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CHAPITRE XXII

BfBLIOTBiQUB DES AVOCATS.

La bibliothèque des avocats fut entraînée dans l'abolition de l'Ordre , et dispersée dans les dépôts du gouvernement. (Décret du 12 juillet 1793.) Elle existait depuis quatre-vingtdeux ans dans les hautes salles du palais de rarchcvéché.

Les premiei*s fonds en avaient été fournis, en 1708, par M. de Rîparfonds , célèbre avocat. (Journal de Verdun, 1708» page 69).

Ce fut vers la même époque que s'ouvrirent dans le local de cette bibliothèque les conférences de doctrine établies par le fondateur, et qui depuis devinrent célèbres par l'assiduité et l'émulation des jeunes avocats, et parla bienveillance des anciens, qui se faisaient un plaisir de les encourager par leur présence (i).

Elles avaient lieu le samedi; on y discutait oralement des questions de droit ; on y lisait aussi quelques compositions sur

(1) Dans le cours de ce volume, il sera parlé plus amplemest de ces conférences.

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àe» sujets dignes d'intéresser la profession , par exémiflb , Y éloge de quelques jurisconsultes ; c'est ainsi que M. Henrion de Pansey, alors jeune avocat , fut admis, en 1772 , à y lire son éloge de Dumoulin.

£n 1786, M. Bonnet y lut son discours sur les conférences , dont je donnerai un fragment.

Le parlement vint au secours de cette bibliothèque, par son arrêt du i3 août 17 12, en lui attribuant cinq livres tournois par chaque réception d officiers.

En 1715, M. le chancelier Voisin (Daniel-François) accorda à cette bibliothèque un exemplaire de tous les livres qui s'imprimeraient dyecprwilége du roi. (/^^ez Journal de Verdun, 17 15, page 341).

Depuis 1708 jusqu'en 1790, cette bibliothèque, enrichie considérablement par les dons , legs et acquisitions de livres et manuscrits, était montée à près de quarante mille volumes qui en avaient fait une des bibliothèques les plus précieuses de la capitale. [Voyez le catalogue imprimé in-8°. ).

Quoiqu'elle ne fût pas au rang des bibliothèques publiques, elle était ouverte tixûs jours de la semaine aux savans qui venaient y consulter àem manuscrits qu'ils auraient inutilement cherché ailleurs.

La plupart de ces livres ( c'est-à-dire les livres de droit ) reposent aujourd'hui dans la biblioth.éque du conseil d'état et dans celle de la cour de cassation, où chacun de MM. les conseillers , lorsqu'ils les consultent , peuvent lire sur le titre que ces lii^res sont à nous. Titulus prrpetuô clamât.

Les choses étaient dans ce triste état lorsque M. Ferey a eu la généreuse pensée de recommencer l'œuvre de M. de Riparfonds.

En 1806 (le 26 septembre), ce vénérable jurisconsulte légua ses lii^res de droit à V Ordre des avocats , non encore rétabli, mais dont un doux espoir lui faisait entrevoir la future résurrection. Les termes de ce testament , écrit en entier de la main du testateur, méritent d'être consignés ici :

« Je donne et lègue, sous le bon plaisir du gouvernement . p à y Ordre des aç'ocats, sous quelque nom que sa majestç

à V Histoire des avocats, t^i

>» Tempcreur et roi jugera à propos de le rt^tablir , les livres » de droit que j'ai à Paris , en quoi je comprends les douze » volâmes in-folio et les vingt- neuf in-4"* d^s mémoires et M consultations que j'ai réunis avec le plus grand soin , ainsi » que la table manuscrite par ordre alphabétique de matières » qui forment un volume in-folio, laquelle table j'ai faite » mot -même, et ensuite fait mettre au net, pour mon in- » stniction et me sei*vir dans les différens travaux de mon » état. Les minutes de mes consultations , et la table par » ordre alphabétique de matières , resteront à ma famille ; il w en sera de même des livres d'histoire et de littérature, et « de seize ou dix-sept volumes en carton in-folio, dont douze » par ordre alphabétique de matières, contiennent des extraits » de quatre ou cinq cents volumes imprimés de mémoires, que » mes confrères m'ont prêtés successivement, et le surplus » en copies de consultations que j'avais données avant qu'on » m'eût déterminé à venir à Paris.

» Je donne en outre, à Y Ordre des avocats, la somme de » 3,000 francs une fois payés, pour aider à acheter d'autres » livres qui seront jugés nécessaires; à ajouter à 600 francs » de rentes sur l'état, en tiers consolidé, à prendre dans les: » rentes de pareille nature qui m'appartiennent; à l'effet de 0 quoi mes héritiers passeront un transfert à qui il faudra jus- » qu'à due concurrence ; lequel transfert une fois opéré , ma » succession sera libérée en cette partie.

» Le legs que je viens de faire n'est qu'une faible marque de » la reconnaissance dont je suis pénétré pour les bontés et l'at- » tachement que mes chers confrères n'ont cessé de me témoi- » gner dans tous les temps , et que l'acquit d'une dette sacrée » de ma part envers un ordre auquel, à l'aide d'un travail » assidu de plus de cinquante ans , et toujours borné au » cercle des connaissances requises pour ma profession , faute j» de santé et de dispositions naturelles , j'ai été redevable de » l'estime dont ceux mêmes dont je n'ai pas eu l'avantage de >» partager la confiance , ont bien voulu m'honorer , et qui , » sur le rapport des personnes distinguées par les grandes 9 places auxquelles leur mérite et leurs lumières les ont ap-

1 4^ Appendice

» poJces aupiès du monarque, a porté ea outre sa majesté » l'empereur et roi à donner à V Ordre clés avocats , dans Tun » de ses plus anciens membres , une décoration pour laquelle » la plupart de mes confrères m'étaient préférables. »

M. Ferey mourut le 5 juillet 1807. L'Ordre des avocats n'étant pas constitué, il fallut attendre pour accomplii* les intentions du testateur. Le 5 février 1810 , son éloge fut prononcé par M. Bellart , dans la bibliothèque du lycée Charlemagne , après le service que les avocats firent célébrer dans réglise de Saint-Paul. Tous étaient présens en robe; et l'archi-chancelier Gambacérès , toujours soigneux de se rappeler qu'il avait été ai^cat y présidait à cette cérémonie. Le devoir de l'orateur était d'exprimer la reconnaissance des avocats pour le legs de M. Fei*ey; retraio^ cette. partie de son discours , est la meilleure manièi*e 4Êk nous associer aux sentimens qu'il exprime.

c( Parler du testament de M. Ferey ; mes chers confrères , c'est réveiller en nous la gratitude dont nous pénètre la disposition qu'il contient. Gardons-nous cependant de supposer que notre respectable confrère, en léguant à l'Ordre des avocats, non-seulement sa bibliothèque, mais encore la somme consacrée à son entretien annuel , ait exclusivement écouté la bienveillance qu'il nous portait. M. Ferey, sans doute , aimait les compagnons de ses travaux \ mais telles étaient les affections de ce cœur pur, qu'il n'en ressentait aucune où ne se mêlât l'amour du bien public.

» Jadis, sous le titre de Bibliothèque des Ai^ocats , existait un établissement dédié au double culte de la science et de l'honneur.

» C'était là que , dans des réunions hebdomadaires , de jeunes émules venaient apprendre à régler leur bouillante ardeur à la voix de ces vieux chefs, qui expliquaient comment il fallait tempérer le zèle par la modération , et ployer sa fierté au joug d'une discipline salutaire.

1) C'était là que la gloire et la probité, les quahtés brillantes et les modestes vertus, confondues dans la frateruité la plus touchante^ apportaient l'hommage de leui^ suc-

à t Histoire des m'ocats. i43

ces divers y dont chacun était orgueilleux, dont personne n'était jaloux , parce que c'était comme le bien de tous.

» C'était là que le talent lui-même n'eût pas tecté de se faire absoudre d'avoir violé la loi du devoir : là , que la licence ou la cupidité redoutaient de se laisser deviner par ces hommes vieillis dans les voies de la justice , et que nous contractions de bonne heure cette honte de mal agir, qui de- . venait la règle du reste de la vie.

» Dans ces réunions s'offrait le respect attendrissant de ces rivaux amis , suspendant leurs querelles pour se prodiguer une mutuelle estime ; de ces champions illustrés par tant de victoires, traitant d'égal à égal avec la médiocrité même, qu ils élevaient jusqu'à eux par une familiarité consolante.

» On y voyait , spectacle plus doux encore aux bons cœurs I ces orateurs chargés des plus grands intérêts, ces juriscon-' suites livrés aux travaux les plus savans, oublier et leur grande clientelle et leurs graves études, pour écouter avec simplicité, pour débrouiller avec patience les récits diffus et souvent inintelligibles de villageois, de femmes du peuple, de pauvres, tous sortant d'auprès d'eux, éclairés sur leurs droits, mieui disposés à la paix , souvent même assistés dans leurs besoins.

» M. Ferey regrettait cet établissement détruit par la révolution ; sa passion était de le relever. Par son testament, il nous le rend autant que cela fut en lui. Il a fait davantage, et soumettant, comme il le devait, à l'approbation du souverain le legs dont il gratifiait « V Ordre des avocats y sous quel- » que nom , dit-il dans son testament , qu'il plaise à sa ma- » jesté l'empereur et roi de le rétablir; » il a déposé ainsi aux pieds du monarque, qui l'honora de ses bontés , le vœu d'en obtenir, à ses derniers momeps, une de plus dans le réta* blissement de l'Ordre dont il conserva soigneusement les maximes.

» Dernières paroles d'un mourant, vous ne serez pas oubliées ! Celui qui, veillant avec sollicitude sur toutes les parties de l'harmonie sociale, a déjà rétabli la discipline dans un grand nombre de professions diverses, jettera, quand le temps en sera venu, un coup d'œil sur la nôtre. £lle n'est pas indigne

l44 Appendice

des regards du héios, puisqu'il aime la gloire , ni d€s regards du législateur, puisqu'elle est consacrée au culte des lois. Le vœu de M . Ferey, auquel nous osons joindre le nôtre, sera exaucé »

II le fut en effet , puisque, avant la fin de Tannée, fut porté le décret du i4 décembre 1810 (i), qui rétablit rOrdte des Avocats.

Un autre décret autorisa lebâtonnier à accepter le legs ; et les livres de droit de M. Ferey (.au nombre de 1 199 volumes, suivant le catalogue que j'en ai di*essé moi-même (2) ) , furent transférés au Palais de Justice , dans le local qui nous fut assigné à la suite de notre vestiaire.

En juillet 181 1 , les3,ooo francs légués par M. Ferey furent i-etirés de la caisse d'amortissement et employés à acheter les livres nouveaux dont le besoin se faisait vivement sentir.

Plus tard, nous obtînmes du gouvernement la permission de chercher , dans le dépôt de l'Arsenal , les livres de droit à notre convenance qui pouvaient s'y trouver. Je fus chargé de cette mission avec MM. Popelin et de Belleyme , alors avocat. Mais ce dépôt avait été tellement appauvri par les prises de livres qu'y avaient exercées les bibliothécaires des divers établissemens publics , que nous n'y trouvâmes presque rien. A défaut des meilleurs livres, nous primes un certain nombre des plus lourds , que l'on céda au poids au libraire JMève , en échange de quelques ouvrages de droit moderne; car la bibliothèque de M. Ferey ne comprenait guère que du droit ancien , principalement du droit coutumier et des arrêtistes.

Depuis , la bibliothèque s'est accrue successivement par les dons des auteurs, par des achats faits avec les 600 francs de '^^^"■"'■^■■^'^■^^■^■"^■~"^— ™^— ■— ^-^— ^ » ' ■ ■■ '

(i) Voyez ce que nous avons dit de ce décret dans le chapitre précédent, pages i32 et suivantes.

(a) Voyez , à notre bibliothèque , le volume in-fol. intitulé : Catalogue de la Bibliothèque des avocats. Toute la première partie , contenant l'indication des livres légués par M. Ferey, est écrite en entier de ma main ; la suite est de la main de notre confrère Millelot , mort si jeune , et si vivement regretté : Le bibliothécaire actuel est chargé de la continuation.

à rjlisioire des apoëats. i45

revena annuel > légués par M. Ferey, et avec le produit d*une portion du droit de a5 francs sur chaque prestation de serment, dont un décret du 3 octobre 1811 avait autorisé la perception , pour être employés , entre autre choses , aux -^iépenses de la bibliothèque (i). Elle compte déjà près de sept mille volumes.

La salle de la bibliothèque étant devenue trop étroite pour «ontenir ce nombre de volumes qui s'accrott -tous les jours , et surtout pour recevoir le nombre considérable de jeunes gens qui se pressent à la Conférence ^ l'Ordre a sollicité et obtenu la constructioii d'une salle Mpplémehtatre qui va s'élever cette année, en équerre de là salle actuelle, et qiii, pour long»iemps du moins , suffira à loger *nos richesses biblic^raphiques (a). Elle aura, en outre, l'avantage d'ofit'ir une retraite au conseil de discipline pour la tenue de ses séances , qui jusqu'ici, ne pouvant avoir lieu que dans l'unique salle cïestinée aux travailleurs de la bibliothèque , les forçait à la retraite à chaque tenue du conseil.

Cette construction une fois terminée , il ne restera plus qu'à compléter successivement la bibliothèque, non en achetant au hasard des livres tels quels, mais en procédant sur uaplan fixe dont j'ai posé les bases dans le rapport que j'ai fait au conseil au mois de mai de cette année , et ou j'insiste , entre autres choses , sur les points suivans :

1°. Commencer par les livres de l'usage le plus habituel, et qui sont le plus généralement demandés par les jeunes gens. Il est même certains ouvrages dont il serait bon d'avoir des exemplaires doubles ; par exemple , le Corpus academicum , les Pandectes de Pothier, le Répertoire de junsprudence;

(x) Un autre décret, du 39 juin )8i3 , en autorisant le bàtonaier à. accepter un legs de ao,ooo francs fait à L'Ordre, « pour fournir le p supplément de fonds nécessaires , pour rétablir la jouissance de deux » lits aux incurables , anciennement fondés au profit des avocats^ dit que » le surplus sera employé à l'entretien de la bibliothèque . »

(a) Je dois consigner ici les remercimeus de l'Ordre pour l'empres* •ement qu'ont mis à seconder nos désirs, M. de Chabrol , préfet de la Seine, et M. Peyre, architecte.

,i4/S Appendice à V Histoire dès avocats,

^'*, Compléter les parties dd la juriipnIdëDce les moins fournies , avant d'^outer à celles qui o£Fretit déjà le néoefts^ii*e ;

i"*. Se procurer priucipaiemeût les grands cuvragt^ et les collections qu'on c'a point ordinairement dans les bibliothèques particulières ;

4''. Par la même raison, avoir le plus qu'on pourra des livres de droit étranger t principalement celui dea. nations arreù les^ quelles la France a le plus de relations j

5^. Pi*éférer toujours les grands formate aux petits ^

&*» Pour les reliures , aooger k k durée ; et , sans y mettre aucun luxe » exiger la soUditë«

A la suite du Tableau qui s'imprime chaque année > te trouve le règlement de la bibliothèque.

Un des articles les plus importans est de tie permettre aueau déplacement de livres. Pour obliger celui à qui Ton prête ^|n volume, on en piive tous ceux qui, peudant le même temps , auraient consulté l'ouvrage , et Ton s'expose à le perdre ou à le décompléter.

Ifota, Pour entrer k la bibUothéqae , il ftmt être en rôbè , eu dû nHkÎBS en habit noir.

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