SE EEE PE 1 EN CP NT CN EP
Lies
a RE use es
présentait alors d’autres caractères que ceux que celte espèce présente à l’état normal.
Vigne. — Les faits, soit dé dimorphisme, soit de dichroïsme, que présentent les vignes, sont relativement nombreux. Ceci se comprend d'autant mieux que la Vigne est un des plus anciens végétaux, et aussi un de ceux qui ont été le plus cultivés, et, d'autre part aussi, comme on ne l’a jamais guère multipliée que de bouture, et que c’est par millions que chaque année on a fait de celles-ci, il a donc sufli que quelques accidents se produisissent pour qu’en - peu de temps ils se répandissent dans beaucoup
de pays.
Il arrive encore assez fréquemment que, sur un cep, certains sarments donnent des Raïsins soit de forme, soit de couleur différentes de
ceux que présentent les autres, sarments de ce même cep (grav.12-13);, ajoutons que, presque toujours aussi, ces Raisins offrent des qualités
ui leur sont propres. Voici quelques exemples e ces accidents.
- Sur un pied de Raisin muscat à fruits noirs nous avons, pendant plusieurs années, remarqué que certains sarments produisaient des Raisins muscats à fruits blancs.
Le Raisin Corinthe blanc, sans pepins, est un fait de dimorphisme d’une variété de Vigne dont les grains, beaucoup plus gros que ceux du Corinthe, contiennent des pepins. C’est un fait que nous asens constaté plusieurs fois sur des grappes où quelques grains s'étaient développés outre mesure: ces grains renfermaient des pepins.
‘© Le Corinthe blanc est l’analogue du Chasselas de Demoïiselles ; comme lui il est le résultat de l’infécondation des fleurs. Se
Un des grands propriétaires de Vignes du midi de la France, feu Cazalis Allut, écrivait il y a quelques années :
« Un cep de Téret produit chez moi, depuis plusieurs années, des Raisins noirs sur les coursons de deux de ses bras, et des Raisins gris sur les coursons des autres bras.
« Un cep d'Epiran gris, taillé en cordons, a
aujourd’hui environ 12 mètres de longueur. Les six premiers mètres produisent constamment des Raisin gris, et le reste du cep, jusqu’à son extrémité, produit des Raisins blanes.
. « Je possède dans un enclos un cep d'Epiran noir ayant plusieurs bras; les coursons de l’un d'eux donnent des Raisins dont les grains sont presque du double de grosseur de ceux des coursons des autres bras...» |
Un autre propriétaire du Midi, M. Henri Bouschet, de Montpellier, écrivait tout récem-
ment : « J’ai eu l’occasion, pendant plusieurs années, de voir . ma collection du Lot-et- Garonne, uu cep dè Prunella gris, qui tantôt sur une tige, tantôt sur deux, portait des rai-
sins noirs tandis que tous les autres coursons
ne donnaient que des raisins gris.
« J'ai eu l’occasion, depuis deux ans, de re-
marquer dans ma collection de vignes, .à la Cal-
melte un fait des plus curieux, sur 8 greffes d’une variété espagnole qui m’est venue de la collection du Luxembourg ou elle porte le nom Parrel del Reyno de Lorca et que j'ai reconnue pour être notre Morastel noir, un des trois ceps greffés a-porté; à ma grande surprise, des raisins uoirs d'un eôté tout à fait semblables à
ceux de Morastel, et sur un courson opposé, et toujours le même, des grappes blanches ayant un aspect {out autre que celui qu’aurait pu produire un Morastel à grainsblanes, et un feuillage de forme et de couleur très-différentes, qui m'a paru identique avec celui de l’oyo de Rey de Morada, dont les feuilles d’un vert jaune clair, présentent des lobes très-peu marqués, et arrondis, ainsi que des dents, tandis que la feuille du Morastel est d’un vert foncé avec de profondes divisions, des lobes aigus, et des dents bien détachées et terminées en pointe. »
Un passage que nous trouvons dans le Parfait Vigneron (édition de 1811) semble confirmer de tous points lopinion que nous émettons 101 au sujet des modifications qui s’accomplissent dans les variétés de Vigne; le voici :
« Les citoyens Vilmorin et Jumilhac ont vu, le premier, un cep de Meunaer porter,
sur dessarments particuliers, des feuilles
et des fruits du Maurillon précoce. Le citoyen Jumilhac a vu de même le Meunier devenir Maurillon. »
D'où il résulte quela variété de Vigne, appelée Madeleine, Juillet, Maurillon hätif, etc., n’est qu'un accident de la variété appelée Meunier, ce qui démontre, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, que les variétés issues d'accidents peuvent présenter des qualités différentes de celles qu'offrent les variétés dont
elles sortent.
Sur un pied de Pinot gris il s’est développé en 1863, au Muséum, un sarment dont les feuilles sont bien panachées ou largement rubanées de jaune; il produit duraisin à peu près semblable à la variété dont il sort; néanmoins il paraît être beaucoup moins fertile.
- En 1863, nous avons observé deux autres faits très-remarquables sur la vigne; l’un porte sur la variété Précoce Malingre, l'autre sur celle désignée par le nom de Verjus. Ces accidents, dus à un même phénomène, présentent entre eux des conséquences tout à fait con-. traires. Ainsi, tandis que la Précoce Malingre alesgrains longuement ovales, distants, etquelesarmentquis’estdéveloppé accidentellement sur elle avait les grains ronds, très-serrés, plus gros que ceux du type, la variété dite Verjus, dont les
grains sont légèrement oblongs ou
presque ronds (grav. 13), nous a donné sur un sarment des grappes dont les grains étaient longuement ovales etatténuésauxdeux bouts(gravure12.)Deplus, l'accident Verjus à gruins longs nous à
présenté celte autre particularité, d’être un peu plus tardif que le type sur lequel il s’est développé.
Pour quelques autres accidents propres à la Vigne, Voir ci-dessus les mots Chasselas gros Coulard. Ch. de Demoiselles, elc., etc.
Nous aurions pu de beaucoup augmenter cette énumération de faits de dimorphisme ou d'accidents; nous ne
l'avons pas jugé nécessaire parce que,
indépendamment de ce que cela nous aurait entraîné trop loin, l'intérêt réel du sujet n’y eut rien gagné. Nous avons donc eru devoir nous arrêter, et mettre des bornes à ce qui, disons-le, n’en à pas. Cependant, et maloré la longueur de cette énumération, il est encore certains faits qui, à cause de l’intérêt particulier qu'ils présentent, nous paraissent dignes d’être cités; ils ont rapport aux Jacinthes; les voici:
La Jacinthe double bleue ou Globe
terrestre est un accident de la Jacinthe double blancheou Sultan Achmet. — La Jacinthe double blanche à cœur bleu ou Sphœra Mundi est un aceident de la Jacinthe double blanche.— La Jacinthe rouge simple, nommée Acteur, cultivée pendant très-longtemps sans varier, a produit par dimorphisme, à Hemstede, près de Harlem, une variété àfleurs rouges, doubles, imbriquées.— LaJacinthe l’Ami du cœur, à fleurs bleues, simples, également cultivée pendant très-longtemps sans varier, a produit, d’un même oignon, deux hampes dont l’une portait des fleurs de couleur lie de vin, tandis que sur l’autre les fleurs étaient de couleur rose carné tendre.
Ces faits, quelque étranges qu’ils puissent paraître, n’ont rien qui nous étonne ; nous en connaissons d’analogues chez d’autres plantes bulbeuses, notamment chez les Tulipes, et tout particulièrement chez les Zris Xyphium et I.
xyphioides (note 9).
Pour clore cette série d’accidents, rappelons le fait de dimorphisme que présente le Cytisus Adami. Quelle que soit l’origine de celte plante, que ce soit un hybride, ainsi qu’on le croit généralement, ou que ce soit une forme particulière, nous n'avons pas à nous en. occuper Ici; ce qui nous importe, c'est de constater cette singulière
particularité qu'il présente, de développer.très-fréquemment, et pour ainsi
dire normalement, des rameaux de Cytisus Laburnum et aussi d’autres appartenant au Cylisus purpureus.
Lorsqu'on greffe séparément ces
deux sortes de rameaux, ces espèces.
restent invariables, quoique les greffons
aient été pris sur le Cytisus Adami.
En terminant ce qui a rapport aux
faits de dimorphisme, faisons observer
que, en général du moins, ces faits ne se montrent que sur des plantes dont:
les caractères fondamentaux paraissent:
avoir été plus ou moins ébranlés, par conséquent sur celles depuis longtemps à la culture, ont été modifiées dans leur tempérament, ou bien qui ont subi l'influence d’autres plantes analogues. D'où, comme conséquence, nous irons cet aphorisme : LA STABILITÉ DES FORMES DANS UN GROUPE
QUELCONQUE DE VÉGÉTAUX EST, EN GÉNÉ- RAL, EN RAISON INVERSE DU NOMBRE D’ES- PÈCES QU'IL CONTIENT, AINSI QUE DE LEUR
DEGRÉ DE DOMESTICATION. | Faisons cette dernière observation
que, dans tous ces faits de dimorphisme,
il arrive fréquemment que les parties
qui en sont la conséquence ne diffèrent
pas seulement des plantes dont elles sortent par leurs caractères physiques ou externes, tels que la couleur, la forme, les dimensions, cte., mais qu’elles
ont souvent un tempérament différent;.
leurs fruits peuvent également présenter des différences considérables dans leur äspect, dans leur forme, dans leurs qualités, dans leurs dimensions, dans leur couleur, être hâtifs, tardifs, etc., etc.
Il en est de même des fleurs, et sous ce rapport nous avons de nombreux exemples de plantes à fleurs rouges qui ont développé des rameaux portant des fleurs blanches, et vice versà.
Ges faits, dans certains cas, peuvent donc embarrasser les botanistes. En effet, comment pouvoir assigner une patrie à ces plantes si l’on ignore comment elles se sont produites ? etcomment aussi en faire le rapprochement et supposer qu’elles : sortent d'individus avec lesquels elles n’ont parfois plus rien
- de commun?
Ces faits produits, soit du dimorphisme, soit du dichroïsme, si remarquables et même si surprenants qu'ils soient, doivent-ils étonner lorsqu'on réfléchit qu'ils sont dus à un phénomène naturel qui détermine une transforma-
qui, soumises |
tion organique lente, mais incessante !
Mais, d’une autre part, ne peut-il pas se faire que cette modification se passe sans secousse, sans que son eflet devienne brusquement sensible, et alors que, comme par une sorte d’incubation, elle modifie insensiblement l’organisation des individus jusqu’à produire, sous
un aspect presque semblable, des indi-
vidus qui présentent des propriétés autres que celles qu’ils présentaient naguère ? C’est ce que semblent démontrer certains faits observés sur des Vignes.
Ainsi nous connaissons des champs plantés exclusivement en Pinot noir, dans lesquels, néanmoins, chaque année on arrache un certain nombre de ceps dont les Raisins sont gris. Comme toujours, le fait est en rapport avec les conditions dans lesquelles 11 sc passe ; il est donc local, de sorte que, dans des vignes voisines le fait est plus rare, et que même dans d’autres pla-
cées dans des conditions en apparence
identiques, on ne le remarque pas. Ce phénomène, du reste, a son analogue, ou
plutôt son équivalent, dans celui que
présente le Âosier Capucine ponceau (voir à l’énumération des faits de dimorphisme, page 54. Voir aussi au mot Rosa Eglanteria punicea); il se trouve également dans la transformafion de l{ris spectabilis (note 2) et dans celui du viola Rothomagensis pallida page 55 ct note 45.
Toutes ces modifications sont la conséquence de ce grand principe en vertu duquel tout se meut et se transforme continuellement afin de s’harmoniser et de satisfaire à de nouveaux besoins.
C’est, en un mot, le résultat de l'extension de la vie, ce qui n’a rien que de naturel; etsi nous regardons ces faits comme des accidents, c’est que, oubliant notre nature et intervertissant les rôles, nous prenons nos décisions pour des règles absolues, et qu’alors tout ce qui s’en.
écarte est considéré par nous comme des déviations à l’ordre universel!
Les différents faits que nous venons de signaler nous paraissent de nature
à modifier les idées si absolues que
beaucoup de naturalistes se sont faites sur la constitution des êtres, .et à élargir les idées, en général si étroites, que nous avons de la puissance du Créateur.
L'observation de.ces faits pourrait peutêtre être d’un haut enseignement pour
ceux quise livrent à l’étude des Sciences naturelles, en leur faisantreconnaitre que d’une variété à une autre il n’y a qu'un pas, de même que de ce qu’on nomme espèce à une autre espèce la distance ne peut être appréciée. Si l’on refléchit, en effet, ainsi que nous l’avons démontré, que sur un même arbre la nature fait naître des rameaux velus et des rameaux glabres, des fleurs rouges et des fleurs blanches, des fleurs jaunes et des fleurs rouges, des feuilles entières et des feuilles très-profondément dentées, des fruits noirs et des fruits blancs, à peau lisse ou à peau velue, hâtifs ou tardifs ete, etc; pourquoi ne pourrait-elle pas aller plus loin, ou bien un peu différemment et dans un autre sens, par exemple faire une étamine, un pétale, un sépale, etc., de plus, ou les faire d’une autre forme? Et n'est-ce pas presque toujours d’après ces caractères qu'on établit ce qu’on nomme une espèce et même un genre? N'oublions jamais que des unes aux autres de ces choses il n’y a qu'un très-petit pas ; et ce pas, qui donc serait assez insensé ou plutôt assez téméraire pour dire que la nature ne peut le faire ?
Soutenir cette idée, ce serait soutenir :
que Gelui qui a fait le tout ne peut faire la partie.
Mais, d'autre part, comme, en définitive, une modification externe n’est, ainsi quenousne pourrions trople répéter, que la conséquence d’une modification interne, ne peut-il pas se faire que cette modificationsoitassez profonde pour devenir
: héréditaire et constituer, par sa descen-
dance, une variété permanente? Comme d’une autre part encore, on sait aussi que les variétés, suivant les lieux ou les conditions particulières dans lesquels elles sont placées, peuvent acquérir des caractères solides, qui, avec le temps, peuvent encore s’accroitre, il en résulte que ce qui d’abord n’était qu’accidentel, peut devenir permanent et constituer ce que plus tard on considérera comme une espèce. On en connait quelques exemples très-remarquables ; mais parce qu'ils sont rares, en ont-ils moins de valeur? Mais si ces faits nous paraissent aussi rares, n'est-pas la faute de notre imperfection, et est-il raisonnable de mesurer la puissance du Créateur à celle de nos moyens d'investigation?
Nous ne le pensons pas.
Aussi, comme conclusion sur le di-
morphisme, nous disons : Si dans tous ces faits on persiste à voir des accidents, il faut donner à ce motune autre signification que celle qu’on lui reconnaît généralement, ilfautle prendre comme indiquant un simple écart à ce que, dans notre 1gnorance dé la fin des choses, nous considérons comme devant être éternel, et non comme une chose calamiteuse, ainsi que le mot semble l'indiquer. Ce que nous disons setrouve du reste complétement justifié parles faitseux-mêmes; en effet l’examen de ces phénomènes nous montre qu'ils sont pour nous un bien, la source de nouvelles jouissances physiques et morales. Dans les uns nous irouvons de nouveaux moyens d’orner nos jardins ; dans les autres nous trouvons de nouveaux. aliments; dans les deux cas, ils varient nos jouissances ; ce qui, disons-le en passant, est peut-être le seul moyen d'augmenter ces Jouissances, puisqu'elles ne sont telles qu’à la condition de se présenter à nous sous des formes irès-diverses, de se modifier sans cesse afin de s’harmoniser et de satisfaire à nos facultés si complexes, ainsi qu’à nos goûls essentiellement mobiles.
Deux mots sur les accidents au point de vue de leur conservation
Les faits de dimorphisme, ou les accidents, qui se montrent sur certains végétaux, étant le résultat de caractères exceptionnels produits sous l'empire de circonstances particulières dont la cause nous échappe, il est rare qu’ils se perpétuent par graines ; 1l faut donc, pour les conserver, avoir recours aux boutures ou aux greffes. Mais alors il faut choisir les parties les plus convenables eu égard au but qu’on se propose d'atteindre, et prendre celles qui présentent au plus haut degré les caractères qu’on tient à conserver, en observant, s’il s’agit de panachures, que le meilleur moyen de les maintenir est d'employer la greffe, parce que, en général encore, les boutures produisant des individus relativement vigoureux, ces individus ont plus de tendance à reprendre la couleur verte, ou bien la forme normale si l’accident est une déviation de celle-ci.
Toutefois dans œæ cas on doit, sil s’agit de panachure, prendre pour la multiplication les parties sur lesquelles ces panachures Sont très-franches, sans cependant prendre celles sur
lesquelles elles sont trop intenses, car alors les plantes qui en résulteraient pourraient rester faibles et chétives; et, d’une autre part aussi, lorsque sur le même arbre il y aura des parties dont les panachures circonscriront le limbe des feuilles, on devra prendre de préférence les parties qui présentent ce caractère ; elles auront beaucoup plus de chances de se stabiliser. Si au lieu de panachures il s'agissait de monstruosités, on prendrait les boutures sur les parties où elles sont le mieux prononcées.
Boyen d’obtenir des variétés par le choix des parties employées pour la multiplication.
Bien que ce procédé semble ne présenter que peu d'intérêt, nous croyons néanmoins devoir en dire: quelques mots, parce que, d’une part, il peut présenter certains avantages pratiques, de l’autre, parce qu’iltouche à certains faits qui, tout en venant jeter quelque lumière sur la physiologie végétale et en confirmant certaines théories pratiques, démontrent la justesse des prévisions qu’avaient fait naître ces dernières.
Toutefois, pour les bien faire comprendre, nous devons entrer dans quelques détails afin de faire ressortir certaines particularités dont la connaissance est sinon indispensable, du moins trèsutile ; car si, comme nous l'avons dit précédemment, ilest beaucoup de va-
riétés à la production desquelles nous
ne pouvons à peu près rien,iln’en est pas de même de celles dont nous allons parler. Au contraire, en ce qui concerne celles-ci, nous avons la plus large part, ou plutôt tout nous revient, pour ainsi dire, puisque le succès n’est dù qu’au choix des parties dont on fait usage pour opérer la multiplication.
Pour se rendre compte de la formation, nous dirions presque de la création des variétés que comprend la nouvelle
série dont nous allons parler, il faut se
rappeler que chaque végétal est une sorte de laboraloire vivant, qui, sous l'influence de ce principe mystérieux qu'on nomme force vitale, fabr que, on peut le dire de toutes pièces les sukstances les plus variées. En effet, si l'on analyseunegraine, par exemple, on constate que, en général, elle se compose d'oxygène, d'hydrogène, de carbone, et très-souvent aussi d'azote
ren
Néanmoins si on place cette graine dans un sol dont on a enlevé tous les principes organiques, et qu’on ne l’arrose qu'avec de l’eau. soigneusement distillée, on pourra constater que, avec des éléments si simples et si peu nombreux, cette graine n’en a pas moins fabriqué des substances très-complexes, renfermant des éléments que, primitivement, elle ne contenait pas. Mais outre cela, comme effet physique dépendant de causes organiques, on remarque, à mesure qu'a lieu le développement des plantes, et quelles que soient les condi-
tions dans lesquelles elles sont placées,
que, à partir de leur base, les modificatons, qui deviennent de plus en plus profondes, donnent aussi aux divers organes un aspect différent en rapport avec la place qu’ils occupent. On remarque d’abord que toutes les parties placées à la base d’un végétal, toutes circonstances égales d’ailleurs, sont beaucoup plus résistantes que les supérieures; que celles-ci, de moins en moins solides, sont même tout à fait herbacées à leur sommet; onremarque de plus que toutes les parties sont aussi d'autant plus différentes d'aspect qu’on s'élève davantage, et que, en ce qui concerne les organes foliacés par exemple, on les voit se modifier, diminuer de grandeur, changer de forme, de nature, ainsi que de couleur pour arriver à constituer ces parties si brillantes qu’on nomme fleurs.
Là ne s'arrête point encore la transformation, certaines parties des fleurs, par suite de modifications analogues à celles dont nous venons de parler, constituent, au centre des fleurs, les organes sexuels; puis, que deux parties très-importantes, l'ovaire et les ovules, suivant les cas, prennent aussi les formes les plus variées ; ce sont ces dernières parties qui, plus tard, reçoivent le nom de fruits.
Puis donc que ce sont les mêmes sucs séveux qui, par suite de modifications successives, forment les tiges, les branches, les fleurs, les feuilles, puis enfin les fruits, ces derniers, de même que les graines qu’ils renferment, ne sont donc que de la séve très-élaborée; d’où l'on peut, comme conséquence, tirer cette conclusion: que les sucs séveux, dans une partie quelconque d’un végétal, étant d'autant plus modifiés qu’on s'éloigne davantage de leur point de départ, les modifications seront aussi
d'autant plus considérables que sur l'une d'elles, on prendra pour en opérer la multiplication, des yeux placés le plus près possible du sommet (note 43).
Cela est vrai, en général, pour tous les végétaux, bien que chez beaucoup d'espèces les différences soient à peine appréciables; il en est au contraire d’autres chez lesquels ces différences sont assez sensibles; tels sont particulièrement les Rosiers, lorsqu'on les multiplie par la greffe en écusson. Ainsi, si pour ceux-ci et pour exécuter cette greffe on prend des yeux sur un trèslong rameau, comme il s’en trouve presque toujours, qui ne fleurisse point, on en obtiendra des plantes peu floribondes, qui, si elles appartiennent à une sorte dite remonlante, pourront même ñne plus remonter. Si, au contraire, et,sur lamême plante, on prend les yeux sur des rameaux courts qui ont fleuri, on obtiendra en général des plantes plus franches, dont les rameaux s’allongcront moins pour produire leurs fleurs.
On peut donc, en choisissant les rameaux avec soin, constituer ou des ininvidus très-floribonds, ou d’autres peu floribonds; on pourrait même, en poussant assez loin les choses, en obtenir qui ne fleuriraient plus du tout, ou du moins qui ne fleuriraient que exceptionnellement, et cela tout en prenant les
parties àmultiplier sur lemême individu.
Par contre et par les mêmes raisons, mais en agissant d’une: manière contraire, on pourrait obtenir soit des variétés à rameaux florifères très-courts, soit des variétés chez lesquelles ces rameaux seraient très-allongés.
En règle générale, lorsqu'il s’agit de Rosiers à greffer en écusson, plus on prend les yeux près des fleurs, moins les bourgeons qui en résultent s’allongent et plus au contraire ils fleurissent ; aussi les yeux qui sont placés dans le voisinage des fleurs sont-ils ceux qu’on doit préférer lorsqu’on veut avoir des plantes floribondes. Dans ce cas encore on doit toujours, autant qu’on le peut, prendre les écussons sur des rameaux terminés par des fleurs, qui eux-mêmes étaient poussés sur des rameaux qui.
avaient fleuri. De ce qui précède on peut tirer cette conclusion que, si lon
veutavoir des Rosiers vigoureux, on de-
vra prendre les écussons sur des rameaux qui présentent ce caractère. -
Mais, d’une autre part, comme la nature est simple, une peut-être dans sa cause, bien que multipleou plutôt infinie dans ses effets, il s’ensuit que, ce que nous venons de dire des Rosiers, nous pouvons peut-être le dire de tous les végétaux ; il est donc très-probable qu’on pourrait, de ces principes, tirer des conséquences avantageuses si on les appliquait soit aux arbres d'ornement; soit aux arbres fruitiers. Ne voit-on pas, en effet, pour une même sorte, des individus qui donnent, ceux-ci de plus beaux, ceux-là de meilleurs fruits, les uns hâtifs, les autres tardifs, les uns sujets à telle maladie, tandis que certains autres n’en sont jamais ou n’en sont que três-rarement atteints, les uns fleurissant peu, les autres fleurissant beaucoup ? a
Ne remarque-t-on pas parfois aussi des différences analoguessur les diverses branches d’unmêmearbre, que certaines de celles-ci se couvrent de fleurs, puis de fruits, tandis qu’à côté, d’autres en donnent à peine ?
= Ne voit-on pas aussi dans la Vigne certains pieds dont les raisins coulent
presque toujours tandis que d’autres ne coulent presque jamais?
Nous pourrions, à l'appui de ce qui précède, rappeler le fait des diverses variétés de Cerisiers dont nous avons déjà parlé, sur lesquels on trouve parfois, sur un même individu, des branches qui donnent des fruits hâtuifs et d’autres
quiendonnent de tardifs, lesuns colorés, :
dépourvus de:
les autres presque couleur. pers Citons comme exemple analogue à celui qui précède le fait suivant. Deux Negundo fraxinifolium issus du même semis, placés près l’un de l’autre dans des conditions identiques, présentent néanmoins cette différence que l’un se couvre annuellement de fleurs, puis de fruits, tandis quel’autre n’en produitpas, si ce n’est que très-exceptionnellement et encore très-peu. Les exemples de ce genre abondent; il n’est pour ainsi dire personne qui n’en connaisse.
Tous ces faits démontrent l’importante nécessité qu’il y a à bien choisir les parties lorsqu'il s’agit de multiplier un végétal, et que ce choix devra se faire en raison du but qu'on cherche à atteindre. Ainsi il est bien clair que, si
on voulait obtenir des plantes pour
mères comme porle-graine on devrait choisir les boutures ou les greffons sur des individus trés-fertiles, et que si, au contraire, on voulait des sujets très-vigoureux, on devrait les prendre sur des
individus qui présentent ces caractè-
res, efc., etc. - En culture on ne doit rien négliger, on doit, au contraire, observer beaucoup
et tirer parti de tout ; car là, peut-être
plus que partout ailleurs, de très-petites causes peuvent parfois produire de trèsgrands effets. “a | -Résumant ce qui précède nous disons : Lorsqu'il s'agira d'arbres dits d'ornement, on devra, pour les multiplier, choisir les rameaux sur les individus les plus floribonds, dont les fleurs plus parfaites, ou plus grandes, s’épanouissent le mieux, etc.,etc.; si, au contraire, il s’agit d'arbres fruiüers, il faut prendre les greffons sur les branches qui sont les plus hâtives, les plus tardives, les plus ou les moins vigoureuses, dont lesfruits sontles plus beaux, les plus gros, ou enfin les meilleurs, etc., etc., suivant le but qu’on veut atteindre. Mais on ne devra jamais, à moins d’y être absolument forcé, prendre pour greffons ces gros rameaux qu’on nomme gourmands, dont les yeux sont mal constitués, et qui, gorgés de sucs séveux peu élaborés, ont une grande tendance à pousser beaucoup de bois, et pour cette raison à ne produire que peu de fleurs. Les rameaux très-faibles pouvant avoir l'inconvénient contraire «oivent également êtrerejetés; le mieux est done de choisir, parmi les rameaux de moyenne vigueur, ceux qui
ont les yeux assez rapprochés, dont le
bois, sans être très-gros, est, comme on dit dans la pratique, bien nourri; en outre, et autant que possible encore, il faut les prendre sur des individus sains, francs (qui produisent beaucoup}, et exempts de certains caractères qu’on n'aurait pas intérêt à propager.