en réalité, ils sont régis par des lois que nous ne connaissons pas. Dans notre ignorance de ces lois nous disons que les conséquences qui en découlent sont dues au hasard, que ce sont des accidents Rappelons aussi que, pour toutes ces variétés, il n’y a pas de caractères absolus, que tous peuvent se modifier, se transformer et même disparaître, tandis que d’autres, plus ou moins différents, parfois même contraires, pourront apparaître. Ainsi, par exemple, d’un Haricot tardif qui rame, qu’on a semé, il pourra sortir un Haricot hâtif qui ne rame pas, de forme, de couleur et de nature différentes; d’un Ilaricot dont les cosses Qu gousses sont fibreuses et parcheminées, 11 pourra sortir un Haricot dont, indépendamment de ce qu’il pourra différer par tous ses caractères de végétation, les gousses, dépourvues de fibres et gorgées au contraire de parenchyme, pourront se manger. En un mot, il pourra se produire ce qu’on nomme des mange-tout.
Nous avons dit plus haut que nonseulement les Haricots pouvaient se modifier quant aux grains, mais encore que les gousses pouvaient subir des changements notables; en voici un exemple :en 1863, un Haricot de forme presque boulot, fond blanc, portant une macule couleur café à l’ombilic, ayant été semé, produisit un Haricot plus gros, fortement maculé de noir très-intense.
Le Haricot qui a été semé provenait du H. noir de Belgique, qui a la cosse droite; le produit qu'il a donné, indépendamment de ce qu'ilétait plus gros et de couleur différente, avait la cosse arquée et plus longue.
Le Maïs nous fournit des faits tout aussi ‘remarquables que ceux que présententles Haricots; ainsi sur une même agrégation de fruits (sorte d’épi qu’à tort on nomme grappe) on voit souvent se développer des grains plus ou moins dissemblables, parfois complétement, différents de ceux qu’on a plantés, qui sont unicolores ou de plusieurs cou leurs, etc., qui diffèrent même de grosseur, de forme, d'aspect, et qui parfois encore, indépendamment de la couleur et de la grosseur, ont des qualités trèsdifférentes de celles que présentent les variétés sur lesquelles elles naissent.
Aïnsi sur une grappe de Maïs commun nous avons vu se développer, à côté de grains gros et jaunes, quelques grains plus petits, ridés, trésisucrés, à peu près identiques à ceux de la variété appelée Mais sucré du Mexique. Plantés à part ces grains ont maintenu leurs caractères. | |
L’année dernière (1864) une variété de Maïs dite Mais chicot, dont les grains :
sont allongés, coniques, pointus, luisants, de couleur blanc nacré, nous a donné sur le même pied, parfois sur la | même grappe, parfois encore sur des | grappes différentes, des grains semblables à ceux du type, d’autres élargis; plats, d’un blanc mat ou jaunâtres, et d’autres encore plats et déprimés, qui étaient fortement striés de rougeorangé. Cependant ces Maïs, éloignés les autres, avaient élé soigneusement castrés.
Les Pommes de terre snous fournissent des exempies de modifications tout aussi remarquables que ceux que nous venons de rapporter, soit pour les Haricots, soit pour les Maïs; nous ne craignons pas d'affirmer que beaucoup de variétés cultivées aujourd’hui sont dues à des faits, soit de dimorphisme, soit de dichroïsme, qui se sont produits sur les parties souterraines pendant la végétation. Tous les ans, en effet, quand on arrache les tubercules et qu’on tient à conserver les variétés franches, on est obligé d’épurer, c’est-à-dire de faire un choix et de rejeter celles qui, comme on le dit, ont dégénéré. Cette dégénérescence, qui tend à éloigner constamment le produit du point de départ, a donc pour résultat de pousser à la division ou à l'extension du type, c’est-à-dire à la formation de nouvelles variétés.
Les modifications chez les Pommes de terre peuvent également porter sur le mode de végétation des parties souterraines; c’est ce qui est arrivé pour la variété dite Pousse-debout. La qualification de Pousse-debout a été donné à cette variété parce que les tubercules qu'elle produit, au lieu ,d’être
‘placés à plat, ou à peu près, dans le
sol, sont dressésles uns contre lesautres, à peu près comme le sont les morceaux de bois lorsqu'ils sont disposés pour être transformés en charbon.
La Pomme de terre Marjolin n’est autre, pour nous, qu’un fait particulier de végétation ; ce qui le démontre, c’est que les propriétés qu’elle présente, de ne pas fleurir et d’être si hâtive, ne sont pas constantes, et qu’elle tend constamment aussi à donner des plantes qui fleurissent et fructifient, et qui, par ce fait,
sont aussi moins hâtives. C’est ainsi que,
par le fait d’autres modifications souterraines, elle a produit deux autres variétés: l’une, la Marjolin tardive, appelée aussi Marjolin de deuxième saison, qu'on vend parfois à la halle de Paris pour de la Hollande jaune; elle est remarquable d’abord par sa végétation, qui se prolonge plus longtemps que celle du type, ensuite parce qu’elle se couvre annuellement de fleurs, puis de fruits, bien que le type dont elle sort
ne fleurisse presque jamais. L’autre va-
riété, par sa forme, n’a plus de rapport avec la Marjolin, dont elle est pourtant une modification ; en effet elle est ronde, et ses yeux, enfoncés, lui donnent exactement l’aspect de la Pomme de terre jaune ordinaire.
Lorsque nous cultivions beaucoup de Pommes de terre Marjolin, il n’y avait pas d’années où nous n’en obtinssions de rondes, bien que nous n’eussions planté que des longues, en apparence trèsfranches. |
Un exemple très-remarquable aussi de ces changements, qui nous a été fourni par la Pomme de terre jaune ordinaire, est le suivant : Dans un carré planté exclusivement avec cette variété de Pomme de terre, bien franche (en apparence bien entendu), nous en avons récolté un certain nombre dont la peau était plus ou moins foncée; les unes avaient la chair jaune, les autres l’avaicnt blanche. Plantées séparément,
ces variétés nous ont donné des Pommes de terre de forme ronde comme le type, mais parmi lesquelles il s’en trouvait de complétement violettes à l'extérieur et à l’intérieur (quelques-unes avaient même la chair noire, légèrement flagellée de blanc). Cette modification de couleur n’était pas la seule; la qualité était aussi três-modifiée. Ainsi, au lieu
‘d’être farineuse comme leur mére, la
Pomme de terre jaune, la chair de ces
variétés était compacte, d’un goût peu
agréable, pour ne pas dire mauvais.
Les enfants, qu’on nous passe la comparaison, avaient dégénéré au physique et au moral. |
Voici encore, au sujet des Pommes de terre, deux exemples de ces modifications souterraines; elles sont toutes ré-
centes; nous les avons observé au Mu-
séum en 1864.
Une planche de terre ayant été plantée moitié avec de la jaune longue lisse, dite Hollande, et l’autre moitié avec de la rouge longue unie, appelée vulgairement Votelotte lisse, la premiére moitié donna des tubercules semblables à ceux que nous avions semés; la seconde, au contraire, la Vitelotte rouge, avait produit des tubercules également à peu près semblables pour la forme à ceux que nous avions semés, mais différents par la couleur, qui était d’un jaune-roux. La qualité était restée la même, et, bien que dans certains cas on eût pu les confondre avec la jaune de Hollande, on les distinguait facilement lorsqu'elles étaient cuites, puisqu'elles restaient entières, tandis que la Hollande jaune tombait en poussière.
Voici l’autre exemple. Dans un bout de planche où nous avions planté une cmquantaine de Pomme de terre jaune ronde ordinaire, l’un des pieds, dont la végétation tardive fut, vers la fin de la saison, différente de celle des autres, donna des Pommesde terre rondes, d’un rouge foncé. ;
Cette même année 1864, dans un carré entièrement planté en Pommes de terre Chardon, nous avons remarqué
quelques pieds parfaitement semblables
aux autres sous le rapport de la végéta-.
tion et de l'aspect, mais qui en: différaient complétement par la couleur des fleurs qui était d’un blanc mat, un peu soufré, tandis que la Pomme de terre
Chardon a les fleurs rose-violacé ou violet-rosé. Les tubercules provenant de ces pieds à fleurs blanches ne différaient de ceux du type que parce qu’ils étaient plus arrondis et plus réguliers, et que les yeux étaient moins prononcés. Indépendamment de la variété à fleurs blanches dont nous venons de parler, on trouve dans la Pomme de terre Chardon des variétés hâtives, tardives, et tout cela bien qu’on n'ait d’abord planté que des tubercules bien franes, qui pendant longtemps n'avaient produit aucune variation. [ci, de même que dans les cas précédents, le semis n’ayant pas été employé, toutes ces différences sont doncdues à des transformations (note 39).
Un fait entièrement semblable à ceux qui précèdent, rapporté par M. Joigneaux dans le Journal de la Ferme et des Maisons de campagne, est le suivant : € Il y a neuf ou dix ans, on nous donna six beaux tuberculesd'une Pomme de terre longue, d'un jaune pâle. Afin
de multiplier les touffes nous divisimes
chaque tubercule en trois morceaux ; nous les plantämes nous-même; les sarclages et les binages furent également faits par nous. IL n’y avait done eu ni erreur ni substitution. Voulez-vous connaître le résultat? Le voici: quelques Pommes de terre, en très-petit nombre, ressemblaient au type; mais le plus grand nombre étaient sphériques, les unes Jaunes comme la mère, les autres rouge assez foncé. »
Tous les cultivateurs savent trèsbien aussi que les Votielottes unies, dont les yeux peu nombreux sont à peine sensibles, donnent souvent des tubercules de formes diverses et dont les yeux sont tellement enfoncés que c’est à peine si on peut les peler. À une certaine époque, nous avions obtenu une variété qui, indépendamment de la multiplicité et de lenfoncement des yeux, produisait, en quantité considérable, des agglomérations qui donnaient à l'ensemble une forme monstrueuse. (était une véritable hydre.
Ajoutons que bien que provenant de la Vaitelotte, qui est une bonne Pomme de terre, cette variété était très-âcre et même mauvaise. |
Tous ces faits démontrent sans aucun doute comment se forment une trèsgrande partie des variétés de Pommes
de terre, et prouvent qu’elles ne viennent pas de graines; on en sera convaincu le jour où, ayant observé la végétation des plantes, on marquera, puis on récoltera à part toutes celles qui, dans leur végétation, présentent des différences sensibles; une modification externe étant toujours la conséquence d'une modification interne. |
Les divers faits que nous venons de rapporter sont propres à une très-grande quantité de végétaux; au nombre de ceux-ci nous pouvons citer tont particuliérement le Bananier &t la Canne à sucre. En effet, bien que ces plantes ne donnent jamais de graines, on ne compte pas moins, dans chacune de ces deux espèces, un grand nombre de variétés três-distinctes par. la vigueur, l'aspect et le port des plantes; par la forme, la grosseur et la qualité des fruits. Toutes ces variétés sont produites par dimorphisme, c’est-à-dire par le développement spontané de bourgeons spéciaux.
Ce que nous disons de la Canne à sucre et du Bananier, nous pourrions le dire de beaucoup d’autres végétaux monocotylédonés, des Arundo, des Phalaris, des Bambous, des Dracæna, des Yucca, etc., ete.
Après avoir cherché à faire ressortir certains faits de dimorphisme qui, par leur importance, nous ont paru dignes de fixer l'attention, nous allons continuer par l’énumération d’un certain nombre d’autres, sans néanmoins, pour chacun deux, entrer dans d’aussi grands détails, en ne faisant même parfois qu’indiquer le nom des accidents à moins cependant qu'ils présentent un intérêt particulier, soit au point de vue pratique, soit au point de vue scientifique; dans ce cas nous entrerons dans quelques considérations, relatives, soit à leur origine, soit aux particularités qu'ils présentent.
ACCIDENTS OU FAITS DE DIMORPHISME, OU DE DICHROISME, PORTANT SOIT SUR LES FEUILLES, SOIT SUR LES FLEURS, SOIT SUR LES FRUITS, SOIT MÊME SUR LE FACIÈËS GÉNÉRAL DES PLANTES.
Nous devons d’abord faire cette observation : que, lorsqu'un nom n’est suivi d'aucune indication, c’est, d’une part, qu'il désigne une: plante connue; de
l’autre, que l'énoncé seul du nom indique lorigine de la plante. Ainsi, lorsque nous écrivons Abricotier commun à feuilles panachées, Acorus gramineus variegala, Arundo donax varieqata, Aspidistra elatior variegatæ, Eleagnus re- [lex variegata, ete., et, il est facile de comprendre queles accidents désignés par ces noms sortent del’Abricotier commun, de l'Acorus gramineus, de l'4rundo donax, de l'Aspidistra elatior, de l'Eleagnus reflexa, et que les plantes qu'ils ont produites ne différent de ces dernières que par des panachures.
Abricotier à feuilles panachées.
Acer eriocarpum fasciatunma, — Très-remarquable par ses rameaux largement fasciés, cette variété s’est montrée au Muséum, en 1857 sur une plante provenant de graines, qui, pendant les deux premières années. n’avait rien d’anormal; ce n’est qu’à sa troisième année, lorsqu'elle a été rabattue, que l’anomalie est apparue. Depuis, elle s’est maintenue avec tous ses caractères. |
Cet accident est à l’Acer eriocarpum ce que le Sambucus nigra monstrosa est au S$. nigra.