‹ Profils anglaisChapitre 9 sur 47 · LA ROSE · texte numérisé non relu

LA ROSE

" La Rose avait été mouillée, à l'instant même mouillée par la pluie, cette Rose que Marie allait offrir à Anna. L'ondée abondante chargeait la fleur et faisait pencher sa tête si belle.

" La corolle était toute remplie, et les feuilles étaient tout humides ; à la voir avec poésie, on aurait dit qu'elle versait des pleurs pour ses boutons laissés à regret sur le riche buisson où elle avait fleuri.

" Je me hâtai de la saisir, la voyant peu faite pour un bouquet, ainsi mouillée et noyée, et, la secouant rudement, trop rudement, hélas ! je la brisai : — elle tomba à terre.

" Et voilà pourtant, m'écriai-je, ce que font

sans pitié quelques-uns auprès d'une âme délicate, s'inquiétant peu de froisser et de briser un cœur déjà voué au chagrin.

" Cette Rose élégante, si je l'avais secouée moins brusquement, aurait pu fleurir un moment avec celle à qui on l'offrait : une larme qu'on essuie avec un peu d'adresse peut être bientôt suivie d'un sourire."

Cette délicieuse petite pièce dit tout, la joie et l'émotion pure de Cowper entre ces deux femmes, leur union passagère et fragile, et la rose qui se brise par mégarde, avant que l'une ait achevé de l'offrir à l'autre.

Le charme de poésie posséda tout à fait Cowper en ces années (1782-1784). La composition et la publication de son premier Recueil n'avaient fait que le mettre en train et en verve ; il sentait que ce n'était qu'en écrivant, et en écrivant des vers, qu'il pouvait échapper complètement à sa mélancolie : " Il y a, disaitil vers ce temps, il y a dans la peine et le travail poétique un plaisir que le poète seul connaît : les tours et les détours, les expédients et les inventions de toute sorte auxquels a recours l'esprit, à la poursuite des termes les plus propres, mais qui se cachent et qui ne se laissent point prendre aisément ; — savoir arrêter les fugitives images qui remplissent le miroir de l'âme, les retenir, les serrer de près, et les forcer de se fixer jusqu'à ce que le crayon en

ait tiré dans toutes leurs parties une ressemblance fidèle ; alors disposer ses tableaux avec un tel art que chacun soit vu dans son jour le plus propice, et qu'il brille presque autant par la place qui lui est faite, que par le travail et le talent qu'il nous a coûtés : ce sont là des occupations d'un esprit de poète, si chères, si ravissantes pour sa pensée, et de nature à le distraire si adroitement des sujets de tristesse, que, perdu dans ses propres rêveries, heureux homme ! il sent les anxiétés de la vie, faute de leur aliment accoutumé, s'éloigner toutes et s'évanouir." — A cette heure où, entrant dans une veine de composition nouvelle, il prenait véritablement possession de tout son talent, et où, comme il le disait d'un mot, le rejeton était devenu un arbre {fit surculus arbos), Cowper rappelait, avec l'orgueil d'un auteur ayant conscience de son originalité, qu'il y avait treize ans qu'il n'avait point lu de poète anglais, et vingt ans qu'il n'en avait lu qu'un seul, et que, par là, il était naturellement à l'abri de cette pente à l'imitation que son goût vif et franc avait en horreur plus que toute chose : " L'imitation, même des meilleurs modèles, est mon aversion, disait-il ; c'est quelque chose de servile et de mécanique, un vrai tour de passe-passe qui a permis à tant de gens d'usurper le titre d'auteur, lesquels n'auraient point écrit du tout s'ils n'avaient composé sur le patron de quelque véritable

original." C'est ainsi qu'en se créant tout à fait à lui-même un style selon ses pensées et une forme en accord avec le fond, ce solitaire sensible et maladif, ingénieux et pénétrant, a été l'un des pères du réveil de la poésie anglaise.

Il allait devenir populaire le jour et par le côté où il y songeait le moins. Une aprèsmidi que lady Austen le voyait plus triste qu'à l'ordinaire et prêt à retomber dans ses humeurs sombres, elle imagina, pour le stimuler, de lui raconter une histoire de nourrice qu'elle savait d'enfance, très drôle et très gaie, Y Histoire divertissante de John Gilpin, où Fon voit comme quoi u alla plus loin qu'il n'eut voulu et s'en revint sain et sauf. Cowper écouta, rit beaucoup, y rêva toute la nuit, et le lendemain matin il avait fait sa ballade ou complainte (il avait un talent particulier pour les ballades), qui fit rire aux larmes la petite assistance au déjeuner. Il envoya cette bagatelle à son ami M. Unwin, qui la fit imprimer dans un journal ; on ne savait pas d'abord le nom de l'auteur, et l'on s'en inquiétait peu. Le pièce sommeilla deux ou trois ans. Mais voilà qu'un acteur célèbre, Henderson, l'héritier de Garrick, qui faisait des lectures publiques pour le grand monde, ayant eu un numéro du journal où était John Gilpin, s'avisa d'en faire une récitation comique dans une de ses séances. Dès lors la vogue s'en mêla, et avec fureur ; il ne fut question pour

quelque temps que de John Gilpin ; on le réimprima à part, et on en vendit des milliers d'exemplaires ; des caricatures à l'envi illustrèrent son aventure ; et (ironie des choses !) Cowper, ce poète moraliste et austère qui avait visé à réformer le monde, se trouva subitement à la mode et dans la faveur des salons pour une boutade qui, sauf plus d'innocence et une chasteté parfaite, aurait pu être aussi bien une des drôleries plaisantes et comme qui dirait un Cadet Buteux ou Monsieur et Madame Denis de Désaugiers.

John Gilpin est un bon citoyen, un brave drapier de Cheapside qu'on estime à la ronde, de plus capitaine dans la garde bourgeoise de la bonne ville de Londres. Il est à la veille de l'anniversaire de son mariage, contracté il y a juste vingt ans. Il s'agit de faire une petite débauche, et madame Gilpin, tout économe qu'elle est, propose la première d'aller dîner à Edmonton, à l'enseigne de la Cloche. Elle ira en chaise de poste, avec enfants, sœur, neveu ou nièce, six en tout ; son mari suivra à cheval par derrière. A la proposition de sa femme, Gilpin répond : " De toutes les femmes, je n'en admire qu'une seule, et celle-là c'est toi, ma chérie bien-aimée ; fais donc comme tu l'entends. Je suis un brave drapier qu'on estime à la ronde : certainement, pour cette fête, mon ami le décatisseur me prêtera sa bête." Il est convenu aussi qu'on

emportera le vin du logis, car le vin cette année-là est cher. " Le matin venu, la chaise s'avance, mais non jusqu'à la porte, afin qu'on ne puisse pas dire que madame Gilpin est fière." Surviennent les contre-temps du voyage : au moment où part la chaise de poste, Gilpin, prêt à la suivre et déjà en selle, voit arriver trois pratiques ; on ne refuse jamais des pratiques, et il met pied à terre pour les servir. Puis on l'avertit que le vin est oublié, et il s'en charge, suspendant les cruchons par les anses au ceinturon de son sabre de parade : un beau manteau rouge couvre et cache le tout. Le voilà enfin parti et voulant rejoindre au galop la voiture. Ici les grands accidents commencent : le cheval va plus vite qu'il ne faudrait, les cruchons dansent, le cheval s'emporte ; chapeau, perruque et manteau volent au vent. A voir un tel galop et les cruchons de loin ballotter, les péagers ou gardiens des routes croient qu'il s'agit d'une course et d'un pari, d'un jockey qui court avec des poids, et toutes les barrières du chemin (il y en a quantité en Angleterre) s'ouvrent en conséquence. Mais écoutons la ballade elle-même :

" Les chiens aboient, les enfants beuglent, les croisées s'ouvrent, les passants crient bravo ! bravo ! si haut qu'ils peuvent crier.

** Gilpin galope comme jamais personne n'a galopé. Sa renommée le précède. ... Il porte

des poids ! . . . C'est un jockey ! — Il court pour mille livres.

" Et c'est chose curieuse de voir comme sur sa route les péagers s'empressent d'ouvrir chaque barrière.

" Tandis qu'il court portant bas sa tête inondée de sueur, les deux cruchons derrière son dos sont fracassés d'un choc.

" Le vin, — spectacle pitoyable ! — inondant la grand'route, fait fumer les flancs du coursier comme un gigot bien arrosé.

" Il n'en passe pas moins pour un jockey portant des poids à la ceinture, car on voit pendu de chaque côté un goulot de bouteille.

" De cette façon drolatique il traverse tout Islington et vient enfin donner en plein dans la mare d'Edmonton.

" A Edmonton, sa femme aimante, que du haut d'un balcon l'aperçoit, s'étonne fort de le voir chevaucher de la sorte :

" Arrête, Gilpin : te voilà arrivé ! lui crie-telle tout d'une haleine ; le dîner attend, et nous sommes fatigués." — " Et moi aussi ! " dit Gilpin.

" Par malheur le cheval ne songeait guère à s'arrêter déjà, et la raison, c'est que son maître, à dix bons milles de là, avait une maison.

" Rapide comme une flèche décochée par un bras robuste, il vole. ... Ce qui m'amène au milieu de mon chant. . . ." l

1 Traduction de M. William Hughes.

Le retour n'est pas plus heureux que l'allée ; de nouveaux accidents burlesques amènent une course nouvelle en sens opposé, et Gilpin, toujours à cheval et toujours emporté, gai pourtant et sans trop de choc, revient à Londres, mais sans dîner, comme il était parti : ainsi s'est passé l'anniversaire de son jour de noces. Il faut voir ces choses dans l'original, avec V humour qui y est propre, et être soi-même du cru pour les sentir.

Je n'ai voulu que donner idée de ce côté si imprévu pour nous et si anglais du génie de Cowper. Reprenons-le par ses côtés sérieux, les seuls par où nous puissions l'atteindre. On conçoit seulement que lorsque peu de mois après le succès fou de John Gilpin, on annonça la publication d'un poème touchant et familier, naturel et élevé, la Tâche, par le même auteur (1784), chacun le voulut lire. Le fameux Cavalier malgré lui avait servi comme de courrier pour préparer l'entrée à l'œuvre délicate et sévère.

Celle-ci, c'était encore à lady Austen que Cowper en devait la première idée et le point de départ. Un jour qu'elle lui conseillait de faire des vers blancs, des vers sans rimes, ce qui est très conforme au génie de l'idiome breton, il répondit qu'il n'attendait pour cela qu'un sujet : " Un sujet ! lui dit-elle, mais en voici un, ce Sopha sur lequel vous êtes assis. Je veux que vous le chantiez." La fée avait parlé, et

Cowper se mit à l'œuvre, intitulant son poème la Tâche. Il n'est question du Sopha que dans le premier livre et pendant les cent premiers vers environ, après quoi l'auteur passe à ses thèmes de prédilection, la campagne, la nature, la religion et la morale. Durant six livres ou chants, il parcourt une série de sujets ou de vues les plus variés, sans une composition précise, mais avec l'unité d'un même esprit et d'un même souffle. Prenons tout simplement le poème par le premier chant et au début. Ce début dont le Sopha est le texte n'est que très ingénieux et d'un badinage élégant. L'auteur indique l'origine du poème, si humble par son objet, si grand et auguste par l'occasion, " car c'est la Beauté qui l'a commandé." Il rappelle le temps où les rudes ancêtres des Anglais, les Pietés et les Bretons, reposaient sur la dure, au bord des torrents, et la tête appuyée sur le rocher. Puis l'invention commença, grossière en naissant et pesante : on eut l'escabeau à trois pieds, la table massive qui servait de siège : l'immortel Alfred n'avait point d'autre trône, et c'est de là que, sceptre en main, il rendait la justice à ses royaumes enfants. Le poète suit les divers degrés de perfectionnement et montre à plaisir la tapisserie dont bientôt on revêtit le bois des sièges dans les anciens jours, tapisserie à l'étroit tissu, richement brodée, " où l'on pouvait voir s'étaler la large pivoine, la rose en fleur tout épanouie, le berger à côté de sa ber-

gère, sans oublier le petit chien et le petit agneau avec leurs yeux noirs tout fixes et tout ronds, et des perroquets tenant une double cerise dans leur bec." — Tous ces riens sont agréablement déduits et relevés de couleurs, comme le ferait au besoin l'abbé Delille ou comme un spirituel jésuite n'y manquerait pas non plus dans des vers latins. Je passe rapidement sur ces gentillesses, sur les progrès de la chaise que le jonc de l'Inde a rendue plus flexible, à laquelle on ajoute des bras, et à ces bras encore on ne donne pas d'emblée la parfaite et commode courbure : rien, dans les arts de la vie, ne se trouve du premier coup. On a ici tous les degrés de transition de la chaise au fauteuil, et du fauteuil double ou de la causeuse au canapé et au Sopha, ce trône définitif du luxe et de la mollesse. Ces cent premiers vers du premier livre sont de la plus brillante et de la plus chinoise ébénisterie. Mais le vrai Cowper ne reparaît et ne se dessine tout entier que dans les vers qui suivent immédiatement. Je traduirai ce morceau achevé dans toute sa suite, et je voudrais pouvoir dire, dans ses naturelles beautés :

" Oh ! puissé-je, s'écrie le poète par une transition facile et tout indiquée, puissé-je vivre exempt (tant que je vivrai innocent de tout excès glouton et funeste) de toutes ces douleurs arthritiques qui torturent l'orteil de l'intem-

pérant ! Le Sopha convient à un membre goutteux, il est vrai ; mais, bien qu'étendu sur un Sopha, puissé-je ne jamais sentir la goutte ! car j'ai aimé les promenades rurales à travers les chemins creux d'un vert sombre, que tond de près la dent grapilleuse des brebis, et que borde un épais entrelacement de branches épineuses ; j'ai aimé la promenade rurale sur les collines, à travers les vallées et le long des rivières, depuis le temps où, enfant vagabond, je franchissais mes limites pour faire une école buissonnière sur les bords de la Tamise ; et toujours je me souviens, non sans regretter ces heures que le chagrin, depuis, m'a rendues bien plus chères, combien il m'arriva souvent, ma provision de poche épuisée, mais affamé encore, sans argent et loin de la maison, d'apaiser ma faim avec des baies d'églantier sauvage et avec le fruit pierreux de l'aubépine, ou de petites pommes rouges, ou la mûre noire comme le jais qui garnit la ronce, ou l'acre petite prune qui se cueille dans la haie ! une maigre chère, mais telle que ne la dédaigne point un appétit d'enfant, et qu'un palais non gâté et raffiné ne trouve point sans saveur. Aucun Sopha alors ne m'attendait à mon retour, et je n'avais point besoin de Sopha alors ; la jeunesse répare la dépense de ses esprits et de ses forces en un rien de temps ; par un long exercice elle n'amasse qu'une courte fatigue ; et quoique nos années, à

mesure que la vie décline, s'enfuient bien rapidement et qu'il n'y en ait point une seule qui ne nous dérobe en s'en allant quelque grâce de jeunesse que l'âge aimerait à garder, une dent, une mèche brune ou blonde,1 et qu'elle blanchisse ou raréfie les cheveux, qu'elle nous laisse toutefois le ressort élastique d'un pied infatigable qui monte légèrement le degré champêtre ou qui franchit la c ôture ; ce jeu des poumons, cette libre et pleine inhalation et respiration de l'air qui fait qu'un marcher rapide ou qu'une roide montée ne sont point une fatigue pour moi ; tous ces avantages, mes années ne les ont point encore dérobés ; elles n'ont point encore diminué mon goût pour les belles vues naturelles ; ces spectacles qui calmaient ou charmaient ma jeunesse, maintenant que je ne suis plus jeune, je les trouve toujours calmants et toujours ayant le pouvoir de me charmer. Et je te prends à témoin, — ô compagne chérie de mes promenades (Mme Umvin) ! toi dont je sens le bras, ce vingtième hiver, étroitement attaché au

1 Le mot propre est aubum lock, cette couleur entre le brun et le blond, chère aux Anglais, et qu'ils ont ainsi nommée de l'écorce de certains arbres. Le plus ingénieux des Anciens l'avait définie de même :

Nec tamen ater erat, nec erat tamen aureus illis ;

Sed, quamvis neuter, mixtus uterque color : Qualem, clivosa» madidis in vallibus Ida;,

Ardua derepta cortice cedrus habet. (Ovide.)

mien, avec un plaisir tel que peut seule l'inspirer une tendresse fondée sur une longue expérience de ton mérite et de tes essentielles vertus, — je te prends à témoin d'une joie que tu as doublée depuis si longtemps ! Tu sais que ma louange de la nature est la plus sincère, et que mes ravissements ne sont point évoqués exprès pour procurer des occasions de pompe et de peinture poétique, mais qu'ils sont vrais, et tu les as tous partagés. Que de fois, sur cette éminence que voilà, notre marche s'est ralentie, nous avons fait une pause et nous avons essuyé toute la bouffée du vent sans presque nous en apercevoir, tandis que l'Admiration repaissant sa vue, et toujours insatiable, s'arrêtait sur le paysage ! De là, avec quel plaisir nous avons discerné à peine la charrue au loin se mouvant lentement, et à côté du laborieux attelage, qui ne déviait point de sa ligne, le paysan robuste raccourci jusqu'à ne paraître qu'un enfant ! Ici, la rivière d'Ouse, serpentant lentement à travers une plaine tout unie de spacieuses prairies parsemées de bestiaux, conduit et amuse le long de sa course sinueuse l'oeil ravi d'enchantement ! Là, sur la levée, se tient fermement enraciné notre bouquet d'ormes favoris, que notre regard au passage n'oublie jamais, et qui servent de rideau à la cabane solitaire du berger ; tandis que loin, à travers et par delà le courant qui de ses flots, comme d'un verre fondu, incruste la vallée, le

terrain en pente recule jusque vers les nuages, déroulant dans sa variété infinie la grâce de ses nombreuses rangées de haies, la tour carrée, la haute flèche d'où le son joyeux de la cloche vient expirer en ondulant jusqu'à l'oreille qui l'écoute, des bosquets, des bruyères, et des villages fumant dans le lointain. — Ces scènes-là doivent être belles qui, vues chaque jour, plaisent chaque jour, et dont la nouveauté survit à l'habitude et au long examen des années."

Il y a ici ce qu'on ne rencontre pas toujours chez Cowper, une vue d'ensemble, de la gradation, de la perspective. Comparé à Thomson, il a plus que celui-ci l'art de noter les traits particuliers et le détail curieux des choses ; il a l'exactitude presque minutieuse. A son point de vue religieux, on l'a remarqué, un petit détail lui semble, en effet, aussi important qu'un grand objet : tous s'égalisent par rapport à Dieu qui brille et se révèle aussi merveilleusement dans les uns que dans les autres. Mais il en résulte aussi que Thomson est un descriptif plus large et un peintre qui a le coup d'ceil d'ensemble ; il y a des masses chez Thomson. Cependant ici, dans cette description si parfaite qu'on vient de lire, Cowper a su concilier les deux ordres de qualités, la finesse et le relief de chaque détail (je dirai même le brillante sur un ou deux points), et la gradation et la fuite

aérienne de la perspective. On copierait ce paysage avec le pinceau.

J'ai encore à dire ; je voudrais marquer les rapports de la mélancolie de Cowper avec celle de Pascal, ses ressemblances et ses oppositions de nature avec Rousseau, parler un peu de nous et de nos tentatives poétiques dans la même voie ; en un mot rentrer en France.

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