‹ Profession d'avocat (volume 3)Chapitre 68 sur 94 · A M. DUPIN · texte numérisé non relu

A M. DUPIN

MOVSIEUR ET TRÈS-HOHORÉ CONFRÈRE ,

Lorsque, en 1602 , on voulut soumettre les avocats à un règlement humiliant pour leur délicatesse , on vit paraître , pour la défense de l'Ordre, un écrit intitulé : Trés-humblés remontrances dressées par un jeune adi^ocat qui a recueilly les raisons des anciens. Ce jeune avocat était Laurent Bouchel, dont les ouvrages de jurisprudence nous sont restés sous le titre de Thrésor du droit français (i). A son exemple , je réclame aujourd'hui contre le r^lement nouveau imposé à notre Ordre. Si Von trouve étrange que faye osé entreprendre de défendre la cause de tous les avocats , je répondrai avec lui , qu'ayant soigneusement recueilli les antiques traditions du barreau , sans hasarder de mon chef

(1) C'est dans cet ouvrage qu'an mot Advocat se trouvent les remontrances contre Fart* 161 de l'ordonnance de Blois.

6i8 Discipline du barreau.

aucun principe innovateur, je ftaifaii que servir de secrétaire à mes anciens. Comme lui sans doute , grâce à ce respect religieux pour cç qui fut jadis , j'échapperai a tout i^eprocbe de témérité.

En m'autorisant de cet exemple, j'imite aussi le vôtre, monsieur ; plus d'une fois , cherchant dans le passé les moyens de réduire au silence ceux qui ne veulent reconndtre la vé rite que là où ils voient la sanction du temps, vous leur avez prouvé, par les eqiprunts les plus heureusement faits à l'histoire ou aux auteurs des vieux temps , que la liberté et la raison sont les plus anciennes légitimités ; et que , quand il s'agit de leur cause, on ne demande jamais en vain à Tantiquité des autorités pour la défendre. Aux yeux de ces hommes, si justement appelés les contemporains du passé , le soin que j'ai pris de m'appuyer sans cesse sur les témoignages des temps anciens, doit entièrement légitipoier cet écrit; et, puisqu'ils proposent perpétuai lement la jeunesii« d'autre^ fois comme modèle à la jeunesse d'aujourd'hui , ils ne pourront me blâmer d'avoir entrepris en 1822, lorsque déjài j'ai fait quelques pas dans la carrière du barreau , ce que Bouchel fit en 1602 , lorsqu'il n*ai*oiê eneorês eommi^cà à plaider.

Votre nom , sous les auspices duquel vous m'avez permis de faire paraître cet écrit, est encore un appviî biçn puissant pour moi.

En réclamant pour l'indépendance et la dignité de notre Ordre , je ne; pouvais espérer de reî^ommandatîon plus respectable que celle d'un homme qui , daps toute sa carrière , ^ donné l'exemple dfi la plus généreuse indépendance,. et qui veprésente si bien en sa personne la dignité du véritable avocat.

Je suis avec la plus haute considération , etc.

A, Pavibi..

«t Vous debvéz vous efForcer'de conserver à notre Ordre » le rang et Thonnear que dos anoestres iuy ont acquis » par leurs mérites et par leurs travaux, pour le rendis à » vos successeurs. » La première lecture de l'ordonnance du ao novembre iSaa me rappela vivement ce conseil de Loysel , dans son Dialogue des adt^ocats , et pour qu'une protestation bien légitime suivit de près la publication d'un règlement ai contraire à Tindépendance de l'Ordre des avocats , l'éunissaat tous les documens qui att^tent les anciennes franchisas du barreau afin de les opposer aux dispositions d*uue ^ordonnanee qui , sous ombre de rétablir les vieux usages, ajoute de nouviflles entraves an règlement impérial de 18 10, j'eus bientôt terminé mon examen. Dès le i®** décembre il était aux ipains de M^. Duptn , dont je désirais que le nom prêtât à cet écrit une autorité qu'il ne pouvait recevoir du miep.

Mon dessein surtout devait plaire à un avocat si instruit de rhifitoire de notre Ordre et pénétré des droits de la libre défense. Sa bienveillante approbation acheva de me décider ; et l'on vit un simple stagiaire , araié il est vrai de preuves irréciisables » s'inscrire en faqx , au nom de tous ses confrères , contre sa Grandeur Monseigneur le Garde des Sceaux de France, comte de- Peyi*onnet, qui, dans le rapport au roi qui précède ^ordonnance , exaltant son œuvre dans les termes les plus magnifiques , avait si étrangement annoncé que |e barreau lui devrait la restitution de ses antiques libertés.

Ma présomption a'été bien justifiée lorsque , après la chute du ministère dçpt ce règleo^^t iji'fitait p^s l'acte le moins déplorable , presque tous les barreaux de France ont adressé à la (diancelleine des réclamations où sont consignés les griefs que j'avais, non pas aperçus le pi*emier, mais le premier signalés (1).

(1) Les conclusiops de la réclamation du barreau de Pari$ , signée par cç^nt vingt-trois avocats , au premier rang desquels figurent MM. Delacroix FrainvitJe et Tripier, ont été insérées dans la GaseU^ fi^s Tribunaux ^ du 4 décembre 1^98.

^^® DUciplUie du barreau,

Le& auteurs qui ont écrit dans ces derniers temps sur l'ordre des avocats, (notamment M. Isambert, dans soniîecuedde lois (1822, p. 340); M. Carré, Traité des compétences, tome I; M. Dalloz, Jurisprudence générale 9m mot défense) ont aussi reproduit honorablement mes observations.

Toutefois, subissant, plus justement que beaucoup d'autres, le sort des opuscules de ce genre, mon écrit courait grand risque de n'être bientôt plus connu que par ces mentions honorables , quand M. Dupin a bien voulu assurer son avenir en l'admettant dans sa collection des Ze«rc5 sur la profession d'avocat. Pour le rendre digne de figurer en si bonne compagnie , je l'ai revu de nouveau , et , dans ce second examen de l'ordonnance , je n'ai eu à retrancher aucune de mes premières critiques : l'expérience m'en a , au contraire , suggéré de nouvelles , car plus on compare ses dispositions avec les droits essentiels du barreau, plus on les reconnaît défectueuses et oppressives.

Si l'Ordre des avocats était destiné à rester encore longtemps sous ce régime tel quel , que , du moins , ce soit sous toutes résenfes et protestations contraires défait et de droite

ou, pouremployerlesexpressionsplus nobles d'un célèbre poète italien ,

Siam servi , si » ma servi ogncr frememti.

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