‹ Profils bretonsChapitre 11 sur 13 · LE GOUR-GRANDMAISON · texte numérisé non relu

LE GOUR-GRANDMAISON

Aussitôt après la guerre, M. Le Gour part aux Antilles. Pendant deux ans il fait un long voyage. Il visite les Etats-Unis, le Canada, etc., etc. Il prend des notes qu'il réunira plus tard en plusieurs volumes qu'il s'empressera, du reste, de ne pas faire paraître. Il semble que M. Le Cour fuit toute publicité, toute réclame, tout ce qui pourrait, en un mot, le faire connaître et apprécier. 11 se renferme en lui-même selon Texpression du Livre.

M. Le Cour rentre eh France en 1873 et se met à la tête de la maison d'armement que dirige sa famille depuis près de cent ans. Il est nomnjé peu de temps après secrétaire du Comité Nantais de la marine marchande.

Alors, M. Le Cour commence à se révéler comme un des hommes d'affaires les plus utiles pour notre pays. Il écrit deux mémoires sur la marine marchande, sur cette question toujours si obscure et si sacrifiée par nos gouvernants. Les occupations multiples ne suffisent pas à satisfaire son activité. Il écrit dans des revues spéciales des articles très remarquables sur des questions que d'autres n'aborderaient même pas, de

peur de s'y perdre. Il publie plusiaurs travaux sur les traités de commerce, puis revient encore à ses études favorites sur la marine marchande. Il ne s'arrête pas et pour reprendre haleine consacre une série d'articles aux Associations ouvrières.

Les questions d'ordre purement philosophique ne lui suffisant plus, il entreprend courageusement de traiter les âpres questions de chiflfres. C'est à cette période de sa vie que nous devons ses travaux sur le revenu foncier en Loire-Inférieure et plus récemment son discours sur l'homologation des nouveaux tarifs de chemins de fer et sur la prorogation de la surtaxe des sucres.

Dernièrement, ayant été amené à étudier diverses questions concernant les affaires étrangères, j'ai relu avec le plus grand soin deux brochures que M. Le Cour a fait paraître en 1883 sur la législation anglaise concernant les associations ouvrières, les conseils d'arbitrage et de conciliation. La question ouvrière y est exposée avec la plus grande clarté. Les premières pages, comnie ses commencements de discours, sont consa-

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crées à l'exposé général de la question, il montre ertsuite que le système suivi jusqu'alors était mauvais, la fin très soignée indique le remède. [1 y a dans ces deux brochures toute une consultation donnée par un médecin spécialiste à notre pays malade.

On doit comprendre que le côté politique de la vie d'un homme d'affaires, comme est M. Le Cour, ne présente pas un grand intérêt. Il est resté fidèle aux traditions de sa famille. Quand la Loire-Inférieure l'envoya siéger au Parlement il ne chercha pas sa place et alla s'asseoir auprès de nos amis de Cazenove et de la Ferronnays. Il siège donc à l'extrême droite qu'il aide de ses conseils et de son expérience quand on discute une loi d'un intérêt spécial.

Ses collègues l'ont nommé secrétaire de la Chambre. Assis à la tribune placée au-dessous du président, vous verrez M. Le Cour toujours courbé sur des dossiers. Il prend des notes, prépare différents travaux, répond à ses collègues qui viennent lui demander des renseignements, puis tout à coup descend en courant l'escalier de la tribune pour

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aller s'informer, revient bientôt et recommence à travailler.

Car voilà la principale caractéristique de M. Le Cour, c'est un travailleur, un travailleur acharné et il a dû toujours l'être. Je gage que M. Le Cour n'a jamais mis entre les feuillets de ses livres de droit comme nous le faisions au temps de notre vingtième année, ces fleurs données par quelque jeune fille adorée.

Son esprit a toujours été préoccupé par un sujet quelconque. On voit cela à l'indécision de son regard. Sa taille est petite et forte, taille d'un homme plus accoutumé au bureau qu'à la salle d'armes.

L'écriture où on lit tant de choses est chez M. Le Cour très caractéristique. Les lignes sont également espacées et les caractères sont bien alignés, signes d'un esprit pondéré et acharné à son idée. Les a sont fermés, signe de discrétion que l'on trouve encore indiqué par les lèvres minces et toujours closes de M. Le Cour.

Vous comprendrez que chez lui les idées dominent toujours, quand je vous aurai dit que les / ne sont souvent pas barrés ou du moins le sont d'une façon inégale.

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M. Le Cour est comme nous tous, il regarde le torrent révolutionnaire passer.

Il est d'avis que ce torrent n'a grossi que par le fait d'un violent, orage^ et plus les orages sont violents moins ils durent*

Il serait cependant temps que celui qui entraîne notre pays vers la ruine cesse enfin. Sinon, nous serons bientôt submergés par le flot montant de la démocratie, malgré les digues que cherchent à lui opposer nos amis de la droite en proposant des lois que les républicains s'empressent de ne pas voter.

M. DE BAUDRY DASSON

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