SECONDE CONFERENCE
Le sabmedy ensuivant M. Pasquicr nous envoya prier de dîsner le lendemain en sa maison , nous iqandant qu'il desiroît s'acquit tef de sa depte, et y employer la iournée toute entière, dont ie fus bien maï*ry. Car m*estant trouvé mal les îonrs preoedens , les médecins m'avoient fait prendre medeciae ceiour là , et m'avoient defbndu de sortir de deux ioors: ce qui fut cause que ie fus obligé de garder la maison la maUoée du dimanche sans me pouvoir trouver- avec les autres. Mais l'y envoyay mes enfans , leurs tesmoignant que ie desi-
(3) En cette leconde conférence Tantheur n'a fait qae passer legelement pardessus les prinripties actions des advocats qui y sont nommez ; ce qa*il a fait industrieiisement et à dessein , pour ne pas faire répétera M Patquier en ce dialogue , toutes les parti colaritei qu'il a voit desia dites du parlement et des advocats en divers endroits de ses JUdkerehes , et particulièrement aux chap. 11 , m st iv du liv. 11 et aussi dans ses lettres.
1^ Dialogue de» atii/ocais .
rois qu'iktne firent part à leur retour deux quils y auroîeat entendu.
Cependant oomme, ie ponsois me mettre à table pour disuer , ie vis entrer Tun de mes enfans qui avoit. laissa la coin* pagnie'^ pour me venii* conter une partie de ce qui s'y estoit passé. En effect, il 'me dit que M. Pasquier leur avolt rapporté plusieurs belles actions , tant de messieurs les pres^dena de la cour , que des advocats , procureurs generaui , et d'au» très qui avoient esté advocats au parlement pendant les i*e* gnes des rois Gharlea YI (i)> Charles VU (2), Louïs XI (3) , Charles' YIII (4) , Louis XII (5) , et François 1 (6) , nommant entre autres les presidens (7) de Cambray; de Nanterre, Dauvety.de la Yacquerie, et de Carmonne, le procureur gênerai lean de Saint Romain (8) , M. Ican Barbin , et M. Pierre de Marigiiy (9)^ maistres lacques Barmé , Pierre Remon et lacques Cappel advocats du roy (10), les advocats Haslé et Brebau, Tun archidiacre de Paris et Tautre curé de saint Eustache , lesquels avoient plaidé une régale en la présence du roy de Portugal , qui estoit venu au palais. Qu'il avoit parlé d'une consultation célèbre faîte pour les enfans et heri-
(1) Il commença à régner en Tan i38u.
(•j) En i4'i3.
(3) En 14G1 .
(4) En 1484.
(5) En 1498.
(6) En i5i5.
(7) Miraumoat , ti^re du ParUmeiU ^ escrit qa*Adam de Cambray laC premier président en i436; Matdiieu-dc Nauterre en 1461 disant qa'll fut par après translaté du parlement de Paris en celuy de Touloasé ; lean Dauvet en i465 y disant qn'il fat par après premier président à Touloose, dont il revint , puis après à l'aris , où il fut recea second président; Jean de la Vacquerie , en 1481 ; et Guillaume de Carmonne leceu qaart-president en ]5o3 , Blanchard appelle celuy-cy ChristophW.
(8) Miraamontdit qu'il fut fait procureur gênerai en 1461 , et qu'il se nomma garde de la prevqsté de Paris , le siège vacant f le 4 jnii» i465.
(9) En i4io et 1418. ( MiraunKmt. )
(10) Le premier en i5io, les deux derniers en i534* (idem,)
4a parUmunt fU Parié. Tt)<t
itên tlelNcqufk Gnur par de Rfisa^, BeuBço» , l'HujIlier (i) ; et (fuatn antre* advocâts fainctn da temps des ro^s Chorla VII et LoiiU XI. Et comms ce eoy LonA' XI eitaùt lur la fin de ces isurs en sel dernieiYB et inelanclioliqaes penaées',' ^oulaot pourvoir, au faict de la iuitioe , ooastUMeK , poids et luesures de ao» royaunt-, voulut ausii pourvoir au règles ment des adrocats , se plaigaant.de Icar caut«lles, et de l'cien de leora salaires I adjoustent neantmoiosqae M. laoqoes Mareacbal, ckaxiouie de Saiiict-Tho me »-d)i- Louvre et advo-i cat , quiestoit le «rayaataur du Commentaire de la Pragmatii|ae Sanctûi), quoj qu'il pot'te le nom de M. Goslaa (ju jaîêr coiueiller et président aux enquestas ayant fait det salvytîoDs asiei bre\-es , la cxtur luy«n evoit Usé trente livre* pariais, et que feu M.'Gbai-les du Moulin l'avait ainsi 4 ih tcudu de- ses ancieDs.
Qu'il leur avoit eu outre parlé d'un M. Pierre Bataille adlocat , employé par le roy Louis \1 , aux plus giandex afTai- ' res du royaume , lequel on tenoit estre le plus grand légiste de la France, decedéà l'j^çede quai-ante-quatre am. De plut; qu'il leur evoit fait récit «le l'opposition formée à la revocs-, tion de la PrajjmatiqUe Sanction pur le pi-ocureur gênerai de SaÎDCt-Romain (2) , contre la volonté du i-oy Louis XI , et
(1) M. Philippe! l'Unilliar. idvocatda roy en i47*. (MiminMnt. ) (9) L*amtJienr de l'Hittoire ilo Louii XI , intltvlée la Chtanlqaa modaleaie «on* l'aiiiiée i^ti-, a hit un récit particulier de cette aetim lenurqaibleda prtKurcur-generjl de Sainct-Honmin , qui mérite d'«t(« icy rapport^, ^mdil Itmpi , au ntoit dt leptembn , dit-il , k ny htiila tt Uttrtt à K* Itgat venià de Bum» de par U pmpt, peur U mntptLrt de /> Pragmaliqut Sanction .- Iriqaellti lettrts famU Itaili ttpabUia mn ChajitUl Ja Pmrii , sua jr amir ouch», coHlrvdit ou appatition. Et U premier («v ^oeloirm M iwVojil maJUre /aen Bal«ë ,/utitm lalU du Pataù-À^aS kPmrit,liieourd»ParUm»iàt vacant , pour illec mMii /mrt pubUirUiiHtt iMiw* , M il trmira maiilrt letn de SaiHCI-fiomaiii , procureur gtnartd du f^ matirt itre . qui /ormdiemaiit l 'appota à Ittffit el txrculïOH diidilti liltret , doHl ledit Balai fut /art déplaisant. Et pour cette cauir fit audit de SmÎMelSemaiu pbuieun menatttt , tu lui disant qut le ro^ a'** tmlt pÊ(mleamUI9t,*t qu'il le detappoi titrait rie lan affiet i A quey ledit Sumte- AmiaM ■« Uni pai grand teiapte ; inoii fui dit et rwepondil que le ni/- Iny
aibo Dialogue des adîH}cati
d'uoe autre opposition formée à la publicatipn do concordai , tant par maistre lean le Lièvre (i) et Guillaume Roger (a) advocat et procureur généraux , que par rUniversité de Paris, «t par les églises du royaume, pour lesquels M. lean Bouehard avoit plaidé ti t>ertueusement (3) , qi^U enfui eniHfyè prisonnier au Loupre, avec un si grand honneur, que sa postérité s'en ressent encores.auiowrPhuy.
Qu'il les avo(t encores entretenus d*un chambellaù advocat de rUniversité de Paris , qui' plaidant ropposition qu'elle avoit formée à la vérification des lettres de légation du cardinal d'Amboise le 27 de mars r5o3, monstra comme elle avoit tou^iours contredit à la puissance absolue du pape (4)- Et d'un Dix-hommes qu'on disoit estre -celuy qui avoit apporté le preinier les bonnes lettres au barreau , et qui estoit l'antheur du distique latin x\o\ se lit sur la porte de derrière de
apolt donné et .baillé ledit office , laquelle il tiendroit et exereeroit et iusyii'aift bon plaisir du rojr. JEt qUànd ton plaisir serait de la lui oster, que faire le pourrait ; mais qail estoit du tout iieliberé et bien resola de tout perdre avant qaô de faire chose qui fiut contre son ame y ne dpnimai^e au loyaume de France, et à la chose publique; et dU audit Baluë qu'il devait avoir grand'honie de poursuis' re ladite expedi" tioH. Et en après le recteur de l'Université de Paris et les supposts .d'icelie aUeremt pardevert ledit légat , qui de lui appelèrent et desdiles lettres au saint concile « et par tout ailleurs , oà il verrait estre à faire , et puis vindrênt au Chastetet , ou parêHlement autant en dirent , etfirenl iUec etsr^ gittrtr leur opposition »
(1) Miraambntdit qiTil fut recen en l'office d*adyocat du roy en i5io.
(i) En U mesme année 1 5 10, et fut garde de la prevosté de Paris, i5i^ et 15^6. ( Miranxnont. )
(3) Pasquier en ^e^- Recherches , lîy. iv, chap. xxvii , dit qa*il commença son plaidoyer par ce verset adressant à Dieu sa parole. Domine scis quia dilixi , scis quia non tacui , scis quia ex animo dixi , scis quim flevi , eùm dicerem et non audirer. Et dit entre autres choses que les eslections estoient de droict divin , sonstenant qu*on ne pouvait les supprimer.
(4) M. Guy Coquille, aux IVIémoircs pour la reformation de Testât ecclésiastique, nouvellement imprimés , page i3, tesmoigne la m* chose de ce chambellan.
du parlcfucnt Ur Paru. iui
1.1 maison ot iardin du sieur dv, \ illcioy près (^harentou, aj)partenans jadis à uostrc Dix-houinies ,
Conscquor ex hoc rare , senex quod comiciu olim , Uê ne agriaut urhis me satiiu copiât.
dbtiqQe qui montre bien qu'il n'estoit pas ignorant , et qu'a bon droict la reyne de Navan*e entendant parler de luy en m (Tontes disoit qu*il valoit plus de neuf hommes. A quoy mon fils adjousta en outre , qu'il leur avoit parlé de cette pnode et célèbre plaidoirie (i) qui fut faite eii In cau«e de madame la régente , mci*e du roy François , contre feu monsieur de Bourbon , connestable de France, en laquelle maistrès Guillaume Poyet , François de Monthclon , Pierre Lizet , et Jean Bouehard principaux advocats de leur temps, avoient desployé le plus beau de leur sçavoir.
Qu'il leur avoit représenté les remonstrances faites à nos rois de la pai*t de la cour, par la bouche de messieurs les preûdens susiiopi.mez et autres, sur le faict des schismes et divisions des papes et de, la religion , de la Pragmatique et concordats, des décimes et autres affaires concernans Testât, la police et la iustice du royaume. Et particulièrement de M. Jean le Maistre,. dit Magistri(7) advocat du roy Charles VIII, qui proposa (3) vertueusement en sa présence, et de ^es pairs , du duc de Bretifgnc, et du duc d'Orléans qui fut depuis le roy Louis XII. Et m'adiousta que M. Pasquier leur avoit dit plusieurs autres choses , desquelles il ne se resioavenôit pas, et dont toute la compagnie avoit receu uu si .graoâ contentement, qu'il desiroit s'en retourner incontinent» afin d'ouIr ce qu'il diroit du temps des rois Henry II, Frân-> çois II , Charles IX , Henry III et Henry IV, où il s'atten-
{lyVém pMdoyers ont esté imprimes chez Thomas Biaise, in-S». , nec le Trmitidu droici de patronage de M. Jacques Gorbin.
(3) Recen advocat dn roy en i48a. (Mirauroont.)
(3] Ce fotpeat eitre an conseil tenu par le roy en )a chambre des comptes, le 6 avril 1491 f dont M. Pasquier parle en ses Uecherches^ liir. Il, chap. lit, pafre 5o.
303 Dialogue des ad%focai$
iloit qu'il diroit ^quelque chose du deToir des advocaU , ef apporteroit de plus belles choses qu'il n'avoiC encoi'es fait, d'autant qu'il parlerolt des advocats qu'il arvoit cognûs , et dont il pourroit faire un iugement plus certain, que desauti*es. Ce qui me donna une tçlle envie de Pouïr, que ie me résolus d'y aller, nonobstant le conseil des médecins , qui m'ah voient défendu de sqrtîr. Et de faict, m'y estant rendu sur le poinct d'une heure de relevée^ ic trguvay toute la coqspagnie dcsia assemblée en la salle, ainsi que M. Pasquier commençolt à pailer en cette soi*te.