‹ Profession de foi du dix-neuvième siècleChapitre 28 sur 33 · CHAPITRE IXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE IXVII

La religion accomplit la même série de progrès que la propriété : rhomme paraît au soleil de la création, sur la terre encore en larmes du déluge ; il entend frémir sous son pied la dernière explosion ; il voit partout la trace fraîche du cataclysme; il compte à chaque pas un nouvel ossement ; il erre à Taventure dans une campagne hérissée de forêts; il a faim, il a froid, il a soif, il souffre, et il absorbe par tous les pores la souffrance : le soleil le brûle, Torage le fouette, la ronce le déchire, la vipère mord son talon.

La nature tout entière lui semble une conspiration contre sa propre existence, une réduction de son être par tous les êtres à la fois. L'idée de Dieu entre dans son esprit, à travers ses sens meurtris, sous la forme d'une puissance mystérieuse, enveloppée de ténèbres, irascible, irritée, malfaisante, irrésistible, qui siffle dans le vent, qui tonne dans le nuage, qui hurle dans le cratère, qui menace, qui frappe, qui tue : une insatiable, une invisible machine de destruction.

Cette divinité provisoire est la négation de la vie, déifiée

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