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ÉTAT DU BARREAO CHEZ LES GRECS

Jamais nation ne iat plus féconde que les Grecs en sagesk et en philosophes ; en législateurs, orateurs, et autres savans en tout genre.

On admira sui*tout la sagesse de leur gouvernement , fondé sur les lois que Cécrops, Dracon et Soign donnèrent à

Histoire alkgéic da^t Ordre des Avocats. 25

Athènes ; Lycorgae à ,Lacëfi<moD'e ; Nicodore à Mantinée ^ Zaleucus à Locre ; et Mînos dans File de Crète. Ces lois furent ti*OQvées' si judicieuses , que la république romaine eovoya des députés en Grèce , pour y puiser, comme dans la M)urce y les principes des nouvelles lois qu'elle voulait établir. L'éloquence , qui avait été jusqu'alors négligée chez les autres nations , fut cultivée avec soin chez les Grecs ; elle ftit par eux réduite en art et en principes.

Les orateurs haranguaient le peuple dans les places et autres lieux publics , sur différens sujets.

Périclèsy l'un des orateurs d'Athènes, fut, à ce que l'on tient , le premier qui fit entrer l'éloquence dans l'exercice du barreau.

Depuis -ce temps il fut d'usage, tant dans l'Aréopage d'Athènes, que dans les autres tribunaux de la Grèce, de se faire assister à l'.audiehce par des orateurs fameux ( outre les amis que Ion avait coutume d'y amener) afin de donner plus de force et de poids à l'accusation ou à la défense.

Au commencement, ces orateurs prononçaient éux-DTémes les discours qu'ils avaient composés pour autiiii; c'est ainsi qu'en usaient Thémistocle , Périclès et Aristides.

Antiphon fut le premier qui composa , pour quelques-uns de ses concitoyens, des oraisons qu'ils prononçaient pour* soutenir leur droit en jugement.

Lysias , Isocrate e4 Démosthènes firent la même chose , quoi«

qu'ils prononçassent aussi quelquefois euT-mémesleui^ oraisons.

Quelque réputation que les deux derniers se soient acquise

par leurs talens , ils ne furent pas exempts de reproche dans

l'exercice de leur ministère.

Jsocrate fut souvent dtd.en jugement , comme violateur des lois , pour avoir administré aux parties des moyens capables de surprendre leurs adversaires : ce qui fut cause qu'il cessa de composer ainsi pour autrui.

Déuiosthènes, dans une même cause, composa une oraison pour chaque partie.

i^schine fit un meilleur usage de ses talens , s'adonnant tout entier à composer des oraisons pour la défense de ceux

qui étaient accuses injustement , et qu il leur donnait pourles réciter en jugement.

Les lois que Dracon et Solon avaient faites pour la discipline du barreau d'Athènes^, continuèrent d'y être observées depuis que leloquence y eut été introduite par Périclès , de la même manière qu'elles Tétaient auparavant.

La première de ces lois regardait la condition des orateurs.

Il fallait être de condition libre ; un esclave ne pouvait pas se présenter en jugement pour défendre quelqu'un , sa condition étant trop au-dessous d'un si noble emploi.

On n'y admettait pas non plus les infômes, tels que ceux qui avaient manqué de respect pour leurs parcns ; ceux qui avaient refusé de se charger de la défense de la patrie, ou de quelque fonction publique; ceux qui faisaient quelque commerce scandaleux et contraire à la pudeur, ou qui avaient été vus dans des lieux de débauche; enfin ceux qui vivaient dans le luxe, et avaient dissipé la fortune que leurs ancêtres leur avaient laissée.

Ceux qui touchaient les deniers publics n'étaient point admis à haranguer le peuple, qu'ils n'eussent auparavant rendu compte de leur gestion.

Enfin les femmes étaient excluses du barreau , à cause de la pudeur qui convient à leur sexe.

L'enceinte du barreau et de tout l'aréopage était un lieu réputé si saint, qu'avant l'audience on l'arrosait d'une eau lustrale, pour avertir les juges et les orateurs qu'il ne devait y entrer rien que de pur. Les orateurs avaient pour principe , que leur ministère ne devait servir qu'à faire triompher la justice et la vérité ; c'est pourquoi Périclès étant pressé par un de ses amis de jurer faux dans une cause , lui répondit : Amicus usque ad aras (i).

Hyperides ne fit pas un si bon usage de son ministère , lorsque parlant pour la défense de la courtisane Phryné, qui était accusée du crime de lèse-majesté divine , et voyant

(l) Platarque, vUa Periclidit.

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que ses juges étaient pr<^ts de ia condamner, il la fit avancer au nrilicu de l'aréopage, et déchirant le voile qui lui couvrait le seiu , les juges furent attendris par la beauté de cette femme , et séduits par les discoui*s touchans d'Hypérides , de sorte qu^elle fut absoute.

Depuis ce temps on fit une loi à Athènes et à Lacédemone, pour défendre aux orateurs de faire aucun préambule ni autre discours tendant k émouvoir la pitié ou l'indignation; on défendit aussi aux juges de jeter les yeux sur Taccusé; lorsque Ion s'efforcerait d'exciter en sa faveur leur commisération.

Au commencement de l'audience , un cneur public faisait souvenir les orateurs de se conformer à cette loi , afin que personne n'abusât de ces figures propres à émouvoir, pour gagner une cause injuste.

Ce règlement refroidit beaucoup Téloquence des orateurs Grecs.

Comme il y en avait quelques-uns trop diffus dans leurs discours , le temps que chaque orateur aurait la liberté de parler fut limité à ti'ois heures; et pour observer ce temps, il y avait dans l'auditoire des horloges d'eau, appelées Clepsydres.

Il était encore enjoint aux orateurs de se contenir dans les bornes de la modestie; de ne point faire de démarches auprès des juges ^ pour les prévenir en particulier; de ne point agiter en public deqx fois la même question ; de s'abstenir des injures et paroles amères, et de frapper des pieds; de ne point troubler les juges lorsqu'ils étaient aux. opinions; enfin, après l'audience, de se retirer tranquillement , et de n'attrouper personne autour d'eux.

Ceux qui manquaient à quelqu'une de ces bienséances étaieut mulctés d'une amende de cinquante drachmes , quelquefois même plus considérable , selon les cii*constances.

Le ministère de ces orateurs était d'abord purement gratuit. On les récompensait de leurs services en les élevant à leur tour aux charges de la république.

Antiphon fut , dit-on , le premier qui reçut de ses diens.

a8 Profession d'avocat.

une récompense, pour le soin qu'il avait pris de leur de i'ense.

Les autres orateurs, à son exemple, reçurent également de leui*s cliens des honoraires en argent et autres présens. Us se conduisirent cependant toujours plutôt par un principe d'honneur que d'inlérél, et ceux en qui Ton reconnut un esprit mercenaire, en furent repris vivement, comme on voit dans les Oraisons d'jEschine et de Démosthcnes.

Telle fut la discipline du barreau d'Athènes, qui servit de modèle à celui de Rome.

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