‹ Profession d'avocatChapitre 9 sur 95 · PAR M. DUPIN AÎNÉ, BATCWTNIER DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

PAR M. DUPIN AÎNÉ, BATCWTNIER DE L'ORDRE

Tout droit bleasè trouTcr* ptrmi iknu des défenieurs.

Messieurs et coEas coMFaÈBEs ,

Mon premier besoin, comme mon premier devoir, en ou-' vrant cette séance, est de renouveler ici lexpressiou de ma vive reconnaissance pour les anciens de f Ordre qui m ont honoré de leurs suffrages en me nommant Bâtonnier, Loin de le dissimuler, j'aime à le redire , cet honneur de famille déféré par mes égaux , par ceux au milieu desquels j'ai passé plus de la moitié de ma vie, m'a fait éprouver la joie la plus pure. J'y ai vu la plus belle récompense de mes travaux , le prix de mon attachement inaltérable aux maximes de notre profession , et le couix>nnement d'une carrière entièrement coosacœe , comme le sera la vôtre , à V étude du droit de tous et à la défense du droit de chacun. Puisse, Messieurs» mon élection trouver sa ratification auprès de vous , et devenir ainsi pour moi le gage le plus éclatant de l'estime et de l'amitié de tous mes confrères.

Messieurs, nous allons reprendre nos Conférences , et je dois en conserver le ton ; celui de l'abandon , de la confiance et de la confraternité. J'ai à vous entretenir de notre profession, ties études qu'elle exige, des det^oirs qu^elle impose. Ce sujet a été maintes fois traité par des voix plus éloquentes que la mienne; mais je n'ai point à-craindre d'en parler encore en présence d'un Ordre qui s'enrichit sans cesse par l'accession de nouveaux ftiembres auxquels le devoir du bâtonoier est surtout d'expliquer nos usages et de transmettre

Oi Profession (rai'ocaf.

nos traditions : devoir que mon honorable prcdécessenr ar su remplir avec tant d*a«si(luilé et de dévoueiucnt.

Ce serait une erreur de cro re que l'on sort des écoles de droit avec toutes le:» connaissances nécessaires à l'avocat. Sans doute, on y apprend tous les cléniens de la science, et trop d éloges ne sauraient être accordés aux savans professeurs qui en déduisent les préceptes dans leurs leçons , et qui les iîxent dans leurs doctes écrits. Honneur surtout à ceux d*entre eux qui, s'alTrancliissant d'une marche trop routinière, savent quitter les gloses pour s'attacher aux textes, remonter aux sources, interroi^cr rhistoi:e, user dccriticjuc, et emprunter à Tesprit du siècle une acti\ité inconnue à leui's devancitrs !

Mais en rendant un juste hommage aux piofondeurs de la théorie , on ne niera pas qu'il reste à l'homme des écoles à se rendrecapable d'appliquer ses abstractions aux affaires de la société.

S'il veut être avocat, juge, arbitre, homme utile h ses concitoyens; s'il veut consulter, plaider, bien juger, tracer des conventions, diriger une procédure, faire valoir un droit; de nouveaux exercices lui sont nécessaires pour donner à ses premières études tout le développement pratique que comporte la profession d'avocat.

L'orateur romain, que j'essaie ici de traduire , distinguait , avec une sorte d'orgueil quelque peu aristocratique , deux espèces de jurisprudence : Tune, pleine d'humilité et de simplesse , à l'usage des moindres citoyens , villageoise pour ainsi dire, et qu'on pourrait appeler, dans le langage moderne, la jurisprudence de la petite propriété; l'autre, au contraire, élevée, sublime , a[)plicable aux plus grands intérêts de la cité, et digne d'être cultivée par les plus nobles esprits; celle-ci, comme la nature elle-même, immense, universelle, dont il faut aller puiser les élémens, non dans l'édit du préteur, mais dans les intimités delà philosophie ; source féconde, qui , une fois découverte, nous laisse apercevoir sans peine l'origiue de toutes les lois et le fondement de tous les droits (i).

(i) Una , humilis , simples, et nt ita dicam , yillicaiia , ad viliorem

Profession tV avocat, 5

G*e$t sans doute à cette jurisprudence qu*il faut appliquer la déQnitîon qu'en ont tracée lc!% jurisconsultes romains » 1ors(|uey pour en donner la plus haute idée, ils Tout appelée avec une sorte deinpli.ise, dU'ia irutn atque liiunananui^ rerutn notilia , jusii alque injusti scientUr : vaste science, en effet, qui s'applique à tout ce que les lois ont pour objet de régler; à tous les droits , à tous les devoirs , à toutes les obligations; à tout ce qui, sur la terre, peut s'appeler juste ou injuste.

S'il y a deux espèces de jurisprudence, il y a aussi deuc classes de légistes : les uns n'aspirent qu'à se rendre capables de la direction ou de la défense <lcs intérêts privés; d'autres veulent réaliser, dans toute son étendue , l'idée qu'on se £ait du véritable jurisconsulte. Pour ceux-ci, de nouveiK^ études, des études plus relevées et plus complètes sont iudispensables. Si tel est le but que vous voulez atteindre, ne vous contentez pas d'être licenciés en droit .• étudiez encoi'u la philosophie , l'histoire et la haute littérature ; vous lu pouvez facilemeot aujourd'hui que ces cours sont professés, près de vous, par des hommes aussi honorables par l'élévation de leur caractère , que distingués par l'éuiineuce de leur talent (i).

Étudiei la philosophie ; non cette scholastique obscure et futile qui, se compi*eoant à peine elle-même, ne peut que bien difficilement se communiquer à ses adeptes ; mais cette philosophie morale et pratique (2) qu'anime et que rehausse le sentiment reUgieux, qui est fondée sur la nature et l'orga-

nsom plebis cotnparata : altcra verè, excclsa, digni qtiac à niaxtmiji ingeiiiis colcretar ; u«inpè, ut ipsa natura, aniversali.s, inscris: que uon k pnetoris edicto , sed ex intima philosoplii:i Imurieiid.i cssct ; et

nodê, semel explicatà , fons legum et juris invoniri facile posset

£t aitieun : Qaid eiiim est tantùm quaiitùin jus civiutis ? Quli

aatem tam exiguum , quàm est muiias hoc eoriim , qui consul uutur, qoanquam est populo necessarium? Dd Ugibut , Hl>. I.

(1) MM. VtllemaiA,Gnizot , et Cousin adjoint de M. Roycr-CoUar I.

(•!> Jiistiti» sacerdotes veram phtlosopiiiaivi , non siinulatatu

Affectantes. Lot I'^mJ^ JhjtutUid et jure,

4 Profession iViU'Ocat.

nisatioti il<2 riiomuie , sa dignité propre y la connaissance éclairée de ses droits, et la conscience intime de ses devoirs, envers Dieu, envers la patrie, envers les autres hommes; cette philosophie que nous irions cliercher encore à Técoic de Platon et de Socrate , ou dans les offices de Cicéron , si elle n'avait pas trouvé son complément et sa sanction dans un livre plus parfait.

La littérature que je désire voir cultiver à Tavocat n'est point cette littérature bizarre et forcée qui, méprisant tous les modèles et dédaignant toutes les règles, se morfond à rechercher des ellbts extraordinaires, sous prétexte d'atteindre à de nouvelles beautés qu'elle c^t encore à produire î mais j'entends parler de cette littérature forte et raisonnable qui a pour base le naturel et le vrai , et qui , appliquée à l'art oratoire, se fonde sur rimitatton libre des grands écrivains que le suffri^e des siècles éclairés a recommandés à notre juste admiration. C'est là et dans l'étude de la nature que %'ous irez chercher les grandes pensées , les belles images . les généreuses inspirations, et cette connaissance du cœur humain indispensable pour en déduire toutes les combinaisons et tous les mouvemens qui peuvent assurer le triomphe de la justice et de la vérité.

\J histoire t en tout temps et surtout à l'époque où nous nous trouvons, doit être l'objet des méditations de rhommc qui veut être orateur et publicistc. T'oyez Cicéron : au Forum comme au Sénat, jamais il n'est plus fort , plus entraînant , plus beau , que lorsque s'interix)mpant tout à coup au milieu d'une discussion , d'une preuve, il appelle eu témoignage la vie ou les maximes de quelqu'un de œs grands hommes qui avaient fait la gloire de Rome aux plus beaux jours de sa prospérité ! Et Démosthène , fut-il jamais plus éloquent , plus sublime que dans sa harangue de la couronne, lorsqu'ayant à se justifier du reproche que lui adressait Eschine d'avoir conseillé des guerres fécondes en désastres , il adjura les mânes des guerriers morts à Marathon, à Salamine, à Platée, et leur demanda si la Grèce n'avait eu de couronnes que pour les victorieux , et si elle n'en avait pas aussi décerné à la va-

Profession dai^obaU 5

leur malheureuse et au patriotisme déçu dans ses plus l^gilimes cspéranoes ? — Mais cette étude aussi doit recevoir uue direction particulière appliquée à notre profe&^ion. Sans négliger la connaissance des laits, Tavocat doit principalement s'attacher à Thistorique des institutions : il faut savoir en recliercher TorigiBe^ découvrir les élémens de leur formation » les suivre dans leur perfectionnement et les observer jusque dans leur déclio. Cest au jurisconsulte qu'il convient » suivant le conseil de Montesquieu , « d'éclairer les lois par • rhistoire , et l'histoire par les lois. » Ayez donc toujours deux livres ouverts sous vos yeux, et conférez-les soigneuse ment : le livre des faits dans lequel vous chercherez à démêler le vrai d'avec ce que les apparences ont souvent de trompeur ; et le livre des lois que vous n'isolerec jamais des circonsitances contem|>oraincs qui ont influé sur les actes de la législation.

Approfondissez l'histoire de votre pays , de cette France si belle et presque toujours malheureuse, pour avoir été livi*ée aux factions et mal gouvernée. Lisez tant que vous le pourrez les relations et les actes des états généraux et les ordonnances rendues à leur sollicitation. Feuilletez Ijes registres du Parlement (i) : là , vous trouverez, en parcourant les harangues de nos grands magistrats , des discours inspii>és par le patriotisme le plus pur et le plus éclairé; des morceaux dignes de lantiquité, dans ce qu'elle eut de plus vertueux et de plus grand ; et vous resterez convaincus de la vérité de ce qu'a dit un illustre éaîvain : « Qu'eu France, c'est la liberté qui est » ancienne et le despotisme qui est moderne. » C'est là que vous ven'ez , dans ce qui retrace le mieux leur image , puisqu'on y trouve l'empreinte de leur génie, les harangues de

(i) Outre les minutes originales , qui reposent aux Archives judiciaires et les recueils partiels qa*on a publiés, il en existe plusieurs copies fort l»elles dans les bibliothèques particulières , où il est toujours possible de les coninlter. (Celles de M. Delessert, de M. Boissyd'Anglas, de monseigneur le duc d'Orléans, coofiéc à lu garde de M. Casimir Delavigne.) M. Delessert m'a promis do donner son exemplaire à notre bibliothèque.

6 Profession dm^ocat,

L'ilôpital , de Servin , d'Omer Talon ; là , vous rencontrerez les noms glorieux des Lavaquerie et des MoIë ; des de Harlay et

de Maleslierbes ; Malesherbes, organe imposant des sages

et véridiques remontrances de la magistrature, quand son prince était sur le trône ) et le consolateur assidu de ce roi maJheureux (i) dans une prison où le secours du barreau n'a point manqué à la plus illustre des infortunes

Relisez aussi , croyez-moi , nos vieux jurisconsultes : ils sont trop négligés. Gardons-nous de les oublier, et de les laisser tomber en désuétude. Au mérite d'un style qui, dans sa franchise, a souvent toute l'énergie et la précision des langues anciennes; à la naïveté qui n'exclut pas la finesse, et qui place plusieurs d'entre eux , tels que Loysel et Pasquier, sur la ligne de Montaigne et d'Amyot , ils joignent la solidité des principes, la rectitude des raisonnemens , une érudition, j'en conviens, excessive alors, comme elle est trop faible à présent ; mais, en tout, une cxjnnaissancc approfondie des sujets qu'ils traitent, et une source féconde pour quiconque y saura puiser avec disx.ernement. Dans cette partie de vos études , ne craignez pas de vous égarer en rebroussant cbcmin. Pour arriver aux mines d or, il faut percer les entrailles de la terre. De même , traversez, s'il le faut , plusieui*s siècles, et pénétrez jusqu'aux temps où écrivaient Bodin, Coquille, Loyseau et Dumoulin.

Bodin y il est vrai , malhabile à la plaidoirie et même à la consultation, mais savant publiciste , député indépendant aux ëtats de Blois, et qui sut sacrifier à son devoir la faveur dont il jouissait à la cour de Henri II. Ce jurisconsulte connaissait à fond l'ancienne constitution de la monarchie

(2) On lit sur le monument élevé à Malcslicrbes dans la gramlc salle du Palais de Justice, cette inscription , qu'on prétend avoir été composée par Louis XVIII :

flTRENDB SEMPCR FIDELIS , REGI SUD lit SOLIO VERITATEM , PRXSIDIUK \y C4IICERE, ATTULIT.

Profession tVavocat. fj

française , et il a consigné , dans les six livi'es de sa RepubUqwe y des faits , des maiimes et des reciierchcs que Ton consultera toujours avec fruit.

Guy Coquille de ^Nivernais , son collègue aux m£*mes états , animé du même amour de la patrie, jurisconsulte exact et profond, que d*Aguesseau n'appelle jamais que \e judicieux Coquille; auteur également remarquable, soit qu'il explique les origines de notre droit dans ses Institutes coutuniibrcs, soit qu'il éclaircisse plusieurs points importans de notre histoire politique et de notre droit public, soit qu'il expose dans un traité ex projesso les Libertés de C église gallicane défendues par lui au milieu des fureurs de la Ligue (i], soit qu'il annote el commente les édits et ordonnances rendus à la demande des états généraux auxquels il avait assisté (a).

LojrseaUt si profond, si net en traitant les matières les plus abstraites du droit ; historien et publiciste autant que jurisconsulte, dans son Traité des Offices et des Scigneu-

Cl) • Ce traité loi arait été dérobé de ton vivant* et on ne le re-

• trooFa qae vers le milieu du dix-septième siècle. • {Biog. univ,) (a) Comme rapporteur des Cfthhn du tiers-état aux seconds états de

Blois, Coquille avait rassemblé des matériaux précieux que Guillaume Joly, éditeur de ses œuvres, a malheureusement retranchés de son édition : « Estant, dit cet éditeur, dans sa préface, des ma-

• tiènes d'esttU qui sont au-dessus de la portée de notre Jugement , noas

• avons pensé qu*il valait mieux snpercéder • II en est résulté

que ces manuscrits se sont perdus. Cette perte e^t d*autaut plus à regretter que, dans l'avertissement placé co tête de ses œuvres posthumes , imprimées in-4'* , en iG5o , on lit que probablement Coquille

• n*avait pas omis d'observer plusieurs choses seaites et dignes d'être » srîies , et particulièrement les artifices que l'on apporta auxdits Ës- » tais, afin d'éluder reffet pour lequel ils avaient été assemblés. • -^ Et en elfet , Coquille a laissé percer dans une de ses cpigramroes latines, |e chagrin que lui causait la corruption à prix d'argent et de places, exercée au sein menue des états, où plusieurs avaient /ait leurs

affaires au lieu de faire celles de la France .

Maxiaui part temo qiue régnât io Onlinfi , onmoiM

Largîta , ad tuninios pcrtigit luquè gradoi. Omaibot hit PopnU oomniina est oauiâ ; vcrciiiur Ne pro re popmli , rem sibi puisque gérai.

s Profession itavocat.

ries; écrivain libéral et d'un style si piquant dans Topuscule où il attaque, par le ridicule, le criant abus des justices tie înllage^ et des Juges ffuéf/v s des scignenrs, avec une verve et une liberté d'expressions qu*on n'eût pas tolérées du temps de nos tribunaux de district.

j4yrault, lieutenant criminel au présidial d'Angers, contemporain des immolations de la Saint-Barlhélemy, écrivait sous Charles IX, mais avec indépendance, avec amour de l'humanité, respect pour le malheur et pour la défense des accusés. « Dénier cette défense , dit-il, serait un crime. La donner, mais non pas libre, c'est tyrannie. » Qu*a-t-on dit de mieux depuis cinquante ans ?

Enfin , étudiez Dumoulin , le plus grand de tous les jurisconsultes français, non-seulement par sa profonde dialecticjue et son immense érudition , mais aussi par l'élévation et la force de son caractère; ayant pris pour devise veriias vincit, luttant corps h corps avec une constance inébranlable en faveur de Tordre civil et politique contre les entreprises de» ultramontains; défendant le roi et le royaume contre l'invasion du concile de Trente ; résistant , comme à un impôt illégal, aux tarifs et aux exactions de la cour de Rome; bien supérieur en cela au timide Cujas, qui, pour éluder de répondre sur ces matières épineuses, disait prudemment à ceux qui le consultaient à ce sujet : Nil hoc ad j^dicfuni prwtorisy cela ne tient pas à l'édit du préteur. Dumoulin , il est vrai, fut quelque temps calomnié et persécuté ; (calomnie et persécution sont les compagnes inséparables du génie ! ) mais sa gloire, achetée même à ce prix , n'en est demeurée que plus éclatante aux yeux de la postérité; et, même de son \ivant, il mérita cet éloge que fit de lui le connétable de Montniorenci, en le présentant au roi Henri II : « Sire , ce que votre » majesté n'a pu faire et exécuter avec trente mille hommes , » de forcer le pape Jules à lui demander la paix, ce ])etit » homme (car Dumoulin était de petite stature ) , Ta achevé » avec son petit livret. » C'est son commentaire sur VI£dit des petites dates, qui avait porté la conviction dans tous l(*s esprits contre les abus et les malversations qui sepratiquaieut

Profesfùm iVavocat. 9

ilors daDS la cbancelleiie romaine. Doit-on i^Vtonuer après cela que les J ivres de ce jurisconsulte aient clé mis à V index?

Le souvenir de ce trait historique me fait insister auprès de \ous sur la nécessité de reprendre une étude jadis fort cuiti* vée , et qui y depuis, a mallieureusenient cesse de faire partie de renseignement universitaire : je veux parler du droit ca^ nonique. Sans doute il ne s'aj^it plus des matières bénéficia^ Us, dont la connaissance serait aujourd'hui sans utilité. Mais ce qu'aucun avocat ne doit ignorer, ce qu'il ne lui suffirait |)as de savoir imparfaitement, ce sont les principes sur la nature, le i^ouvernement, la hiérarchie de TEglise et sa discipline; riiistoirc des usurpations toujours croissantes de Ja cour de Rome, et Thistoire corix'lativc des obstacles et des barrières que nos pères y ont apportés. Il faut qu'il connaisse ce que la loi civile pe saurait entreprendre sans porter atteinte à la liberté religieuse! et réciproquement qu'il sache bien ce qu'un roi , eût-il la piété de saint Louis , s'il a en même temps sa sagesse et sa fermeté , ne saurait négliger ni souffrir sans manquer à sa propre dignité, à l'indépendance de sa coui-onnc , et à la protection qu'il doit à ses sujets. Ces principes importans» souvent controversés, rarement bien connus, doivent être étudiés , médités à fégal de nos antres lois politiques sur lesquelles ils eiercent tant d'influence. Une ronuaissance exacte du droit sera toujours le meilleur moyen de confondre ï ustérpatien y et de lui résister avec succès. -

Je sais qu'une philosophie , qui en cela se montre avec trop «le présomption, et dont, toutefois, je ne prétends point médire, croit suffire seule à repousser les attaques de l'ordre ecclésiastique contre l'ordre civil , et à maintenir la paix des religions dans l'état; mais,^en cela évidemment elle s'abuse. Les argumens purement philosophiques , irrésistibles aux yeux des philosophes^ n'ont pas la même puissance sur les hommes qui, par conVîctiôn , par habitude, ou même par respect humain, tiennent davantage aux croyances et aux pratiques de leur culte. L'ignorance ou la mauvaise foi accusent bientôt la philosophie d'athéisme , et ses seules doctrines ne font point autorité. En effet , je n'appelie autorité que ce qui

lo Profession iFm»ocai.

est capable de faire impression sur l'esprit de ceux que 1 on prétend convaincre. Or, tel est Tavantage que procure la doctrine toute faite des libertés de V Eglise gallicane. Ces libertés ne sont pas une invention moderne ; elles sont aussi anciennes que le cliristinnisme parmi nous : elles ne constituent pas wn privilège ou une esVception y elles ne sont qu'un vestige de ce qui, dans l'origine, formait le ciroit commun de la chrétienté : elles ont pour elles la sanction du temps et celle des plus grands rois et des plus grands hommes que la France ait produits. Loin d'être opposées à la religion, elles en font en quelque sorte partie. Siichez donc les connaître , afin de pou\oir les invoquer. Les tartufes ne pourront point vous appeler athées, ni même hérétiques , quand, démasquant l'hypocrisie et résistant à des entreprises menaçantes pour notre liberté et pour notre régime intérieur, vous pourrez dire à vos advct*saires : Ce n'est pas un ennemi de la religion qui s'exprime ainsi, c'est Arnault et Pascal, c'est JNieole etBossuet, c'est toute l'Eglise gallicane de 1682, qui vous dit : «Conservez ces fortes maximes de nos pères, que TE- » glise a trouvées dans la tradition universelle. »

Sur cette ligne imposante, vous rencontrerez les plus saintes lois du royaume, tous les actes de la magistrature française, les réquisitoires des avocats généraux ; vous marchez avec la puissance qui s'attache à cinq siècles de précédens ! Dans cette carrière, tel d'entre vous peut se montrer encore comme autrafois Pithou, Loysel et Pasquier, et réveiller parmi ses juges, avec l'ancien esprit parlementaire, le désir d'en continuer les nobles traditions. Entrez donc dans cette étude, je vous y convie. Elle est d'ailleurs pleine d attrait , puisqu'elle se lie aux faits les plus curieux de notre histoire , aux questions les plus élevées de notre droit public, à celles qui influent le plus puissamment sur la marche politique des affaires, et sur la constitution de l'état.

Connaissez à fond la législation criminelle, afin de ne pas risquer, dans une défense mal présentée, la considération de votre Ordre , votre propre réputation et le fort de l'accusé, qui a cru prendre un avocat Cherchez dans cette

Profession d*avocai, 1 1

rlDde les moyens de venger Tinnocent , de soutenir le faible, d'adoucir le sort des malheureux a le criminel même a droit a Totre pitié. Apportez à cette p^irlic de votre profession tout le xèSe que comporte le devoir de votre état, mais aussi toute la ciixonspection que peuvent réclamer les ci inconstances. C'est dans votre intérêt que je vous en avertis ; qu*un dévouement, louable dans son principe, ne dé(*éuère |)oint en une folle témérité! En matièie ])olitique surtout, ne vous exposez point à être mal compris!.... Que sous la robe du défenseur on sente toujours battre le cœur du citoyen! Patronage difficile , mais bien honorable. Source, hélas! trop féconde de calomnies, de censures , et quelquefois d'inimitiés ! mais qui laisse après soi des souvenirs et des consolations. Regardex en arrière , et jugez. Les accusations passionnées...., les condamnations de circonstance , ont bien souvent entraîné des remords! La défense, jamais!

Aux études supplémentaires que je viens de vous ivcom* mander, il faut joindre, si je puis m'ezprimer ainsi, récole ffappiicaiion. Soyez assidus aux audiences, surtout aux audiences solennelles, et à toutes celles où vous saurez que de graves questions doiveut être agitées. Formez-vous à Teiercîce de la parole, en vous attachant , à mesure que vous vous en sentirez capables, à ces réunions particulières de jeunes avocats, où, devant un tribunal simulé, et dans des causes fictives, vous essaierez vos foix^es contre des rivaux de votre âge. Eofiu , venez à nos conférences ; elles sont instituées pour vous : apprenez à discuter nettement et brièvement, comme au»si à délibérer et à rédiger ces consultations que nous sommes en possession de donner aux indigens , en y apportant tout à la fois cette sollicitude^ qu'attend de nous le malheureux qui implore notre patronage, et cette attention que nous devons mettre à ce que nos consultations ne servent point à entretenir de vaines illusions.

Enfin, Messieurs, profitez de vos années de stage pour étudier les règles de notre profession , pour en prendre les mœurs , pour en recueillir les traditions. Vous les trouverez en partie retracées dans le dialogue des A%*ocals , de Loyscl.

Il Profession d^ avocat.

Cet l)i:»torien de notre ordre nous montre les avocats tefs qu'ils furent dans des temps bien anciens, et tels néanmoins •|u*il importera t qu'ils fussent encore aujourd'hui. Vous y verre» leurs habitudes et leurs occupations décrites avec une attrayante simplicité; comment ils passaient ieur^ aprcs-dîners , se réunissant entre eux | our dei'iser sur les objets ({ui intéressaient leurs études et leur profession; comment les jeunes y donnaient leur avis , et recevaient la leçon des auciens.

Les avocats vivaient principalement entre eux, et dans Tintiii.ité de quelques magistrats sans morgue, mais^ non pas sans vertu et saus amour de lar science, qui venaient se mêler à ces doctes entretiens dont la solidité rappelle ces graves dialogues que nous a transmis l'antiquité.

Dans cette vie commune et plus rapprochée, moins dissipée que celle d'aujourd'hui , on voyait se resserrer incessamment les liens de cette confraternité si justement célébrée au milieu de vous par un de mes prédécesseurs (i); doux*scntimei.t , où chacun se trouve à Taise , et qui a tant de charmes pour ceux qui savent s'y abainlonner avec confiance, sark» détour et sans vanité.

C'est la confraternité, Messieurs, qui nous impose le touchant devoir de jeter un dernier regard sui* la tombe de ceux de nos confrères que la mort nous a ravis, et de payer un juste tribut d*éloges à ceux qui ont marqué leur passage au milieu de nous par une exacte observation des règles de leur profession. — Tel fut noire confrère Gautier, mort si jeune encore et si plein d'une dévorante activité. Je retracerais devant vous en cet instant les pr»nci<pau» traits d'une vie digne d'être racontée, sien me faisant, à k demande de sa famille, réditeur de l'ouvrage posthume qu'il nous a laissé sous kî titre modeste ai Etudes du dtx>it commercial , je ne lui avais déjà payé ce tribut de Tamitié.

Tel apparut encore au milieu de nous notre jeune confrère Vulpian ,. si tôt enlevé à sa profession , qu'il honorait également par les qualités de son cœur et par son talent ! Spiri-

(») M. Thcvcnin » bâtonnier en 1827.

Profession d* avocat. il

tuel auteur d'ouvrages et d*écrils qui faisaient déjà pressentir jasqu'oii 6on mérite aurait pu s'élever; Fulpîan aimé ei regretté de tous!

^ous confondons daus les mêmes regrets Mérilhou (Xavier), dont Fémulation active maix;bait sur les traces d'un frère que les libertés publiques comptent au rang de leui-s plus fermes défenseurs.

Je voudrais enfin vous retracer la vîe si pure, si pleine de bonnes œuvres et de belles actions de M. Billecocq, mort après avoir fourni une noble carrièi*e , laissant parmi nous un parfum de vertu qui rend Tordre entier veuf de sa perte et père adoptif du plus jeune de ses fils. Ce parfait avocat nous a donné de beaux exemples et de bons écrits ; il a été parmi nous le meîHeur des confrères et le modèle des bâtonniers! On peut inscrire sur sa tombe , Fir bonus! — Ah! qu'il eut raison de choisir pour sujet d'un des discours qu'il vous adressait /a confiance que Hai^ocat doit avoir dans ses anciens ! Comme ses paroles sont empreintes d'un caractère de bienveillance , de justice, je dirai presque d'onction propre à inspirer le sentiment qu'il veut recommander! Relisez ce discours. Messieurs , abandonnez-vous aux paternelles inspirations qu'il contient ; aimez vos anciens; sachez ^ous confier à eux : c'est un heureux moyen d'instruction * pour ceux qui manquent d'expérience, et qui sentent tout le prix d'une bonne direction , d'un sage conseil et d'un généreux appui.

Je l'ai éprouvé à l'entrée de ma carrière, en m'attachant , dès que je l'ai pu, aux chefs de mon Ordre, à ceux dont la supériorité, objet de mon respect et de ma timide émulation, m'admit aux avantages d'une collaboration où j'ai trouvé instruction solide, avis sincères, heureux encouragemens. Ferey. Poirier, Delacroix-Frainville, qui tour à tour fûtes mes guides, et que j'aurais voulu pix^ndre pour modèles, recevez ici l'hommage de ma reconnaissance ! Elle vous serait acquise sans partage, si je ne devais la reporter d'abord sur un pèie qui fut moo premier et pendant long -temps mon seul maître {i).

(I) Cliarles- André Dapin , reçu avocat au Padement de Paris ea 1778 , trois fois député de la Nièvre.

i4 Profession (Vaifocat,

J'en dois aussi Tei pression vivement sentie à cet autre ju* rtsconsulte qui m'iionorait de sa bienveillante amitié, dont j ose à peiKe me vanter d'avoir été pendant huit ans le eollèi»ue (tant ce titre laissa toujours de distance en nous), dans un Conseil (i) où son premier mouvement était toujours de plaider contre son illustre client, pour ne se rendre qu'après avoir épuisé toutes les objections. A ces traits vous reconnaissez M. Ilenrion de Pansey, ce vieillard vénérable, dès long-temps appelé le Nestor de la magistratui^ française ; le seul dans ce*» temps modernes qui n'ait redouté la comparaison avec aucun ancien ; ami de nos institutions , et qui savait les défendre ; digne organe de nos lois , leur ])lus sage et leur plus fidèle intei*prcte; jadis avocat en exercice; n'ayant toutefois plaidé qu'une seule cause , mais ce fut une cause de liberté (2]! Admirateur de Dumoulin, docte abréviateur de son Traité des fiefs ^ et son panégyriste dans un discours prononcé devant une assemblée pareille à celle que nous tenons aujourd'hui (3). C'est dans l'éloge de ce grand jurisconsulte qu'on trouve ce magnifique portrait de l'avocat , tracé dans une seule phrase que l'auteur m'a souvent récitée comme celle quil était le plus fier d'oi^oir écrite : « Ijibre des » entraves qui captivent les autres hommes; trop fier { our » avoir des protecteurs, trop obscur pour avoir des protégés ; s sans e>cla\es et sans maîtres, ce serait l'homme dans sa di- » gnité originelle , si un tel homme existait encore sur la ■ tenï». »

Cette haute estime que M. Ilenrion de Pansey accordait aux avocats, l'amitié qu'il avait conservée pour plusieurs dcii'

(i)Le Conseil d'apanage de S. A. K. Mgr. le duc d'Orléans, dont M. Henrion de Papsey était président.

('à) Celle d'iKi p4uvie nègre esclave, que son maître avait amené en France en négligeant d'accomplir les formalités commandées alors par les lois pour le maintien de l'esclavage en term franche. L'art vt prononça la mise en liberté, jénnates dtt barreau^ tome VI.

(3) A Touverturc des Conférences y après la rentrée de 177'»- Ces assemblées se tenaient alors les samedis. Voyez cet éloge en tcte du Traité detfiefi , analysé par M. Henrion , 1778 , in-4'

Profession itaifoeat. i5

tre eux; oe puissant encouragemeot qa'il accordait aux plus jeunes^, versant pour eux tous les trésors de son imuiense érudition , avec une sûreté de mémoire et une pi*ccision dans les dates qu'il a conservées jusqu'au dernier moment; tant d'avantages que les plus habiles trouvaient dans le commerce aimable de cet homme supérieur, nous ramènent , à titre de réciprocité , à vous rappeler tout le respect que nous devons à nos magistrats.

Un de nos plus vieur auteurs français , Jean Desmares , qui écrivait en 137^1 , et qui nous a laissé , sous le titre de Déci^ sionSf une suite d'adages et d'aphorismes du Palais, a mis au nombre de ses maximes , que li adu^ocats doii^nt acquérir tt garder l'amour du judge,- En effet , tous gagnent dans cet heureux retour d'égards, de bienveillance mutuelle et de sentimeos afifectueux ; les hommes s'en trouvent bien , et les affaires aussi. Cette intimité i^iproque existait surtout autrefois entre les avocats et messieurs les gens du l'oi. Ceux-ci s'honoraient d'être portés en tête de notre tableau , et le barreau conservera long- temps le souvenir de cet avocat général (1), qui pi*étendait obligcammeat ne s'appeler ainsi que parce qu'il était , disait-il , le général des at^ocats.

Cet accord si désirable , que nous nous efibrcerons toujours de soigneusement entretenir entre la magistratnre et le barreau ; ce respect pt*ofond dont nous faisons si hautement profession pour elle , n'ont jamais empêché les avocats de faire valoir leurs prérogatives et de soutenir leurs droits avec vigueur quand ils les onta*u violés ou méconnus. Témoin l'émotion qui saisit l'Ordre tout entier à l'apparition d'un article de l'ordonnance de Blois qui blessait leur délicatesse, et qui donna lieu 9L\k Dialogue des a%n}cats^ de Loysel ; témoin encore la juste plainte que le bâtonnier, assisté d'une députation des anciens, alla porter au président deThou , pour une insulte que ce magistrat s'était permise à l'audience contre M*. Charles Dumoulin , et dont ce grand magistrat n'hésita point à leur faire ré-

(i) Antoine L. Séguier, père de M. le premier président.

%6 Profession iV avocat,

paratiou (i). Enfin, jusque dans ces derniers temp'ï, nous tix>uvons la preuve que lordre des avocats n toujours su réclamer contre ce qui lui faisait grief, sans s'écarter en rien de la vénération dont il demeure inviolablement pénétré pour les magistrats. C'est ainsi que le parlement savait quelque^ fois résister au trône même, sans cesser de demeurer dans les bornes du respect et de la fidélité.

Mes chers confrères , aimons notre état, c*est le moyen le plus assuré d'y réussir et de s'y trouver heureuii. Efforçonsnous d'honorer notre profession , et pour cela ne a*aignons pas de nous en former une trop haute idée. Jamais nous ne dirons rien d'elle qui puisse égaler ce qu'en ont dit avant nous les plus illustres magistrats, d'Aguesseau surtout. Ce sentiment ne peut pas nous être imputé à vanité ; car il n'en-^ gendre pour nous que des obligations. Eialter cette noble profession , c'est dire que nous ne pouvons que bien difficile^ ment atteindre à tout ce qu'elle impose de devoirs et de sacri* iices, à tout ce quelle exige de capacité, d'application et de dévouement. Du reste, si le barreau moderne reste inférieur à l'ancien , ce sera notre faute ; car les grandes occasions de bien faire et de bien dire ne nous aurons pas manqué !.... De nos jours , en effet , l'état d'a\ocat a acquis plus d'importance encore par le développement de nos institutions, par l'établissement du gouvernement représentatif, la publicité des débats judiciaires soutenue de la liberté de la presse , et cette tribune nationale dont le labeur, en variant seulement les formes de la discussion et du langage, iv'est pour nous qu'une

(i) Dumoulin plaidait d'une manière peu agréable, au point que )e premier président de Thou, fatigué de l'entendre lui dit un jour : Ttùsez-vous t M". Dumoulin^ vous êtes un ignorant. L'ordre d6s avocats ressentit vivement cette injure , et il fut arrêté que le bâtonnier, avec une députation des anciens, irait 6*en plaindre à IVl. le premier président. Admis à son audience, le bâtonnier lui dit avec toute la gra* vite du temps : Lœsisii hominem doctiorem quiun unquàm eris. — « Cela > est vrai , dit avec autant de franchise que de modestie M. de Tliou,

• j*ai eu tort; je ne connaissais pas tout le mérite de M*. Charles

• Dumoulin. •

Profession d'avocat. i^

contiauatîoD de la profession d'avocat , puisqu'elle nous ofri*e seulement une cause de plus à défendre, et la plus belle de toutes , celle du pays .'

Un gouvernement constitutionnel est émiRemmcnt le gouvernement du droit» Le mot légitimité dans toute sa puissance n'a pas d'autre sens. L'ordre légal peut être raillé par les factieux ; il sera toujours .ce qu'il y a de plus saint et de plus respectable à nos yeux. j.ii]terprctes de la législation , nous saurons en garder le langage en invoquant son appui ; amis de la règle, et par-là même ennemis irraconciliables de rarbitraire» tout droit blessé trom*&^ parmi nous des dé^ fcnscurs. Fidèles a notre serment envers le prince , envers le pays ; organes indéfectibles de la justice et des lois, et surtout de cette loi fondamentale , gage suprême de notre avenir, et à laquelle nous avons, comme au roi lui-même et avec lui , juré d'obéir ; lé droit public comme le droit privé nous trouvera prêts à faire,- en toute rencontre, le devoir de notre profession.

C'est au sein de notre' Ordre que doit se trouver le type de ce courage cit^il qui , dans .les grandes épreuves de la vie sociale . rend l'homme capable des plus généreux efforts et des sacrifices les plus rigoureux pour obéir à sa conscience et rester fidèle à sa conviction. Ce genre de courage n'exige point la vigueur du corps, mais uniquement celle de Tâme : il s'appuie sur des doctrines arrêtées , et dont on s'est bien rendu compte; il lui faut une vue nette du droit à exercer ou du devoir à remplir ; il exige la fermeté de la vertu ^ la constance du sage', qu'aucun revers ne peut ébranler.

La profession. ()'avocat peut ainsi conduire à la g'oire : elle offre de quoi suffire à la plus noble ambition ; mais elle veut du dévouement , .du travail , de la persévérance ; elle suppose dans ceux qui l'embrassent une active émulation.

Puisse, Messieurs, cette émulation se développer de plus en plus au milieu de vous , mais sans jamais altérer le sentiment de la confraternité ! C'est assez vous dire qu'il faut se garder de l'envie, elle rend plus malheureux encore ceux qui réprouvent que ceux qui en sont l'objet. L'envie dégrade L a

i8 Profession d* avocat,

Tenvieux ; car il ne fonde son élévation que sur l'abaissement ou rhumiliatiou d'autrui; tandis que Fémulation, en laissant aux autres tout leur mérite , nous inspire seulement le louable àéÀv de faire encore mieux.

Eh ! pourquoi se décourager ? Il n'y a parmi nous ni premier ni dernier. Aucun orateur ne réunit toutes les perfections ; la qualité qui manque à l'un se retrouve chez son confrère : tel est habile à plaider un ordre de questions , qui réussit moins bien dans un genre différent. Enfin le choix des causes sert encore , sous un autre point de vue , à rétablir l'équilibre des forces entre avocats d'ailleurs d'un mérite inégal ; car je ne connais pas de bon ai^ocat dans une maui^aise cause; et si l'on a su choisir la meilleure, il est bien difficile qu'on ne reste pas le plus fort.

Demeurez donc tous bien convaincus de la vérité de cette exhortation que Pasquier adresse aux fils de Loysel à la fin du Dialogue des as^ocats , et par laquelle je veux terminer aussi cette allocution :

« Vous devez tous prendre courage de travailler, et esli- » mer que, de quelque province que vous soyez, il y a » place pour tous au barreau; — n'y ayant prince, seigneur, i> ni personnage de si grande étoffe et fortune qui n'ait af- » faire du conseil et de l'assistance de l'avocat à ses plus im- » portantes afl'aires : — et non-seulement pour la consei-^'aj» tion de ses biens temporels, mais aussi de son honneur et » quelquefois de sa propre personne. — Vous exhortant surit tout à servir de défense aux innocens, aux veuves et aux » oi'phelins , cootre l'oppression des puis^jans , selon le corn- » mandement de Dieu.

» Enfin , i^ous de\^ez vous efforcer de consen'er à notre » Ordre le rang et l'honneur que nos ancêtres lui ont acquis » par leur mérite et par leurs travaux , pour le rendre à » vos successeurs, »

Page 1