IMITÉ DE KIRKE WHITE
Puisque, sourde à mon vœu, la fortune jalouse Me refuse un toit chaste ombragé d'un noyer, Quelques êtres qu'on aime et qu'on pleure, une
épouse, Et des amis le soir, en cercle à mon foyer,
O nobles facultés, ô puissances de l'âme, Levez-vous, et versez à ce cœur qui s'en va L'huile sainte du fort, et ranimez sa flamme ; Qu'il oublie aujourd'hui ce qu'hier il rêva.
Lorsque la nuit est froide, et que seul, dans ma
chambre, Près de mon poêle éteint j'entends siffler le vent, Pensant aux longs baisers qu'en ces nuits de
décembre Se donnent les époux, mon cœur saigne, et
souvent,
Bien souvent je soupire, et je pleure, et j'écoute. Alors, ô saints élans, ô prière, arrivez ; Vite, emportez-moi haut sous la céleste voûte, A la troisième enceinte, aux parvis réservés !
Que je perde à mes pieds ces plaines nébuleuses, Et l'hiver, et la bise assiégeant mes volets ;
Que des sphères en rond les orgues merveilleuses Animent sous ses pas le jaspe des palais ;
Que je voie à genoux les anges sans paroles ; Qu'aux dômes étoiles je lise, triomphant, Ces mots du doigt divin, ces mystiques symboles, Grands secrets qu'autrefois connut le monde enfant ;
Que lisaient les vieillards des premières années, Qu'à ses fils en Chaldée enseignait chaque aïeul . . . Sans plus songer alors à mes saisons fanées, Peut-être j'oublierai qu'ici-bas je suis seul.
Poésies de Joseph Delorme.
SONNET
IMITÉ DE WORDSWORTH
C'est un beau soir, un soir paisible et solennel ; A la fin du saint jour, la Nature en prière Se tait, comme Marie à genoux sur la pierre, Qui tremblante et muette écoutait Gabriel :
La mer dort ; le soleil descend en paix du ciel ; Mais dans ce grand silence, au-dessus et derrière, On entend l'hymne heureux du triple sanctuaire, Et l'orgue immense où gronde un tonnerre éternel.
O blonde jeune fille, à la tête baissée,
Qui marches près de moi, si ta sainte pensée
Semble moins que la mienne adorer ce moment,
IMITEES DE U ANGLAIS 285
C'est qu'au sein d'Abraham vivant toute l'année, Ton âme est de prière, à chaque heure, baignée, C'est que ton cœur recèle un divin firmament.
Les Consolations.
Septembre 1829.
SONNET
IMITÉ DE WORDSWORTH
Les passions, la guerre ; une âme en frénésie, Qu'un éclatant forfait renverse du devoir ; Du sang ; des rois bannis, misérables à voir ; Ce n'est pas là dedans qu'est toute poésie.
De soins plus doux la Muse est quelquefois
saisie :
Elle aime aussi la paix, les champs, l'air frais du
soir, Un penser calme et fort, mêlé de nonchaloir ; Le lait pur des pasteurs lui devient ambroisie.
Assise au bord d'une eau qui réfléchit les cieux,
Elle aime la tristesse et ses élans pieux ;
Elle aime les parfums d'une âme qui s'exhale,
La marguerite éclose, et le sentier fuyant, Et quand novembre étend sa brume matinale, Une fumée au loin qui monte en tournoyant.
Les Consolations.
Septembre 1829.
IMITÉ DE WORDSWORTH
Quand le Poète en pleurs, à la main une lyre, Poursuivant les beautés dont son cœur est épris, A travers les rochers, les monts, les prés fleuris, Les nuages, les vents, mystérieux empire,
S'élance, et plane seul, et qu'il chante et soupire, La foule en bas souvent, qui veut rire à tout prix, S'attroupe, et l'accueillant au retour par des cris, Le montre au doigt ; et tous, pauvre insensé, d'en rire !
Mais tous ces cris, Poète, et ces rires d'enfants, Et ces mépris si doux aux rivaux triomphants, Que t'importe, si rien n'obscurcit ta pensée,
Pure, aussi pure en toi qu'un rayon du matin, Que la goutte de pleurs qu'une vierge a versée, Ou la pluie en avril sur la ronce et le thym !
Les Consolations.
Septembre 1829.