‹ Profession d'avocatChapitre 13 sur 95 · ETAT DU BABREAO CHEZ LES R0MA15S · texte numérisé non relu

ETAT DU BABREAO CHEZ LES R0MA15S

A PEINE Romulus eut-il jeté les fondemens de la ville de Rome , qu'il comprit que sa domination ne pouvait subsister sans faire rendre à ses sujets une exacte justice. Il choisit pour cet effet dans le premier ordre des citoyens qu'on appelait les pères {Patres ) , un certain nombre d'hommes sages et remplis d'expérience dont il composa le sénat , et ordonna que les autres citoyens du même ordre seraient les patrons et défenseurs des plébéiens qui formaient le second ordre , et qui devinrent leurs cliens.

Les patrons furent ainsi appelés , comme tenant lieu depères à leurs cliens; et pour faire entendre que les cliens devaient avoir pour eux le même respect que les enfans ont pour leur père, les esclaves pour leur maître, et les affranchis pour ceux qui leur avaient donné la liberté.

Il y avait plusieurs devoirs mutuels et réciproques à remplir de la part des patrons et des cliens.

La fonction des patrons ne se bornait pas, comme aujourd'hui celle des avocats , à donner conseil aux parties dans leurs affaires contentieuses , et à les défendre en juge-

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fnent, la qualité de patron formait un engagement beaucoup plus étendu ; c'était proprement un office de protection.

Dès que le patron avait accepté quelqu'un pour son client, et que celui-ci lui avait pi*omi.s fidélité , le patron était obligé de le soutenir dans toutes les occasions, et d'y employer tout son pouvoir et son crédit ; il était son conseil dans toutes ses affaires contentieuses ou autres affaires civiles , et son défenseur en jugement.

Ses cliens lui étaient plus chei'S que ses proches; il était même obligé de les défendre contre ces derniers. Il pouvait porter témoij^nage contre ses proches , et non pas contre ses cliens. C'était un crime grave pour un patron d'avoir tourné en dérision quelqu'un de ses. clients.

Chaque patron avait fort à cœur de conserver ses clientèles, même d'en acquérir de nouvelles, et de les transmetttre à ses enfans ; de sorte qu'elles étaient comme héréditaires , et qu'il les regardait comme un monument d'honneur et de l'ancienneté de sa famille.

Les cliens, de leur part, étaient obligés de garder partout l'honneur et le respect qu'ils devaient à leur patron; de lui donner en toute occasion des marques de leur xèle et de leur attachement , moins par nécessité que par estime et par reconnaissance. Ils étaient même obligés de lui fournir de l'argent pour marier ses filles , racheter ses enfans lorsqu'ils étaient prisonniers de guerre > payer les peines pécuniaires auxquelles il pouvait être condamné , ou pour acquitter d'autres dettes.

Ils accompagnaient leur patron au barreau et dans les cérémonies publiques , et formatent autour de lui un cortège nombreux et une espèce de cour.

Enfin le patron et le client ne pouvaient respectivement s'accuser ni porter témoignage l'un contre l'autre, ni faire aucun autre acte préjudiciable ; en sorte que les devoirs du client envers son pati*on ressemblaient en quelque chose K ceux dont parmi nous le vassal est tenu envers son seigneur, ou plutôt à celui d*un affranchi envers son ancien maitre. Dans les premiers temps, où les Romains étaient occupés

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à se maintenir dans leur nouvel établissement, ils étaient beaucoup plus adonnés à la profession des armes qu a I etude des lois et de Téloquence ; ainsi ceux qui faisaient alors l'office de patix>n • n'étaient par état ni orateurs, ni jurisconsultes.

Mais lorsque les rois eurent été chassés de Rome , que la république fut bien affermie , qu'elle eut étendu au loin sa domination , que l'on eut envoyé chercher des lois en Grèce , que le peuple se fut arrogé le droit d'en faire lui-même de rouvelles par l'organe de ses tribuns, alors l'administration de la justice étant devenue plus importante et plus difficile, on y apporta aussi plus d'appareil et de circonspection. On ne se contenta pas d'appeler pour sa défense les patrons ordinaires , qui n'avaient d'autre qualité que celle de protecteur, et dont le talent consistait au plus dans l'éloquence naturelle; on eut recours à des orateui^ en titre , dans l'espérance que leur art contribuerait à faire réussir la cause.

L'éloquence des orateurs l'emporta bientôt sur le style vulgaire des anciens patrons ; les orateurs eurent seuls toute la clientèle ; les rois mêmes et les patrices qui commandaient à des rois , recherchèrent leur appui.

Les premiers orateurs qui furent introduits dans le barreau de Rome n'étaient pas jurisconsultes , non plus que les premiers qui parurent au barreau d'Athènes. La science des lois était devenue d'autant plus difficile qu'elles étaient beaucoup multipliées ; l'ancien droit était presqu'entièrement abrogé par le droit prétorien ; il fallait concilier ces différentes lois , distinguer celles qui étaient observées de celles qui étaient tombées en non usage. Les orateurs s'étant appliqués à l'étude de la jurisprudence, l'on vit dans la suite les jËlius , les Caton et les Cicéron mériter le double titre d'habiles orateurs et de grands jurisconsultes.

Il ne faut pourtant pas confondre avec ceux-ci d'autres jurisconsultes appelés Prudentes , dont l'emploi était différent de celui des orateurs ou patrons. 11 ressemblait plutôt à celui de nos anciens avocats consultans , si ce n'est que leur pouvoir était beaucoup plus étendu. Leur fonction était

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(i'iDteq:>réter le droit; ieui*s réponses avaient elles-mémc^s force de lois, et les juges étaient obligés de s'y conformer; elles étaient gardées soigneusement par les pontifes avec les autres lois ; car toutes les lois étaient alors un mystère pour le peuple, jusqu'à ce que Flavius Scriba les eiposa toutes en public , afin que chacun pût s'instruii*e de ses droit«.

La fonction des orateurs ou patrons était de défendre leors cliens de vive voix ou par écrit , dans les tribunaux.

Les Romains eurent toujours attention que cette fonction ne fût exercée que par des personnes choisies et distinguées par les qualités du cœur et de Tesprit, encore plus que par leur naissance.

Romulus avait ordonné que les patrons seraient choisis dans le premier ordre des citoyens , destinés à remplir un jour les fonctions du sacerdoce ou de la magistrature.

La loi des douze Tables Vidopta ce règlement ; et pendant cinq siècles y la fonction de patron ne fut exercée que par des patriciens qui étaient les descendans de ces premiers sénateurs institués par Romulus, et qui formaient le premier ordre des citoyens.

Tant que subsista Ja république , le barreau fut le degré par lequel on arrivait aux plus grands honneurs. Le sénat et le peuple » <:hacun selon leur pouvoir , donnaient les dignités au mérite, et elles étaient la l'écompense de ceux qui setaient le plu» distingués dans le barreau.

Ce fut ainsi que Caton le grand , le Démosthènes de son siècle, ayant passé du barreau à la magistrature, en remplit successivement tous les degrés, fut élevé à la dignité de consul , et enfin à celle de censeur, après avoir tiiomphé des ennemis de la république.

De même Cicéron , Tornement du barreau de Rome , et qui comptait au nombre de ses cliens le roi de Galatie , étant parrenu an consulat , fut honoré de titres encore plus glorieux , je veux dire , ceux de père de la patrie et prince de

Féloquence.

Qui pourrait Jamais compter combien de préteurs , de consuls, de patriciens, de dictateurs et de censeurs, le bar-

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