‹ Profils blancs et frimousses noiresChapitre 16 sur 24 · I. Bellâtres, coquets · texte numérisé non relu

I. Bellâtres, coquets

— A votre aise.

— Et samedi ?

— Nous partons! déclare le commandant.

— Déjà!

Et c'est vrai que les délices de Bankana m'ont déjà pris tout entier! Il semble que nous soyons, dans quelque beau domaine, heureux villégiateurs à qui le châtelain fait grand accueil.

Cependant, le clairon sonne l'extinction des feux. Oh^ ce n'est pas triste ici comme à Léopoldville ! Cette note grave qui termine l'air n'est point funèbre ; elle élargit le grand silence^ elle commande^ elle scelle la douce paix de la nuit...

— Eh bien^ si nous allions dormir ?

Mais avant le bonsoir, M. Knitélius toujours, empressé :

— Puis-je vous être utile à quelque chose ? Vous ne désirez rien ?

Alors moi, avec un soupir :

— Och^ faites encore une fois sonner la bcllckc de la boutique!...

Je me suis éveillé de belle humeur !

Un jour pâle filtre à travers les ais mal joints, de mes volets.

EX PLEIN SOLEIL y^

Le coq chante, les poules caquètent et j'entends, si je ne m'abuse, le riregarrulé des hirondelles...

Un moment, je me crois dans ce petit village ardennais où, à chaque automne, j'ai passé tant d'heures si douces !

— Ta ra ta ta ! Ta ra ta ta !

Hélas je révais...

Pourtant - encore une fois - ce clairon n'est pas lugubre ; il y a comme une pointe de gaité dans sa voix impérieuse.

Je saute à bas du lit de bonne grâce. Quel charme de se promener dans la belle lumière du matin! Le petit Fataki est accouru vers moi :

— Viens, bon gosse I

Et je le prends par la main. Nous allons voir d'abord nos trente Batétélas qui exercent superbement en face de AL Knitélius tout heureux de commander enfin un peloton digne de lui... Puis nous marchons à l'aventure.

Les chèvres vagabondent par les allées, en mordillant les branches basses des faux lilas et des papayers, tandis que des boucs, échauffés de jalousie, cossent l'un contre l'autre... Des chiens étranges, roux, très maigres, trottinent, les oreilles pointées, le museau aigre, les yeux indifférents et sans sourires...

Partout lavolaille qui picore. Les canards noirs, aux formes massives, se baladent majestueux et grotesques, « suivant leur bec », remuant une lourde queue. Des pigeons roucoulent sur le faîte d'un toit. Et le kokatotifi ' passe en ronflant audessus de nos têtes.

Autour des chimbèques, les travailleuses pétrissent le manioc et le maïs.

Mais la joie, le continuel ravissement de mes 3'eux, c'est les marmots bouffis et lustrés qui se vautrent dans la poussière. Ils ont la grâce lourde, adorable des petits chiens gonflés de lait, et se mordillent, se chevauchent comme eux avec des cris rageurs.

Ce matin, je m'arrête longuement à contempler les jumeaux qu'une jeune femme, la mère sans nul doute, lutine et caresse tour à tour. Les bambins s'éjouissent, se laissent choir dans le sable pour s'enfuir aussitôt en rampant devant la poursuite simulée et rieuse de la jeune négresse. Enfin les voilà pris, et pressés, presque étouff"és dans les bras de la niaina qui les couvre de baisers.

Tableau de mièvrerie charmante ! Est-ce que partout la tendresse des mères n'a pas les mêmes gestes?...

Soudain, la femme tourne la tête :

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