VARIÉTÉS OBTENUES PAR ACCIDENT
Les végétaux, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, étant composés d’un cer-
1 Nous devons faire observer que, lorsque nous disons que telle ou telle variété est produite par accident (dimorphisme ou dichroïsme), nous ne prétendons pas dire qu’on n’a pu en obtenir d’analogues ou d'à peu près semblables, par semis, mais seulement quelle s’est produite de cette manière. Cette observation est générale ; elle s'applique à tous les faits accidentels que nous pourrions citer.
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DANS LES VÉGÉTAUX, | me.
lain nombre d'éléments disposés aussi dans un certain ordre, et de plus ces éléments, sous l'influence de lois organiques, pouvant se séparer ou se grouper de différentes manières, il en résulte qu'une même plante peut, sur ses diverses parties ; présenter des caractères et des propriétés particulières plus ou moins différents de ceux qu’elle présente normalement. C’est ce fait qui constitue ce que dans la pratique on nomme accident, et que, suivant les cas, nous nommons, soit dimor- Phisme, soit dichroïsme (note 1).
Mais comme, d’une autrepart, chaque partie d’un végétal, lorsqu'on la détache et qu’on la place dans des conditions appropriées, peut constituer un individu, et, de plus encore, que, séparée de la mère dont elle conserve les caractères principaux, elle en possède aussi qui lui sont particuliers, ainsi que des propriétés spéciales qu’elle est
susceptible de transmettre, on pourra .
en obtenir un individu souvent trèsdifférent de la plante dont elle provient.
Comme les causes qui déterminent la Séparation de ces éléments peuvent
aussi s’atténuer et même disparaître, et
qu’alors, rentrant dans leur état normal, ces parties peuvent reprendre leurs caractères primitifs, il résulte de cet autre fait des variétés d'ordre et de valeur différents, les unes stables, les autres instables.
Constatons que, dans cette circon- Stance moins que jamais, nous ne pouvons rien sur l’obtention première, c’està-dire sur lapparition des variétés :
que celles-ci le plus souvent naissent spontanément, pour ainsi dire, et que, sous ce rapport, notre rôle, purement passif, consiste à surveiller ces écarts Ou ces accidents, pour ensuite tâcher d’en tirer parti lorsqu'ils se présentent.
Constatons encore que, dans cette série de variétés, nous trouvons une diversité considérable, soit dans le port ou le facies des plantes, soit dans leur feuillage, soit dans leurs fleurs, soit même parfois dans leurs fruits, et que les panachures s’y rencontrent également très-fréquemment, beaucoup plus fréquemment même que dans les plantes qui proviennent de semis.
Nous devons aussi, relativement aux Variétés issues d'accidents et en ce qui
concerne les panachures, rappeler ce que nous avons dit au sujet des plantes issues de graines : que les panachures se maintiennent d'autant mieux qu’elles circonscrivent les organes qu’elles affectent, soit que ceux-ci appartiennent aux fleurs, soit, au contraire, qu'ilsappartiennent aux feuilles. Aussi, lorsque sur une plante dont les panachures sont disposées par stries où bandes, il se montre une partie sur laquelle elles sont disposées circulairement, on peut être à peu près certain que, si on détache, qu’on bouture ou qu’on greffe cette parte, elle conservera ce nouveau caractère. Ce phénomène est très-fréquent sur les Gamellias et surtout sur les Azalées; aussi la plus grande partie des variétés qui, chez ces dernières, présentent les: caractères qui viennent d’être indiqués, n’ont-elles pas d’autre origine.
Certaines espèces sont aussi beaucoup plus que d’autres disposées à produire de ces faits, soit de dimorphisme, soit de dichroïsme; en voici un exemple fourni par le Chrysanthème de Chine.
Vers 1836 on reçut d'Angleterre, à l'établissement d’horticulture de Fromont, trois variétés de Chrysanthème de Chine; l’une était à fleurs roses, l’autre à fleurs panachées, la troisième à fleurs blanc-carné. Plantées en pleine terre, on vit l’année suivante, sur l’une d'elles, apparaître les trois variétés ; ce qui semble démontrer que ces trois variétés n'étaient que des accidents d’une même forme.
Un phénomène tout à fait analogue au précédent, etqui, comme lui, se rattache à cette même espèce, s’est produit au Muséum en 1856 sur la variété nommée SURPRISE ; Celle-ci, qui porte desfleurs à peine rose-carné, a donné, sur l’une de ses branches, des fleurs d’un rose-lilas foncé. Bouturée, elle a conservé tous ses caractères,, et aujourd’hui encore c’est l’une des plus belles de cette section. On l’a nommée Gain du Muséum.
En 1862, sur ce même Gain du Muséum il s'est développé un rameau qui portait des fleurs parfaitement blanches, à peu près de même grandeur et de même forme que celles du type; puis, à côté, sur desrameaux différents, s’en trouvaient d’autres qui portaient des fleurs moitié roses, moitié
blanches. En bouturant à part ces deux sortes de branchés on aurait donc encore obtenu, de cette même SURPRISE, des nouvelles variétés.
Citons encore quelques exemples d'accidents produits par cette espèce de Chrysanthème de Chine; commençons par la variété nommée Sophie. Celle-ci, qui est à fleurs blanc sale, très-égérement picté rosé, à centre jaune, à produit, par accident, une plante qui est connue souslenom de Trophée. Cette dernière qui est à fleurs rose-lilas-violacé, a quelque rapport avec le Gain du Muséum dont elle diffère cependant. Il y avait aussi sur la même branche, mais sur des ramilles différentes, des fleurs semblables à celles que portaient les variétés Trophée et Sophie, fait qui produisait un certain contraste; cetie dernière étant à fleurs plates et ayant les pétales étroits et imbriqués, tandis que Trophée a les fleurs bombées, les pétales larges et peu serrés.
Le Chrysanthème Madame Richard, dont les fleurs sont blanchâtres, trèslégérement bordées de rose, à produit sur une de ses branches des fleurs violacées plus fortes que celles de la plante dont elle sort; les pétales sont ausêi plus larges et plus imbriqués.
En 1863, nous avons remarqué, sur certaines variétés de Chrysanthèmes de Chine, les accidents suivants : ;
La variété appelée Cedo nulli, à fleurs três-doubles {note 10), blanches, trèslégèrement rosées, a produit une branche qui portait des fleurs beaucoup plus larges et beaucoup plus étalées que celles de Cedo null.
Une autre variété, Argentine, à fleurs petites, blanches, de forme pompon, à donné une branche plus vigoureuse qu’elle, dont les fleurs, étalées, trèslarges, d’un beau jaune, rappelaient, jusqu'à un certam point, celles des Chrysanthèmes à grandes fleurs; fait qui tend à démontrer que des unes aux autres il n’y à qu’un pas.
En 1864 nous avons vu sur un pied de la Chrysanthème Pompon Vesta, qui est à fleurs blanches, plusieurs branches qui portaient des fleurs entièrement jaune foncé, Les dimensions, ainsi que la forme des fleurs, étaient les mêmes; il n’y avait de différent que la couleur.
Lesvariétés obtenues par dimorphisme
sont très-nombreuses ; il n’y a même pas de genre parmi, ceux qui comptent un certain nombre d’espèces, qui n'en ait produit. Bien que nous devions indiquer plus loin un certain nombre de ces accidents, en les faisant suivre de quelques observations, il’ en est qui, à notre avis, sont tellement intéressants que, par anticipation, nous croyons devoir en parler ici; l’un d'eux est relatif à une sorte d'Œillet qui, dans le commerce, est désigné sous le nom d’Œillet Flon.
Cet Œillet Flon, qui paraîtirès-voisin de ceux qu'on appelle Œillet d'Espagne, Œillet badin, etce., a les fleurs rose trèsfoncé, à peu près pleines, de sorte qu'il ne produit pas de graines et qu’on est obligé de le multiplier par boutures.
Malgré cela l'Œillet Flon a déja donné, par accident, plusieurs variétés, dont la plus remarquable, qui est d’un frèsbea blanc, s’est développée en 1858; depuis cette époque, elle s’est fnaintenue avec tous ses caractères. Oblenue par M. Paré, horticulteur à Paris, boulevard de la Santé, cette variété a été nommée Murie Paré, nom de l’un des enfants de cet horticulteur. D’autres variétés, présentant dans leurs fleurs des couleurs différentes de celle dont
nous veñons de parler, se sont égale-
ment développées, chez M. Paré, sur l'Œillet Flon.
Le genre qui, probablement, a produit le plus de faits de cette nature, est le genre Rosier; aussi, et malgré le désir que nous avons d’abréger, les faits sont-ils tellement intéressants que nous croyons encore, à ce sujet, devoir entrer dans quelques détails. Nous allons donc en citer plusieurs très-remarquables, en commençant par ceux qu'a fournis le Rosier Gent Feuilles.
Les accidents qu'a produits le Rosier Cent Feuilles peuvent être rangés en deux séries : l’une qui comprend tous les individus qui s’éloigent relativement peu du type, qui n’en diffèrent que par le coloris, par la forme ou par la couleur, soit des fleurs, soit parfois des feuilles : ce sontles Rosiers Cent Feuilles ordinaires; Vautre série comprend tous les individus également issus par accident du Rosier Cent Feuilles, mais qui, aux caractères que présentent les précédents, ont de plus celui d'être
EE
ne - — ere mqs
L] munis de sortes de petites bractées ou
poils glanduleux qui constituent ce
qu'on nomme la mousse; ce sont Îles Rosiers Cent Feuilles mousseux.
Accidents ou faits de dimorphisme produits par le Rosier Cent Feuilles.
SECTION A. — Rosier CENT FEUILLES ORDINAIRE.