‹ Profils anglaisChapitre 7 sur 47 · LE ROSSIGNOL ET LE VER LUISANT · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL ET LE VER LUISANT

" Un Rossignol qui, tout le long du jour, avait réjoui le village de son chant et n'avait suspendu ses notes ni au crépuscule ni même lorsque la soirée fut finie, commença à ressentir autant qu'il le pouvait les appels aigus de la faim ; lorsque, regardant avidement à l'entour, il avisa tout à coup au loin sur la terre quelque chose qui brillait dans l'ombre, et il reconnut le Ver luisant à son étincelle. Aussitôt s'abattant du sommet de l'aubépine, il pensa à le mettre dans son gosier. Le Ver, ayant pris garde à son intention, le harangua ainsi très éloquemment : " Si vous admiriez ma lampe, lui dit-il, autant que moi votre art, ô Ménestrel, vous auriez horreur de me faire du mal autant que moi d'attenter à votre chanson ; car c'est la même Puissance divine qui nous a appris, vous à chanter et moi à briller, afin que vous avec votre musique, moi avec ma lumière, nous puissions embellir et réjouir la nuit." Le Chanteur entendit cette courte harangue, et, gazouillant son approbation, il le laissa, comme le dit mon histoire, et il alla trouver un souper quelque part ailleurs.

" De ceci les sectaires querelleurs peuvent

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apprendre à démêler leur véritable intérêt : que le frère ne devrait point guerroyer contre le frère, qu'il ne faut se déchirer ni se dévorer entre soi, mais plutôt chanter et briller par un doux accord, jusqu'à ce que cette pauvre nuit passagère de la vie soit écoulée ; respectant ainsi l'un chez l'autre les dons de la nature et de la grâce.

" Ceux-là entre les Chrétiens méritent le mieux ce nom, qui ont à cœur de faire de la paix leur but ; la paix, qui est à la fois le devoir et la récompense de celui qui rampe et de celui qui vole." l

D'abord il ne faisait des vers que par manière d'amusement, comme il faisait des cages, comme il soignait des fleurs, comme il dessinait le paysage, cependant avec feu toujours ; il avait des veines pour chacun de ses goûts, et quand l'un le tenait, les autres devaient céder le pas pour quelque temps. Il ne goûtait rien médiocrement : " Je n'ai jamais reçu, disait-il, un petit

1 Cowper a en France depuis assez longtemps des admirateurs et des amis qui le lisent et le cultivent en silence: la traduction que je viens de donner est due à un poète bien connu, M. Lacaussade, qui, ainsi que M. William Hughes, s'est fort occupé de ce maître austère et familier. — On peut comparer cette fable du Rossignol et du Ver iuisant à une épigramme d'Evenus de Paros, traduite par André Chénier, et dans laquelle une Cigale est aux prises avec une Hirondelle: c'est la différence du sentiment grec au sentiment chrétien.

plaisir de quoi que ce soit dans ma vie ; si j'ai une impression de joie, elle va à l'extrême." Il commençait aussi à écrire à quelques amis de jolies lettres soignées, élégantes, ingénieuses dans leur naturel. Son esprit réveillé, et, à quelques égards, réparé par un si long repos, le tourmentait par accès, et il ne savait qu'en faire. Le physique pourtant n'était pas de force encore à supporter une longue attention ; et il compare le réseau des fibres de son cerveau â une toile d'araignée : une seule pensée obstinée qui s'y loge ébranle et compromet toute la contexture. Cependant le génie devenait plus fort et sentait ses ailes : " Hélas \ s'écriaitil, le jour où il envoyait à un ami cette fable du Rossignol et du Ver luisant, que puis-je faire de mon esprit ? Je n'en ai point assez pour faire de grandes choses, et ces petites choses sont si fugitives, que lorsqu'on attrape un sujet, on ne fait que remplir sa main de fumée. Je dois en agir avec mon esprit comme je fais avec ma linotte : je la garde le plus habituellement en cage ; mais de temps à autre je lui ouvre la porte, afin qu'elle puisse voleter un peu autour de la chambre, et puis je la renferme de nouveau. Mon esprit voletant a donc produit la petite pièce que voici. . . ." Et c'était cette fable qu'il envoyait. Partout, dans ses lettres, dans ses vers de cette époque (1780), perce du milieu des parties graves le plus gracieux enjouement. On se surprend à dire : Quelle

nature vive, folâtre, pleine de gentillesse, curieuse et ouverte à toute impression, quand elle n'est pas sombre ! Comme le printemps lui cause une légère ivresse ! il y a chez lui de l'écureuil dans cette gaieté qu'il lui inspire. Mais les grands et sérieux côtés reparaîtront toujours ; cette aimable créature a eu un côté frappé et foudroyé.

WILLIAM COWPER OUDELJ POÉSIE DOMESTIQUE j

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